09 septembre 2016

Neuvaine à l'école de saint Dominique avec ses neuf manières de prier

Neuvaine à l'école de saint Dominique

Avec ses neuf manières de prier

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Introduction

 

En cette année du Jubilé de l’Ordre de Saint Dominique, nous vous proposons de le regarder prier. Le bienheureux Jourdain de Saxe disait de lui : « Il était comme l’olivier fécond et comme le cyprès qui s’élèvent vers les hauteurs. Il consumait ses jours et ses nuits se dédiant inlassablement à l’oraison ». Notre Père saint Dominique n’a pas laissé d’écrit, mais bien des frères l’ont vu prier et ont laissé de beaux souvenirs, dont un manuscrit d’un auteur inconnu, 1260-1288, écrit en catalan : Les neuf manières de prier de saint Dominique. C’est à partir d’extraits de cet opuscule, illustré avec de belles miniatures, que nous vivrons cette neuvaine. Il ne s’agit pas tant d’imiter tel quel saint Dominique dans ses gestes, mais de s’inspirer de l’esprit qui l’animait, pour stimuler notre ferveur et notre propre manière de prier. À la suite de chacune des manières de prier, une courte prière est formulée, pour alimenter notre prière personnelle.

01

Premier jour

Inclination

(la prière des inclinations)

 

La première manière était la suivante. Humblement prosterné devant l’autel, comme si Jésus-Christ, représenté par cet autel, lui était réellement et personnellement présent, et non pas seulement dans son symbole, il disait : « Mon Dieu, vous avez toujours eu pour agréable la prière des hommes humbles et doux » (Judith, IX, 16) (…) Après avoir prié de la sorte, le saint père se relevait, inclinait la tête, et considérant avec humilité son chef Jésus-Christ (…) il appliquait tout son être à lui manifester sa vénération. Il enseignait aux frères à faire de même quand ils passaient devant le crucifix, signe de l’humiliation de Jésus-Christ; (…) Cette sorte d’humilité, il la demandait aussi en l’honneur de la Sainte Trinité, lorsqu’on chantait le verset : « Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto ». Cette manière d’incliner profondément la tête, comme le montre la figure, était le point de départ de ses dévotions.

Avec Dominique qui se prosternait humblement devant le Crucifié, nous t’implorons, Seigneur : que Jésus crucifié, vainqueur du mal et de la mort, demeure toujours notre seule richesse.

02

Deuxième jour

Prostration

(La prière des prostrations)

 

Souvent aussi le bienheureux Dominique priait entièrement étendu la face contre terre. Il entretenait alors dans son cœur de vrais sentiments de [regret de ses fautes]. Il se rappelait les enseignements des divines Écritures, prononçant quelquefois, à voix assez haute pour être entendue, cette parole du saint Évangile : « Ô Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur » (Luc, XVIII, 13). Pieusement et avec une crainte respectueuse, il redisait ce verset de David : « C’est bien moi qui ai péché et accompli l’iniquité » (Ps L, 5) Alors il pleurait et poussait de grands gémissements. (…) Il exhortait aussi les plus jeunes en ces termes : « Si vous ne pouvez pleurer vos péchés parce que vous n’en avez pas, pensez au grand nombre de pécheurs qui peuvent être préparés à la miséricorde et à la charité. Pour eux les prophètes et les apôtres ont adressé au ciel leurs gémissements; pour eux aussi Jésus, qui les pénétrait de son regard, pleura douloureusement. »

Avec Dominique étendu à terre en signe de pénitence, nous t’implorons, Seigneur : pardonne à l’humanité ses égoïsmes de toutes sortes et son orgueil redoutable qui abîment sa première beauté et donne à tous la grâce de la charité qui refait toute chose nouvelle.

03

Troisième jour

Discipline

(La prière du sang)

 

Pour ce motif, comme suite naturelle de ce qui vient d’être dit (cf. 2e manière de prier, 2e jour de la neuvaine), il se relevait pour se donner la discipline avec une chaîne de fer, en disant : « Votre discipline m’a corrigé jusqu’à la fin » (Ps XVII, 36). C’est pourquoi l’ordre entier a statué que tous les frères, en mémoire de cet exemple de saint Dominique, (…) recevraient la discipline … pendant ce temps, ils réciteraient avec dévotion le Miserere ou le De Profundis. Ils feraient cette pénitence soit pour leurs propres fautes, soit pour celles des bienfaiteurs qui les font vivre de leurs aumônes. Aussi personne, si innocent qu’il puisse être, ne doit se soustraire à cet usage.

(N.B. : Si cet usage n’est plus en vigueur dans l’Ordre maintenant, l’obligation demeure cependant, et plus que jamais, de prier pour nos péchés et pour ceux du monde entier !)

Avec Dominique qui se donnait la discipline, nous t’implorons, Seigneur : veille particulièrement sur nos frères et sœurs qui œuvrent au Moyen-Orient. Aie pitié de tous ceux qui aujourd’hui et de tant de façons sont rejetés, torturés, et souviens-toi de ceux qui rejettent et torturent.

04

Quatrième jour

Génuflexions

(prière des regards)

 

Ensuite saint Dominique se rendait devant l’autel, ou bien au chapitre. Là, le regard fixé sur le crucifix, il le considérait avec une incomparable pénétration. Devant lui il faisait de nombreuses génuflexions. Parfois aussi, depuis complies jusqu’au milieu de la nuit, tantôt il se relevait, tantôt il s’agenouillait… (…) Il se formait alors dans notre père saint Dominique un grand sentiment de confiance dans la miséricorde de Dieu pour lui-même, pour tous les pécheurs, et pour la conservation des frères plus jeunes qu’il envoyait au milieu du monde prêcher l’évangile aux âmes. (…) Il restait parfois très longtemps en génuflexion, l’âme perdue dans le ravissement. Et quelquefois il semblait que dans cette sorte de regard son intelligence pénétrait le ciel, et tout aussitôt rempli d’une céleste joie, il essuyait les larmes qui coulaient de ses yeux. (…) Il était tellement habitué à fléchir les genoux que, même en voyage, dans les hôtelleries, après les fatigues de la route et jusque sur les chemins, pendant que ses compagnons dormaient ou se reposaient, il revenait à ses génuflexions comme à son art et à son ministère particuliers. Et par son exemple plus que par ses paroles, il enseignait aux frères cette manière de prier.

 

Avec Dominique qui, le regard tourné vers le ciel, se sentait attiré vers Dieu, nous t’implorons, Seigneur : regarde ceux qui cherchent une raison de vivre; que leur regard se tourne vers Jésus le chemin, la vérité et la vie.

05

Cinquième jour

Debout devant l’autel

(prière des mains)

 

Quand il était au couvent, le saint père Dominique se tenait aussi quelquefois debout devant l’autel, bien droit de tout son corps sur les pieds, sans se soutenir ou s’appuyer à quoi que ce fût, les mains étendues devant la poitrine à la façon d’un livre ouvert. Ainsi se comportait-il dans la manière de se tenir debout avec grand respect et dévotion, comme s’il eût fait sa lecture en la présence visible de Dieu. Alors plongé en oraison, on le voyait méditer la parole de Dieu, et comme se la redire à lui-même avec suavité. (…) Tantôt il joignait les mains et les tenait fortement unies devant ses yeux en se ramassant sur lui-même; tantôt il les élevait à la hauteur des épaules, comme le prêtre a coutume de le faire quand il célèbre la sainte messe. Il semblait vouloir tendre l’oreille pour mieux écouter quelque parole qui lui aurait été dite de l’autel. (…) Témoins de cet exemple, les frères étaient très impressionnés en présence de leur père et de leur maître; et, devenus plus fervents, ils se trouvaient merveilleusement entraînés à une prière admirable de piété et de constance.

Avec Dominique qui se tenait près de l’autel, les mains ouvertes comme un livre devant sa poitrine, nous t’implorons, Seigneur : que ta Parole aide les chrétiens à garder leur cœur ouvert pour aimer et servir comme ton Fils au soir de la Cène.

06

Sixième jour

Bras étendus

(prière de violence)

 

On a vu aussi d’autres fois le saint père Dominique prier les mains ouvertes, les bras fortement tendus en forme de croix, et debout, le corps bien droit autant qu’il le pouvait. C’est ainsi qu’il pria quand, sur sa prière, Dieu ressuscita le jeune Napoléon, dans la sacristie du couvent de Saint-Sixte, à Rome. (…) Le saint homme Dominique n’avait recours à cette manière de prier que dans les circonstances où, sous l’inspiration de Dieu, il savait que quelque chose de grand et de merveilleux allait se produire par la vertu de sa prière. S’il ne défendait pas aux frères de prier ainsi, il ne les y exhortait pas davantage. (…) Il prononçait avec lenteur, gravité et mûre réflexion les paroles du psautier qui font mention de ce genre de prière. (…) Ainsi tout homme pieux pouvait admirer à la fois et la dévotion et la science de notre père quand il priait de la sorte, soit qu’il voulût comme exercer sur Dieu une grande violence, par la vertu de son oraison ; soit plutôt que, sous l’effet d’une inspiration intérieure, il eût le sentiment que Dieu le poussait à demander quelque grâce singulière pour lui ou pour le prochain. Il puisait alors sa force dans la doctrine de David, dans le feu d’Élie, dans la charité du Christ, dans une dévotion toute divine.

Avec Dominique qui priait les bras en croix, nous t’implorons, Seigneur : donne-nous, à l’exemple de ton Fils Jésus, de porter notre croix avec amour afin de le suivre en vérité.

07

Septième jour

Tendu comme une flèche

(prière d’imploration)

 

On le voyait souvent aussi se dresser de toute sa taille vers le ciel, à la manière d’une flèche qu’un arc bien tendu aurait lancée droit dans l’azur. Il élevait au-dessus de la tête les mains fortement tendues, jointes l’une contre l’autre, ou légèrement ouvertes comme pour recevoir quelque chose du ciel. On croit qu’il était alors l’objet d’un accroissement de grâce et que, ravi à lui-même, il obtenait de Dieu, pour l’ordre dont il avait jeté les fondements, les dons du Saint-Esprit; pour lui-même et pour les frères, un peu de la suavité délectable qui se trouve dans les actes des béatitudes et qui fait qu’on s’estime heureux dans les rigueurs de la pauvreté, l’amertume de la douleur, la violence de la persécution, la faim et la soif de la justice, les étreintes de la miséricorde, et qu’on se maintient dans une joyeuse ferveur, pour l’observance des préceptes et la pratique des conseils évangéliques. Dans ces moments, le saint père semblait entrer comme à la dérobée dans le Saint des Saints, et jusqu’au troisième ciel. (…) Par sa parole et son saint exemple, il ne cessait d’enseigner les frères à prier de même…

Avec Dominique qui priait le corps tendu vers toi comme une flèche, nous t’implorons, Seigneur : qu’en vrais fils et filles de saint Dominique nous vivions plus intensément de la joie de l’Évangile au cœur de l’Église et du monde.

08

Huitième jour

Étudiant la Parole de Dieu

(prière d’intimité)

 

Notre père saint Dominique avait encore une autre manière de prier, toute pleine de beauté, de dévotion et de charme. Il s’y livrait après les heures canoniales et après l’action de grâces commune qui suit les repas. Ce bon père, admirable de sobriété et débordant de l’esprit de dévotion, qu’il avait puisé dans les divines paroles qui se chantaient au chœur ou au réfectoire, se mettait bien vite dans un endroit solitaire, en cellule ou ailleurs, pour lire et prier, recueilli en lui-même et fixé en Dieu. Paisiblement il s’asseyait, et après avoir fait le signe de la croix, il lisait dans quelque livre ouvert devant lui : son âme éprouvait alors une douce émotion, comme s’il eût entendu le Seigneur lui-même lui adresser la parole… (…) il paraissait tantôt ne pouvoir contenir ses paroles et sa pensée, tantôt écouter paisiblement, discuter et lutter. On le voyait rire et pleurer tour à tour, regarder fixement et baisser les yeux, puis se parler bas et se frapper la poitrine. (…) Et tandis qu’il lisait ainsi dans la solitude, il vénérait son livre; et, s’inclinant vers lui, le baisait avec amour, surtout quand c’était le livre des Évangiles, et qu’il lisait les paroles que Jésus-Christ avait daigné prononcer de sa bouche.

Avec Dominique qui s’assoyait pour lire et prier, nous t’implorons, Seigneur : qu’au rythme des liturgies, les consacrés du monde entier accueillent de façon renouvelée ta Parole vivifiante et se laissent convertir par elle afin que le monde croie.

09

Neuvième jour

En voyage

(prière en chemin)

 

Il gardait ces pratiques de dévotion quand il voyageait d’un pays à un autre, surtout s’il se trouvait en quelque région solitaire. Toute sa joie était de se livrer à ses méditations, de retrouver sa contemplation. Tout en cheminant il disait parfois à son compagnon : « Il est écrit dans le prophète Osée : ‘Je conduirai mon épouse au désert et lui parlerai au cœur’ (Os. II, 14). Aussi bien s’écartait-il de son compagnon, le devançant ou mieux le suivant à distance. Ainsi il cheminait seul et priait; et le feu de sa charité puisait dans sa méditation un surcroît d’ardeur. (…) il se munissait souvent du signe de la croix.

Avec Dominique qui priait sans cesse en chemin, nous t’implorons, Seigneur : qu’à son exemple, nous parlions de Dieu ou avec Dieu et ayons l’audace d’annoncer par toute notre vie l’Évangile de la miséricorde.

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Prière du Jubilé

 

Dieu de Miséricorde, dans ta sagesse éternelle, tu as appelé ton serviteur Dominique à se mettre en route dans la foi, comme pèlerin itinérant et prédicateur de la grâce. En commémorant ce Jubilé, nous te demandons d’insuffler de nouveau en nous l’Esprit du Christ Ressuscité, pour que nous puissions proclamer fidèlement et joyeusement l’Évangile de la paix, par ce même Jésus Christ notre Seigneur. Amen.

 

D'après un texte extrait du site http://op-dma.com

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20 février 2013

Saint Vincent Ferrier 1/2

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Saint Vincent Ferrier

Religieux de l'Ordre de Saint Dominique, Confesseur

1357-1419

Fête le 5 avril


« Après les premiers Apôtres, Vincent est de tous les hommes apostoliques celui qui a fait le plus de fruit dans la parole de Dieu ». (Saint Louis de Grenade). « Il fut l'ange de l'Apocalypse, volant au milieu du ciel, pour annoncer le jour redoutable du jugement dernier ». (Pie II, Bulle de la canonisation).

La ville de Valence, en Espagne, très féconde en Saints, donna au monde Vincent, de l'ancienne famille de Ferrier, le 23 janvier 1337. Guillaume Ferrier, son père, et Constance Miguel, sa mère, étaient des personnes fort pieuses, et l'on peut croire que ce fut par les grandes aumônes qu'ils faisaient aux pauvres qu'ils méritèrent d'avoir un tel fils. Notre Seigneur leur fit connaître, avant sa naissance, l'excellence du présent qu'il leur voulait faire. Un religieux, vêtu de l'habit de Saint Dominique, apparut au père et l'assura qu'il aurait un fils du même Ordre que lui, qui brillerait dans l'Eglise par l'intégrité de sa vie, par la pureté de sa doctrine et par la grandeur de ses miracles et, pour sa mère, contre son ordinaire, elle ne sentit aucune douleur en le portant de plus, elle entendit souvent, pendant sa grossesse, comme un petit chien qui aboyait dans ses entrailles ; l'archevêque de Valence, son parent, interpréta ce signe et lui dit que l'enfant qu'elle mettrait au monde serait un excellent prédicateur. Son baptême se fit avec beaucoup de solennité, et il fut appelé Vincent il devait, en effet, remporter d'insignes victoires sur les trois ennemis de notre salut le démon, la chair et le monde.

A peine eut-il l'usage de la raison, que ses parents, qui l'aimaient tendrement et en voulaient faire quelque chose de grand, l'envoyèrent aux écoles ; il y fit des progrès si remarquables, qu'on le jugea capable, à douze ans, d'entrer en philosophie, et à quatorze, d'entrer en théologie ; dans ces sciences, non-seulement il surpassait tous ses condisciples, mais il égalait même ses professeurs et s'acquit la réputation d'un grand philosophe et d'un excellent théologien. On vit paraître dès lors en lui l'inclination qu'il avait pour la prédication car il prenait plaisir à assembler ses compagnons et à réciter devant eux les sermons qu'il avait entendus dans les chaires de Valence. Son amour était encore plus grand pour la piété que pour l'étude. Il fréquentait les églises et y passait tous les jours beaucoup de temps en oraison ; il ne manquait jamais de jeûner le mercredi et le vendredi pratique qu'il observa inviolablement tout le reste de sa vie. Sa tendresse et sa dévotion pour la sainte Vierge étaient extrêmes, et un prédicateur lui semblait toujours avoir bien prêché lorsqu'il avait publié les louanges de cette Reine des Anges. Les larmes qui coulaient alors de ses yeux faisaient voir la joie dont son cœur était rempli. La passion et la mort de Notre-Seigneur étaient un autre objet de sa dévotion il ne pouvait rien lire ni entendre sur ce sujet qu'il ne pleurât d'amour et de compassion ; aussi ne manquait-il jamais de réciter les Heures de la Croix et celles de Notre Dame. Loin de faire tort à ses études, cette régularité lui méritait du Ciel l'ouverture de l'esprit et les lumières nécessaires pour réussir. Il avait aussi une très grande charité pour les pauvres il leur donnait tout ce qui était en son pouvoir, les menait librement dans la maison de ses parents pour y recevoir l'aumône et, ayant reçu de ces mêmes parents la troisième partie de ce qu'il pouvait espérer de leur héritage, il n'employa que quatre jours à tout distribuer aux nécessiteux, et surtout aux maisons religieuses, qu'il regardait comme des compagnies bienheureuses de pauvres évangéliques.

Lorsqu'il eut dix-sept ans, son père lui fit trois propositions. La première, d'entrer dans l'ordre de Saint Dominique, selon la vision qu'il en avait eue avant qu'il vint au monde. La seconde, de se marier, ce qu'il pourrait faire fort avantageusement, ayant beaucoup de biens et les qualités de corps et d'esprit nécessaires pour faire une grande fortune dans le siècle. La troisième, d'aller à Rome ou à Paris, pour y faire valoir les talents extraordinaires que Dieu lui avait donnés. Vincent ne délibéra pas beaucoup sur ces trois choses il dit tout d'un coup à son père qu'il choisissait la première, à laquelle Dieu l'avait destiné de toute éternité. Ce choix causa une joie extrême tant à son père qu'à sa mère ils ne cessèrent tout le jour de lui en témoigner leur satisfaction, bien différents de ces parents cruels qui détournent leurs enfants de la profession religieuse, et aiment mieux les voir dans l'engagement des vices du monde que dans cette condition sainte, où l'on fait état de les combattre et de les surmonter.

Le lendemain, son père le conduisit lui-même au couvent de Saint Dominique, et le présenta au prieur. Toute la communauté le reçut et l'admit au nombre des postulants, et trois jours après, le 5 février 1367, fête de sainte Agathe, il prit l'habit de religion avec un contentement extrême de son âme, et au milieu de la joie générale des assistants on vit bien que sa vocation avait Dieu pour auteur aussi le considéra-t-on comme une lumière qui se levait sur l'horizon de l'Eglise. Son noviciat fut une imitation perpétuelle de la vie de saint Dominique, qu'il lut avec beaucoup d'assiduité et d'application de sorte qu'il n'eut pas de peine, au bout de l'an, d'être reçu à faire profession.

Après ses vœux, comme il savait que, pour réussir dans la prédication de l'Evangile, la fin de sa vocation religieuse et celle de son Ordre, trois choses lui étaient nécessaires l'oraison continuelle, l'étude de la théologie et la lecture de l'Ecriture sainte, il s'y appliqua sérieusement, et amassa, par ce moyen, un trésor de lumières et d'onction qui lui devait servir dans la suite à éclairer toute l'Europe, à toucher et convertir une infinité de cœurs. On l'obligea, quelques années après, à enseigner la philosophie aux jeunes religieux de son monastère et il s'en acquitta de telle sorte que plus de soixante-dix séculiers y venaient aussi pour l'entendre.

Ses supérieurs, admirant de plus en plus son érudition, l'envoyèrent à Barcelone, où les plus savants hommes de leur Ordre étaient alors et de la à l'université de Lérida, où, n'ayant encore que vingt-huit ans, il fut fait docteur par le cardinal Pierre de Lune, en ce temps-là légat en Espagne, et depuis en France, à la cour du roi Charles VI. Ayant été honoré du bonnet de docteur, il revint à Valence, lieu de sa naissance et de sa profession, où il fut reçu avec grand respect par plusieurs personnes de qualité, qui allèrent au-devant de lui, et lui témoignèrent une singulière estime. Quelques jours s'étant écoulés, l'évoque, avec son chapitre et les magistrats de la ville, le prièrent d'exposer publiquement l'Ecriture sainte et de faire des leçons de théologie. Il le fit avec tant de succès, et prêcha au peuple avec tant de zèle et d'édification, qu'on venait de tous côtés pour l'entendre. Etudiant, professeur ou prédicateur, il pratiqua toujours le conseil qu'il donne lui-même dans son admirable Traité de la vie Spirituelle : « Quelque étendue d'esprit qu'on croie avoir, dit-il, il ne faut jamais omettre les pratiques de la dévotion en lisant et en étudiant, on doit toujours élever son cœur à Jésus-Christ, pour lui demander la grâce de l'intelligence et il est nécessaire de retirer souvent ses yeux du livre pour se cacher intérieurement dans les plaies du Crucifix ».

C'était là la méthode qu'il gardait en étudiant, principalement après qu'il se fut entièrement consacré à l'exercice de la prédication, qui était son principal talent; car il composait ordinairement ses sermons aux pieds du crucifix, pour tirer des plaies de Jésus-Christ crucifié la lumière et le feu dont il avait besoin pour toucher ses auditeurs, et, après le sermon, il se mettait encore aux pieds du crucifix pour en rapporter tout le succès à sa gloire et pour renouveler ses résolutions de pratiquer le premier ce qu'il avait enseigné aux autres. Un jour, comme un grand seigneur devait assister à sa prédication, au lieu de suivre cette méthode, il se prépara avec travail, et avec une grande application d'esprit, mais il ne réussit pas à son ordinaire. Se faisant entendre le lendemain devant le même seigneur avec les dispositions qu'il avait coutume d'apporter, il prêcha incomparablement mieux et avec beaucoup plus d'onction et de forcé. Ce prince, qui s'en aperçut, lui en demanda la raison il lui répondit ingénument que c'était parce que Vincent avait prêché la première fois, et que Jésus-Christ avait prêché la seconde. Il ne faut donc pas s'étonner si ce zélé prédicateur faisait tant de bruit par ses sermons, et si l'on n'en sortait jamais qu'avec componction de cœur, et dans le dessein de quitter le péché et de commencer une meilleure vie.

Le démon, ne pouvant souffrir qu'il marchât à si grands pas dans le chemin de la perfection, et qu'il lui enlevât tous les jours un si grand nombre d'âmes dont il croyait être le maître, se servit de divers moyens pour le perdre ou pour l'arrêter dans l'heureux progrès de sa course. Un jour, il lui apparut sous la figure d'un anachorète il disait être un de ces anciens, solitaires qui avaient vécu avec tant de sainteté dans les déserts de la Thébaïde il raconta qu'étant jeune, il s'était donné du bon temps, mais que cela ne l'avait pas empêché d'arriver, dans la suite, à une grands pureté de vie; il lui conseilla de ne pas tant s'affaiblir dans sa jeunesse par les austérités et par les veilles, mais de donner quelque chose à la faiblesse et aux nécessités du corps, d'autant plus qu'il avait besoin de force pour la prédication, et que la discrétion était la mère de toutes les vertus. Il n'y avait rien de plus plausible ni de plus artificieux que cette tentation; mais le Saint, l'ayant découverte, repoussa courageusement le démon, tant par le signe de la croix, qu'en lui disant : « Va, Satan, je ne veux pas moins donner ma jeunesse à Dieu que ma vieillesse ». Une autre fois, cet ennemi des hommes lui apparut sous la figure d'un éthiopien, et le menaça de lui faire une guerre continuelle, dont enfin il sortirait victorieux mais les menaces ne lui réussirent pas mieux que les ruses, et le Saint le confondit en lui répondant que celui qui lui avait donné la force de commencer, lui donnerait aussi le courage de persévérer. Enfin, Vincent ayant lu, dans le livre de saint Jérôme, sur la virginité de la Mère de Dieu, ces paroles du Sage : « Personne ne peut être continent si Dieu ne le soutient de sa grâce », et, s'étant mis aussitôt à genoux devant une image de Notre-Dame, pour lui demander la conservation de sa virginité, ce monstre infernal eut l'effronterie de former une voix du côté de cette image, qui disait qu'il avait été vierge jusqu'alors, mais qu'il perdrait bientôt une fleur si précieuse. On ne peut pas concevoir quelle fut la douleur et la confusion de ce fervent Religieux en entendant ces paroles mais la Sainte Vierge, qui ne le voulait pas laisser longtemps en peine, lui apparut aussitôt avec une beauté admirable, et lui fit connaître que la première voix venait de l'ennemi, et que, pour elle, elle ne l'abandonnerait jamais. L'esprit présomptueux fut couvert d'une telle confusion, qu'il n'osa plus se servir des mêmes armes pour l'attaquer.

Mais comme son orgueil monte toujours et ne se rend jamais jusqu'à notre mort, il prit d'autres mesures pour faire la guerre au Serviteur de Dieu. Il mit dans l'esprit d'une femme de faire la malade, de le mander chez elle pour la confesser, et là, de témoigner pour lui une passion violente et criminelle. Le Saint lui dit qu'elle devait rougir d'une si grande effronterie et, sans se trop appuyer sur ses forces, ni prétendre demeurer auprès du feu sans se brûler, il prit incontinent la fuite, et laissa cette impudente pleine de confusion et de fureur. Cependant, comme elle craignit d'être dénoncée par le saint Religieux, elle voulut mettre son honneur à couvert, en criant de toutes ses forces que son confesseur avait voulu lui faire violence mais Dieu, le vengeur des injures faites à ses serviteurs, permit au démon d'entrer dans son corps, et de la tourmenter avec tant de cruauté, qu'il était bien visible que c'était un châtiment de sa calomnie. Les exorcismes furent employés pour la guérir mais elle ne put l'être que par les prières de saint Vincent.

Certains envieux, irrités des éloges qu'on ne cessait de donner à sa vertu, et poussés par une inspiration diabolique, décidèrent une femme de mauvaise vie, par l'appât d'une grande somme d'argent, à s'introduire secrètement dans la cellule du Saint. Ils l'aidèrent à s'y rendre un soir d'hiver qu'il prolongeait sa prière à l'église. Quand Vincent ouvrit la porte de sa cellule et trouva assise au pied de son lit cette misérable, il crut d'abord à une supercherie du démon qui voulait le tenter sous cette forme sédui- sante. Il fit le signe de la croix, et il s'écria : « Que fais-tu là, Satan, ennemi de Dieu ? » « Je ne suis pas Satan, répondit la courtisane mais une jeune fille qui ne peut plus résister à l'amour qu'elle a pour toi ». Elle allait continuer, mais le Saint l'interrompit, et d'un ton bref et impérieux : « Va-t-en, scélérate, lui cria-t-il, et prends garde qu'une mort soudaine ne te punisse de ton affreuse iniquité ! Comment as-tu osé tenter de souiller mon corps et mon âme, que dès mon enfance j'ai consacrés a Jésus-Christ ? » Soit effroi, soit excès d'audace, la malheureuse demeurait immobile. Alors Vincent répandit à terre des charbons ardents contenus dans un brasier, et, s'agenouillant sur les charbons, il dit à la courtisane : « Viens, si tu l'oses, viens te jeter sur ce feu il n'est pas aussi terrible que celui de l'enfer ». A ce spectacle la femme tomba à demi-morte, pleurant, sanglotant, demandant pardon au Saint, et lui promettant de changer entièrement de vie. Elle lui révéla le nom de ceux qui l'avaient portée à cet acte. Vincent la fit sortir, en lui ordonnant de tenir cachés les noms de ses complices. Mais elle ne promit pas le silence. Dès le lendemain elle raconta tout, et couvrit de honte ceux qui avaient voulu calomnier et déshonorer le Saint. La pécheresse fit une sincère conversion.

Cette double victoire ne lassa point l'esprit tentateur. Il porta un vieux pécheur, que le Saint avait repris, à se déguiser sous l'habit religieux, pour aller ensuite voir, de nuit, une femme mal famée. Celle-ci, avant qu'il repartît, voulut savoir son nom Je m'appelle Vincent Ferrier, dit-il malicieusement, mais je vous conjure de ne parler de notre entrevue à personne. Elle le promit, puis s'empressa de le publier avec des circonstances si particulières que les amis mêmes de Vincent ne savaient qu'en penser.

Le Saint s'était humilié devant le Seigneur il attendait de la miséricorde divine sa justification et se prosternait, plein de résignation, au pied des autels, avec l'espoir que son innocence triompherait de cette odieuse calomnie. En effet, Boniface, son frère, alors magistrat à Valence, profita d'une occasion solennelle pour faire reconnaître le coupable à la personne qui le recherchait. On montra à celle-ci le Père Vincent, mais elle répondit qu'elle connaissait bien le serviteur de Dieu, quoiqu'elle ignorât son nom, qu'elle l'avait entendu prêcher quatre fois, et que celui qu'elle demandait était déjà sur le retour de l'âge. L'imposteur fut découvert, et son infâme stratagème donna un nouvel éclat à l'innocence du Saint. On dit qu'à la fin ce vieillard, frappé de la mansuétude de Vincent, se convertit, et, chose rare, il abandonna dans un âge avancé les habitudes de sa jeunesse qui avaient vieilli avec lui.

En ce temps, Clément VII, qui s'était toujours porté pour successeur de saint Pierre contre le pape Urbain VI, étant mort, le célèbre Pierre de Lune, dont nous avons déjà parlé, fut élu en sa place par les suffrages des cardinaux de ce parti, et se fit nommer Benoît XIII. Une des premières choses qu'il fit après son couronnement fut d'envoyer vers saint Vincent, dont il connaissait les grands mérites, et de l'obliger de venir à sa cour. Lorsqu'il fut arrivé, il le prit pour son confesseur, et lui donna la charge de maître du sacré palais. Le Saint avait en aversion ces honneurs qui le tiraient souvent de son cloître et le détournaient des exercices de l'étude, de l'oraison et de la prédication néanmoins, il les accepta par obéissance, sachant bien que Dieu l'en ferait sortir selon l'ordre invariable de ses desseins, quand il lui plairait: Si l'on s'étonne qu'un homme si saint et si rempli de l'amour et de la lumière de Dieu, ait suivi le parti d'un pape schismatique, et ait même été son confesseur, on doit considérer que Dieu 'n'éclaire ses plus grands serviteurs qu'autant qu'il lui plaît et que dans le temps qu'il lui plaît; d'ailleurs, l'affaire de la légitime succession de saint Pierre était alors extrêmement embrouillée et difficile à résoudre, chacun des trois qui se disaient papes prétendant être le vrai Pape; le parti de Benoît était suivi de la France et de l'Espagne, et jugé le meilleur par un grand nombre de personnes éminentes en savoir et en sainteté. Nous tenons sans doute pour article de foi que, comme il n'y a qu'une Eglise catholique, il ne peut aussi y avoir qu'un seul souverain Pontife la foi ne nous oblige pas néanmoins de croire que ce souverain Pasteur soit celui qui est reconnu pour tel par une partie des fidèles, lorsque les autres fidèles en reconnaissent un autre, lorsque l'affaire est obscure et difficile d'elle-même, et n'a point encore été décidée par le jugement de l'Eglise.

Cependant, un grand nombre de princes et de prélats, ayant inutilement travaillé pour faire cesser ce grand schisme, jetèrent les yeux sur notre Saint pour négocier une affaire de cette importance. Il fit plusieurs voyages pour ce sujet, tant vers l'empereur Sigismond, qui était alors en Catalogne, que vers Charles VI, roi de France, et vers Martin, roi d'Aragon il avait même persuadé à Benoît XIII de renoncer volontairement à cette suprême dignité, et de fouler aux pieds les honneurs du monde pour donner la paix à l'Eglise. Mais ce pape ne persévéra pas dans une si sainte pensée il ne consentit pas plus que ses antagonistes de Rome Boniface IX, Innocent VII, Grégoire XII; pas plus que les papes du concile de Pise, Alexandre V et Jean XXIII, ou moins encore, à abdiquer, pour l'unité et la paix de l'Eglise, une charge qui, rompue en deux ou trois, mise en lambeaux, usurpée, était bien moins puissante à éloigner l'anarchie et la discorde du corps mystique de Jésus-Christ. Ces malheurs ne cessèrent qu'en 1417, par l'élection de Martin V, comme unique pape.

Quand il vit les efforts inutiles qu'on faisait pour amener le Pape à déposer la tiare, Vincent fut saisi d'une profonde douleur. Le séjour de la cour pontificale lui devint à charge, et il obtint de se retirer dans le couvent des religieux de son Ordre à Avignon. Telle fut sa tristesse qu'il tomba gravement malade la fièvre le dévora aucun remède ne put diminuer l'intensité du mal qui l'épuisait. Il était alité depuis douze jours, et il attendait la mort, qui devait mettre un terme aux amers chagrins qui le consumaient. La veille de la fête de saint François, 3 octobre 1396, il eut une si forte crise, que tous ceux qui entouraient son lit de douleur furent consternés, et crurent qu'il allait rendre le dernier soupir. Mais Dieu voulut alors vérifier en son serviteur ce qu'il avait dit dans le livre de Job : « Quand tu te croiras sur le point de périr sans ressource, alors tu te lèveras comme l'étoile du matin ». Tout à coup la cellule de Vincent fut remplie d'une lumière prodigieuse et d'une céleste splendeur.

Le Sauveur du monde, accompagné d'une multitude d'anges et des glorieux patriarches Dominique et François, se présenta au malade. « Lève-toi sain et sauf, Vincent, lui dit-il, et console-toi le schisme finira bientôt, et ce sera lorsque les hommes auront mis un terme aux nombreuses iniquités dont ils se souillent. Lève-toi donc, et va prêcher contre les vices c'est pour cela que je t'ai choisi spécialement. Avertis les pécheurs de se convertir, parce que mon jugement est proche ». Le Sauveur lui parla encore de trois choses. Il lui dit premièrement que, pour le rendre capable d'entendre et de poursuivre l'apostolat dont il le chargeait, il le confirmait en grâce faveur singulière, qui dut extraordinairement réjouir une âme aussi pleine d'humilité et de crainte. Il ajouta qu'il sortirait victorieux de toutes les persécutions suscitées contre lui et que dans ses combats le secours divin ne lui manquerait jamais, jusqu'à ce qu'après avoir prêché le jugement dans une grande partie de l'Europe, avec un grand fruit pour les âmes, il finît saintement sa vie aux extrémités de cette partie du monde. Enfin il lui donna diverses instructions sur la manière dont il devait exercer son ministère apostolique. Ses historiens ne nous en ont pas transmis les détails, mais il est facile de les deviner à l'ordre admirable invariablement suivi par le nouvel apôtre dans l'exercice de son ministère miraculeux. En cessant de parler au Saint, le Seigneur, en signe d'amour, lui toucha le visage avec sa main droite. « O mon Vincent, lève-toi », lui dit-il une seconde fois puis il disparut. L'attouchement divin avait produit son effet. Soudain Vincent se sentit parfaitement guéri et son cœur fut rempli d'ineffables consolations.

Cette apparition merveilleuse, racontée par les plus anciens biographes du Saint, est d'autant plus digne de foi que le Saint lui-même l'a confirmée dans une lettre qu'il écrivit à Benoît XIII, quinze ans plus tard. La cellule où saint Vincent Ferrier reçut une grâce aussi remarquable et une mission aussi miraculeuse, fut changée en une chapelle qui devint l'objet d'une grande dévotion. Le cataclysme révolutionnaire la détruisit avec le couvent qui la renfermait.

Le lendemain de sa guérison miraculeuse, Vincent se rendit auprès du Pape. Celui-ci fut aussi joyeux que surpris de voir en parfaite santé celui que la veille même, dans une visite bienveillante, il avait vu aux portes de la mort. Il fut plus surpris encore, mais moins joyeux, lorsqu'il entendit le Saint lui demander la permission de quitter la ville, et d'aller prêcher librement et pauvrement l'Evangile de contrée en contrée. Benoît XIII ne crut pas devoir lui donner cette permission pour le moment il avait besoin de lui. Vincent ne voulut pas désobéir il savait que les révélations particulières doivent être soumises au contrôle de l'Eglise de Dieu il se résigna donc à renvoyer à un autre moment l'exécution de son projet. Cette attente fut longue. On le retint deux ans, durant lesquels il servit avec une patience héroïque et une fidélité exemplaire, dans l'office de maître du sacré palais, celui qu'il regardait comme le véritable vicaire de Notre-Seigneur. Enfin il obtint le juste sujet de ses demandes. Pour le retenir et l'attacher à jamais à la cause des papes d'Avignon, on lui avait offert l'évêché de Lérida et le chapeau de cardinal; Vincent avait refusé. « Je dois exécuter, disait-il, l'ordre que j'ai reçu de Dieu, et Dieu m'a commandé d'aller prêcher le jugement à toutes les nations ». Un jour donc que, désolé de la résistance de Benoît XIII ses vœux les plus ardents, il priait avec larmes devant son crucifix, et offrait à Dieu la douleur de son âme, le Sauveur consola sa tristesse, en lui faisant entendre miraculeusement cette parole : « Va, je t'attendrai encore ». Il comprit qu'on ne résisterait plus à ses sollicitations, et, en effet, Benoît XIII lui permit de parcourir le monde en apôtre et de prêcher l'Evangile à tous les peuples de l'Europe. Il lui accorda pour cela les pouvoirs les plus étendus, pouvoirs qui furent confirmés plus tard par le concile de Constance et par le pape Martin V.

Vincent commença à Avignon même son nouvel apostolat le 23 novembre 1398. Puis, il parcourut en peu de temps une grande partie de l'Europe, prêchant en Catalogne, en Provence, en Dauphiné, en Savoie, en Lombardie, à Gênes, en Allemagne, en Lorraine, en Flandre, en Angleterre, en Ecosse, en Irlande, au royaume de Grenade et presque par toute l'Espagne, en plusieurs autres villes et provinces d'Italie et de France, et enfin en Basse-Bretagne, où nous le verrons finir ses jours, lorsque nous aurons dit quelque chose de ses vertus, pour éviter les répétitions.

Bien qu'il fût muni des autorisations les plus étendues de la part des souverains Pontifes, saint Vincent Ferrier ne prêchait jamais en aucun endroit sans la bénédiction et l'assentiment de l'évêque diocésain, ni la permission des supérieurs de son Ordre. Il s'imposa la règle de marcher toujours à pied, quand il passait de ville en ville et de pays en pays, quels que fussent d'ailleurs l'éloignement, la difficulté des routes et la rigueur des saisons. Ce fut seulement vers les dernières années de sa vie qu'une plaie douloureuse à une de ses jambes le contraignit d'user d'une monture. Mais en cela même il observa l'esprit de simplicité et de pauvreté. Il refusait les chevaux, et il cheminait sur un âne chétif, afin d'avoir un nouveau trait de ressemblance avec le Sauveur des hommes.

Avant d'entrer dans une ville pour l'évangéliser, il se jetait à genoux avec toute sa suite puis, levant les yeux au ciel et versant d'abondantes larmes, il priait pour le peuple à qui il allait prêcher le jugement. Son entrée était ordinairement très-solennelle. Evêque, clergé, magistrats, noblesse, une foule nombreuse, des flots de peuple accouraient à sa rencontre. On le conduisait sous un baldaquin; on l'honorait à l'égal d'un personnage royal, ou plutôt d'un apôtre, d'un ange du ciel. On chantait avec un enthousiasme indescriptible des hymnes, des psaumes, des cantiques sacrés. Quelquefois on faisait des lieues entières pour aller à sa rencontre. L'endroit où on le rejoignait était orné d'une croix chargée de perpétuer le souvenir de ce bonheur. Tel était aussi très souvent le concours du peuple qui se portait au-devant de lui, qu'afin d'empêcher la multitude trop avide et trop agitée, de le presser, de le renverser et de le fouler aux pieds, il fallait l'enfermer dans une solide barrière en bois précaution assez souvent inutile contre la véhémence et l'indiscrétion populaires, tant on désirait le voir, l'entendre et même le toucher. Au milieu de ces ovations prodigieuses, son humilité était parfaite; en ces moments il avait sans cesse dans l'esprit et dans la bouche ces paroles du Psalmiste : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre nom seul donnez la gloire ».

Quand il y avait dans la ville un couvent de son Ordre, il allait s'y retirer, à moins que l'évêque ne l'obligeât à venir dans son palais pour être plus utile au peuple. Mais dans les villages où son Ordre n'avait pas de maison, il allait loger dans un monastère de religieux ou chez le curé. En se dirigeant vers le lieu choisi pour sa demeure, il chantait avec ceux de sa compagnie les litanies de la Vierge ou quelques prières pieuses. Malgré les fatigues du voyage, le Saint ne se reposait pas en entrant dans la maison qu'il devait habiter. Il continuait ses exercices dans l'ordre accoutumé, jeûnait, gardait l'abstinence, faisait l'oraison, lisait la sainte Ecriture, et prenait une collation très-frugale. On le sait, la Règle des Frères Prêcheurs n'oblige sous aucune peine de péché, et nous ajoutons ceci hors du couvent elle admet une dispense presque générale des observances qui constituent la vie monastique notre excellent religieux y était pourtant aussi fidèle que le plus fervent novice. Il en gardait toutes les austérités il y en ajoutait même d'autres. Ainsi il portait continuellement un rude cilice chaque soir, avant sa collation, il s'administrait une discipline sanglante et quand il était trop faible pour agir lui-même, il priait un de ses compagnons, au nom de la Passion du Sauveur, de lui rendre ce bon office et de ne pas l'épargner.

L'homme de Dieu se couchait tard, et il s'accordait cinq heures de sommeil seulement; son lit ordinaire était la terre ou quelques faisceaux de menues branches. Une pierre ou le livre sacré des Ecritures lui servait d'oreiller. Il se levait toujours à minuit pour dire Matines, et il récitait son office à genoux, très-distinctement et avec beaucoup de dévotion. Sa chasteté était admirable. Jamais il ne regarda de femme en face jamais, durant trente ans, il ne vit de tout son corps que ses mains nues. Il avait un si grand amour pour la pauvreté évangélique, qu'il exhortait tout le monde à l'embrasser beaucoup de personnes fort riches, de toutes sortes de conditions, distribuèrent leurs biens aux pauvres pour suivre Jésus-Christ pauvre, à l'exemple de son serviteur.

Emue par les miracles du Sauveur, et désireuse d'entendre sa doctrine, une grande foule suivait ses pas à travers la Judée et la Samarie, où il allait, prêchant le royaume de Dieu. Ce fut un sentiment semblable qui groupa autour de saint Vincent Ferrier quelques personnes, heureuses de le suivre et de marcher sous sa direction dans les voies du salut. Le Saint crut devoir permettre à ces personnes de s'attacher à lui. Leur nombre ne tarda pas à s'accroître bientôt il fallut compter par milliers les dévots pèlerins qui s'associèrent à ses courses. La troupe de notre Saint comprenait trois catégories principales la première formée de ses coadjuteurs dont le nombre s'élevait à une cinquantaine de religieux ou prêtres la seconde, composée d'un nombre assez considérable de Tertiaires de l'Ordre de Saint Dominique la troisième, réunissant une multitude de pénitents dont le nombre a quelquefois atteint le chiffre énorme de dix mille. Le spectacle des vertus héroïques pratiquées par ces pieux pèlerins était une prédication qui parlait aux yeux avec autant d'éloquence, que les sermons du maître retentissaient aux oreilles. On recevait à la fois le précepte et l'exemple de la piété chrétienne. Ce nombreux personnel accélérait le mouvement religieux. Les uns instruisaient les ignorants, les autres donnaient à chacun en particulier les conseils que saint Vincent donnait à tous en général. Ils excitaient les uns et les autres à une prompte imitation, et ils ajoutaient aux grands exercices religieux une pompe, un enthousiasme qui, de proche en proche, ne tardait pas à gagner tous les cœurs par une salutaire contagion.

Le Saint avait prescrit de très-sages règlements, soit pour l'admission des fidèles dans cette sainte compagnie, soit pour leur manière de vivre. On repoussait ceux qui ne jouissaient pas d'une bonne réputation. Les pécheurs publics devaient faire auparavant une pénitence publique très rigoureuse, et encore ils formaient une section à part, appelée des disciplinants, où l'on voyait des voleurs, des assassins, des courtisanes, des magiciens, des sorcières qui expiaient leurs crimes par des austérités édifiantes. La confession et la communion étaient d'usage au moins une fois par semaine. Cette double pratique contribuait à unir les cœurs à Dieu par des liens plus étroits, et à resserrer entre les membres de la société les nœuds de la charité chrétienne.

Son oraison était continuelle et la présence de Dieu lui était si familière qu'il n'en détournait jamais ni son esprit ni son cœur. Il ne donnait que cinq petites heures au sommeil, encore pouvait-il dire, comme l'épouse, que si ses sens étaient alors assoupis, son cœur ne laissait pas d'être éveillé car il ne cessait point, durant tout ce temps-là, de penser à Dieu et de s'occuper des vérités éternelles. Il avait toujours le crucifix à la main, ou pendu au cou, pour mieux conserver la mémoire de la Passion de son Sauveur et il l'appelait sa grande bible, parce qu'il y trouvait tous les trésors de la science et de la lumière de Dieu, qui sont répandus dans les saintes Ecritures. Il se confessait tous les jours avant de célébrer la sainte messe; et, lorsqu'il était au Canon, l'onction de la grâce dont son âme était remplie se dilatait si fort, qu'il versait des larmes en abondance. La dévotion envers la Sainte Vierge s'accrut toujours en lui avec l'âge, et il travaillait sans cesse à l'implanter dans le cœur de ses pénitents et de ses auditeurs. Lorsqu'il arrivait en un lieu, il ne manquait jamais, quelque heure qu'il fût, d'aller à l'église saluer le Saint Sacrement, comme un enfant bien né qui n'entre point dans la maison de son père sans lui rendre ses devoirs et le saluer. Le plus souvent l'église était trop petite pour contenir son nombreux auditoire. Il choisissait alors une vaste place ou une plaine voisine, et y faisait dresser une estrade assez large pour supporter à droite un autel et à gauche une chaire. Il célébrait tous les jours une messe solennelle, accompagnée du chant de plusieurs clercs habiles et de la musique grave d'un orgue qui le suivait partout.

Après la messe, montant sur la chaire ornée de tapis précieux et d'un baldaquin qui le protégeait contre les rayons du soleil, et en même temps permettait à sa voix d'arriver avec plus de force jusqu'aux extrémités de son nombreux auditoire, Vincent prenait la parole, et se laissant aller à toute l'ardeur de son zèle, il exposait avec une force irrésistible, une éloquence toute divine, les grandes vérités de la religion. Après le sermon, il s'arrêtait quelque temps au pied de la chaire pour donner ses mains à baiser au peuple et bénir les malades qu'on lui présentait en foule. Il récitait sur eux des prières, qui souvent leur rendaient miraculeusement la santé. Une cloche avertissait le peuple de cet instant, et on l'appelait la cloche des miracles.

Quand il avait terminé cette œuvre de charité, notre Saint se rendait à l'église avec d'autres prêtres, ses compagnons, pour y entendre les confessions de ceux qui s'étaient convertis, et il y demeurait jusqu'à midi, heure de son repas. Tout en pourvoyant aux nécessités de la vie par une frugale nourriture, il se faisait faire une lecture de l'Ecriture sainte; son repas terminé, il continuait lui-même cette lecture, ou il méditait en silence pendant une heure. La lecture finie, et Vêpres récitées, il prêchait encore au peuple un grand sermon. Le reste de la journée était employé à écouter les confessions, à prêcher en particulier aux moines, aux religieuses, aux prêtres, à certaines réunions particulières, où l'inspiration divine le conduisait là, souvent il ébranlait les personnes endurcies, réconciliait les adversaires, faisait restituer les biens acquis injustement, et consolait les affligés.

Vers le soir, il disait à un de ses frères de sonner la cloche des miracles. A ce son bien connu, les malades se rassemblaient à l'église pour recevoir la santé. Enfin, à l'entrée de la nuit, il présidait une procession de pénitents qui se donnaient publiquement la discipline, et c'est par cette cérémonie que Vincent terminait les exercices publics de son ministère. Outre les grâces sanctifiantes, il était admirablement avantagé de celles que nous appelons gratuites, et qui sont données pour le salut du prochain. Entre autres, il possédait éminemment celle de parler avec clarté, avec force, avec onction et avec une divine éloquence. Lorsqu'il traitait un sujet de compassion et d'amour, il le faisait avec une si grande douceur et une parole si pathétique, qu'il attendrissait tous les cœurs. Mais lorsqu'il prêchait sur le péché, la mort, le jugement, le purgatoire ou l'enfer, c'était avec un zèle si fort et si foudroyant, qu'il jetait la terreur dans les âmes les plus endurcies. C'est ce qui lui arriva un jour à Toulouse prêchant sur le jugement dernier, et répétant ces paroles de saint Jérôme : « Levez-vous, morts, et venez au jugement », il effraya tellement ses auditeurs, qu'il les fit tous trembler et frémir. Une autre fois, parlant encore sur le même sujet au milieu d'une place publique, plusieurs milliers de personnes qui l'écoutaient furent saisies d'une si grande frayeur, qu'elles tombèrent en défaillance. Pendant la plupart de ses sermons, on entendait les cris et les gémissements d'un grand nombre des assistants, en sorte qu'il était souvent obligé d'interrompre ses prédications et de s'arrêter tout court, jusqu'à ce que les sanglots de ses auditeurs eussent cessé. Ses discours n'étaient pas seulement affectifs il les fortifiait encore de raisonnements si puissants, et do tant d'autorités tirées de l'Ecriture et des Pères de l'Eglise, que l'on aurait dit qu'il savait par cœur ou qu'il avait devant les yeux tous les livres saints. Sa voix était tout à la fois forte et agréable, et quelque grande que fût la multitude de ses auditeurs, les plus éloignés l'entendaient aussi aisément que ceux qui étaient le plus près. Il est même arrivé quelquefois, par un grand miracle, que des personnes éloignées de plusieurs lieues, qui n'avaient pu venir à son sermon, l'ont entendu aussi distinctement que si elles eussent été au milieu de l'assemblée. Il avait si éminemment le don des langues, que celle dont il se servait en chaire devenait intelligible à toutes sortes de nations, et qu'il n'y avait personne en son auditoire, soit Français, soit Italien, soit Allemand, Anglais, Grec ou Barbare, qui ne l'entendît et ne conçût aussi parfaitement ce qu'il disait, que s'il eût parlé la propre langue de tous ces différents pays.

Les prédictions et les miracles qu'il faisait à tous moments montrent assez qu'il avait le don de prophétie, et ces grâces gratuites qui donnent le pouvoir de guérir les maladies et d'opérer toutes sortes de prodiges. Il prédit à la mère d'Alphonse Borgia, lorsqu'il n'était encore qu'un enfant, et depuis à Alphonse Borgia même, qu'il serait Pape, et que dans cette souveraine dignité il lui ferait un très-grand honneur ce qui s'est trouvé véritable car, après la mort de Nicolas V, Alphonse, qui était devenu un grand jurisconsulte, et qui avait été fait évêque de Valence et cardinal, fut enfin créé Pape, sous le nom de Calixte III, et canonisa notre Saint. Un jour, lorsqu'il prêchait à Alexandrie, ville de Ligurie, il s'arrêta tout court au milieu du sermon, et dit à son auditoire : « Je vous fais savoir une bonne nouvelle dont Notre-Seigneur m'a fait part aujourd'hui c'est qu'il y a parmi nous un jeune homme qui sera un jour l'honneur de la Congrégation de Saint-François, et qui, par ses prédications et sa sainteté, rendra de très-grands services à l'Eglise on l'invoquera publiquement par des prières avant moi ». C'était saint Bernardin de Sienne, la lumière de l'Italie et de l'Ordre de Saint-François, lequel fut canonisé par le Pape Nicolas V, l'an 1540, cinq ans avant ce saint Prédicateur. Il avertit deux religieux, l'un de son Ordre et l'autre des Ermites de Saint-Augustin, de se confesser promptement, parce qu'ils mourraient subitement le jour même ils le firent, et, quelques heures après, ils moururent comme il le leur avait prédit. Par le même esprit prophétique, il voyait les choses absentes, quoiqu'elles fussent extrêmement éloignées. Le décès de son père et celui de sa mère lui furent révélés pendant qu'il prêchait, afin qu'il les pût recommander aux prières de ses auditeurs.

Un de ceux qui s'étaient engagés parmi les pèlerins qui suivaient l'Apôtre de Dieu, avait l'esprit assez mal fait pour mettre en doute intérieurement les miracles et les conversions qu'il voyait opérer par le thaumaturge. Il observait toutes ses paroles et toutes ses actions pour y trouver à redire, à la manière des Pharisiens, dont les yeux étaient toujours fixés sur le Sauveur des hommes dans l'espoir et la volonté de le prendre en faute. Un jour Vincent l'accoste, le regarde fixement, et commence à lui découvrir par son discours toutes les pensées de son cœur, toutes les critiques et tous les doutes qui se pressaient en son âme à l'égard de sa conduite apostolique il le fit avec tant de vérité et de force, que le disciple, confus et repentant, se jeta à ses pieds et lui demanda humblement pardon. Vincent le lui accorda de bon cœur; maison même temps il lui adressa un avertissement paternel : « Pensez, lui dit-il, à ce que vous faites vous- même, et non à ce que font les autres ».

Non-seulement Vincent pratiquait cette vertu qui rend l'homme aimable à ceux qui vivent avec lui, mais il l'insinuait aux autres avec beaucoup d'adresse. Un jour, une femme vint le trouver, se plaignant vivement des mauvais traitements qu'elle endurait de la part de son mari. « Enseignez- moi, mon bon Père, ajouta-t-elle, un moyen efficace pour avoir la paix dans la maison, afin que cet homme ne me maltraite pas continuellement de parole et de fait ». Le Saint la laissa parler à son aise il comprit bientôt la cause du mal dont elle réclamait le remède; c'était seulement sa loquacité et sa pétulance elle excitait la colère de son mari par son bavardage et ses répliques insolentes. Alors le Saint lui dit : « Si vous désirez mettre un terme à ces dispositions fâcheuses, allez trouver le frère portier de notre couvent, et faites-vous donner dans un vase de l'eau du puits qui est au milieu du cloître. Lorsque votre mari entrera dans la maison, prenez aussitôt une gorgée de cette eau sans l'avaler, et gardez-la longtemps dans votre bouche. Si vous faites cela, je vous l'assure, votre mari ne se mettra plus en colère et deviendra doux comme un agneau ». Aussitôt la femme s'empressa d'exécuter le conseil du Saint, trouvant que le remède n'était pas difficile. Lorsque le mari entra dans la maison, commençant à s'irriter, elle courut au vase et but sa gorgée d'eau, qu'elle retint aussi longtemps qu'elle put ce qui fit que, ne trouvant pas de réponse, le mari se tut à son tour. Il fut lui-même émerveillé de ce qu'elle ne disait rien, et il remercia Dieu de lui avoir changé le cœur et fermé la bouche, d'où provenaient toutes leurs disputes. Quand le fait se fut produit plusieurs fois, toujours avec le même succès, la femme retourna trouver saint Vincent, et le remercia avec effusion de lui avoir enseigné un pareil remède. Alors le Saint, lui parlant avec douceur, mais avec clarté, lui dit : « Le remède que je vous ai enseigné, ma fille, ce n'est pas l'eau du puits, comme vous le croyez, mais le silence. En vous taisant vous avez mis la paix entre vous et votre mari. A peine dans la maison, vous l'irritiez par des demandes importunes, et il s'en allait en colère c'était votre faute si cette colère allait croissant vos répliques insolentes en étaient la cause. A l'avenir gardez le silence, et vous serez toujours en paix avec votre mari ». De là le proverbe commun à Valence, lorsqu'une femme se plaint de son mari, on lui répond : « Remplissez votre bouche d'eau, et il vous arrivera ce qu'a dit saint Vincent ».

Quand il confessait les pécheurs, Vincent les aidait miraculeusement à découvrir les fautes qui ne leur étaient point venues à la pensée. Mais ce qui est plus singulier encore, c'est que pendant ses prédications il lui arrivait de fixer les yeux sur certaines personnes qu'il n'avait jamais vues et dont il n'avait jamais entendu parler, et alors il entamait la question des péchés dans lesquels elles tombaient ordinairement, et il entrait dans des circonstances si particulières et si individuelles, que les pécheurs avaient coutume de dire de lui : « Cet homme est vraiment un saint, il connaît tout ce qu'il y a de plus caché dans notre intérieur ». Etait-ce un usurier, un adultère, un larron, un assassin, un homme coupable de forfaits abominables ? La parole de Vincent allait si droit à la blessure de l'âme, elle découvrait tellement le secret du cœur, qu'à la fin, aidé par des raisonnements serrés et par une éloquence enflammée de l'amour, il réussissait à les convertir des vices dans lesquels ils étaient plongés, et à les rendre à la voie de la justice et de la pénitence. Dieu avait montré au prophète Ezécbiel les abominations de son peuple au temps où vivait ce prophète, afin qu'il l'exhortât à la pénitence. Il donna à Vincent Ferrier les mêmes lumières. Partout où il allait prêcher, il voyait les péchés du peuple et les plaies des âmes c'est ce qui donnait à sa parole une direction si sage, si prudente, si efficace pour la correction des désordres. S'il n'en avait pas été ainsi en aucun des lieux où s'exerça son apostolat, Vincent n'aurait pu connaître les péchés particuliers, les secrets abominables de plusieurs il n'aurait pu fixer les regards sur eux, les convaincre de leur scélératesse, et les porter efficacement à la pénitence.

Des miracles éclatants appuyèrent sa mission; le nombre en est incalculable. Plus de huit cent soixante sont relatés dans une enquête faite à Avignon, Toulouse, Nantes et Nancy; lui-même, à Salamanque, avoua qu'il en avait déjà opéré plus de trois mille. Dieu semblait obéir à la volonté, et pour ainsi dire aux ordres de son apôtre. Pendant la période de son apostolat, il en opérait régulièrement chaque matin après sa prédication. « Sonne la cloche des miracles », disait-il à un de ses disciples. Parfois, inspiré intérieurement, il ne guérissait pas tous ceux qui se présentaient; mais lorsqu'ils revenaient à l'heure assignée, ce qu'ils ne manquaient pas de faire, il finissait toujours par leur rendre la santé. N'eût-il fait dans le cours de ces vingt ans que huit miracles par jour, on arriverait au chiffre de cinquante-huit mille quatre cents. Mais ce calcul est évidemment trop faible, puisque, c'est un fait constant, notre Saint en opérait non-seulement dans les assemblées publiques et en chaire, mais encore en marchant, en demeurant au logis, à tout instant, pour ainsi dire; d'où cette parole commune parmi les historiens de sa vie : « C'était un miracle quand il ne faisait pas de miracles, et le plus grand miracle qu'il fît était de n'en point faire ». La parole grave de saint Louis Bertrand confirme leur témoignage : « Dieu, dit ce Saint, a autorisé la doctrine de Vincent Ferrier par tant de miracles, que, depuis les Apôtres jusqu'à nos jours, il n'est point de Saint qui en ait opéré davantage. Dieu seul en connaît le nombre, comme seul il connaît le nombre des étoiles qui peuplent le firmament ». Sa vertu était si souveraine en matière de guérisons, qu'il la communiquait aux autres, et même aux objets inanimés qui avaient été à son usage. Souvent le peuple se rassemblait pour lui demander une grâce de ce genre; Vincent se tournait vers un de ses compagnons et lui disait : « Aujourd'hui j'ai assez fait de miracles, et j'en suis fatigué. Faites vous-même ce qu'on me demande; le Seigneur qui opère par moi, opérera aussi par vous ». Quatre cents malades recouvrèrent la santé en se couchant seulement sur le lit où il était mort. Nous rapporterons ici quelques-uns de ces miracles, pour donner à comprendre quelle devait être l'admiration des populations qui étaient les heureux témoins de ces merveilles.

Un des principaux fut la résurrection d'un enfant que sa mère avait tué, mis en morceaux et fait rôtir dans un emportement de frénésie, auquel elle était sujette. Son père, qui logeait le Saint pendant la mission, et qui, en ce temps-là, assistait à son sermon, étant revenu chez lui, fut saisi d'une si grande horreur et d'une douleur si véhémente, qu'il était comme hors de lui-même et ne savait à quoi se résoudre; mais Vincent l'ayant suivi, et étant arrivé à son logis, le consola, l'assurant que Dieu n'avait permis un accident si tragique que pour en tirer sa gloire. En effet, s'étant fait apporter les membres du mort, il les réunit tous les uns aux autres, et par l'efficacité de ses prières et la force du signe de la croix, il rétablit ce corps en entier et lui rendit la vie prodige si singulier, qu'on n'en trouve presque point de semblable dans toute l'histoire ecclésiastique. On dit que cette merveille arriva en Gascogne ou en Languedoc.

A Valence, on présenta à Vincent une mendiante, infirme et muette. Le Saint fit le signe de la croix sur le front et sur la bouche de cette femme et lui demanda ce qu'elle voulait. « Je demande trois choses, dit-elle, la santé du corps, le pain de chaque jour, et l'usage de la parole ». L'homme de Dieu lui répliqua : « De ces trois choses, deux vous sont accordées, la troisième ne vous convient pas pour le salut de votre âme ». La suppliante répondit Amen, et redevint muette comme auparavant.

A Ezija en Andalousie, une juive fort riche vint par curiosité l'entendre prêcher mais ne goûtant pas sa doctrine, elle entra en fureur, puis se dirigea vers la porte. Le peuple s'opposait à son passage. « Qu'on la laisse sortir, s'écrie Vincent, et que tous se retirent du portique de l'église ». A l'instant le portique croule sur la tête de la juive; on la retrouva brisée et morte; mais le Saint, du haut de la chaire, se mit en prière et la ressuscita au nom de Jésus de Nazareth. Les premières paroles de l'Israélite furent qu'il n'y avait de véritable religion que celle des chrétiens. Elle se convertit, et pour perpétuer la mémoire de cet événement, elle établit en cette église une fondation pieuse.

Nous ne marquons point ici en particulier les malades qu'il a guéris, les aveugles à qui il a donné la vue, les sourds qu'il a fait entendre, les muets qu'il a fait parler, les femmes enceintes qu'il a soulagées dans leurs douleurs, ni les paralytiques qu'il a remis en état d'agir et de marcher. Ce qu'il ne faut pas omettre, c'est qu'il a souvent multiplié si prodigieusement un peu de pain et de vin, qu'il s'en est trouvé suffisamment pour nourrir tantôt deux mille, tantôt quatre mille ou six mille personnes après cette distribution le pain et le vin étaient aussi entiers, et même plus abondants qu'auparavant. Cela nous montre que Notre-Seigneur n'opère pas de moindres miracles par ses serviteurs que ceux qu'il a faits par lui-même.

La procession des disciplinants était capable à elle seule d'attendrir les âmes les plus endurcies. Elle se faisait tous les soirs au coucher du soleil, quelque temps qu'il fit, par la pluie même, la neige, le vent, la tempête. On y voyait des gens de toutes les conditions, nobles et roturiers, grands et petits, même des enfants de quatre à cinq ans qui ne craignaient pas de se frapper avec une sainte cruauté, afin d'expier les péchés du peuple. Cette troupe sortait de l'église, divisée en deux parties, celle des hommes et celle des femmes. On marchait deux à deux, pieds nus, le visage voilé, le sac de la pénitence aux reins et les épaules découvertes, de manière cependant que la modestie ne fût point offensée. Chaque pénitent se frappait avec une discipline, en pensant à la Passion du Sauveur. Le sang coulait, et même, emportés par la ferveur, un grand nombre allait jusqu'à entamer la chair et en détacher des lambeaux par la violence des coups. Et toutefois, chose vraiment surprenante, Dieu le permit ainsi jamais aucun de ces austères pénitents ne souffrit dans sa santé à la suite de cet exercice notre Saint l'a fait remarquer lui-même, afin de montrer au peuple combien cette démonstration de pénitence sensible était agréable à Dieu en douze ans il n'était pas encore mort une seule des personnes qui formaient la compagnie spéciale des disciplinants.

Pendant que cette procession traversait les rues de la ville, on rassemblait dans l'église des femmes de mauvaise vie, et un des compagnons de saint Vincent leur prêchait sur le péché, sur la pénitence, sur l'enfer. Beaucoup de ces malheureuses ne résistaient pas aux pressantes exhortations qui leur étaient adressées. On les voyait le lendemain rompre tous les liens qui les attachaient au vice, et faire partie de la procession de pénitence publique. Que résultait-il de tout cela ? C'est que dès l'entrée de Vincent dans une ville, cette ville prenait l'aspect de Ninive alors que Jonas y prêchait la pénitence. On pleurait quand on entendait la messe du Saint, mais surtout on versait d'abondantes larmes quand il exhortait ses auditeurs au repentir. C'était alors des soupirs brûlants, des sanglots profonds, des cris qui retentissaient dans les airs. On eût dit que chacun pleurait la mort d'un premier-né, d'un père ou d'une mère. Les places et les plaines que couvrait son auditoire donnaient une idée du jugement universel c'était, en effet, comme la terreur future et la plainte lamentable de toutes les tribus de la terre dans la vallée de Josaphat. Or, remarque Nicolas de Clémangis, témoin oculaire, l'émotion atteignait les âmes les plus froides, et les cœurs de pierre s'amollissaient au point de fondre en pleurs, en gémissements et en accents déchirants.

 

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Saint Vincent Ferrier 2/2

Saint Vincent Ferrier, deuxième partie

 

Qu'on se figure en outre l'affluence extraordinaire des populations. L'auditoire du Saint n'était pas composé seulement par les habitants de la ville où il prêchait. Il lui arrivait souvent de voir autour de sa chaire plus de cinquante mille personnes, quoiqu'il ne prêchât que dans de petits villages. On faisait volontiers plusieurs lieues pour l'entendre. Pendant qu'il prêchait, tous les artisans abandonnaient leurs travaux, et les négociants leurs magasins. Dans les villes d'étude, les maîtres suspendaient leurs leçons. Le mauvais temps, le vent, la pluie, n'empêchaient pas la foule de se rendre sur les places publiques où le Saint devait parler. Les malades qui avaient assez de force pour marcher abandonnaient leurs hôpitaux, d'autres se faisaient porter tous espéraient que leurs corps seraient guéris en même temps que leurs âmes, et cette espérance était souvent réalisée.

On peut juger en quelque sorte, par le fait suivant, de l'ardeur que la parole du Saint inspirait au peuple pour la pénitence partout où Vincent arrivait, les places publiques étaient envahies par des marchands dont le commerce consistait uniquement en disciplines, en cilices, en chaînes de fer, en sacs de pénitence et en autres instruments de mortification.

Faut-il donc s'étonner si sa parole a produit tant de fruit, et si l'on dit qu'il a converti dix-huit mille Maures, Turcs ou Sarrasins vingt-cinq mille hérétiques ou schismatiques, et des milliers sans nombre de paysans qui n'étaient pas moins grossiers et ignorants dans les choses de la foi que les païens mêmes? Certes, ce grand prédicateur s'abaissait jusqu'à catéchiser et instruire les idiots et les enfants il leur apprenait à faire le signe de la croix, à dire le Pater, l'Ave, le Credo, le Confiteor et le Salve Regina, et à invoquer souvent les très-saints noms de Jésus et de Marie. Enfin il a retiré du vice, dans le cours de sa mission, plus de cent mille pécheurs. Il ne fallait pas craindre, lorsqu'il avait prêché en quelque lieu, d'y voir dans l'église des femmes avec un extérieur contraire à la modestie chrétienne et au respect qu'elles doivent aux anges; car il emportait toujours cet avantage sur les personnes de ce sexe, qu'elles renonçaient au luxe, à la vanité et à tout ce qui n'était pas selon les règles de la pudeur. Saint Vincent prêchant un jour en la ville de Tortose, contre le schisme de Benoît XIII, devant la reine Marguerite, veuve de Don Martin, roi d'Aragon, cette princesse se sentit si vivement touchée de regret d'avoir soutenu cet anti-pape, qu'elle en pleura amèrement devant toute l'assemblée, et entra depuis dans un monastère près de Barcelone, où elle a fini ses jours dans la pratique d'une grande humilité.

Ses exhortations au confessionnal étaient si efficaces, que des pénitents sont morts à ses pieds par l'excès de la contrition qu'il avait excitée dans leurs cœurs. Lorsque saint Vincent Ferrier était en France, il se trouvait à Béziers un homme qui avait commis de grands crimes, entre autres celui de l'inceste, et de plus il désespérait presque entièrement de la miséricorde divine. Le Saint étant allé prêcher dans la ville habitée par ce grand criminel, celui-ci alla l'entendre, et il fut tellement pénétré du feu de ses paroles, qu'il vint, tout contrit et humilié, se jeter à ses pieds pour lui faire l'accusation de ses péchés. Effectivement il se confessa avec une contrition si grande, que saint Vincent, lui ayant imposé sept années de pénitence, il s'écria : « Comment, mon Père pour des péchés si graves une si légère pénitence ! » « Oui, mon fils, répondit le Saint, et je veux même vous la diminuer ». Votre pénitence ne sera pas un jeûne de sept ans, mais seulement de trois jours au pain et à l'eau a. La douleur de ce vrai pénitent s'accrut en entendant le Saint diminuer ainsi une pénitence qui lui paraissait déjà trop faible, et il répondit : « Mais, mon Père, est-il possible que pour des fautes si graves vous m'imposiez une satisfaction si légère ? » A ces paroles saint Vincent répondit avec une sainte résolution : « Allons, mon fils, je ne veux vous imposer d'autre pénitence que celle-ci trois fois la récitation du Pater ». Le pénitent sincère et soumis, inclina humblement la tête, et se mit à réciter ses trois Pater. Mais sa douleur fut si grande, sa contrition si parfaite que, ne pouvant terminer sa pénitence, il tomba mort aux pieds du saint confesseur. La nuit suivante, l'âme glorieuse de ce pénitent apparut à Vincent : « Par la grande miséricorde de Dieu, dit-elle, et à cause de ma contrition parfaite, le Seigneur m'a octroyé son pardon complet, et je suis entré dans le paradis sans passer par les flammes du purgatoire ».

Dans un autre lieu, une femme qui menait une vie scandaleuse était venue à l'église pour entendre prêcher le Saint. Mais comme elle y était allée pour tout autre motif que celui d'entendre la parole divine, elle se mit à une place bien apparente, afin d'être mieux vue de ses admirateurs. L'homme de Dieu monte en chaire, et il se met à prêcher contre les vains ornements des femmes et contre les péchés des sens. Il exhorte avec force ses auditeurs à les détester comme autant d'offenses de Dieu très graves. O puissance admirable de la parole divine les exhortations du Saint pénétrèrent le cœur de la courtisane, au point que la contrition dont elle fut saisie lui fit verser une grande abondance de larmes de repentir sa douleur fut même si vive, qu'elle en fut suffoquée elle tomba morte par terre à la vue de tout l'auditoire. Tous ceux qui étaient présents avaient été témoins de sa douleur et de ses larmes, mais néanmoins ils tremblaient pour le salut de son âme. En la voyant mourir ainsi subitement, ils prirent cette mort soudaine pour un châtiment de Dieu, et ils déploraient sa perte, qui pouvait être éternelle. Mais le saint orateur les consola promptement : « Mes braves gens, leur dit-il, ne craignez pas pour le salut de cette femme, parce que sa contrition parfaite l'a sauvée. Priez pour elle ». A ces paroles, le saint prédicateur fut interrompu par une voix venue du ciel qui lui dit : « Il n'est plus nécessaire de prier pour elle, mais priez qu'elle intercède pour vous, parce qu'elle est déjà en paradis ». Ainsi fut confirmé ce qu'avait annoncé le Saint, que la contrition parfaite avait sauvé cette femme, et que déjà elle jouissait de la couronne de gloire parmi les âmes des vrais pénitents qui sont dans le ciel.

Reprenons maintenant, en peu de mots, le cours de sa vie, depuis la grande maladie qu'il eut à Avignon, où Notre-Seigneur lui apparut, le chargea des fonctions de l'apostolat et lui rendit une parfaite santé (1398). Etant sorti d'Avignon, il parcourut les royaumes de Valence et d'Aragon, où, en moins de deux ans, il fit des conversions innombrables, et rétablit de tous côtés la piété dans les villes, les bourgs et les villages.

Au commencement du XVe siècle, notre saint Missionnaire passa en France. La faiblesse de Charles VI, les divisions scandaleuses des plus puissants seigneurs. de ce royaume, les suites funestes du schisme, avaient réduit l'Eglise gallicane dans un état digne de pitié l'ignorance et la corruption des mœurs y exerçaient les plus grands ravages. Il fallait élever la voix, tonner avec force, ranimer la foi, remuer les consciences, arracher les pécheurs à leur vie criminelle. C'était une rude tâche Vincent s'en acquitta en apôtre.

Il évangélisa d'abord la Provence, le Dauphiné, puis il passa en Piémont et de Piémont en Lombardie partout il produisit les mêmes fruits de salut. Etant dans le Piémont, les habitants de Montcallier se plaignirent que, tous les ans, une tempête ruinait leurs vignes lorsqu'ils étaient près de faire la vendange. Il leur donna, pour remède, d'y jeter de l'eau bénite ce qui eut un si bon effet, que la tempête étant survenue, elle ne put nuire aux vignes qui en avaient été aspergées, tandis qu'elle ravagea celles des maîtres incrédules qui avaient négligé le moyen que le Saint avait donné. Du Piémont il vint en Dauphiné, l'an 1402, qu'il évangélisa plusieurs fois. Trois vallées surtout furent le théâtre de ses travaux et des miraculeux succès de sa prédication l'Argentière, Freyssinières et Yallouise, toutes trois situées sur la rive droite de la Durance, entre Embrun et Briançon. Elles étaient alors peuplées d'hérétiques, renommés par leurs violences, par leur profonde immoralité, et connus sous le nom de Vaudois.

Les récits que l'on fit à notre Saint sur les habitudes dissolues et barbares de ces hérétiques et sur les dangers d'une mission, au milieu des gorges sauvages qu'ils habitaient, loin de le décourager en l'effrayant, enflammèrent son zèle d'une sainte ardeur. Il pénètre donc chez eux il prêche, il s'élève avec force contre les monstrueuses erreurs de leur foi et les infâmes désordres de leur vie. Trois fois ils attentent à ses jours, trois fois il est divinement protégé. Enfin, ces hommes, vaincus par les vertus et l'éloquence du pieux missionnaire, abjurent leurs croyances et rentrent en foule dans le giron de l'Eglise. La transformation fut telle, que l'une de ces vallées quitta son nom de Val-Pute ou Vallée-de-Corruption, et prit le nom de Val-Pure ou Vallée-de-Pureté, nom qu'elle échangea, sous Louis XI, contre celui de Vallouise, qu'elle retient encore.

Du Dauphiné, il entra dans la Savoie. Sa mission de Savoie est des années 1402 et 1403. En 1402 se rencontrait le septième jubilé septenaire ou grand pardon de Notre-Dame de Liesse, à Annecy, qu'il prêcha. On remarque que dans ce pays le Saint eut à combattre le culte du Grand-Orient, probablement déjà une secte maçonnique. A Chambéry, il fonda, un couvent de son Ordre. Il parcourut ensuite le Piémont et le diocèse de Lausanne, où il détruisit le culte du soleil, établi parmi les paysans. Passant sur les frontières d'Allemagne, il se rendit en Lorraine, où l'on voit encore à Toul la chaire où il annonçait la parole de Dieu. A Gênes, l'an 1405, et bien qu'il parlât sa langue naturelle, qui était l'espagnol, le,s étrangers de toutes sortes de nations, qui étaient dans cette ville marchande, ne laissaient pas de l'entendre parfaitement. Il revint en France, où étant passé par Paris, il continua sa mission jusqu'en Flandre, dont il éclaira tout le pays par la lumière de ses prédications. Le roi d'Angleterre l'ayant pressé de venir aussi dans ses Etats, il s'embarqua pour l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande; il les parcourut durant les années 140K et 1407. Ensuite il repassa en France, et prêcha dans le Poitou et la Gascogne jusqu'au Carême de l'année 1408, qu'il employa à prêcher dans l'Auvergne. Ce fut là qu'il reçut des lettres d'Aben-Ava-Macoma, roi de Grenade, qui le suppliait de se transporter dans son royaume, afin de l'instruire des mystères de la foi, qu'il avait dessein d'embrasser. Ce fervent prédicateur, voyant une si belle occasion de combattre l'Alcoran et de bannir le Mahométisme d'Espagne, no manqua pas d'y voler, et, en trois semaines qu'il prêcha devant le roi, il le gagna si bien, qu'il en obtint aussi permission de travailler à la conversion de ses vassaux. Mais les grands de son Etat, animés par le démon, l'ayant menacé de faire soulever tout le peuple contre lui, et de lui faire perdre sa couronne, s'il ne chassait promptement ce nouveau prédicateur, ce roi pusillanime, saisi d'une vaine crainte, congédia saint Vincent sans se faire baptiser, et mourut misérablement, peu de temps après, dans son infidélité.

Le Saint laissant Grenade, vint à Barcelone et dans tout le pays de Catalogne et de Valence, où il fit faire des restitutions et des réconciliations qui paraissaient impossibles. Il dut consoler Don Martin, roi d'Aragon, de la perte funeste de son fils unique, roi de Sicile, mort au sein d'une insigne victoire remportée sur les peuples de Sardaigne. II prédit aussi la mort du même roi d'Aragon, en prêchant à Morelle, près de Valence. Après la mort de ce roi, de grands troubles s'étant élevés en Espagne, pour la succession à la couronne, Vincent passa en Italie, où il prêcha à Florence, à Sienne, à Lucques, à Pise et en plusieurs lieux d'alentour. Mais Jean, roi de Castille, l'ayant appelé pour mettre fin aux divisions dont nous venons de parler, il en vint heureusement à bout tout le monde s'en rapporta à son jugement, sur celui à qui la couronne d'Aragon devait appartenir. Il fut encore assez heureux pour retirer le roi de Castille du parti de Benoît XIII, et pour l'obliger à reconnaître pour Pape celui qui serait nommé par le concile de Constance, que l'on assemblait à cet effet.

On ne saurait croire ce qu'il fit ensuite par toute l'Espagne; car, à peine y eut-il ville, bourg ou village, même jusque dans l'île de Majorque et de Minorque, où il ne portât le flambeau de l'Evangile et la lumière de la vérité. Cette grande mission achevée, il rentra en France, prêcha de tous côtés dans le Languedoc, le Berri et la Bourgogne, et remplit ces trois provinces de la réputation de sa sainteté, par les grands miracles qu'il y fit.

Saint Vincent Ferrier était au Puy-en-Velay, lorsqu'un ambassadeur du duc de Bretagne, Jehan V, lui remit une lettre de son souverain, qui le priait de se rendre dans ses Etats. Il lui disait que plusieurs villes de Bretagne avaient entièrement oublié la doctrine et la loi de Jésus-Christ, au point qu'elles semblaient être habitées par des païens. Ces paroles affligèrent profondément le Saint, toutefois il ne put déterminer l'époque de son passage en Bretagne, parce qu'il voulait auparavant se rendre au concile de Constance. Pendant que, sur sa route, il opérait des prodiges, il reçut un second et un troisième ambassadeur du duc de Bretagne, qui le priait de nouveau de considérer combien sa présence était nécessaire dans ses Etats. Les fidèles n'y connaissaient plus la religion; à peine les ecclésiastiques savaient-ils les cérémonies de la messe. Les séculiers, faute de personne qui les instruisît, ignoraient non-seulement les commandements de Dieu, mais encore la manière de faire le signe de la Croix. Cette ignorance produisait une foule de désordres, jusqu'aux enchantements et sortilèges. Un aussi désolant tableau ne pouvait manquer d'émouvoir le cœur de saint Vincent. Il résolut de se rendre au plus tôt en Bretagne, et vers la fin de janvier 1417, il prit son chemin par le Bourbonnais, la Bourgogne, Dijon, Clairvaux, Langres, Nancy, le Berry, la Touraine dont la capitale était une Babylone d'iniquités. A Angers, ayant prêché contre le luxe excessif des femmes, il fit cesser le scandale. A Nantes, il fut reçu comme un ange et guérit plusieurs malades. A Vannes, où résidait le duc, qui a mérité le surnom de Bon, pour sa singulière douceur, l'évêque, assisté de ses chanoines et de tout le clergé, et le duc même avec la duchesse et tout ce qu'il y avait de nobles, de magistrats et de peuple dans la ville, vint au-devant de lui jusqu'à la chapelle de Saint-Laurent, à une demi-lieue des portes. Il fut conduit de cette manière avec mille acclamations de joie jusque dans l'église-cathédrale, où l'évêque voulut qu'il donnât la bénédiction. Le lendemain, on dressa une grande estrade devant le portail, où il dit la messe; après la messe, il prêcha sur ce passage du chapitre 4 de saint Jean, que l'on avait lu dans l'Evangile : « Recueillez les morceaux qui sont demeurés, de peur qu'ils ne soient perdus », et pressa avec une force merveilleuse ses auditeurs de profiter des restes du festin de la parole de Dieu qu'il apportait, comme s'il eût voulu signifier que sa mission finirait bientôt avec sa vie. Il prédit à la duchesse qu'elle accoucherait d'un fils qui arriverait à la couronne de Bretagne, ce qui s'est vérifié; car, bien que ce prince ne fût pas l'aîné, il n'a pas laissé de devenir duc, François Ier, son frère, étant mort sans enfants.

Quoique le travail de cette mission fût très-pénible, à cause de la corruption des mœurs et des vices invétérés des Bretons, le Saint étendit encore son zèle jusque dans la Normandie. Un pauvre misérable, étant au désespoir pour avoir donné au démon un papier signé de sa main, par lequel il s'abandonnait à lui, le Saint contraignit cet ennemi des hommes de rapporter publiquement ce papier, pour être déchiré et mis en pièces. Il délivra aussi une fille dont le démon s'était emparé, parce qu'elle n'avait pas fait le signe de la croix dans un grand tumulte qu'il avait lui-même excité dans la maison de son père mais s'il le chassa de quelques corps, il le fit sortir d'une infinité d'âmes, qui s'étaient rendues ses esclaves par le péché. Et tous ces pays se sont longtemps ressentis du changement qu'il y avait fait par la force de ses admirables prédications. On dit même que le présidial de Caen, après les prédications de notre Saint, fut plusieurs années sans avoir de procès à juger, la charité chrétienne rendant elle-même la justice, et terminant tous les différends des parties.

Le démon faisait bien tout ce qu'il pouvait pour empêcher ces grands fruits il s'est quelquefois travesti en ermite, et mêlé parmi ses auditeurs pour le décrier, et les détourner de l'entendre; d'autres fois il a excité des tempêtes et fait paraître en l'air des nuages noirs et épais, prêts à se résoudre en pluie et en grêle, afin que le monde qui était au sermon, en pleine campagne, se retirât promptement et allât chercher un abri dans les maisons. Il a pris aussi la figure de chevaux fougueux qui semblaient venir fondre sur l'auditoire, pour en troubler l'attention et interrompre le Saint au milieu de son discours. Mais cet homme admirable a toujours découvert ses ruses et dissipé ses mauvais desseins. Un jour, ce monstre lui dit que c'était avec raison qu'on l'appelait Vincent, puisqu'il était toujours victorieux, et que tout l'enfer ne lui pouvait pas résister.

La persécution des langues médisantes fut beaucoup plus sensible à saint Vincent que celle des démons, et, à dire vrai, ça été ici la pierre de touche par laquelle Notre-Seigneur a voulu éprouver la constance, la fidélité, l'amour du prochain, l'humilité et généralement toutes les vertus qui étaient en lui. En effet, il s'est trouvé des personnes, ayant même quelque apparence de piété, qui l'ont chargé d'injures, et qui l'ont traité de coureur, de bateleur, d'hypocrite et de faux prophète; d'autres disaient que c'était un prêcheur de fables et de rêveries, et qu'il n'entreprenait ces grandes missions que pour fuir la solitude, se soustraire à l'obéissance de ses supérieurs, avoir entrée chez les grands et se faire adorer des peuples. On montre même encore aujourd'hui des prisons que l'on dit avoir été sanctifiées par son humilité et son invincible patience. Mais toutes ces contradictions n'étaient que des fleurons pour composer sa couronne, et le faire paraître devant Dieu comme un or purifié par le feu et exempt de tout mélange. Sa vie, plus austère que celle des plus rigoureux solitaires, son aversion pour les charges et pour les dignités de l'Eglise, ses miracles continuels, et le succès inestimable de ses prédications, faisaient bien voir l'injustice de tous ces reproches, et que saint Vincent était un apôtre extraordinairement envoyé du ciel pour la réformation des mœurs des fidèles. Dieu fit aussi des prodiges pour punir ces langues médisantes; et la plupart, frappées de sa main, furent obligées d'avoir recours au Saint pour être délivrées des fléaux qu'elles s'étaient attirés par leurs calomnies.

Après avoir parcouru la Normandie, il retourna à Vannes, pour y continuer ses travaux. Mais les cinq compagnons qu'il menait toujours avec lui, pour l'assister dans les confessions et pour avoir une sainte compagnie avec qui il pût garder une forme de communauté hors des couvents de son Ordre, voyant que sa santé diminuait notablement, et qu'il ne pouvait pas vivre encore longtemps, le prièrent, avec beaucoup d'instance, de retourner à Valence, afin que cette ville, qui avait été le lieu de sa naissance, fût aussi celui de sa sépulture. Il leur résista quelque temps; mais, enfin, se rendant à leur avis, après avoir exhorté les habitants de Vannes à ne jamais oublier les vérités qu'il leur avait prêchées, il partit de nuit, avec ses confrères, pour prendre la route d'Espagne. Ils marchèrent toujours jusqu'au lever du soleil, et croyaient déjà être éloignés de plusieurs lieues de la ville; mais, le jour étant levé, ils virent qu'ils étaient encore aux portes. Vincent voyant ce prodige, dit à ses religieux qui étaient avec lui : « Rentrons, mes frères, Dieu veut que je meure ici, et jamais Valence n'aura mes os, parce qu'elle n'a pas voulu suivre les avis que je lui ai donnés ».

Ils rentrèrent donc dans la ville, et la joie y fut si grande, que l'on courut aux églises pour y sonner les cloches. Mais elle ne dura guère; car, peu de temps après, Vincent tomba malade et déclara à l'évêque, qui était Amaury de La Motte, et aux magistrats qui le vinrent voir, que dix jours après il partirait de ce monde. Il ne voulut point avoir de médecins on cette maladie, parce qu'il savait qu'elle était ordonnée de Dieu pour le disposer à la mort; mais il se confessait tous les jours, considérant le sacrement de la Pénitence comme un remède souverain contre les maladies de l'âme. Le lundi de la semaine de la Passion, il se fit appliquer l'indulgence plénière que le pape Martin V lui avait envoyée pour l'heure de la mort; il était persuadé que, malgré les travaux que l'on peut avoir entrepris pour la gloire de Dieu, l'on est toujours serviteur inutile et qu'on a toujours besoin de son indulgence et de sa miséricorde. Enfin, après avoir reçu les derniers Sacrements de la main du grand-vicaire de l'église cathédrale, il rendit son esprit à Dieu en présence de la duchesse Jeanne de France et de toutes les dames de la cour, le mercredi 5 avril, l'an de Notre-Seigneur 1419, et de son âge le soixante-dixième. Saint Vincent prêcha de 1398 à 1419. Par les fruits qu'il a produits, on ne saurait dire qu'aucun autre missionnaire l'ait dépassé. Il a été l'homme de la Providence pour maintenir les peuples dans la foi, à l'époque du schisme d'Occident.

Il serait curieux de dresser le tableau de tous les lieux, et spécialement ceux de notre pays, où Vincent laissa, pour ainsi dire, l'empreinte de ses pas nous nommerons quelques localités où a subsisté le plus longtemps le souvenir de son passage. Carpentras conserva avec vénération, jusqu'en 1793, la chaire dans laquelle Vincent prêcha le 14 décembre 1399; on voyait naguère à Clermont, celle où il monta en 1407; on lisait aussi dans une église de Nevers, une inscription qui rappelait ses prédications dans cette ville. A Rodez, la tradition porte qu'il prêcha dans un grand pré du prieuré de Saint-Félix, qui n'en est pas éloigné. A Saint-Omer, on vénéra longtemps son cilice. A Graus, en Catalogne, il institua la procession des disciplinants, et il jeta les fondements de cette compagnie merveilleuse de saintes âmes qui l'accompagnèrent dans ses pérégrinations apostoliques. Dans cette même ville de Graus, il laissa, comme un souvenir, un crucifix qui lui fut demandé par les habitants. Cette image devint l'instrument de plusieurs miracles.

Les anges le visitèrent souvent mais une des plus belles manifestations angéliques faites à notre Saint fut celle de l'ange gardien de Barcelone. En entrant dans la ville il vit, près de la porte, un jeune homme resplendissant de lumière, tenant un glaive d'une main et de l'autre un bouclier. Le Saint lui demanda ce qu'il faisait en ce lieu avec ces armes. « Je suis l'ange gardien de Barcelone, répondit-il, cette ville est sous ma protection ». Dans le premier sermon qui suivit cette vision merveilleuse, Vincent raconta ce qui lui était arrivé, félicita les habitants de Barcelone sur leur bonheur, et les pria de rendre des actions de grâces à l'ange qui les gardait; ce qu'ils firent en construisant une petite chapelle à l'endroit même où l'ange s'était montré au saint prédicateur. Une énorme statue d'ange surmonte encore aujourd'hui (1872) le palais de la douane à l'entrée du port de Barcelone c'est, sous une autre forme, le souvenir perpétué de la vision dont Vincent fut favorisé, et dont le récit dut extrêmement réjouir les cœurs des Barcelonais.

Nous ne savons si l'histoire en images de saint Vincent a été faite il nous semble qu'on pourrait la raconter de la façon suivante :

1° Sorti en procession, pendant qu'il est encore au berceau. Une longue sécheresse désolait Valence. Un jour que sa mère partageant la tristesse commune, exprimait son inquiétude, elle entendit son enfant emmaillotté prononcer distinctement ces paroles : « Si vous voulez de la pluie, portez-moi en procession ». Le petit Vincent y fut porté triomphalement, et à peine la cérémonie était-elle terminée qu'une pluie abondante tomba pendant plusieurs heures sur la terre desséchée telle est la tradition immémoriale des habitants de Valence.

2° Saint Dominique tient le jeune postulant par la main et le présente au prieur du monastère de Valence celui-ci avait eu en effet cette vision miraculeuse la veille du jour où Vincent vint frapper à
la porte des Dominicains, accompagné de son père (2 février 1367);

3° Un pauvre arrête sa mère dans la rue et lui dit : « Madame, pourquoi êtes-vous triste ? » Constance Miguel, en effet, après avoir consenti à l'entrée de son fils chez les Dominicains, alla un jour le solliciter avec larmes d'entrer dans le clergé séculier. Vincent lui rappela ces paroles de saint Bernard Celui qui sort du couvent pour rentrer dans le siècle quitte la compagnie des Anges pour prendre celle du démon. La noble dame étant allée chercher dans la maison une abondante aumône pour récompenser le pauvre, consolateur, de ses bonnes paroles, elle ne le trouva plus, malgré ses recherches; c'était un Ange.

4° A genoux, devant sa table de travail, il exhale vers le ciel une prière ardente car aussi studieux et, aussi savant qu'il était pieux, sa coutume était d'aller de l'étude à la prière, et de la prière à l'étude. Vincent connaissait l'hébreu, l'arabe et le grec.

5° Autre scène qui se rapporte au temps de ses études Une nuit, entre autres, qu'il priait devant le Crucifix des Martyrs, et qu'il méditait sur les douleurs de Jésus en contemplant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté sacré, il se sentit attendri jusqu'aux larmes, et dans sa vive compassion il s'écria : « O Seigneur, que vous avez souffert sur la croix ». Le crucifix tourna la tête du côté gauche où priait le Saint, et lui répondit : « Oui, Vincent, j'ai souffert toutes ces douleurs et plus encore ». Ce crucifix miraculeux, dont la tête garda la position qu'elle avait prise en prononçant ces paroles, a été religieusement conservé jusqu'à nos jours.

6° Debout sur une borne, au milieu do la place du Brou à Barcelone, alors affligée d'une horrible famine, il représente à ses auditeurs combien l'oubli des lois divines attire de fléaux sur les peuples chrétiens et prédit qu'à l'entrée de la nuit, deux vaisseaux uniquement charges de blé entreront dans le port un murmure accueillit cette prédiction du jeune orateur; mais à la grande surprise de tous ceux qu'avaient irrités sa prophétie, les vaisseaux annoncés purent aborder, malgré la tempête affreuse qui depuis plusieurs jours agitait la mer (1372-75).

7° Un nuage miraculeux le rend invisible à Violante, reine d'Aragon, épouse de Jean Ier. Cette princesse, qui s'était placée sous sa direction spirituelle, eut un jour la curiosité de l'aller voir dans sa cellule, malgré la défense expresse qu'il lui en avait faite. La cellule lui fut ouverte par les religieux ils le trouvèrent à genoux et priant, mais il fut impossible à la reine de le voir, quoiqu'il fût devant elle. « Je suis ici, dit Vincent, mais tant que la reine ne sortira pas, elle ne me verra pas ». Elle sortit enfin, et lorsqu'elle allait sortir. il se rendit visible, mais armé d'un visage sévère.

8° Un autre épisode nous montre que saint Vincent était peu tendre pour les grands de la terre, chez lesquels il ne voulut jamais ou presque jamais loger. Un jour qu'il prêchait sur le marché au bois à Valence, la princesse Jeanne de Prades, sœur de la reine d'Aragon, assistait à son sermon. Or, il arriva qu'une énorme pierre venue l'on ne sait d'où, tomba sur la tête de la princesse et l'étendit à demi morte. « Ce n'est rien, dit Vincent cette pierre n'est pas tombée pour tuer ta princesse, mais seulement pour abattre la tour qu'elle porte sur la tête », il désignait ainsi l'ornement extravagant de sa chevelure. Puis il lui cria Princesse : « Jeanne, levez-vous ». A la grande stupéfaction de tous, elle se releva saine et sauve.

9° Le Sauveur du monde, accompagné d'une multitude d'Anges et des glorieux Patriarches, Dominique et François, lui apparaît, lorsqu'il est malade à Avignon. Nous avons raconté cette vision plus haut.

10° II guérit des malades en leur imposant les mains. On cite spécialement un négociant, nommé Seuchier, habitant du bourg de Bram, dans le département de l'Aude, à qui Vincent rendit la vue, pendant la mission de Montolieu (25 mars 1426) un paralytique des environs de Lérida, que le Saint vit des yeux de l'esprit se traîner à une demi-lieue de l'endroit où il prêchait et qu'il envoya chercher par deux serviteurs du roi d'Aragon;

11° Voici le sujet d'un beau tableau Vincent est près du lit d'un moribond désespéré, qui répond à toutes ses exhortations par ces horribles paroles : « Je veux me damner au déplaisir de Jésus-Christ ». Vincent plein de confiance en la miséricorde de Dieu, se tourne vers le moribond et lui dit : « Malgré toi, je te sauverai ». Il invite les personnes présentes à invoquer avec ferveur la sainte Vierge, et l'on récite le Rosaire. Dieu veut montrer combien lui plaît l'héroïque espérance de son serviteur avant que le Rosaire soit terminé, la chambre du moribond est remplie de lumière la Mère de Dieu apparaît portant dans ses bras le divin enfant, mais tout couvert de sanglantes blessures. Le pécheur témoin de ce spectacle, demande pardon à Dieu et aux hommes;

12° Il ordonne à un enfant encore au maillot de marcher. Une femme venait de mettre un enfant au monde, et son mari, qui cherchait un prétexte pour la quitter, l'accusa d'infidélité. La femme désolée eut recours à Vincent : « Venez à mon sermon prochain, lui dit-il priez votre mari de se mêler à l'auditoire, et ne manquez pas de faire porter votre petit enfant ». Lorsque Vincent eut achevé son discours, il ordonna à la mère de déposer son enfant par terre, et à celui-ci d'aller trouver son père; l'enfant se mit à marcher et démêla, au milieu de la foule, celui qui était réellement son père. Un miracle aussi extraordinaire ne pouvait que faire rentrer la paix dans le ménage;

13° Il met un crucifix sur la bouche d'un ecclésiastique d'Avignon, constitué en dignité. Un jour, on vint lui dire que ce personnage ne vivait pas conformément à la dignité de son état. Il passe toute la nuit en prières, et au point du jour se rend au palais du prélat les mains armées d'un crucifix, entre et arrive jusqu'à la chambre où il était couché : « Mon fils, lui dit-il, Jésus vient vous trouver, faites la paix avec lui », en disant cela, il lui met le crucifix sur la bouche et sort rapidement. Le noble ecclésiastique, frappé de stupeur, rentra en lui-même et alla faire sa confession à Vincent.

14° Il change en statues de marbre deux pécheurs endurcis dans le crime. Prêchant un jour à Pampelune, il est saisi d'un ravissement soudain au milieu de son discours qu'il interrompt. Revenu à lui-même, il avertit son auditoire que Dieu lui ordonne de laisser là sa prédication pour aller empêcher une offense grave qui se commettait en ville. Aussitôt il se dirige, suivi d'une foule curieuse, vers un palais somptueux il touche de ses mains les portes fermées elles s'ouvrent d'elles-mêmes. On entend les voix de deux personnes qui se livrent dans une chambre aux ébats du plaisir. Vincent leur adresse la parole du dehors et les menace d'un châtiment terrible on se moque de lui. Alors Dieu frappa les moqueurs et ils furent changés en deux statues de marbre. Aussitôt Vincent entre et montre à l'assistance les effets terribles de la vengeance divine. Cependant, touché de compassion, il s'approche, et soufflant dans la bouche des deux statues, il leur rend la vie. Les deux malheureux se reconnaissent coupables et se confessent l'un après l'autre. A peine eurent-ils reçu l'absolution sacramentelle, que la véhémence de leur contrition leur donna une seconde mort aux pieds du Saint.

15° Il reçois un papier descendu du ciel. Prêchant un jour en Espagne, il est appelé pour assister un moribond encore plus chargé de péchés que d'années. A toutes les avances de cet ardent chasseur des pécheurs, le moribond ne répond que par des refus. Je vous assure, lui dit Vincent, que Dieu vous a pardonné je prends vos péchés sur moi, et si j'ai quelque mérite je vous en fais l'abandon. L'âme troublée du malade se rassure, et il finit par ajouter Je me confesserai, mais il faut auparavant que vous me mettiez par écrit la demande du pardon et la donation proposée. Aussitôt Vincent écrivit le tout sur une feuille de papier et la mit entre les mains du malade celui-ci entra dans une douce agonie et expira paisiblement. A peine avait-il rendu les derniers soupirs que la supplique disparut pour suivre l'âme au tribunal du souverain Juge. A quelque temps de là, comme Vincent prêchait sur la place publique à plus de trente mille personnes, on vit descendre du ciel une feuille de papier qui se plaça entre les mains du prédicateur c'était celle qu'il avait donnée au moribond. Vincent expliqua alors un mystère qui surprenait tout le monde. Qu'on juge de l'impression produite sur la foule par le récit de ce miracle surprenant une autre fois, appelé à Pampelune, près du lit de mort d'une pécheresse publique endurcie, il lui dit qu'il ferait venir du ciel son absolution, si elle promettait de se confesser. « S'il en est ainsi, je le veux bien, répondit la courtisane ». Alors il traça ces mots : « Frère Vincent supplie la très-sainte Trinité de daigner accorder à la présente pécheresse l'absolution de ses péchés ». L'écrit s'envola au ciel et revint quelques instants après portant tracé en lettres d'or l'engagement suivant : « Nous, très-sainte Trinité, à la demande de notre Vincent, nous accordons à la pécheresse dont il nous a parlé, le pardon de ses fautes nous la dispensons de toutes les peines qu'elle devait endurer, et si elle se confesse, elle sera dans une demi-heure portée dans le ciel ».

16° Il voit sainte Colette, sa contemporaine, en prières aux pieds du Sauveur et entend Jésus-Christ qui lui dit : « Tes pleurs me sont agréables, ma fille; mais les hommes qui blasphèment mon nom, sont bien peu dignes de pitié ».

17° Pendant qu'il célèbre la messe, à Valence,une femme lui apparaît comme sur l'autel entourée de flammes et tenant entre ses bras un enfant meurtri. C'était sa sœur Françoise qui, mariée à un riche négociant, avait commis l'adultère avec un de ses serviteurs, pendant l'absence de son mari. Couverte de honte, elle empoisonna cet homme, et fit périr le fruit de ses entrailles, avant qu'il vînt au monde. Pour comble de malheur, elle n'osa pas avouer ces fautes en confession. Enfin elle rencontra un prêtre inconnu, avoua ses crimes et mourut trois jours après. Elle était décédée depuis longtemps, lorsqu'elle s'adressa à son frère pour obtenir que sa peine fût abrégée. Vincent pria, et au bout de trois jours elle lui apparut couronnée de fleurs, environnée d'Anges et montant au ciel;

18° Entrant dans une maison, il obtient à une femme laide le don de la beauté; à Valence, qui fut bien souvent le théâtre des plus éclatants miracles de notre Saint, il arriva que, passant un jour par une certaine rue saint Vincent entendit sortir d'une maison des voix bruyantes et des cris de rage, accompagnés de parjures, de blasphèmes et d'horribles imprécations. Le Saint, entrant dans cette maison, en vit sortir le chef de famille suffoqué par la colère, et il trouva sa femme qui continuait à le maudire et à vomir d'exécrables blasphèmes. Aussitôt Vincent entreprit de l'apaiser. Il lui demanda pourquoi elle était si furieuse, et pour quelle raison elle proférait des blasphèmes si détestables. La femme répondit en sanglotant : « Mon Père, ce n'est pas seulement aujourd'hui, mais tous les jours et à toutes les heures du jour, que ce malheureux homme, mon mari, vient me persécuter, et il n'en finit jamais de me battre et de me déchirer de ses coups; ce n'est pas une vie, mon Père, c'est une mort continuelle, une damnation de l'âme, et un enfer pire que celui des démons ». « Non, ma fille, ne parlez pas ainsi, répondit le Saint avec une extrême douceur cette colère ne vous avance à rien, sinon qu'à offenser Dieu plus grandement encore, lui qui pour votre amour a souffert sur la croix et sur le calvaire. Mais dites-moi, de grâce, pour quelle raison votre mari vous persécute et vous maltraite de la sorte ? » « C'est que je suis laide », répondit la femme. « Et c'est pour cela, répondit le Saint, qu'il offense Dieu si fort ». Alors, levant sa main droite sur le visage de cette femme, il ajouta : « Allons, ma fille, à présent vous ne serez plus laide mais rappelez-vous de servir Dieu et d'être une sainte ». A l'instant même cette pauvre malheureuse devint la femme la plus belle qui se trouvât alors à Valence. Après cela, l'homme de Dieu l'exhorta avec beaucoup de gravité à servir le Seigneur bien fidèlement et à être sainte, l'assurant qu'à l'avenir son mari n'aurait plus occasion de l'injurier et de la maltraiter à cause de sa laideur. Ensuite il partit, content d'avoir ainsi retiré de cette maison l'occasion d'offenser Dieu aussi grièvement, et d'avoir remédié au sort éternel de cet homme qui maltraitait sa femme avec tant de cruauté. Ce miracle est devenu si célèbre en Espagne, que de nos jours encore, alors qu'on rencontre une femme difforme, on dit en manière de proverbe : « Cette femme aurait bien besoin de la main de saint Vincent ».

19° Chose qui semble incroyable ! un public entier l'a vu au milieu de sa prédication prendre subitement des ailes, s'envoler dans les airs, disparaître pour aller très-loin consoler et encourager une personne malade qui réclamait son assistance, et puis revenir de la même manière après avoir rempli cet acte de charité, pour continuer sa prédication. C'est pourquoi on représente Vincent avec des ailes, comme les anges.

20° Les Anges jouent un autre rôle dans les images de notre Saint. Au moment où son âme très-pure quittait son corps, les fenêtres de la chambre où il expirait s'ouvrirent d'elles-mêmes soudainement, et l'on vit entrer une foule de tout petits oiseaux, pas plus gros que des papillons, très-beaux et plus blancs que la neige ils remplirent non-seulement la chambre, mais toute la maison. Quand le Saint eut rendu le dernier soupir, ces oiseaux merveilleux disparurent, mais ils laissèrent l'endroit embaumé d'un parfum délicieux. Tout le monde fut convaincu que c'étaient des Anges qui s'étaient montrés sous cette forme pour venir chercher le Saint, et conduire son âme en triomphe au paradis;

21° Mais il est un troisième trait dans la vie du Saint qui est la raison principale pour laquelle on lui attribue des ailes. Le Saint, prêchant un jour à Salamanque à plusieurs milliers de personnes, arrêta un moment son discours puis il se mit à dire à la foule étonnée : « Je suis l'Ange annoncé par saint Jean dans l'Apocalypse, cet Ange qui doit prêcher à tous les peuples, à toutes les nations, dans toutes tes langues, et leur dire Craignez Dieu et rendez-lui tout honneur, parce que l'heure du jugement approche ». Saint Vincent, voyant le peuple surpris et paraissant même ne pas vouloir ajouter foi à ses paroles, répéta ces mots : « Je vous le dis encore une fois, je suis l'Ange de l'Apocalypse, et de cette affirmation je veux vous donner une preuve manifeste. Allez à la porte de Saint-Paul, vous y trouverez une morte qu'on conduit à la sépulture amenez-la ici, et vous aurez la preuve de ce que je vous annonce ». Ainsi que l'avait dit le Saint inspiré de l'esprit prophétique, on trouva la morte on la conduisit sur la place, et l'on mit le cercueil de façon à ce que tout le monde pût le voir. Saint Vincent ordonna à cette morte de revenir à la vie. « Qui suis-je? » lui dit-il en lui commandant de parler. La morte se leva aussitôt et dit : « Vous, père Vincent, vous êtes l'Ange de l'Apocalypse, ainsi que vous l'avez annoncé ». Le Saint demanda ensuite à la ressuscitée si elle voulait mourir de nouveau, ou si elle resterait encore volontiers sur la terre. Celle-ci répondit qu'elle désirait vivre encore, et le Saint lui dit : « Vous vivrez encore un bon nombre d'années ». Ce qui arriva effectivement;

22° Un autre prodige non moins extraordinaire que celui de l'apparition des papillons se fit au moment de sa mort, qui peut fournir un motif de plus aux artistes. Jean Liquillic, de Dinan, avait en sa possession plusieurs chandelles qui avaient servi à la messe du Saint, et il les gardait précieusement dans une caisse fermée à clef, en sa propre chambre. Le 2 février 1419 désirant les faire brûler en l'honneur de la Vierge, il va les prendre mais il ne les trouve point. Toutes ses investigations pour savoir ce qu'elles étaient devenues sont vaines. Mais quel n'est pas son étonnement, le 5 avril de la même année, en voyant toutes ces chandelles sur sa caisse, où elles étaient miraculeusement allumées. Il alla chercher sa femme pour contempler cette merveille, mais il n'en comprit pas d'abord la signification. Quand plus tard il sut que ce jour même était celui de la mort de saint Vincent, alors il s'expliqua le prodige ;

23° On pourrait ajouter l'âne. Nous avons déjà dit que, pauvre et humble, le religieux saint Vincent allait dans ses missions et partout à pied, jusqu'à ce qu'enfin, quelques années avant sa mort, ayant une plaie à la jambe, il fut dans la nécessité de se faire transporter. Le pauvre de Jésus-Christ ne voulut choisir d'autre monture qu'un âne chétif, c'est-à-dire l'animal le plus vil et le plus abject. Il en accepta un en aumône il n'avait pas d'argent pour l'acheter; sa pauvreté en outre était si grande, qu'il n'avait même pas de quoi le faire ferrer. Un jour il le conduisit à un maréchal ferrant, le priant par charité de vouloir bien lui ferrer sa bête. Quand l'opération fut terminée, le maréchal, ne pensant nullement avoir travaillé par charité, demanda au religieux le prix de la main-d'œuvre et de ses fournitures. « Je n'ai rien a vous donner, lui dit le Saint, mais Dieu vous récompensera de votre charité ». « Eh Père reprit l'ouvrier, je ne peux travailler uniquement par charité je suis, voyez-vous, chargé de famille. Payez-moi, ajouta-t-il, ou je ne vous rends pas votre âne ». Le bon Saint le pria de nouveau, en l'exhortant à lui faire cette aumône mais le maréchal répondit encore : « Il est certain que je ne peux le faire, et vous n'aurez ni la bête ni les fers que vous ne m'ayez payé ». Alors le Saint, ô prodige inouï! se tournant du côté de la bête, lui dit : « Cet homme ne veut pas donner les fers qu'il vous a mis, parce que je ne peux le payer; allons, rendez-les-lui, et partons ». A ces paroles, l'animal, comme s'il avait compris, secoua ses pieds l'un après l'autre, et jeta miraculeusement les fers que le maréchal lui avait posés. A la vue de ce miracle, l'ouvrier, stupéfait, se précipita aux genoux du Saint, lui demanda pardon de son avarice obstinée, et, ferrant de nouveau l'âne, il lui donna les fers et son travail par charité. Il se contenta de se recommander humblement aux prières du religieux, reconnaissant que si un Saint aussi grand priait pour lui, son intercession lui rapporterait bien plus que tout l'or et tous les trésors du monde ;

24° et la croix. Un jour Vincent se fit introduire dans la synagogue de Salamanque par un Israélite avec lequel il s'était lié d'amitié pour ce motif. Il y entra le crucifix à la main, ce qui mit la confusion et le trouble parmi les assistants. Mais le Saint les tranquillisa en leur disant qu'il était venu pour leur parler d'une affaire importante, et il le pensait bien ainsi, car il ne trouvait point d'affaire plus importante que celle du salut. A ce mot d'affaire importante, les Juifs s'imaginèrent donc que c'était pour leur parler de quelque intérêt public, et ils l'écoutèrent avec une grande attention. Alors, usant de douces et suaves paroles, Vincent commença à leur parler de la sainte foi chrétienne et particulièrement de la Passion et de la mort du Fils de Dieu. Pendant que le Saint prédicateur s'efforçait de persuader aux infidèles les gloires de la croix du Christ Rédempteur du monde, il parut un grand nombre de croix sur les habits de chacun de ceux qui étaient réunis dans cette célèbre synagogue. Mais ce qui est plus prodigieux encore, c'est que les croix qui paraissaient au dehors sur les vêtements des hommes et des femmes pénétraient invisiblement dans leurs cœurs, et, remués par la grâce divine, ils se firent tous chrétiens. La consolation du Saint fut si grande en cette prodigieuse conversion, qu'il voulut les baptiser tous de ses propres mains. Puis il fit consacrer cette synagogue en une église qui fut appelée la Vraie-Croix;

25° Le père Cahier, dans ses Caractéristique, reproduit une très belle figure de saint Vincent Ferrier. Drapé majestueusement dans son ample toge de dominicain, des ailes sont attachées à ses épaules nos lecteurs connaissent maintenant la signification de cet attribut. De la main droite, celui qui s'est qualifié lui-même d'Ange de l'Apocalypse montre le ciel, et sa main gauche tient avec aisance une immense trompette, comme souvenir de ses prédications sur le jugement dernier le même auteur indique les attributs suivants, comme étant plus spécialement caractéristiques du Saint dans l'art populaire le Monogramme du Nom de de Jésus, par allusion à ces paroles qui ouvraient à saint Paul et à tous les missionnaires la carrière de l'apostolat : « Il portera mon nom devant les peuples et les rois », ces mots de l'Apocalypse, tracés sur une banderole : « Craignez le Seigneur, et rendez-lui l'honneur qui lui est dû, parce que l'heure du jugement approche », une chaire, parce qu'on fait remonter à lui, sinon l'établissement, au moins la propagation de l'usage d'invoquer la sainte Vierge, avant le sermon ; un chapeau de cardinal à ses pieds, pour exprimer son refus des dignités ecclésiastiques un drapeau, comme symbole des prédications par lesquelles il enrôlait les pécheurs convertis sous la bannière de Jésus-Christ; l'enfant coupé en morceaux, auquel il rendit la vie une flamme sur le front, comme symbole de l'inspiration (manière peu recommandable) le lis, symbole de la virginité, conservée jusqu'à la mort. D'après le même auteur, saint Vincent Ferrier est le patron des briquetiers, tuiliers, plombiers et couvreurs. Nous n'avons pas découvert le motif de ce patronage. Serait-ce à cause des nombreux morts qu'il ressuscita ? (L'histoire a enregistré quarante résurrections, opérées par saint Vincent, entre autres celle d'un architecte.) Et parce que les hommes de ces diverses professions sont plus particulièrement exposés à des chutes mortelles ?

Terminons par le portrait de saint Vincent. Notre bienheureux Prêcheur était doué de toutes les qualités oratoires capables d'impressionner les multitudes. Un extérieur agréable prévenait d'abord en sa faveur il était de taille moyenne, bien proportionné, dégagé, beau de visage; des cheveux dorés formaient sa couronne ils blanchirent légèrement vers la fin de sa vie son front était large, majestueux, serein; le contour de sa figure était admirablement dessiné ses grands yeux bruns et vifs respiraient l'éclat, non moins que la modestie dans sa jeunesse il avait le teint blanc, coloré d'une rougeur vermeille; ses longues mortifications donnèrent à sa figure une austère pâleur, signe irrécusable de sa pénitence. Sa seule vue, aussitôt qu'il était en chaire, inspirait une merveilleuse componction au cœur de tous, tant la sainteté et les diverses vertus qui l'accompagnent, resplendissaient sur son visage. Sur la fin de sa vie il prêchait avec tant de force et de vigueur, avec tant de vivacité dans le geste, qu'il semblait non pas un vieillard abattu par l'âge et la fatigue, mais un puissant jeune homme échauffé par une impétueuse ardeur et arrivé à peine à sa trentième année. Ce déploiement subit de force pendant sa prédication était comme un miracle quotidien qui ravissait les assistants. Le sermon achevé, il redevenait de nouveau faible, infirme, exténué son visage était pâle, sa marche lente, il avait besoin de s'appuyer sur le bras secourable qui l'avait aidé à monter en chaire; on ne pouvait croire que ce fût le même homme, et on se disait que pendant qu'il prêchait, le Saint-Esprit agissait en lui pour ranimer son corps débile et lui communiquer une miraculeuse énergie.


Reliques et Ecrits de Saint Vincent Ferrier


Son corps fut solennellement déposé dans le choeur de l'église-cathédrale de Vannes, où il a fait un grand nombre de miracles, qui ont porté le pape Calixte III à le mettre au nombre des Saints, le 19 juin de l'année 1455, quoique la bulle de la canonisation n'ait été expédiée que sous le pontificat de Pie II, son successeur, l'an 1458, le 7 octobre. Tout ce qui lui avait servi, comme son habit, son bâton, le matelas où il avait couché pendant sa maladie et l'eau dont on l'avait lavé après sa mort, qui est toujours demeurée incorruptible, a fait quantité de guérisons miraculeuses. Après qu'il a été canonisé, on a relevé son tombeau, et ses ossements sacrés ont été transférés dans une châsse fermée de trois clefs; quelques vertèbres furent hissées dans le sépulcre, et la mâchoire inférieure fût mise dans un riche reliquaire. Les habitants de Vannes se sont vus plus d'une fois exposés au danger de perdre le corps de Saint Vincent. Vers le milieu du XVIe siècle, un corps d'Espagnols envoyé par Philippe II ayant protégé efficacement la ville contre les efforts des hérétiques, le chapitre de la cathédrale voulut témoigner au chef, Dom Juan d'Agnilar, sa reconnaissance, et lui offrit un fragment considérable d'un os des cotes. Mais les soldats formèrent le complot d'enlever le corps tout entier. Heureusement les chanoines furent avertis à temps. Ils cachèrent donc eux-mêmes, pendant la nuit, la châsse qui contenait le corps de saint Vincent, et ils le firent avec tant de secret, que cette châsse demeura inconnue et comme ensevelie dans l'oubli depuis l'an 1590 jusqu'en 1637. A cette époque elle fut découverte par l'évoque de Vannes, Sébastien de Rosmadec. Les saintes reliques furent vérifiées très exactement, et l'on en fit une seconde translation le 6 septembre, jour dès lors consacré pour en renouveler la mémoire tous les ans. La translation solennelle de ces saintes reliques a eu lieu, en effet, le 6 septembre. Jadis la fête se célébrait chaque année le même jour. Mais, depuis le Concordat, elle se célèbre le premier dimanche de septembre. Pendant les troubles révolutionnaires, le peuple de Vannes eut le bonheur de soustraire les reliques de saint Vincent Ferrier aux mains sacrilèges qui profanaient les églises pour s'emparer de leurs dépouilles. Le temps n'a pas diminué la dévot,ion de la Bretagne envers son Apôtre. Chaque année, le premier dimanche du mois de septembre, les reliques insignes de saint Vincent sont portées à travers les rues de Vannes, escortées par les autorités civiles, militaires et judiciaires, et par une foule innombrable; ce sont des prêtres qui ont l'honneur de porter ce gage précieux d'une protection constante. Toutes les maisons sont tendues de blanches draperies. Durant le choléra de 1854, une semblable procession consola le peuple de Vannes et diminua l'intensité du fléau.

Voici le titre des opuscules qu'a laissés saint Vincent Ferrier : « Le Traité des Suppositions Dialectiques ». Il le publia n'étant âgé que de vingt-quatre ans. « Traité de la Vie Spirituelle ». Ouvrage excellent et plusieurs fois traduit; très-utile et propre à consoler dans les tentations contre la foi. Saint Vincent de Paul reconnaissait saint Vincent Ferrier pour son patron spécial. Il étudiait sans cesse sa vie, et sans cesse il avait entre les mains le Traité de la vie spirituelle, afin d'y conformer son cœur et ses actes, et d'y conformer aussi le cœur et les actes des prêtres de son institut. « Traité du nouveau schisme qui a éclaté dans l'Eglise », adressé à Pierre, roi d'Aragon. Ce traité a pour sujet le grand schisme d'Occident qui, à cette époque, désolait l'Eglise. « De la fin du monde et du temps de l'Antéchrist ». Epître écrite à Benoît XIII, résidant à Avignon. « Epitre au Père de Puynois, général de l'Ordre des Frères Précheurs », pour lui donner conaissance de ses travaux apostoliques. « Fragments d'épitres à son Frère Boniface », alors prieur de la Grande-Chartreuse. « Fragment d'Epitre à Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris ». Cette épitre fut écrite pendant la tenue du concile de Constance. « Deux Epîtres à Don Martin, infant d'Avignon », « Epître à Ferdinand 1er, roi d'Aragon ». Tous les ouvrages ci-dessus indiqués sont en latin; excepté les deux lettres à l'infant Don Martin, que nous venons de citer, et qui sont en catalan. « Suffrage pour l'élection de Ferdinand. roi d'Aragon ». « Sentence que neuf hommes choisis portèrent en faveur de l'infant Ferdinand en l'année 1410 ».Tous ces opuscules de saint Vincent furent recueillis par le Père Vincent Justiniano, et publiés en un volume à Valence, en 1591. On attribue encore au même Saint deux autres opuscules; l'un, en latin, a pour titre : « Revue de l'homme intérieur » ; et l'autre, écrit dans sa langue maternelle, traite des cérémonies de la messe.

 

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Texte extrait des « Petits Bollandistes », de Monseigneur Guérin, Volume 4, Paris, 1876

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Les Vendredis de Saint Vincent Ferrier 1/3

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Les vendredis de Saint Vincent Ferrier


Au pieux lecteur


A mon sens, rien ne peut mieux exciter une âme dévouée à Saint Vincent Ferrier, que les quinze degrés de perfection enseignés par le Saint lui-même dans son Traité de la vie spirituelle. Ne vous effrayez pas, pieux lecteur, en entendant prononcer ce mot de perfection ; car si la chose était aussi difficile qu'on se le figure, Notre-Seigneur Jésus-Christ ne l'aurait pas recommandée à la foule lorsqu'il dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». (Matthieu 5 : 48) La pratique en est sans doute un peu difficile, je ne le nie pas ; mais la vertu est un bien si grand que, pour l'acquérir, il est juste de surmonter toutes les difficultés qui l'entourent. D'ailleurs, si vous cherchez à y arriver par l'échelle royale dressée par le Saint, vous trouverez cet exercice si suave, qu'il vous semblera voir l'âme monter au ciel par un chemin semé de roses.

Le saint, votre avocat, a agi en cela comme fait ordinairement une bonne mère pour son petit enfant ; afin de l'habituer à manger du pain, elle le lui taille en petits morceaux. De même saint Vincent : pour donner le pain de la perfection, cette nourriture si forte, aux plus faibles et aux plus petits dans la vertu, l'économe de Dieu l'a partagé en quinze degrés, tels qu'ils vous sont proposés en ces vendredis. C'est donc un très utile exercice pour acquérir, conjointement avec la protection d'un si grand saint, la perfection elle-même. Voici l'ordre que vous pourrez suivre. Premièrement, vous ferez sur chaque perfection successive une courte lecture, littéralement tirée du chapitre 18 du Traité de la vie spirituelle, composé par le saint. Pour la plus grande consolation des personnes simples, on a accompagné le texte d'une explication brève, mais très solide. Secondement, vous ferez une prière au saint, pour obtenir par son intercession le degré de perfection qu'il vous enseigne. En dernier lieu, pour vous animer efficacement à mettre en lui votre confiance, vous lirez un court entretien sur quelques miracles opérés par le saint. Vous terminerez le tout par une dévote prière, comme sept Pater et sept Ave, ou les litanies du saint.

En tout temps de l'année on peut célébrer les vendredis en l'honneur de saint Vincent, selon les besoins temporels et spirituels de chacun. Mais ceux qui ont une dévotion particulière à ce saint sont dans l'habitude de célébrer les sept vendredis avant sa fête, et les sept vendredis après. Tous les vendredis on fera bien de visiter la chapelle du saint, ou quelqu'une de ses images; on fera bien aussi de jeûner le même jour, si l'on peut; et quand on ne le pourra pas, il faudra y suppléer par quelque œuvre pieuse, d'après l'avis de son confesseur. Le même jour on devra se confesser et faire la sainte communion, pour gagner les indulgences accordées par le grand pontife Benoît XIII, et renouvelées par Pie VII. On devra faire une demi-heure d'oraison mentale, soit en une fois, soit en la partageant en un quart d'heure le matin et autant le soir.

Il faudra méditer les explications et les pratiques sur les perfections de la Vie spirituelle, proposées par le saint. Enfin on récitera sept Pater, sept Ave et sept Gloria Patri en l'honneur des sept dons de l'Esprit-Saint dont fut grandement enrichi notre saint.

Outre l'exercice des sept vendredis avant et après la fête du saint, je vous en propose un autre plus court et plus profitable : tous les vendredis de l'année, qui sont en l'honneur du saint, choisissez une vertu pratiquée par lui, et excitez-la en vous; par exemple : la charité, l'humilité, la mansuétude, l'obéissance, la modestie, la chasteté, la patience, la résignation, etc. ; et cela non pas d'une manière faible et passagère, mais constante et ferme, vous excitant à pratiquer la même vertu; la patience, par exemple, pendant plusieurs vendredis et autres jours, jusqu'à ce que vous la possédiez, et que pas à pas vous puissiez arriver à les pratiquer toutes. En cela, en effet, consiste la vraie dévotion au saint : l'imitation de ses vertus.

 

Pieuse oraison à Saint Vincent Ferrier à dire chaque vendredis de sa dévotion, pour obtenir sa protection et son assistance tous nos besoins et nécessités.

 

O glorieux apôtre de l'Espagne, miséricordieux thaumaturge saint Vincent Ferrier, me voici à vos pieds, misérable que je suis, pour vous supplier de me prendre sous votre puissante protection. Aujourd'hui donc et pour toujours, je vous choisis pour mon avocat particulier. Obtenez-moi de la divine clémence la grâce de m'enrichir par l'imitation de vos vertus. Je désire avoir en mon cœur un amour qui me consacre tout à Dieu et me rende fidèle à l'aimer souverainement et à le servir de tout mon cœur. Je désire que cet amour me porte à me consacrer au service de mon prochain, à l'aider et à le soulager dans ses nécessités. Je désire avoir une humilité qui me soumette à tous, et qui, m'éclairant sur ma misère, me dispose à me mettre au-dessous de tous. Je désire posséder une patience qui me rende fort dans l'adversité, humble dans les offenses, tranquille dans les calamités, sans emportement dans les infirmités, et résigné en tout à la volonté divine. Je désire enfin avoir un zèle véritable par lequel, en opérant comme je le dois pour le salut de mon âme, je me garde toujours d'être une occasion de chutes pour les autres.

Toutes ces vertus et les autres qui me sont nécessaires pour l'entier accomplissement des devoirs de mon état, obtenez-les moi, cher saint Vincent, afin qu'imitant en partie vos innombrables vertus, je puisse, par votre intercession, rester fidèle à mon Dieu. Je vous recommande, comme à mon protecteur, tout mon être : sous les yeux très-doux de votre compassion, je mets tous mes besoins spirituels et temporels, et tous ceux de mes parents, de mes amis et de mes ennemis, comme aussi de tous ceux qui se confient en Dieu et en vous. Ah! très-puissant saint, obtenez-nous aujourd'hui et pour toujours la grâce que vous connaissez être la plus nécessaire à notre avancement spirituel, et celle qui pourra mieux nous servir pour arriver à l'éternelle béatitude. Fortifiez-nous contre les ruses du démon, défendez-nous contre les ennemis de notre salut, délivrez-nous des périls de l'âme et du corps, et obtenez-nous la grâce de vivre avec Dieu sur la terre, afin de pouvoir arriver à jouir de lui avec vous dans le ciel. Ainsi soit-il.

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Les Vendredis de Saint Vincent Ferrier 2/3

Les Vendredis de Saint Vincent Ferrier

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Première partie

Les Sept Vendredis précédant la Fête du Saint

 


Premier Vendredi


Quinze perfections sont nécessaires à celui qui veut servir Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la vie spirituelle. La première est une claire et parfaite connaissance de ses manquements et de ses défauts.


Explication

 

« Voilà, dit saint Vincent Ferrier, le premier pas à faire pour une âme qui veut marcher dans le chemin de la perfection : il faut se connaître soi-même. C'est que la connaissance de soi-même est le fondement de l'humilité, qui produit elle-même la crainte de Dieu. Pleurer et connaître ses propres misères, c'est le principe du salut. Saint Jérôme nous l'assure ». (Chapitre 15).


Pratique

 

Le moyen d'acquérir cette connaissance consiste à examiner souvent sa propre conscience, à recevoir volontiers la correction fraternelle, et à désirer même d'être averti de ses défauts ; à ne jamais penser à ceux des autres, mais à veiller sur soi» comme l'Apôtre nous y exhorte : « Soyez attentifs sur vous-mêmes, etc ». (1 Timothée 4 : 16)


Prière au Saint

 

O grand Saint Vincent Ferrier, en quelles angoisses cruelles se trouve mon âme ! Si je me regarde à l'intérieur, je ne puis me supporter; et pourtant, si je ne réfléchis sur moi-même, il me sera impossible de me connaître ! Quand je considère ce que je suis, je m'épouvante ; et, au lieu de me corriger, je me désespère presque, en me voyant chargé de tant de péchés et de tant de défauts ! Mais si je néglige l'examen de mon intérieur, je me croirai peut-être dans le chemin du salut, et j'irai les yeux fermés me précipiter dans l'enfer ! Que ferais-je donc ? Je recourrai à vous, ô mon protecteur, glorieux Apôtre du XVe siècle, grand Saint Vincent. Quand vous étiez sur la terre, vous recherchiez ardemment les pécheurs, afin de leur inspirer un vrai repentir par la connaissance de leurs iniquités, et alors, avec une bonté inexprimable et une joie indicible, vous les receviez dans votre cœur. Me voici, grand Saint, prosterné à vos pieds. je reconnais ma misère et la gravité de mes offenses, mais je ne les connais pas encore aussi clairement que je le voudrais. Obtenez-moi, je vous en prie, un rayon de la céleste lumière; que par elle je me connaisse vraiment tel que je suis. Mais que cette lumière me console par l'espérance du pardon, qu'elle m'anime à me corriger, et qu'au milieu des assauts de mes passions je reste ferme dans le droit sentier de la vertu. Vous avez obtenu cette grâce à des milliers de pécheurs que vous avez délivrés des ténèbres du péché, convertis à Dieu et amenés à la perfection. Ne pourrais-je espérer autant ? Oh ! Oui, je l'espère, parce que je sais combien votre intercession est puissante. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Parmi les innombrables prodiges que le Saint opéra à Valence et ailleurs, on compte la guérison des yeux malades et la restitution de la vue à beaucoup d'aveugles. Mais, pour votre plus grande satisfaction, je m'arrêterai à un fait particulier. Écoutez ce qui lui arriva avec un marchand qui avait perdu la vue. Cet homme nommé Seuchier, habitant du bourg de Bram, dans le département de l'Aude, entendit dire que Saint Vincent Ferrier était allé à Montolieu ; aussitôt il s'y fit conduire pour recevoir de lui la guérison de son infirmité.

Le très affable Saint alla au-devant du marchand dans l'escalier de l'abbaye des Bénédictins, où il avait choisi son asile ; et lorsque cet homme fut averti que le saint venait au-devant de lui, il se jeta à terre en sa présence, disant : « Maître, puisque vous êtes, ainsi que je le crois, vrai disciple de Jésus-Christ, je vous prie de me rendre la vue que j'ai perdue depuis trois ans ». Saint Vincent, faisant sur ses yeux le signe de la croix, le guérit parfaitement, et le marchand recouvra subitement la vue.

Reconnaissez ici vous-même la grande bonté du saint, qui court au-devant de ceux qui viennent à lui pour obtenir quelques grâces. Remarquez sa promptitude à satisfaire aux besoins de son prochain, car a peine l'aveugle lui a-t-il demandé la vue qu'il la lui rend aussitôt. Que vous êtes heureux d'avoir choisi pour avocat un saint si bon et si prompt à secourir ceux qui l'invoquent ! S'il montra une libéralité si grande envers un homme privé des yeux du corps, combien n'en montrera-t-il pas davantage envers votre âme, hélas ! Frappée de la cécité spirituelle !


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.



Deuxième Vendredi


La seconde perfection est une généreuse et continuelle résistance aux mauvaises inclinations et aux désirs contraires à la justice.

 

Explication

 

Beaucoup mettent la différence qui sépare les serviteurs de Dieu de ceux qui ne le servent pas, dans l'absence des mauvaises inclinations. Ils se trompent; car servir Dieu, ce n'est pas n'éprouver jamais, mais ne consentir jamais aux tendances perverses et aux passions corrompues. Aussi le Saint homme Job définit-il la vie de l'homme un combat continuel. « Dieu, dit le cardinal Hugues de Saint-Cher, nous a placés ici-bas, afin que, combattant nos Mauvaises inclinations, nous puissions gagner la couenne immortelle ».

 

Pratique

 

Ne vous excusez pas en disant : « J'ai un naturel mauvais ». Dieu vous a donné ce naturel afin que vous le domptiez, et que par là vous puissiez acquérir une grande récompense dans le Ciel. N'accusez donc plus vos passions d'être la cause de vos chutes ; rejetez plutôt la faute sur vous-même, qui ne savez ni ne voulez les modérer. Lorsque les passions s'irriteront, rappelez-vous qu'il faut les vaincre si vous voulez arriver à la perfection, puisqu'il est écrit : « Celui-là seul sera couronné, qui aura courageusement combattu ». (2 Timothée 2).

 

Prière au Saint

 

Grand Saint Vincent Ferrier, qui avez toujours montré une si rare fidélité à la Grâce, en réprimant continuellement en vous-même jusqu'à la fin les instincts mauvais dont nous avons tous reçu le funeste héritage du premier père, je vous en prie, ne permettez pas que mon âme flatte sa lâcheté et s'autorise des difficultés de la vertu pour vivre dans l'oubli de ses devoirs, dans une honteuse connivence avec les sens, dans l'esclavage indigne des passions. Sans doute je suis pétri, pour ainsi dire, d'une corruption infecte. Une fatale expérience ne me le confirme que trop : « J'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché ». (Psaume 50). Il y a en moi l'homme de l'esprit, puisque je suis chrétien ; mais il y a aussi l'homme de la chair, et ce dernier est puissant, audacieux, tyrannique : il se révolte insolemment contre l'autre, il prétend régner en maître, il veut le dominer, l'étouffer. Grand Saint, assistez-moi de votre intercession efficace dans la lutte ardente qui se déclare. Que ferai-je, que deviendrai-je si vous m'abandonnez ? Avec Dieu, grand Saint, soyez toute ma force, je vous en supplie. Alors je répéterais avec l'Apôtre : « De moi-même je ne puis rien, mais je puis tout en celui qui me fortifie ; je puis tout en mon Dieu, je puis tout en Vincent, son Serviteur. Avec l'aide de Dieu, avec l'aide de Vincent, mon protecteur bien-aimé, j'attaquerai résolument les ennemis intérieurs de mon salut, je résisterai à leurs murmures, à leurs révoltes, à leurs exigences, à leurs assauts ; je m'en rendrai le maître, et comme vous, ô grand Saint, je mériterai l'éloge du victorieux ». Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Dès sa jeunesse Saint Vincent Ferrier passait souvent la nuit en oraison. Une fois, méditant devant l'autel de la Très Sainte Vierge, le tentateur lui apparut sous la figure d'un ancien Père du désert, ayant une barbe qui descendait presque jusqu'à la ceinture. Il s'approcha du Saint et lui dit :

« Frère Vincent, je suis venu du ciel pour te visiter, à cause de l'affection que je te porte, et par la compassion que j'ai de toi, afin de te donner quelques avis qui te seront bien utiles pour te conduire au vrai chemin du ciel sans te fatiguer dans le milieu du voyage. Je suis un de ces célèbres anachorètes qui peuplèrent les solitudes d'Égypte; dans ma jeunesse je menai une vie dissolue, et je me livrai aux plaisirs des sens. Depuis, tremblant d'être surpris par une mort soudaine, je songeai à changer de vie, et je me retirai dans le désert, où, déjà rassasié des plaisirs du monde et aidé de la grâce de Dieu, j'entrepris de mener la vie d'anachorète. J'obtins le pardon de mes péchés, et je m'ensevelis dans cette retraite, où je ne m'occupai qu'à plaire à Dieu. Si donc tu désires arriver à la cime de la perfection, et terminer ta vie d'une façon vraiment sainte, suis les conseils que je vais te donner. N'afflige pas ton corps à la fleur de ton âge, et ne te livre pas à tant de mortifications. Personne ne peut vivre sans accorder tôt ou tard quelque chose aux exigences de ses propres passions, et il est mieux de le faire dans la jeunesse que dans un âge plus avancé. Lorsqu'on arrive à l'époque où l'on doit craindre la mort, alors par de ferventes prières et une sincère pénitence on peut obtenir facilement le pardon des plaisirs charnels qu'on a goûtés dans le jeune âge, et arriver au ciel pour jouir de ses pures délices avec les anges, et parmi tant d'autres saints pénitents ».

A peine l'ange de ténèbres transformé en ange de lumière eut-il prononcé ces dernières paroles, qu'il crut voir saint Vincent Ferrier tenté contre la constance et la persévérance dans les entreprises de mortification avec lesquelles il avait résolu de conserver l'innocence de son baptême jusqu'à la mort. Mais le valeureux soldat de Jésus-Christ, s'armant du signe de la croix et prononçant les doux noms de Jésus et de Marie, répondit : « J'ai consacré à Dieu ma jeunesse et ma vieillesse, parce que je veux lui donner entièrement ma vie ». Alors le démon, se voyant découvert et vaincu, s'enfuit tout confus en jetant des cris et des hurlements affreux, et en laissant derrière lui une odeur fétide et insupportable. A l'imitation du saint, repoussons courageusement les perfides insinuations au moyen desquelles Satan voudrait nous empêcher de secouer le joug de la concupiscence pour embrasser la loi de l'esprit.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.


Troisième Vendredi

 

La troisième perfection est une crainte continuelle des péchés commis jusqu'à ce jour contre Dieu ; péchés au sujet desquels nous ne pouvons savoir si nous avons satisfait, et si Dieu nous les a pardonnés.


Explication

 

Beaucoup, après avoir confessé leurs péchés, n'y pensent pas plus que s'ils ne les avaient jamais commis, et ils n'en font pas pénitence. Ceux-là ont un pressant besoin d'acquérir le troisième degré de perfection enseigné par Saint Vincent. Ainsi, après avoir connu et confessé ses péchés, et après s'en être corrigé, celui qui veut être parfait doit, tout en ayant l'espérance du pardon, avoir encore de la crainte pour les fautes passées, et ne jamais cesser de les pleurer avec un continuel repentir qui lui transperce le cœur; c'est qu'effectivement il est certain d'avoir offensé Dieu, mais il est incertain d'en avoir obtenu le pardon. « Bienheureux l'homme qui craint sans cesse », dit l'Esprit-Saint dans l'Écriture. (Proverbes, chapitre 28).

 

Pratique

 

La manière de s'exercer à cette sainte crainte de Dieu est de faire souvent des actes de contrition et de recourir aux saints avocats, afin qu'ils apaisent la juste colère de Dieu. En outre, celui qui tremble vraiment pour les péchés passés, qui reconnaît avoir offensé Dieu par des plaisirs défendus, s'abstient même de ceux qui sont permis, afin de satisfaire pour les fautes passées. C'est Saint Grégoire qui nous l'enseigne.


Prière au Saint

 

Après avoir offensé Dieu comme j'ai eu le malheur de le faire, il est bien juste, ô Saint Vincent Ferrier, mon protecteur, que je n'oublie jamais le mal dont je me suis rendu coupable, et de m'en humilier sans cesse devant Dieu, comme vous me l'enseignez. O vous qui par votre parole éloquente inspiriez aux pécheurs qui vous entendaient les sentiments d'une contrition si vive et si parfaite, continuez à mon égard ce ministère plein de vertu. Faites que j'aie sans cesse devant les yeux les jugements terribles du Seigneur, faites que la mémoire de mes iniquités ne s'efface jamais de mon âme. Semblable aux pénitents que vous avez convertis d'une manière admirable, faites que je puisse dire avec eux, comme avec le Prophète repentant : « Mon péché est sans cesse contre moi ; il est toujours devant mes yeux ; jour et nuit je le déplore, je l'abhorre, je le déteste, j'en demande pardon au Seigneur ». Oui, doux Vincent, que ce soit là le cri de mon âme, le sentiment perpétuel de mon cœur ; que sans cesse je crie : « Miséricorde, mon Dieu, Miséricorde ! Nous avons agi injustement à Votre égard, nous avons commis l'iniquité, nous sommes des ingrats, nos prévarications sont sans excuse ». (Psaume 105). Oui, doux refuge des âmes pénitentes, accueillez vous-même ces paroles que m'inspire la vue de votre vie si sainte en comparaison de la mienne qui est si méprisable. Soyez mon intercesseur. Fléchissez pour moi la justice de mon Dieu, afin que, changé intérieurement, je puisse répéter avec confiance tous les jours de ma vie cette affirmation consolante du roi David : « Seigneur, vous ne rejetterez point un cœur contrit et humilié ». (Psaume 4). Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Lorsque saint Vincent Ferrier était en France, il se trouvait à Béziers un homme qui avait commis de grands crimes, entre autres celui de l'inceste, et de plus il désespérait Presque entièrement de la Miséricorde Divine. Le saint étant allé prêcher dans la ville habitée par ce grand criminel, celui-ci alla l'entendre, et il fut tellement pénétré du feu de ses paroles, qu'il vint, tout contrit et humilié, se jeter à ses pieds pour lui faire l'accusation de ses péchés. Effectivement il se confessa avec une contrition si grande, que Saint Vincent, lui ayant imposé sept années de pénitence, il s'écria : « Comment, mon Père ! Pour des péchés si graves, une si légère pénitence ! » « Oui, mon fils, répondit le saint, et je veux même vous la diminuer. Votre pénitence ne sera pas un jeûne de sept ans, mais seulement de trois jours au pain et à l'eau ».

La douleur de ce vrai pénitent s'accrut en entendant le Saint diminuer ainsi une pénitence qui lui paraissait déjà trop faible, et il répondit : « Mais, mon Père, est-il possible que pour des fautes si graves vous m'imposiez une satisfaction si légère ? » A ces paroles Saint Vincent répondit avec une sainte résolution : « Allons, mon fils, je ne veux vous imposer d'autre pénitence que celle-ci : trois fois la récitation du Pater ». Le pénitent, sincère et soumis, inclina humblement la tête, et se mit à réciter ses trois Pater. Mais sa douleur fut si grande, sa contrition si parfaite que, ne pouvant terminer sa pénitence, il tomba mort aux pieds du Saint Confesseur. La nuit suivante, l'âme glorieuse de ce pénitent apparut à Vincent : « Par la grande miséricorde de Dieu, dit-elle, et à cause de ma contrition parfaite, le Seigneur m'a octroyé son pardon complet, et je suis entré dans le paradis sans passer par les flammes du Purgatoire ».

Dans un autre lieu, une femme qui menait une vie scandaleuse était venue à l'église pour entendre prêcher le saint. Mais comme elle y était allée pour tout autre motif que celui d'entendre la parole divine, elle se mit à une place bien apparente, afin d'être mieux vue de ses admirateurs. L'homme de Dieu monte en chaire, et il se met prêcher contre les vains ornements des femmes et contre les péchés des sens. Il exhorte avec force ses auditeurs à les détester comme autant d'offenses de Dieu très graves. O puissance admirable de la Parole divine ! Les exhortations du saint pénétrèrent le cœur de la courtisane, au point que la contrition dont elle fut saisie lui fit verser une grande abondance de larmes de repentir; sa douleur fut même si vive, qu'elle en fut suffoquée : elle tomba morte par terre à la vue de tout l'auditoire.

Tous ceux qui étaient présents avaient été témoins de sa douleur et de ses larmes, mais néanmoins ils tremblaient pour le salut de son âme. En la voyant mourir ainsi subitement, ils prirent cette mort soudaine pour un châtiment de Dieu, et ils déploraient sa perte, qui pouvait être éternelle. Mais le saint orateur les consola promptement : « Mes braves gens, leur dit-il, ne craignez pas pour le Salut de cette femme, parce que sa contrition parfaite l'a sauvée. Priez pour elle ». A ces paroles, le saint prédicateur fut interrompu par une voix venue du ciel qui lui dit : « Il n'est plus nécessaire de prier pour elle, mais priez qu'elle intercède pour vous, parce qu'elle est déjà en paradis ». Ainsi fut confirmé ce qu'avait annoncé le saint, que la contrition parfaite avait sauvé cette femme, et que déjà elle jouissait de la couronne de gloire parmi les âmes des vrais pénitents qui sont dans le ciel. Que ces beaux exemples vous animent à concevoir de vos péchés une vive haine et un sincère repentir !

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.


Quatrième Vendredi


La quatrième perfection est une frayeur continuelle que notre fragilité ne nous fasse faire des chutes nouvelles semblables aux anciennes, et peut-être plus grandes.


Explication

 

Dans ce degré le saint nous montre que plus l'âme s'approche de la perfection, plus elle doit craindre de nouvelles chutes. Ainsi elle fera bien de s'enraciner dans une sainte et filiale crainte de Dieu. Cette crainte est comme un rocher qui préservera l'âme des péchés futurs; car si elle en sort, elle s'expose inévitablement à des désastres irréparables, conformément à ce que nous lisons dans l'Ecclésiaste: « Si tu ne restes continuellement dans la crainte de Dieu, ton édifice tombera vite ». (Ecclésiaste, chapitre 1) Ces paroles concernent l'édifice de la perfection, que chacun doit chercher à élever.

 

Pratique

 

Pour se tenir dans une filiale crainte de Dieu, le moyen le plus efficace est d'éviter les fautes légères, les péchés véniels ; ces choses offensent Dieu. Or quiconque néglige les petites fautes, tombe infailliblement dans les grandes. « Qui craint Dieu, dit le Sage, ne néglige rien, mais fait compte de tout ». (Ecclésiaste, chapitre 7).


Prière au Saint

 

Hélas! de quelque côté que je me tourne, je me trouve dans un péril évident. Je considère ma vie passée, alors il me semble voir l'enfer près de m'engloutir dans ses flammes. Je jette un regard sur ma vie présente, aussitôt je me vois dans le monde comme dans un abîme de vices. Si je n'ai un ange qui tempère cet incendie, comme celui qui éteignit avec un vent rafraîchissant les flammes de la fournaise de Babylone où les trois enfants avaient été jetés, hélas! me voilà perdu. Mais heureusement je le vois, ô Saint Vincent Ferrier, très fidèle avocat de mon âme, vous qui avez été cet ange envoyé de Dieu dans le monde pour le délivrer de l'incendie des vices par le vent de la crainte de Dieu, qui, au dire de Saint Bonaventure, est semblable à celui avec lequel l'ange éteignit les flammes de Babylone. O vous qui avez donné une si grande crainte au monde en prêchant le jugement universel par ces paroles : « Craignez Dieu et rendez-lui l'honneur qui lui est dû, car l'heure du jugement approche (Apocalypse, chapitre 14) ; et qui par ces mots avez transformé le monde, qui était un repaire de tous les vices, en un véritable paradis de vertus ; réparez, je vous en prie, ô glorieux Saint Vincent, mon âme si pauvre et si misérable, par cette douce brise de la crainte de Dieu, afin que je ne périsse ni dans cet incendie des vices en ce monde, ni dans l'éternel incendie de l'enfer. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Vous avez prié votre grand avocat, afin que, comme l'ange du Seigneur, il Vous délivre par la crainte de Dieu de l'incendie des vices ; vous ne pouviez l'invoquer sous un titre qui lui fût plus cher, puisque saint Vincent se complaît grandement dans ce nom d'ange ; il fut le premier en effet qui, inspiré de Dieu, se le donna à lui-même, et comme preuve que ce nom lui était bien dû, le Seigneur fit par lui un prodige surprenant.

Le saint, prêchant un jour à Salamanque à plusieurs milliers de personnes, arrêta un moment son discours ; puis il se mit à dire à la foule étonnée : « Je suis l'ange annoncé par saint Jean dans l'Apocalypse, cet ange qui doit prêcher à tous les peuples, à toutes les nations, dans toutes les langues, et leur dire: « Craignez Dieu et rendez-lui tout honneur, parce que l'heure du jugement approche ». Saint Vincent, voyant le peuple surpris et paraissant même ne pas vouloir ajouter foi à ses paroles, répéta ces mots : « Je vous le dis encore une fois, je suis l'ange de l'Apocalypse, et de cette affirmation je veux vous donner une preuve manifeste. Allez à la, porte de Saint-Paul, vous y trouverez une morte qu'on con- duit à la sépulture; amenez-la ici, et vous aurez la preuve de ce que je vous annonce ». Ainsi que l'avait dit le Saint inspiré de l'esprit prophétique, on trouva la morte ; on la conduisit sur la place, et l'on mit le cercueil de façon à ce que tout le monde pût le voir.

Saint Vincent ordonna à cette morte de revenir à la vie. « Qui suis-je ? » lui dit-il en lui commandant de parler. La morte se leva aussitôt et dit : « Vous, Père Vincent, vous êtes l'ange de l'Apocalypse, ainsi que vous l'avez annoncé ». Le saint demanda ensuite à la ressuscitée si elle voulait mourir de nouveau, ou si elle resterait encore volontiers sur la terre. Celle-ci répondit qu'elle désirait vivre encore, et le saint lui dit : « Vous vivrez encore un bon nombre d'années ». Ce qui arriva effectivement. Voilà la principale raison pour laquelle on représente saint Vincent avec des ailes ; car, on le sait, ainsi sont dépeints les anges.

De tout ceci concluez combien est grande l'inclination qui porte saint Vincent à vous secourir. Il veut être appelé du nom d'ange et représenté avec des ailes, pour vous montrer qu'il est très-fidèle et très prompt à venir en aide aux âmes qui l'invoquent.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.


Cinquième Vendredi


La cinquième perfection est de tenir dans une exacte et rigoureuse discipline tous ses sens corporels, afin que les sens soient soumis à l'âme pour le service de Notre-Seigneur Jésus-Christ.


Explication

 

Ce cinquième degré est bien nécessaire. Écoutez saint Ambroise : « Jacob, se trouvant en voyage et voulant se reposer, se mit sous la tète une dure pierre ». Ainsi, dit le grand docteur, ceux qui sont dans le chemin de la perfection doivent se résoudre à mener un genre de vie rigoureux, c'est-à-dire se priver de tout ce qui est délicat, choisir un lit dur, des aliments grossiers, et ainsi de suite. Ceci est une règle importante de la stratégique spirituelle à laquelle l'âme doit s'assujettir dès qu'elle est entrée dans le rocher de la sainte crainte de Dieu, pour suivre son chef et son guide Jésus, qui fut couronné d'épines. « Sous un chef percé d'épines, il n'est pas convenable que les membres soient délicats », dit Saint Bernard. (Sermon V).

 

Pratique

 

Jetez un regard sur le genre de vie que mena Saint Vincent encore enfant. Il jeûnait deux fois la semaine sans jamais y manquer, le mercredi et le vendredi, et toujours au pain et à l'eau. Il donnait, avec la permission de ses parents, le plus qu'il pouvait aux pauvres et particulièrement aux religieux. Il avait une dévotion très grande envers la Passion de Notre Seigneur, car il récitait chaque jour l'office de la Sainte Croix ; et chaque fois qu'il rencontrait sur son chemin le signe de notre Rédemption, il le saluait avec une grande piété. Il avait une affection semblable envers la Bienheureuse Vierge Marie, à laquelle il recourait dans tous ses besoins. Rapprochez-vous autant que vous le pourrez de l'exemple que nous donne le saint, votre avocat, et, à son imitation, menez une vie mortifiée et pieuse, qui vous conduise à la perfection que vous désirez acquérir.


Prière au Saint

 

Faites-moi comprendre, ô Saint Vincent, que mon ennemi le plus cruel c'est moi-même; faites passer dans mon âme cette conviction profonde qui animait la vôtre au sujet de la nécessité où se trouve tout chrétien de mortifier son corps. Oh ! que vous disiez avec vérité pendant votre séjour ici-bas cette parole de l'apôtre saint Paul : « Je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres je ne sois moi-même réprouvé ». (1 Corinthiens, 9). Hélas ! je suis bien loin de ce beau modèle. Vous voyez devant vous un misérable pécheur tout plongé dans le sang et dans la chair, une âme sensuelle qui redoute la moindre gène, qui fuit toute pénitence, qui court ardemment après d'indignes voluptés. En suivant des inclinations aussi perverses, puis-je compter sur mon salut ? Non, je ne le puis pas. La prudence de la chair n'est-elle pas la mort? (Romains, 8). N'est-elle pas l'ennemie de Dieu ? La chair et le sang peuvent-ils entrer en possession du royaume de Dieu ? (1 Corinthiens, 15). Le caractère du chrétien n'est-il pas, au contraire, de crucifier ses sens (Galates, 5), de dominer les exigences du physique? (Romains, 8). A vous donc, ô mon bien-aimé patron saint Vincent, j'ai recours ; à vous je demande cet esprit de Dieu, l'opposé de l'esprit de la chair. Vous l'avez possédé en si grande abondance, vous : qu'il s'en écoule sur moi un rayonnement salutaire. J'ai la confiance, ô grand saint, que par votre intercession puissante mes instincts seront changés. Appuyé sur vos mérites, je veux à l'avenir brûler ce que j'ai adoré, et adorer ce que j'ai brûlé. Obtenez-moi, s'il vous plaît, la réalisation de ce vœu, que je présente au Seigneur par vos mains : « Créez en moi, ô Dieu, un cœur droit, et renouvelez. en moi l'esprit de droiture ». (Psaume 4). Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Grande est l'astuce du démon pour nous porter à croire qu'il nous est de toute impossibilité de marcher sur les traces des saints. Il nous décourage, il met notre faiblesse devant les yeux, et elle nous paraît effectivement si grande, que nous pensons ne pouvoir rien faire des choses que tant d'autres ont faites avant nous. Mais si vous réfléchissez bien à la conduite du glorieux saint Vincent, qui observa toujours une vie rigoureuse, même au milieu des plus grands labeurs, que penserez-vous de vous-même en voyant votre tiédeur et votre lâcheté pour pratiquer des mortifications que le saint pratiquait à un si haut degré, au milieu de fatigues bien plus grandes que les vôtres ?

Il était d'un sang noble, par conséquent plus faible de complexion que bien d'autres hommes. Et cependant, à peine fut-il religieux, qu'il jeûna presque tous les jours de sa vie. Il était continuellement en voyage. Il faisait ses courses à pied un bâton à la main, ou sur un âne, lorsque son âge ou ses infirmités l'y forcèrent. Il ne voulut jamais manger de viande, ni laisser la discipline qu'il prenait chaque soir, après avoir prêché deux et trois fois le jour. Voici un très-éclatant miracle arrivé à propos de son abstinence :

Le saint fut reçu un jour dans la maison d'un certain bourgeois, qui laissa l'ordre à sa femme de préparer dans la matinée le dîner du saint. Il lui recommanda, entre autres choses ; de ne lui servir que des poissons. La femme avait de temps en temps des accès de folie ; il arriva qu'elle en fut prise ce jour même, et d'une manière si cruelle, qu'elle tua son petit enfant d'un âge très tendre, le coupa en morceaux et en prépara un mets horrible, dans l'intention de l'offrir au Saint. Le mari retourna à la maison aussitôt que la prédication fut achevée, et il demanda si le dîner était prêt.

Sa femme lui dit : « Oui », et elle ajouta : « J'ai préparé pour le Saint Père Vincent un mets exquis avec une viande très bonne et très délicate ». « Mais, reprit le bourgeois, ne vous ai-je pas dit que frère Vincent ne mangeait pas de viande ? » « C'est vrai, dit la femme, mais j'ai voulu avec les poissons mêler la chair de notre petit enfant; je l'ai donc tué et mis en morceaux, afin que frère Vincent vit que nous lui donnons ce que nous avons de meilleur ». En disant cela, elle montra à son mari les apprêts sanglants du festin qu'elle avait rêvé. On conçoit aisément combien le père fut profondément affligé à la vue de cet horrible accident ; il en serait mort de douleur, si le saint n'était arrivé à la maison en ce moment même, et s'il ne l'eût consolé d'une façon merveilleuse. En effet, voyant l'innocente créature tuée et traitée de cette sorte, Vincent en fut ému de compassion. Il se fit donc apporter sans retard tous les membres de ce petit corps ; puis il les unit les uns aux autres avec ses mains, et ayant dit une courte prière accompagnée d'un signe de croix sur l'enfant. Il le ressuscita. C'est ainsi qu'il le rendit sain et sauf à son père, qui le reçut, comme on pense bien, avec une extrême consolation.

D'après un si éclatant prodige, vous pouvez comprendre, pieux lecteur, comment Dieu accepte les abstinences et les mortifications faites pour assujettir notre chair mortelle. Considérez combien Dieu veut honorer l'abstinence et les mortifications du saint, puisqu'il fait un si grand miracle. Continuez à supplier votre avocat de vous obtenir la force de pouvoir, par les mortifications et les saintes rigueurs de la pénitence, acquérir la sainte perfection. Il est si puissant! il vous l'obtiendra de Dieu.

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.



Sixième Vendredi


La sixième perfection est une grande force et une patience invincible dans les tentations et les adversités.


Explication

 

Voici la pensée du saint: si régulière que soit une personne dans sa conduite, elle ne manquera pas pourtant de combats, de tentations et d'adversités. Aussi le sixième degré vous est-il recommandé vivement. Il consiste dans la force dont l'âme doit être douée au combat des tentations, conformément à l'avis du Sage (Ecclésiaste, 2) : « Mon fils, en entrant au service de Dieu, prépare ton âme à la tentation ». Mais la force ne suffit pas, si elle n'est unie à la patience, par laquelle on est vainqueur des adversités et des persécutions, qui arrivent ordinairement à ceux qui aspirent à la perfection, selon ce que dit Saint Paul : « Tous ceux qui veulent vivre saintement en Notre Seigneur Jésus-Christ seront persécutés ». (1 Timothée, 3).

 

Pratique

 

Si vous voulez arriver à ce degré, recourez à Dieu toutes les fois que vous serez tenté, en disant avec la Cananéenne : « Seigneur, aidez-moi ! » (Matthieu, 15) ; et il l'accorde à celui qui connaît bien sa faiblesse, et qui implore son assistance divine. Le moyen le plus propre pour s'exercer à la patience est de se rappeler dans les disgrâces et dans les infirmités, que vous en mériteriez bien davantage à cause de vos péchés; et dans les persécutions, songez que les saints ont été persécutés dans le monde, et que Notre Seigneur Jésus-Christ fut crucifié. Ces considérations vous consoleront, et au lieu de vous épouvanter parce que le monde vous haïra, vous vous réjouirez, parce que ce sera un signe que vous n'êtes pas au monde, mais à Dieu, conformément à ce que dit le Sauveur a ses apôtres. (Jean 15).

 

Prière au Saint

 

Très invincible héros de l'Église, saint Vincent, vous qui dès l'âge le plus tendre étiez déjà déterminé à mener une vie rigoureuse, et vous adonniez à une oraison continuelle, aux jeûnes et aux pénitences, pour acquérir la perfection à laquelle vous êtes arrivé si heureusement; vous qui repoussiez avec force les assauts du monde et de la chair, et qui avec une indicible patience souffriez toutes sortes de persécutions, me voici prosterné à votre autel, me repentant d'avoir si mal employé ma vie jusqu'à ce jour. Les ruines de mon âme sont grandes, parce que j'ai vécu sans règle de conduite, ou si quelquefois j'ai pris des résolutions, le plus léger vent des tentations ou des contrariétés a suffi pour me faire perdre courage et tout abandonner. Je prends la résolution aujourd'hui de servir de tout mon cœur et jusqu'à la mort le Dieu que vous avez servi vous-même avec tant de fidélité; et la règle que je me propose de suivre, c'est d'imiter, autant que ma position me le permettra, votre très sainte vie, en combattant toujours, à votre imitation, contre le démon, le monde et la chair. Mais comment y arriverai-je, si vous ne m'investissez de votre force, si vous ne me donnez le bouclier de votre patience? Obtenez-moi, très-glorieux saint, ces deux vertus si nécessaires pour conduire à bon terme l'entreprise de la perfection, chemin battu seulement par les âmes fortes et persévérantes qui souffrent avec patience et résistent jusqu'au bout. O grand Saint ! puisque vous daignez nous enseigner ce degré de perfection, obtenez-moi aussi ces armes de force et de patience avec lesquelles, combattant constamment, je puisse acquérir à la fin, comme vous, la couronne de l'éternelle gloire. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Parmi les conversions opérées par saint Vincent Ferrier, les plus célèbre furent celles des femmes de mauvaise vie, réunies d'abord dans les maisons publiques, et qui, après avoir servi à la perdition des âmes, devenaient ensuite de véritables modèles de la plus sincère pénitence. Cette conversion générale déplut grandement aux débauchés qui leur servaient de médiateurs. Ils entrèrent en fureur contre le saint, qui par ce changement, fruit de son zèle, leur ôtait le bénéfice considérable de cet infâme commerce. En Espagne ils résolurent Un jour de retirer la vie au saint, « puisque, disaient-ils, il leur avait retiré le pain ». Comme il était parti de Lérida pour Balaguer, ces misérables lui dressèrent des embûches, afin de l'assaillir en chemin.

Saint Vincent, averti de leurs desseins criminels, dit à ses compagnons de voyage : « Ceux qui viennent au-devant de nous sont les médiateurs des femmes de mauvaise vie qui se sont converties, et ils viennent à moi avec la ferme résolution de me tuer ». Les compagnons de l'homme de Dieu s'offrirent aussitôt à le défendre ; mais il leur répondit : « Je n'ai pas besoin de vous ; allez devant, et laissez-moi seul avec ces hommes ».

A peine donc ces malheureux le virent-ils seul et détaché de sa compagnie, qu'ils l'entourèrent, et tirant leurs épées, ils s'apprêtaient à le tuer. Mais Vincent se tourna vers eux, et faisant le signe de la croix, il dit : « Per signum crucis de inimicis nostris libera me, domine. Par le signe de la croix, de nos ennemis délivrez-moi, Seigneur ». Soudain les assassins restent immobiles sans pouvoir remuer leurs épées : ils étaient devenus comme des statues. Alors le saint commença à leur prêcher la pénitence, et quand il les reconnut tous repentants et résolus à changer de vie, il leur permit de partir. A ces mots, le mouvement fut rendu à leurs corps. Ils déposèrent leurs armes, et se prosternant aux pieds du Saint apôtre, ils lui demandent, outre leur pardon, la grâce de vouloir bien les devoir dans sa sainte compagnie, pour faire une pénitence publique de leurs scandales et mener une vie vraiment chrétienne. Le saint maître les admit à sa suite avec une grande bonté, et ils vécurent en cette céleste compagnie, donnant à tous de grands exemples d'édification.

 

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Septième Vendredi

 

La septième perfection consiste à éviter avec soin et à fuir toutes les personnes et toutes les créatures qui non-seulement nous pousseraient à pécher, mais qui encore seraient pour nous un obstacle dans le combat des imperfections.


Explication

 

Prenez la résolution généreuse de servir Dieu en menant une vie mortifiée et en vous armant de force et de patience, ainsi que vous l'a conseillé le saint. L'autre degré qu'il nous enseigne est la prudence avec laquelle on fuit de tout son pouvoir non-seulement les occasions d'offenser Dieu, mais encore toutes les conversations et affaires qui pourraient être un sujet de chute. Il faut éviter aussi de se trouver avec les personnes qui, par leurs paroles et leurs mauvais exemples, pourraient diminuer en vous la ferveur de l'esprit. L'âme qui aborde de la sorte la bataille spirituelle, et qui fuit avec soin tous les périls, devient formidable au démon.


Pratique

 

On s'exerce à ce degré en conversant peu avec le monde et beaucoup avec Dieu. Ainsi, fuyez les conversations, les veillées, les fêtes, les bals, afin d'arriver à la perfection; vous ne l'acquerrez jamais sans la pureté de la vie et la sainteté de la langue : deux choses difficiles à sauvegarder dans les conversations et les entretiens du monde.


Prière au Saint

 

O très savant maître de la vie spirituelle, Saint Vincent Ferrier, vous nous avez enseigné, et par vos paroles et par votre exemple, jusqu'à quel point une âme doit travailler à se rendre pure. Éclairez donc, s'il vous plaît, mon esprit sur la doctrine importante dont aujourd'hui vous me livrez le secret. J'ai bien besoin de votre assistance, plongé comme je le suis dans les ténèbres spirituelles, et, ce qui est pire, embarrassé dans une multitude d'affections vaines et inutiles qui retardent mon union avec Dieu. Je reconnais pourtant, et je le dois sans doute aux prières que vous faites pour moi, je reconnais le faible de mon âme. Elle est infirme, malade, impuissante, et c'est bien par sa faute; car, reconnaissant combien une attache désordonnée aux créatures est funeste à son avancement, elle persiste néanmoins dans cette affection aveugle. C'est ici, grand saint, que j'ai besoin de votre secours particulier. Je vous en prie humblement, obtenez pour mon esprit des lumières plus vives; obtenez pour mon cœur une volonté plus énergique. Faites-moi toucher au doigt, pour ainsi dire, la vanité et le néant de tout ce qui n'est pas mon Dieu; inspirez-moi un saint dégoût de toutes les choses de ce monde ; versez à pleines mains l'amertume sur tout ce qui pourrait distraire mon cœur de Dieu; obtenez-moi l'amour du silence, de la retraite, de la solitude. Ah ! puissé-je comme vous vivre en étranger au sein du tumulte de la société humaine! Puissé-je, comme vous, avoir au milieu de mon cœur une cellule intérieure, impénétrable à tous les bruits de la terre ! Alors Dieu ne m'oublierait pas ; il me parlerait dans le secret de l'âme, et ma conversation, comme la vôtre, serait dans les cieux. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Lorsque Saint Vincent Ferrier retourna pour un temps dans sa patrie, la reine Violante se mit sous sa conduite. Le saint lui adressait des discours si remplis du feu de l'amour divin, que la reine sentit naître en elle une telle vénération pour l'homme de Dieu, qu'elle devint désireuse de le visiter dans sa cellule. Elle lui en fit donc de, mander la faveur à plusieurs reprises; mais, loin de lui accorder cette grâce, le saint lui fit répondre qu'il lui défendait expressément d'entrer chez lui ; ce qui excita davantage encore la curiosité de la reine. Mettant de côté toute obéissance, elle vint au couvent suivie de sa cour, choisissant le moment où elle supposait que son saint confesseur était absorbé dans l'oraison. La cellule lui fut ouverte par les religieux; Ils trouvèrent le saint à genoux et priant ; mais, chose merveilleuse, il ne fut pas possible à la reine de le voir, quoiqu'il fût devant elle. Les religieux, pensaient que le saint était plongé dans ses contemplations, crurent qu'il ne s'était pas aperçu de la visite de la reine; ils l'en avertirent, afin qu'il se levât pour la complimenter.

« Comment ! des compliments, répondit le saint ; ne savez-vous pas que les femmes ne peuvent entrer dans nos cellules ? Elle y est venue sans ma permission : elle ne me verra pas tant qu'elle n'en sortira pas ». La reine demeura toute surprise en entendant la voix du saint qu'elle cherchait en vain à découvrir ; elle lui demanda où il était. « Je suis ici », répondit-il, et il ajouta de nouveau que, tant qu'elle ne sortirait pas de sa cellule, elle ne le verrait pas. La reine sortit enfin, saint Vincent la suivit, et, lorsqu'elle allait sortir, il se rendit visible à elle, mais avec un visage sévère. Armé d'un saint zèle, il l'avertit de ne plus venir dans sa cellule, car elle aurait bien pu payer cher cette entrée. « Dieu vous aurait sévèrement châtiée, lui dit-il, si l'ignorance et le manque de réflexion ne vous avaient poussée à commettre cette faute ». La reine s'humilia ; elle reçut la correction du saint avec un grand respect, et elle lui demanda Pardon de sa désobéissance. Cependant elle ne fut pas entièrement guérie de sa curiosité. Peu de jours après elle retourna de nouveau au couvent, afin de voir son saint maître en oraison. Mais, arrivée là, elle n'osa pas, comme la première fois, entrer dans sa cellule. Elle ne demanda même point qu'on l'ouvrît ; elle se contenta de l'observer seulement par la fente de la porte. Elle vit le saint absorbé dans une profonde contemplation. Sa face était éclairée de rayons de lumière qui illuminaient toute sa chambre. La reine, se retournant alors vers ses dames, leur dit : « Allons, partons, cet homme est beaucoup plus saint qu'on ne le pense ». La vénération de la reine pour son saint maître s'accrut tellement, que toutes les fois qu'elle lui parlait, elle se prosternait à ses pieds, comme si elle avait vu un ange du ciel.

Voici encore un autre miracle que le saint opéra dans Valence, son heureuse patrie. La princesse Jeanne de Prades, sœur de la reine Marguerite, veuve de Martin, roi d'Aragon, se trouvait un jour à une prédication de saint Vincent Ferrier, qui avait lieu sur le marché au bois. Sans qu'on pût savoir d'où cela pouvait venir, on aperçut une grosse pierre qui déchira les tentures destinées à préserver du soleil, et cette pierre alla tomber avec force sur la tête de la princesse. Elle fut étendue par terre par la violence du coup, et chacun la crut morte. Les assistants émus se lamentaient de voir dans quel état leur princesse était réduite. Mais le saint prédicateur les encouragea à ne pas s'alarmer, parce que cette pierre, disait-il, n'était pas tombée pour tuer la princesse, mais seulement pour abattre la tour qu'elle portait sur sa tète, voulant parler de l'ornement extravagant de sa chevelure. Le saint, se tournant donc vers la princesse, lui dit : « Princesse Jeanne, levez-vous ». A ces paroles et à la grande stupéfaction de tous les assistants, elle se releva saine et sauve, préservée miraculeusement de la mort et entièrement corrigée de son excessive vanité. Elle sut si bien profiter du coup venu du Ciel et des avis du saint prédicateur, qu'elle se revêtit d'habits modestes, et n'alla jamais au delà des exigences de sa position. Ainsi, à Valence, on comprit parfaitement que la chute de cette pierre était un trait de la divine Providence qui avait voulu donner lieu au saint de corriger cette grande princesse de son amour pour les ornements superflus et les vains habillements, qui souvent sont pour la jeunesse imprudente des sujets de scandale et de ruine.

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

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Pour le jour de la Fête du Saint


La huitième perfection pour le serviteur du Seigneur est de porter en soi la croix de Jésus-Christ, et cette croix a quatre branches : la première est la mortification des passions ; la seconde, l'abandon de tout ce qui passe; la troisième, le renoncement à toutes les affections charnelles de parents et amis; la quatrième enfin, le mépris, la haine, et l'abnégation de soi-même au degré le plus élevé.


Explication

 

Jusqu'à présent le saint docteur a conduit l'âme par la voie purgative ; mais, dans ce huitième degré, il commence à la conduire dans la voie illuminative. La croix de l'abnégation de soi-même est celle dont parle Notre-Seigneur lorsqu'il dit : « Que celui qui veut venir à moi prenne sa croix et qu'il me suive ». (Luc, 6). L'âme est éclairée par cette croix qui détruit les quatre principales causes de l'aveuglement spirituel, savoir : les passions, l'intérêt, l'affection désordonnée des parents et l'amour-propre déréglé. Dans la croix de l'abnégation, les vices se détruisent d'abord par la mortification ; ensuite, par l'abandon des choses qui passent, on préfère l'éternel au temporel, et l'âme reconnaît qu'il vaut mieux perdre tous les biens du monde que de perdre la grâce de Dieu, conformément à ce que dit le divin Maître : « Que servirait à l'homme de gagner tout l'univers s'il vient à perdre son âme ? » (Matthieu, 16). Par le détachement des parents on purifie son esprit de toutes les maximes dictées par la chair et le sang. Enfin par le mépris de soi-même on reconnaît combien on a besoin de la grâce et de la Miséricorde de Dieu, et combien de choses sont nécessaires pour arriver à la perfection ; alors le désir de l'acquérir à tout prix s'allume de plus en plus dans l'âme.


Pratique

 

Pour embrasser cette sainte croix de l'abnégation et du mépris de soi-même, il faut faire tout votre possible pour vous délivrer de toutes les habitudes du vice. Rappelez-vous principalement que les Saints Pères du désert, désireux d'acquérir la perfection, commençaient à vaincre le vice de la langue. Si vous souhaitez vous détacher de l'affection désordonnée de vous-même et de vos parents, pensez souvent à cette sentence du Christ : « Qui aime son père et sa mère plus que Moi n'est pas digne de moi ». (Matthieu, 10). Et dans une autre circonstance, le Sauveur dit : « Quiconque ne se hait lui-même, c'est-a-dire ne veut pas contrarier ses passions et dompté ses mauvaises inclinations, celui-là ne peut être Mon disciple ». (Luc, 16).

 

Prière au Saint

 

Soleil resplendissant de vertus, miroir de sainteté, saint Vincent Ferrier ! Si un rayon de votre lumière ne vient éclairer les ténèbres de mon âme, comment pourrai-je embrasser la croix d'une continuelle abnégation- de moi-même, aveugle comme je suis, et par conséquent ne sachant apprécier ni le mérite ni l'abondance des grâces célestes qui sont renfermées dans cette croix ? Je vous rends grâces de cet enseignement précieux, que sans la nacelle de cette sainte croix on n'arrive jamais au port de la perfection chrétienne. Mais en cette mer périlleuse du monde, comment pourrai-je faire voile sans votre aide et votre secours? Soyez donc, ô mon glorieux avocat, le prudent pilote de mon âme. Soyez l'étoile qui dirige mes pas dans ce grand chemin de la perfection; délivrez-moi des périls si nombreux qu'on rencontre en ce voyage. Oui, j'espère en vous qui vous êtes fatigué sur la terre à enseigner au monde le chemin du salut; dans le ciel où vous êtes, vous m'obtiendrez, par votre puissante intercession, la grâce de pratiquer ce que vous avez enseigné si souvent dans vos prédications et vos écrits. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Une des plus belles vertus de la grande âme de saint Vincent fut là pauvreté. C'était une des plus précieuses joies qu'il rencontrait dans la croix de l'abnégation de soi-même. Il savait Ce que dit le grand évêque d'Hippone, que celui qui durait toutes les choses du monde, s'il n'avait pas la grâce de Dieu, n'aurait rien. A cause de cela, il ne désirait rien de ce qui est sur la terre. Il savait aussi ce qu'ajoute saint Augustin, que quiconque n'aurait rien sur terre, mais posséderait la grâce de Dieu, celui-là aurait tout. Et à cause de cela, laissant toutes choses, il mit toute son étude à enrichir son âme des richesses de la grâce, qui sont les vertus. En cette pauvreté son esprit fut si riche, que Dieu voulut en perpétuer le témoignage par un prodige.

Pauvre et humble, le religieux saint Vincent allait dans ses missions et partout à pied, jusqu'à ce qu'enfin, quinze ans avant sa mort, ayant une plaie à la jambe, il fût dans la nécessité de se faire transporter. Le pauvre de Jésus-Christ ne voulut choisir d'autre monture qu'un âne chétif, c'est-à-dire l'animal le plus vil et le plus abject. Il en accepta un en aumône ; il n'avait pas d'argent pour l'acheter; sa pauvreté en outre était si grande, qu'il n'avait même pas de quoi le faire ferrer. Un jour il le conduisit à un maréchal ferrant, le priant par charité de vouloir bien lui ferrer sa bête. Quand l'opération fut terminée, le maréchal, ne pensant nullement avoir travaillé par charité, demanda au religieux le prix de la main d'œuvre et de ses fournitures. « Je n'ai rien à vous donner, lui dit le saint, mais Dieu vous récompensera de votre charité ». « Eh Père! reprit l'ouvrier, je ne peux travailler uniquement par charité : je suis, voyez-vous, chargé de famille. Payez-moi, ajouta-t-il, ou je ne vous rends pas votre âne ».

Le bon saint le pria de nouveau, en l'exhortant à lui faire cette aumône ; mais le maréchal répondit encore : « Il est certain que je ne peux le faire, et vous n'aurez ni la bête ni les fers que vous ne m'ayez payé. » Alors le saint, ô prodige inouï ! se tournant du côté de la bête, lui dit : « Cet homme ne veut pas donner les fers qu'il vous a mis, parce que je ne peux le payer; allons, rendez-les-lui, et partons ». A ces paroles, l'animal, comme s'il avait compris, secoua ses pieds l'un après l'autre, et jeta miraculeusement les fers que le maréchal lui avait posés. A la vue de ce miracle, l'ouvrier, stupéfait, se précipita aux genoux du saint, lui demanda pardon de son avarice obstinée, et, ferrant de nouveau l'âne, il lui donna les fers et son travail par charité. Il se contenta de se recommander humblement aux prières du religieux, reconnaissant que si un saint aussi grand priait pour lui, son intercession lui rapporterait bien plus que tout l'or et tous les trésors du monde.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

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Les Vendredis de Saint Vincent Ferrier 3/3

Les Vendredis de Saint Vincent Ferrier

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Deuxième partie

Les Sept Vendredis après la Fête de Saint Vincent Ferrier

 

Premier Vendredi

 

La neuvième perfection est d'avoir une mémoire continuelle et permanente des bienfaits reçus de Dieu jusqu'à ce jour par Notre-Seigneur Jésus-Christ.


Explication

 

Nous supposons l'âme exercée dans les vertus nécessaires pour être conforme au Seigneur Jésus-Christ, vertus qui sont : l'obéissance, la pauvreté, la charité et le mépris de soi-même. Suit maintenant un neuvième degré, qui consiste, dit le Saint, dans la mémoire des bienfaits et des grâces reçus de Dieu. Par ce souvenir votre âme, reconnaissant son ingratitude, la détestera, et ainsi vous pratiquerez l'abnégation de vous-mêmes. Vous croîtrez merveilleusement dans la connaissance de Dieu. La vue de sa libéralité et de sa bonté envers vous, vous inspirera une confusion salutaire. Alors vous vous anéantirez, en considérant toutes les grâces qu'il a faites à une créature si misérable. Dieu dit à l'âme par la bouche de son prophète : « Souviens-toi de Moi ». Et il donne à son serviteur Abraham, si désireux de sa perfection dans le bien, ce moyen : le souvenir de Dieu, par lequel il tiendra continuellement son esprit dans la pensée de son bienfaiteur, ajoutant que là se trouve le vrai chemin de la perfection : « Marche, lui dit-il, en Ma présence, et tu seras parfait ». (Genèse 17).


Pratique

 

Pour avoir cette mémoire des bienfaits de Dieu, il convient de se servir des moyens suivants : Voyez-vous une croix ? rappelez-vous aussitôt le bienfait de la rédemption. Voyez-vous des infirmes ? Rappelez-vous le don de la santé dont vous jouissez. Avez-vous devant les yeux un pauvre ? pensez que vous seriez encore plus pauvre sans les avantages temporels que Dieu vous dispense à pleines mains. Enfin, si vous entendez parler des chutes d'autrui, songez que vous feriez bien pire, si Dieu ne tenait sa sainte Main sur votre tête. Tel est le moyen de rappeler sans cesse à votre mémoire Dieu, votre grand bienfaiteur.


Prière au Saint

 

Quel modèle parfait de reconnaissance envers Dieu me présente votre vie admirable, ô Saint Vincent ! Si vous avez reçu du Ciel des grâces de choix, vous vous en êtes bien rendu digne par la correspondance que vous leur avez donnée. Votre fidélité à en témoigner une pieuse et sincère gratitude vous en attirait sans cesse de nouvelles. Et maintenant, quand je considère ma pauvreté spirituelle en présence des dons prodigieux dont la divine Providence s'est plu à vous combler, je me demande où est la source d'une misère si profonde. Votre doctrine, ô grand Saint, me la révèle; c'est une chose bien claire, mon indigence vient de mon ingratitude; non, je ne pense pas assez aux bienfaits de Dieu sur moi. Si je les considérais attentivement, mon cœur attendri se fondrait d'amour dans ma poitrine. Je vous prie donc humblement, ô mon doux protecteur, de m'obtenir de la Divine Miséricorde la grâce d'avoir toujours présentes devant les yeux les attentions de la Bonté infinie pour moi, soit dans l'ordre temporel, soit dans l'ordre spirituel. Que de bienfaits accumulés sur ma tête ! Biens du corps, biens de l'âme, préservation d'une multitude de dangers inconnus, vocation au christianisme, lumières de la foi, touches secrètes d'une grâce puissante, promesses d'une assistance continuelle, expectative certaine d'un bonheur sans fin, pourvu que je sois fidèle aux doux commandements de mon Dieu : voilà l'abrégé des grâces que le Seigneur m'accorde. Que vous êtes bon, ô Dieu d'Israël ! (Psaume 78) Que vous êtes magnifique envers vos enfants! A l'exemple de votre saint prédicateur, je chanterai éternellement vos miséricordes. (Psaume 88). Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera toujours sur mes lèvres. (Psaume 33). Non, mon Dieu, jamais je n'oublierai vos bienfaits, et je les célébrerai avec ardeur jusqu'au dernier jour de ma vie. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

A Valence, qui fut bien souvent le théâtre des plus éclatants miracles de notre Saint, il arriva que, passant un jour par une certaine rue, Saint Vincent entendit sortir d'une maison des voix bruyantes et des cris de rage, accompagnés de parjures, de blasphèmes et d'horribles imprécations. Le Saint, entrant dans cette maison, en vit sortir le chef de famille suffoqué par la colère, et il trouva sa femme qui continuait à le maudire et à vomir d'exécrables blasphèmes. Aussitôt Vincent entreprit de l'apaiser. Il lui demanda pourquoi elle était si furieuse, et pour quelle raison elle proférait des blasphèmes si détestables. La femme répondit en sanglotant : « Mon Père, ce n'est pas seulement aujourd'hui, mais tous les jours et à toutes les heures du jour, que ce malheureux homme, mon mari, vient me persécuter, et il n'en finit jamais de me battre cruellement et de me déchirer de ses coups ; ce n'est pas une vie, mon Père, c'est une mort continuelle, une damnation de l'âme, et un enfer pire que celui des démons ». « Non, ma fille, ne parlez pas ainsi, répondit le saint avec une extrême douceur; cette colère ne vous avance à rien, sinon qu'à offenser Dieu plus grandement encore, lui qui pour votre amour a souffert sur la croix et sur le calvaire ». « Mais, dites-moi de grâce, pour quelle raison votre mari vous persécute et vous maltraite de la sorte ? » « C'est que je suis laide, répondit la femme ». « Et c'est pour cela, répondit le saint, qu'il offense Dieu si fort ! » Alors, levant sa main droite sur le visage de cette femme, il ajouta : « Allons, ma fille, à présent vous ne serez plus laide ; mais rappelez-vous de servir Dieu et d'être une sainte ».

A l'instant même cette pauvre malheureuse devint la femme la plus belle qui se trouvât alors à Valence. Après cela, l'homme de Dieu l'exhorta avec beaucoup de gravité à servir le Seigneur bien fidèlement et à être sainte, l'assurant qu'à l'avenir son mari n'aurait plus occasion de l'injurier et de la maltraiter à cause de sa laideur. Ensuite il partit, content d'avoir ainsi retiré de cette maison l'occasion d'offenser Dieu aussi grièvement, et d'avoir remédié au sort éternel de cet homme qui maltraitait sa femme avec tant de cruauté. Ce miracle est devenu si célèbre en Espagne, que de nos jours encore, alors qu'on rencontre une femme difforme, on dit en manière de proverbe : « Cette femme aurait bien besoin de la main de Saint Vincent ».

A propos de ce grand miracle, nous ferons une observation nécessaire. La beauté corporelle en elle-même n'est pas une occasion de péché ; elle est un don de Dieu. Mais elle devient matière de péché quand une femme, par exemple, s'en fait un sujet d'orgueil et de pompe, quand elle cherche à l'accroître d'une façon immodérée par ses habillements vains, et pour une fin coupable, comme Saint Vincent lui-même nous en avertit. Ainsi, en donnant à la femme affligée la beauté nécessaire pour plaire à son mari, il lui dit qu'elle ait à devenir sainte et à se rappeler de servir Dieu fidèlement, c'est-à-dire de ne pas s'enorgueillir de ce don qu'elle venait de recevoir, de n'en pas faire étalage pour plaire aux autres, mais de le réserver pour son propre mari seulement. De cette façon la beauté du corps et celle de l'âme peuvent parfaitement rester unies dans une même personne, ainsi qu'on les a vues en sainte Catherine vierge et martyre, en sainte Cécile et en tant d'autres vierges saintes. Or, comme l'enseigne saint Vincent Ferrier, la beauté de la divine grâce conservée dans l'intérieur du cœur sert à accroître grandement la splendeur et la beauté corporelles, de la même façon qu'une lampe de cristal, belle d'elle-même, reçoit une beauté et une splendeur bien plus grandes si au dedans d'elle on fait brûler une lumière dont l'effet est d'accroître la beauté de ce cristal. Soyons vertueux, et notre physique même y gagnera.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

 

Second Vendredi

 

La dixième perfection est de rester en oraison jour et nuit.


Explication

 

Du souvenir des divers bienfaits de Dieu, l'âme doit passer à l'exercice d'une oraison presque continuelle; et celle-ci consiste dans l'union de l'âme avec son Dieu, en s'excitant le plus possible à de saintes et pieuses considérations. « Ceux, dit un saint docteur, qui reçoivent les dons de Dieu sans jamais lever le cœur et l'esprit vers lui, sont semblables aux animaux immondes qui mangent les glands que leur maître leur jette de dessus l'arbre, sans jamais lever la tête pour voir celui qui les leur donne ». Ainsi faisons-nous lorsque, goûtant les dons de Dieu qui descendent continuellement du ciel sur nous, nous ne nous souvenons pas de lever la tête, et de regarder notre Dieu, qui avec tant de libéralité et d'amour nous favorise sans cesse. Pensez donc toujours à Dieu, car c'est ce qui s'appelle faire toujours oraison.


Pratique

 

Elle n'est pas difficile à ceux qui la comprennent bien, cette oraison enseignée par le Saint. Il ne veut pas dire qu'on soit toujours en prière, parce que cela est impossible en cette vie; mais il a voulu dire seulement que nous levions souvent l'esprit et le cœur vers Dieu. Et certainement, si l'on aimait vraiment Dieu, il serait très-facile de se tourner vers lui et de penser à lui; car là où est la pensée, là est l'amour de chacun. La manière de pratiquer cette oraison consiste dans l'usage des oraisons jaculatoires, dites parfois seulement de cœur, ou prononcées parfois par la bouche.


Prière au Saint

 

O très-glorieux saint, qui dans vos contemplations célestes étiez continuellement consolé et visité par votre saint patriarche Dominique, par les saints anges, par la reine du ciel, Marie mère de Dieu, et même par son très-divin Fils Jésus, qui par sa divine présence vous délivrait du mal, et vous caressait en touchant votre face de ses mains divines en signe d'amour! O grand saint! qui, par votre persévérance à converser avec Dieu pendant les nuits entières, avez acquis tant de splendeur que votre visage rayonnait de lumière, comme s'il était devenu un soleil! Ah! s'il m'était donné de recueillir une parcelle de cette nourriture céleste, que vous trouviez dans vos oraisons ! Ah ! si un rayon de vos lumières illuminait les ténèbres de mon âme! alors je saurais méditer les grandeurs de Dieu, je connaîtrais l'importance de l'oraison, et je pourrais rejeter et mépriser toutes les vaines consolations de la terre. Éclairez-moi, ô mon saint avocat Vincent, vous qui étiez tant éclairé de Dieu. Je tiens les yeux de mon âme fixés sur vous, et j'espère en votre puissante intercession. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Le saint prédicateur avait presque toujours un nombre infini de personnes qui le suivaient dans ses courses apostoliques. Cette suite était composée de gens qu'il avait convertis, et qui désiraient arriver à la perfection chrétienne. Ils passaient tout leur temps à prier, et dans l'oraison de leur saint Père ils trouvaient des secours dans leurs plus grandes nécessités. Un jour que cette multitude le suivait au milieu d'une vaste campagne, le saint, s'apercevant que tous étaient fatigués du voyage et grandement altérés et affamés, commença d'abord par les recommander à Dieu dans une courte prière; ensuite, plein de confiance en la Providence divine, il se retourna vers ses compagnons de voyage, et les encouragea : « Non loin d'ici, leur dit-il, il y a un monticule, et en même temps il le leur montrait du doigt ; mais un peu plus loin nous trouverons un logement où nous serons reçus avec affabilité, et où nous pourrons réparer nos forces ». Effectivement, à peine eût-on passé le monticule, qu'on découvrit dans une campagne un palais somptueux. Tous y entrèrent; ils furent accueillis par une troupe de jeunes gens si beaux, mais si beaux, qu'ils les prirent pour des anges, et c'était en réalité des esprits célestes. Là ils trouvèrent des vins exquis, du pain et d'autres mets délicats, au point qu'ils paraissaient être une nourriture du paradis. Après avoir réparé leurs forces et rendu grâces à Dieu, les voyageurs adressèrent mille remerciements à leurs hôtes, et ils repartirent avec leur saint prédicateur. Or voici la confirmation du prodige. Lorsque le saint se vit à la distance d'une lieue, sachant que dans sa compagnie il se trouvait un homme qui croyait assez faiblement à ses miracles, il résolut de le retirer de son erreur.

Il l'appela donc, et lui dit : « J'ai laissé dans l'hôtellerie où nous sommes allés mon couvre-chef, allez le prendre, je l'ai posé sur une table ». Le disciple incrédule obéit, et il alla au lieu où ils avaient été reçus ; mais il eut beau chercher de toutes parts, il ne put jamais découvrir dans le lieu d'où ils venaient de partir naguère, ni le palais, ni aucune trace de maison ; c'était une rase campagne, au milieu de laquelle se trouvait une grosse pierre, et dessus était posé le couvre-chef du saint. Étonné, l'incrédule disciple pensa que ce palais où ils avaient été reçus ne pouvait être qu'une habitation préparée miraculeusement par les anges, et, raisonnant ainsi, il arriva près du saint. Aussitôt il se jeta à ses genoux, et lui demanda pardon de son incrédulité. Le saint le lui accorda avec bonté, mais il lui défendit de faire connaître à qui que ce fût ce miracle. Le disciple toutefois, ne pouvant se contenir, le proclama partout, disant que les anges, voulant honorer saint Vincent, étaient descendus du ciel, et avaient préparé miraculeusement une habitation pour le recevoir, ainsi que toute sa compagnie, et qu'ils avaient été servis de la main des anges.

Apprenez du saint à recourir à l'oraison, et même au milieu de vos occupations ne délaissez pas ce saint exercice. Regardez-le comme la plus importante affaire de ceux qui, à la suite du saint, veulent acquérir la perfection. Apprenez encore de saint Vincent à cacher, autant que vous le pourrez, les grâces que Dieu vous fait. Mais, à l'exemple du fidèle disciple? Vous devez manifester pour la gloire de Dieu les miracles du saint, comme si ces paroles de l'ange vous avaient été adressées : « Bénissez le Seigneur, et racontez ses merveilles. » (Tobie.) Vous le ferez en lisant la vie, et en croyant aux miracles de saint Vincent , pour bénir le Seigneur qui l'a tant glorifié, et vous vous rappellerez de faire connaître aux autres les étonnantes merveilles dont Dieu a enrichi ce nouvel apôtre de l'Espagne.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

Troisième Vendredi

La onzième perfection consiste à savourer et à désirer continuellement la douceur divine.


Explication

 

L'âme étant déjà exercée dans les vertus, et disposée spécialement par les deux degrés précédents, on commence maintenant à la conduire dans la vie unitive, qui consiste dans l'exercice du saint amour de Dieu. Par la mémoire des bienfaits divins on enseigne l'âme à préparer la matière, ou, comme dit le cardinal Hugues de Saint-Cher : « Le bois de ce feu céleste, ce sont les dons de Dieu. » Par le degré suivant, l'oraison communique le souffle sous l'action duquel le feu de la charité s'allume. A présent, il convient de traiter des effets admirables de ce feu de l'amour. Les âmes arrivées à ce degré vivent, pour ainsi dire, dans un continuel incendie. De même que le fer est d'autant plus chaud, qu'il participe davantage au feu, ainsi plus l'âme désire le divin amour, plus s'allume en elle le feu de la charité. Et, de la même manière que le fer, lorsqu'il est incandescent, devient très-malléable sous la main de l'ouvrier, de même les âmes enflammées de la charité divine, quand elles sont frappées par les adversités et les, infirmités, n'ouvrent pas la bouche pour se plaindre, mais supportent tout avec une patience héroïque. Bien plus, elles reçoivent tous les coups de la main-de Dieu avec une grande joie, parce qu'elles font en toutes choses la volonté de leur Dieu. Elles aiment les souffrances et désirent souffrir, pour pouvoir se perfectionner dans l'amour de Dieu, et acquérir de plus grands mérites pour l'autre vie, ainsi qu'il est écrit du séraphique, Père saint François, qui disait : « Le prix que j'attends .est si grand, que la souffrance m'est une volupté ».


Pratique

 

Le cardinal Hugues de Saint-Cher, expliquant ce. verset du psaume 36 : « Réjouis-toi en Dieu, et il contentera les désirs de ton cœur », demande : « Ceux qui ont ainsi l'heureux sort de se réjouir en Dieu, qui sont-ils ? » Et il répond : « Ceux qui méprisent le monde ». Le prophète Isaïe enseigne la manière de le faire, en disant : « Rejetez bien loin les concupiscences, les joies charnelles, les richesses, les honneurs; méprisez votre volonté, et en toutes choses, recherchez le, bon plaisir de Dieu; réprimez l'intempérance de. votre langue; évitez les discours vains et pernicieux; alors vous éprouverez les consolations divines, ces consolations qui remplissent de joies incomparables les âmes qui les goûtent ». Si nous n'éprouvons pas ces consolations si pures, ou si nous ne les éprouvons que rarement, reconnaissons-le avec l'auteur de l'Imitation, c'est parce que nous n'avons pas la componction du cœur, et parce que nous ne savons pas détacher notre affection des consolations vaines et périlleuses du monde.


Prière au Saint

 

La douceur de Dieu, la manne cachée, les consolations du Saint-Esprit : oh ! Comme vous connaissiez expérimentalement toutes ces choses, grand saint Vincent! aussi vous soupiriez après elles comme le cerf après les fontaines des eaux vives, et les extases de l'amour céleste étaient la juste récompense de vos désirs. Moi, hélas! je n'éprouve pas, comme vous, le sentiment de la divine douceur; mon âme est tiède et languissante, froide et indifférente aux caresses de l'Époux sacré. J'en connais la cause, ô grand saint; elle est bien évidente : je ne suis pas assez détaché ni de moi-même ni de la créature. Le Seigneur est un Dieu jaloux; il exige un renoncement sincère à tout ce qui n'est pas lui ; et, si nous avons le malheur de lui offrir un cœur partagé par des affections étrangères, il le refuse, et, en le refusant, il le prive des communications intimes de ses suavités : dommage funeste, perte digne d'être pleurée avec des larmes de sang! Mon doux protecteur, donnez-moi l'intelligence de cette vérité capitale. Que par votre puissante intercession, ô flambeau étincelant de l'Église , je comprenne les véritables intérêts. Mettez un terme aux sécheresses de mon esprit, aux aridités de mon cœur; que je dise au monde entier, que je me dise à moi-même un éternel adieu ; car si je méprise les joies temporelles, celles du Ciel me sont accordées. Pourquoi donc hésiterais-je entre deux félicités si inégales? Non, je ne balance plus, mon choix est fait, j'en ai pris mon parti : je suis tout à Dieu, et de tout ce qui est en moi rien n'appartient ni au monde ni à moi-même. Ratifiez, ô grand saint, les serments que je prononce en votre présence; offrez-les, s'il vous plaît, au Seigneur en mon propre nom. C'est vous qui me les avez inspirés par votre exemple ; vous les accueillerez donc avec cette bonté admirable qui jamais en vous ne se dément; sous votre patronage auguste ils arriveront jusqu'au trône de la miséricorde divine; votre suffrage les rendra agréables à Dieu, et alors, ô grand saint, les consolations de l'esprit viendront me ranimer, m'encourager, me fortifier, afin que je m'applique aux bonnes œuvres avec une ardeur et une persévérance sans bornes. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Parmi les miracles opérés par le Saint, on peut citer celui que rapportent, pour en perpétuer la mémoire, l'évêque de Lucera et le P. Jérôme Borselli. Le saint prêchant dans un pays du royaume de Valence, il se trouva présent à ses prédications un certain religieux. Celui-ci, réfléchissant au zèle du saint apôtre pour sauver les âmes, et considérant avec attention les exemples de ses héroïques vertus, se sentit animé d'un ardent désir de le suivre. Il en demanda donc la permission à son abbé, qui refusa de la lui accorder. Alors le religieux fut contraint de rentrer à son monastère ; mais le désir d'entendre les prédications du saint s'alluma de plus en plus dans son cœur. Un matin, à l'heure où, d'après son calcul, Vincent allait prêcher, il monta lui-même sur un endroit élevé du monastère, et, retenant son haleine, il essaya d'entendre de ce lieu la prédication du saint. Il obtint la grâce de pouvoir l'entendre si distinctement et si clairement, bien qu'il fût éloigné du saint de quarante milles environ, c'est-à-dire de plus de dix lieues, qu'il put écrire le sermon en entier sans en omettre une syllabe. Le saint apôtre, qui voyait en esprit cette merveille, dit à la fin de sa prédication :

« Mes enfants, vous qui êtes venus à mon sermon, je vous recommande de ne pas oublier mes paroles, parce que beaucoup auraient voulu être présents et ne l'ont pu. Parmi eux est un religieux d'un monastère éloigné de bien des milles d'ici, et à l'oreille duquel toutes mes paroles sont arrivées ». Lorsque le saint eut terminé, le bon religieux plein de joie alla trouver son Père abbé et lui dit : « Vous, Père abbé, vous n'avez pas voulu m'accorder la grâce d'aller avec maître Vincent pour entendre sa prédication, et voilà que ce matin, étant monté sur la terrasse du monastère, non-seulement j'ai entendu tout son sermon, mais de plus je l'ai entendu si distinctement et si clairement, que j'ai pu le transcrire en entier ». A cette nouvelle, le Père abbé demeura saisi d'étonnement, et, se faisant donner le sermon écrit, il voulut savoir si ce que venait de lui dire le religieux était véritable.

Il en conféra donc avec un grand nombre de personnes qui avaient entendu le sermon, et toutes attestèrent que ce que le religieux avait écrit était exactement ce que le Père maître Vincent avait prêché. Ils purent ainsi confronter les paroles de la fin du sermon, par lesquelles le saint prédicateur annonçait en terminant à ses auditeurs, que toutes ses paroles étaient arrivées à l'oreille d'un religieux éloigné de lui de bien des milles. Par cet écrit du bon religieux, on reconnut jusqu'à l'évidence combien était puissante la vertu des miracles chez le saint apôtre, et combien était merveilleux le don de prophétie que Dieu lui avait accordé. Chacun glorifia le Seigneur, qui dispense ses grâces avec tant de libéralité en faveur de ses serviteurs fidèles.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.



Quatrième Vendredi


La douzième perfection est un grand et fervent désir d'exalter notre sainte foi, c'est-à-dire souhaiter avec ardeur que Notre-Seigneur Jésus Christ soit connu, craint, honoré et aimé de tous.


Explication

 

Ce degré de perfection fait suite au précédent. L'âme étant agréable au Seigneur elle désire, et c'est naturel, de voir son Dieu connu, aimé et servi de tous, afin que les autres jouissent comme elle des douceurs de la divine bonté. Ces saints désirs de la gloire de Dieu plaisent tant au Seigneur, que les fleurs de ces désirs forment le jardin de délices du céleste Époux, et ces fleurs, qui embellissent merveilleusement les âmes de ceux qui aiment Dieu, portent bien souvent les fruits de la conversion des pécheurs et des infidèles; car Dieu les convertit pour exaucer les prières des âmes qui désirent le salut du prochain, et qui continuellement prient pour sa conversion. Mais ils sont en petit nombre ceux qui arrivent à ce degré de l'amour de Dieu. Voilà ce qui faisait gémir l'apôtre saint Paul : « Tous, disait-il, cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ ». Il veut dire, selon l'interprétation du docteur Angélique saint Thomas, qu'une grande partie des hommes cherchent leurs propres commodités, leurs satisfactions, leurs intérêts, et n'ont pas à cœur, comme ils le devraient, la gloire de Jésus-Christ notre Rédempteur, la propagation de la foi et le salut des âmes. Faites en sorte de n'être pas du nombre de ceux lui se recherchent eux-mêmes, mais soyez du petit nombre de ceux qui cherchent avec un cœur sincère la gloire de Dieu.


Pratique

 

Le vrai et sincère désir de la gloire de Dieu doit être accompagné d'un zèle très-ardent, Parce que plus est grand le désir de l'honneur de Dieu, plus doit être grand le zèle de l'âme pour empêcher de tout son pouvoir qu'il soit offensé. Or comme votre Dieu est offensé en trois manières, par pensées, par paroles et par actions; ainsi, si vous l'aimez sincèrement, vous devez appliquer vos pensées, vos paroles et vos actions à sa gloire et à la destruction des péchés. Par la pensée, cherchez sérieusement tous les moyens propres à promouvoir la gloire de Dieu et le bien des âmes, selon que le Seigneur vous en fournira la facilité et les occasions. A cela vous devez ajouter la prière. Dans vos oraisons, priez spécialement le Seigneur pour la conversion des infidèles à la foi catholique et pour le retour des pécheurs à la pénitence, en le suppliant de vous exaucer pour sa propre gloire et pour le salut des âmes. Par les paroles, faites en sorte, dans vos conversations charitables, de ramener les pécheurs pour les gagner à Dieu ; et si vous avez des enfants ou des serviteurs, enseignez-leur la doctrine chrétienne. Quant aux œuvres, ne craignez jamais ni fatigues ni incommodités lorsqu'il s'agira de délivrer une âme du péché, vous rappelant que, pour sauver les âmes, Notre-Seigneur Jésus-Christ a voulu mourir sur la croix.


Prière au Saint

 

Très glorieux Saint, à qui devrai-je jamais recourir, sinon à vous, pour avoir un avocat qui m'obtienne le zèle de l'honneur de Dieu et du salut des âmes? N'avez-vous pas été, comme Daniel, l'homme des désirs? Qui ignore que votre cœur était continuellement consumé d'amour par le désir ardent que vous aviez de la conversion des pécheurs? O vous qui, rempli du céleste feu de l'amour de Dieu, ne vous arrêtiez jamais, mais alliez partout pour l'allumer dans le cœur de tous, faites, ô séraphin d'amour, qu'une étincelle de ce feu céleste enflamme mon cœur si froid, afin qu'il brûle sans cesse de l'ardeur des saints désirs de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Obtenez-moi l'accroissement de ces désirs, et la grâce de les voir s'accomplir en moi. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Le saint roi David dit dans ses Psaumes, que Dieu satisfait les désirs du cœur de celui qui le sert fidèlement. (Psaume 144). On voit l'accomplissement de ces paroles en saint Vincent. Puisqu'il désirait pour cela plus spécialement la conversion des infidèles. Il lui fut accordé d'en amener un très grand nombre à la foi catholique. Rappelons seulement ici la conversion d'une synagogue entière.

Un jour Vincent se fit introduire dans la synagogue de Salamanque par un Israélite avec lequel il s'était lié d'amitié pour ce motif. Il y entra le crucifix à la main, ce qui mit la confusion et le trouble parmi les assistants. Mais le saint les tranquillisa en leur disant qu'il était venu pour leur parler d'une affaire importante, et il le pensait bien ainsi, car il ne trouvait point d'affaire plus importante que celle du Salut. A ce mot d'affaire importante, les Juifs s'imaginèrent donc que c'était pour leur parler de quelque intérêt public, et ils l'écoutèrent avec une grande attention. Alors, usant de douces et suaves paroles, Vincent commença à leur parler de la sainte foi chrétienne et particulièrement de la Passion et de la mort du Fils de Dieu. Pendant que le saint prédicateur s'efforçait de persuader l'assistance sur les gloires de la croix du Christ Rédempteur du monde, il parut un grand nombre de croix sur les habits de chacun de ceux qui étaient réunis dans cette célèbre synagogue. Mais ce qui est plus prodigieux encore, c'est que les croix qui paraissaient au dehors sur les vêtements des hommes et. des femmes pénétraient invisiblement dans leurs cœurs, et, remués par la divine grâce, ils se firent tous chrétiens. La consolation du saint fut si grande en cette prodigieuse conversion, qu'il voulut les baptiser tous de ses propres mains. Puis il fit consacrer cette synagogue en une église qui fut appelée la Vraie-Croix.

Tels sont les fruits des saints désirs de Vincent Ferrier! Bénissez Dieu de ce qu'il a donné à ce grand saint la grâce de voir tant d'infidèles se convertir, et réfléchissez que, si vous menez une vie sainte, vous pourrez par elle convertir un grand nombre de pécheurs, puisque la sainteté de la vie est une prédication plus modeste, si vous voulez, mais très-efficace, qui porte de grands fruits dans les âmes.

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.



Cinquième Vendredi

 

La treizième perfection est d'avoir envers le prochain, et dans toutes les circonstances, la miséricorde et la compassion que nous voudrions dans les autres à notre propre égard.


Explication

 

L'amour du prochain conserve l'amour de Dieu, et si l'âme se refroidit dans l'amour et dans les aumônes envers le prochain, c'est un signe qu'elle a peu d'amour pour Dieu, puisque de l'amour de Dieu naît l'amour du prochain, et que par l'amour du prochain l'amour de Dieu se fortifie, comme l'affirme saint Grégoire. Aussi saint Jean l'assure : « Celui qui prétend aimer Dieu sans aimer son prochain, c'est un menteur ». (1 Jean, 4). Notre saint recommande et l'amour du prochain et son effet, c'est-à-dire la miséricorde. Celui qui aime vraiment le prochain, le secourt dans ses nécessités et ses misères, ainsi que le dit saint Jean dans la même Êpître. Voilà donc le degré de perfection que saint Vincent vous propose. Si vous aimez vraiment Dieu, évidemment vous devez aimer votre prochain fait à l'image de Dieu. Plus en vous croîtra l'amour de Dieu, plus devra augmenter aussi l'amour, la miséricorde et la compassion envers le prochain ; car vous vous rappellerez cette parole de Jésus-Christ, que tout ce que vous ferez au prochain pour son amour, il le regardera comme fait à lui-même. (Matthieu, 24).

 

Pratique de la Charité envers le prochain


Avez-vous un vrai désir de tenir votre âme étroitement unie à votre Dieu ? il faut que, persévérant dans les exercices de perfection, vous preniez le vêtement de la charité , en vous appliquant à l'observance exacte de cette règle : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit. Ainsi, si vous étiez créancier, vous ne voudriez pas qu'on différât de vous payer ; faites donc ce qui fut dit au jeune Tobie par son père : « Paie de suite à qui tu dois, et ne retiens en aucune façon le salaire de l'ouvrier.» (Tobie, 4). Si vous vous trouviez dans la nécessité, dans la misère, vous ne voudriez pas être abandonné, mais secouru : vous devez donc observer cet autre conseil donné au même Tobie : « Ne détourne jamais ta face du pauvre, et alors Dieu ne détournera pas les yeux de dessus toi ; selon que tu le pourras, sois miséricordieux. Si tu as beaucoup, donne avec abondance; si tu as peu, donne volontiers le peu que tu pourras donner ». (Tobie, 4). Enfin vous ne voudriez pas certainement voir les autres juger mal vos actions, ni parler mal de vous: observez donc ce commandement du Sauveur : « Ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugé ». (Matthieu, 7). Non, ne jugez jamais les actions d'autrui, ne médisez jamais, et gardez-vous aussi de murmurer contre votre prochain. On pratique encore ce degré de perfection en priant pour ses ennemis, en bénissant ceux qui nous maudissent, en faisant du bien à ceux qui nous persécutent ou qui nous ont fait quelque affront, quelque déplaisir. Surtout on doit exercer la perfection chrétienne sur cet article en se gardant bien de rendre à personne le mal pour le mal, ainsi que nous l'enseigne Notre-Seigneur Jésus-Christ.


Prière au Saint

 

O glorieux Saint ! qu'elle est admirable votre charité envers vos semblables ! Tous ces infidèles baptisés par vous, tous ces pécheurs convertis, ces malades guéris, ces pauvres et ces affligés secourus dans toutes leurs nécessités, tous sont bien la preuve éclatante de l'amour ardent que vous portiez à votre prochain. On peut dire de vous ce que disait de lui-même l'apôtre saint Paul : « Je me suis fait tout à tous pour les gagner tous ». (1 Corinthiens, 9). Ainsi, dans votre admirable vie, avez-vous été pendant plus de quarante ans infatigable dans l'exercice de votre charité envers le prochain, ne vous préoccupant ni des incommodités des longs voyages, ni des indispositions de votre corps, ni de la vieillesse, ni de l'insomnie, ni de vos occupations si nombreuses. Toujours prompt à soulager les infirmes, vous alliez les trouver aussitôt qu'on vous réclamait. Que ne puis-je avoir, ô mon glorieux avocat, une parcelle de ce grand feu de charité qui brûlait si ardemment dans votre cœur! Je recours à vous en toute humilité, je vous supplie instamment, et j'espère de votre intercession que vous m'obtiendrez du Seigneur tant d'amour de Dieu, que j'arrive, à votre exemple, à consacrer ma vie au service de mon prochain, et à l'assister dans tous ses besoins, afin de jouir comme vous de la gloire promise aux âmes charitables et miséricordieuses. Ainsi soit-il.

 

Entretien spirituel

 

La charité de saint Vincent envers le prochain fut si héroïque qu'on peut dire de lui en toute vérité ce que disait le saint homme Job : « La miséricorde et la compassion sortirent avec moi des entrailles de ma mère, et elles augmentèrent dans mon enfance. » (Job, 31). Dès son enfance, en effet, saint Vincent donnait aux pauvres tout ce qu'il possédait ; il les vêtissait le mieux qu'il pouvait, et bien souvent il leur lavait les pieds. Mais ce qui est plus admirable, c'est que dès l'âge le plus tendre, afin de soulager les affligés, il conjurait Dieu de faire des miracles. Parmi les innombrables prodiges du saint, nous en citerons deux vraiment surprenants, qui donneront une juste idée de sa grande charité envers le prochain. Le premier fut opéré dans son enfance, alors qu'avec une grande simplicité, et comme se divertissant, il ressuscita un mort. Le second fut lorsqu'il s'employa auprès de la très-sainte Trinité pour obtenir le pardon d'une pécheresse publique, si elle venait à confesser ses péchés. Les choses se passèrent ainsi : Voici le premier miracle.

Le jeune thaumaturge avait un condisciple âgé comme lui de neuf ans, et il avait l'habitude de l'appeler à l'heure des classes. Or ce jeune enfant fut un jour frappé d'une mort soudaine. Selon la coutume, Vincent était allé l'appeler lorsqu'il entendit dans la maison de son condisciple des pleurs, des cris et des lamentations. Il monte l'escalier en toute hâte, et il trouve la mère de son ami dans la plus grande désolation. Il lui demande la cause de son affliction. « Mon fils est mort ! répond-elle en sanglotant, mon fils est mort ! » A cette triste nouvelle Vincent s'attendrit, et pour consoler la mère, à l'exemple de Jésus qui dit au chef de la synagogue : « Votre fille n'est pas morte, mais elle est endormie », il se mit à sourire et il dit à la mère : « Allons, mon ami ne sera pas mort, il dort. Allons le voir ». Vincent s'approcha du lit, et prenant par la main le cadavre froid ! « Eh ! lui cria-t-il, lève-toi ! il est l'heure d'aller à l'école ». Et voilà qu'à cette voix, comme s'il se réveillait d'un profond sommeil, le petit jeune homme ouvre les yeux. Il fut rendu vivant à sa mère, qui était dans le plus grand étonnement. Vincent le fit habiller et l'emmena avec lui à l'école. Telles furent les prémices de sa charité.

Voici maintenant l'autre trait. Le saint était de passage à Pampelune, et sa sainteté étant bien reconnue de tous les habitants , ils le supplièrent pour les besoins spirituels et la conversion d'une fameuse courtisane, qui au dernier jour de sa vie demeurait impénitente. La charité de saint Vincent, qui ne désirait rien tant que le salut des âmes, le poussa à accourir promptement et avec joie auprès de cette pauvre pécheresse. Il trouva la malheureuse entièrement endurcie. Elle était opiniâtre et si désespérée de son salut qu'elle s'écriait en blasphémant : « Il m'est impossible de me sauver; Dieu ne peut pardonner ni à la multitude ni à l'horreur de mes péchés ». Le saint commença donc avec toute la véhémence de son esprit à lui donner les raisons puissantes qui devaient l'encourager à espérer un généreux pardon de Dieu. Mais ce fut inutilement, cette âme était endurcie dans le mal. Voyant cela, Vincent éleva son cœur vers Dieu, lui fit une courte prière, et, poussé par une inspiration divine, il promit à la pécheresse de lui faire venir du Ciel son absolution écrite, si elle lui promettait de se confesser. La courtisane se mit à rire d'une promesse aussi extraordinaire et qui lui paraissait impossible ; cependant elle dit au saint : « S'il en est ainsi, je veux bien me confesser ». Alors le saint se fit porter ce qu'il fallait pour écrire, et il traça ces mots : « Frère Vincent Ferrier supplie la Très Sainte Trinité de daigner accorder à la présente pécheresse l'absolution de ses péchés ». Puis il plia le papier, et le jeta en l'air ; l'écrit vola hors de la maison; mais quelques minutes après il retourna plié et fermé. Chose prodigieuse! en l'ouvrant, saint Vincent trouva écrite en lettres d'or la suivante promesse : « Nous très-sainte Trinité, à la demande de notre Vincent, nous accordons à la pécheresse dont il nous a parlé, le pardon de ses fautes ; nous la dispensons de toutes les peines qu'elle devait endurer ; et, si elle se confesse, elle sera dans une demi-heure portée dans le ciel, où elle jouira éternellement de Nous, du Ciel., Nous, Père, Fils et Saint-Esprit ». Vincent lut la réponse, et sans retard l'heureuse femme se confessa; une demi-heure après son âme s'envola dans le ciel. Oh! l'heureuse pécheresse !

Si un bienfait aussi extraordinaire fut obtenu pour cette grande pécheresse à la prière de notre saint, lorsqu'il était encore vivant, que ne devons-nous pas attendre de lui, nous, grands pécheurs, il est vrai, mais qui sommes ses dévots, à présent que, consumé de charité, il jouit de Dieu qu'il voit face à face, et que, près de lui, il l'implore continuellement pour ceux qui ont recours à ses prières !

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

Sixième Vendredi


La quatorzième perfection est en toutes choses de rendre toujours grâces à Dieu, et de louer et glorifier Notre-Seigneur Jésus-Christ.


Explication

 

L'ingratitude dessèche la fontaine des bontés de Dieu; mais la reconnaissance fait que les flots des divins bienfaits retournant à Dieu par l'action de grâces qu'on lui en rend, ils reviennent à nous plus multipliés, et avec des grâces plus grandes encore.


Pratique de la reconnaissance

 

L'apôtre saint Paul nous ordonne grandement la gratitude lorsqu'il dit : « Soyez reconnaissants ». On est reconnaissant en paroles, lorsqu'on récite avec dévotion et affection singulière les louanges divines. Saint Antonin, archevêque de Florence, dit que la bienheureuse Vierge Marie avait toujours sur les lèvres ces douces paroles : Deo gratias. Imitons notre Mère. Nous devons encore démontrer notre reconnaissance par les œuvres, et cela en vivant de façon à ne jamais perdre la grâce de Dieu. Oh! qu'ils sont ingrats ceux qui perdent volontairement les dons reçus et qui rendent le mal pour le bien! Si donc vous reconnaissez que Dieu vous a fait un nombre infini de grâces spirituelles et temporelles, comprenez bien que ces bienfaits ne doivent pas être payés par des offenses. Le Saint ajoute qu'il faut rendre grâces à Dieu en toutes choses; c'est que ceux qui aiment vraiment le Seigneur ne se contentent pas de le remercier des biens qu'il envoie, mais en outre dans les afflictions et les peines ils lui rendent grâces, sachant bien que c'est par l'effet d'un amour infini que Dieu envoie les infirmités, la pauvreté et les autres tribulations. D'où il résulte que, dans toutes ses dispositions, Dieu mérite d'être loué, béni et aimé. C'est pourquoi l'Apôtre exhorte les Thessaloniciens à cette gratitude universelle, lorsqu'il leur dit : « En toutes choses, rendez grâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (1 Thessal., v.).


Prière au Saint

 

Oh ! si je pouvais avoir cette sublime connaissance des bienfaits de Dieu comme vous l'avez, ô glorieux saint, vous qui lisiez dans toutes les créatures, comme dans un livre, la fin pour laquelle Dieu les a créées, reconnaissant que c'est à notre profit, afin que par elles nous arrivions à conclure que Dieu est notre unique bien! « Car Dieu, dit le Prophète, a donné la raison aux nations, et les peuples possèdent les biens, afin qu'ils observent ses commandements, et qu'ils cherchent sa sainte loi ». (Psaume 104). Oui, comme vous, mon glorieux avocat, je m'unirai aux trois enfants de Babylone pour inviter toutes les créatures à louer le Seigneur, et je leur dirai : « Œuvres du Seigneur, bénissez-le toutes, et exaltez-le dans tous les siècles ». (Daniel, 3). C'est la grâce que j'implore, ô glorieux saint! Daignez me revêtir de vos sentiments de reconnaissance, afin que je ne prenne plus le moyen pour la fin, en abusant des créatures pour offenser Dieu, qui me donne tout pour le servir et l'aimer. J'espère cette grâce de votre très-efficace protection. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Saint Vincent passa un jour par la cité de Zamora, où autrefois dans ses prédications il avait fait des miracles, et entre autres il avait converti deux jeunes gens débauchés en faisant un sermon sur le vice impur.

Le saint fut reçu dans un couvent où les religieux l'accueillirent avec une grande politesse, et lorsqu'il fut sur le point de les quitter, ils le prièrent de vouloir bien leur laisser un petit souvenir. Le saint, qui était aimable pour tous, et principalement envers ceux qui lui avaient fait quelque bien, leur dit : « »Très volontiers : je vous laisse notre cloche. Tenez-en compte, et ayez-la en vénération, parce qu'elle devra servir à un grand, noble et agréable emploi ». Les religieux ne comprirent pas alors quel pouvait être ce noble et agréable emploi. Ils déposèrent donc le présent du saint dans un lieu à part, où ils le gardèrent avec une grande vénération, comme une précieuse relique d'un grand saint. Il ne se passa pas longtemps sans qu'ils découvrissent le but pour lequel Vincent leur avait laissé cette cloche. C'était pour les avertir de la mort prochaine de quelque religieux, ainsi qu'il arriva; car la cloche sonna d'elle-même quelques jours avant la mort de l'un d'entre eux. Telle fut la reconnaissance de notre saint envers cette religieuse communauté, et ce miracle dura jusqu'à l'année 1550. La cloche sonna pour la dernière fois à la mort du Père Jean de Saint-Dominique. C'est ainsi que notre saint paya à ces bons Pères leur charitable hospitalité.

Ce prodige est semblable à celui de la cloche de l'école de Saint-Thomas, au couvent de Salerne, qui jusqu'à ce jour continue à sonner miraculeusement pour annoncer la mort d'un religieux. Tous ceux qui seront persévérants dans la dévotion à notre saint peuvent s'attendre à des grâces semblables et à de plus grandes encore.


Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.



Septième Vendredi


La quinzième perfection, après avoir fait tout ce que nous avons dit, est de nous répéter en nous-mêmes, en le reconnaissant véritablement : « Seigneur Jésus-Christ, mon vrai Dieu, je ne suis rien, je ne puis rien, je ne vaux rien. Je vous sers bien mal, et en toutes choses je vous suis un serviteur inutile ».


Explication

 

L'humilité est la cendre sous laquelle se conserve allumé le feu de l'amour de Dieu et du prochain. Et de même que le lis élevé est blanc et beau, mais pourtant se penche toujours vers la terre, ainsi fait une âme humble. Plus elle est élevée dans la perfection et blanche par la pureté de sa conscience, plus elle est belle par les grâces et les dons de l'Esprit-Saint, plus elle s'humilie et plus elle s'abaisse, incapable qu'elle est d'ôter de sa mémoire son néant et sa misère. « Quiconque s'abaisse sera élevé », dit Notre-Seigneur. (Luc, 18). Ainsi, plus l'âme s'humilie, plus elle se concentre dans son néant, plus elle est élevée à ce sublime degré de perfection vis-à-vis de Dieu, qui exalte les humbles.


Pratique de l'humilité

 

Tobie enseigne à son fils la pratique de cette vertu par ces paroles : « Ne permets jamais que dans ton cœur et dans tes paroles l'orgueil domine ». (Tobie, 4). Ce qui veut dire, selon les saints commentateurs, que non-seulement on doit éviter dans les œuvres toute vanité, faste et orgueil, mais que nos paroles, nos pensées et toutes nos actions doivent respirer l'humilité. De plus, ces œuvres elles-mêmes seraient-elles de nature à nous procurer quelques louanges de la part des hommes, il faut chasser comme d'iniques suggestions du démon toute pensée de vaine gloire et de désir d'être loué. Pensez sérieusement, non à ce peu de bien que vous avez fait, mais à vos défauts et à toutes les vertus qui vous manquent. Songez combien peu vous aimez Dieu, en comparaison de l'amour que lui portait saint Vincent, alors qu'il était sur cette terre, et à celui qu'il lui porte dans le ciel, où il est réuni aux autres saints. En face de ces considérations vous sentirez s'allumer en vous une ferveur extraordinaire, un grand amour de Dieu qui vous excitera à persévérer dans le bien, à faire des œuvres grandes et héroïques, enfin à aimer Dieu et à le servir toujours davantage. Tels sont, pieux lecteurs, les exercices des vertus enseignés par le saint pour arriver à la perfection. Ils vous sont proposés en ces sept vendredis avant la fête du saint, et en ces sept autres vendredis après la fête, qui sont consacrés à honorer le saint. Vous ferez bien en outre de jeûner, de vous confesser et de communier avec ferveur. Tous ces actes vous aideront grandement à acquérir les vertus chrétiennes. Ainsi disposé, et avec la protection du grand saint, puissiez-vous, en lisant les degrés de perfection qu'il nous enseigne, les saisir plus facilement et commencer à les pratiquer! Souvenez-vous cependant, qu'après avoir fait toutes ces choses, il faut dire du fond du cœur ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ enseignait à dire à ses apôtres : « Nous sommes des serviteurs inutiles ».


Prière au Saint

 

Oh! si j'avais, glorieux saint Vincent, au milieu de mes misères un peu de l'humilité que vous aviez au milieu de votre grande perfection et de votre gloire ! Hélas ! combien ma pauvre âme est loin de l'humilité qui brillait en vous ! Vous humble et faisant des miracles, moi superbe et orgueilleux, ne faisant que pécher! Vous humble et illuminé du don de prophétie, moi superbe dans les ténèbres de l'intelligence qui offusquent mon esprit ! Vous humble et saint, moi pécheur et orgueilleux. Très humble saint, si vous ne m'obtenez l'humilité, je suis perdu, et je ne pourrai jamais élever dans mon cœur l'édifice de la perfection que vous nous avez enseigné. Que je sache bien ceci, vouloir accumuler les vertus sans l'humilité, c'est jeter de la poudre au Vent qui l'emporte en un clin d'œil. Faites que jamais je n'oublie cette vertu capitale. Ainsi soit-il.


Entretien spirituel

 

Une des plus grandes merveilles qui brillaient en saint Vincent, c'était sa profonde humilité au milieu des honneurs. Lorsqu'il entrait dans une cité, pour l'ordinaire il était reçu au son des cloches. Le clergé séculier et régulier allait au-devant de lui processionnellement, revêtu des habits sacrés et avec la croix. A eux se joignaient les confréries des séculiers, des artisans, chacun avec son étendard ou sa bannière. A la nouvelle de sa prochaine arrivée, tout le peuple des villes voisines arrivait pour le voir, comme si c'eût été un apôtre des premiers temps. La noblesse allait au-devant pour l'accueillir. Les grands d'Espagne le recevaient la tête découverte. Les souverains des royaumes d'Aragon, d'Espagne et d'Angleterre le suivaient à pied, et souvent ils le recevaient les genoux en terre. Les évêques et les autres prélats ecclésiastiques étaient si avides de son arrivée, qu'ils allaient à sa rencontre pendant plusieurs journées.

Quand il entrait dans les cités sur un vil animal, à l'imitation de Jésus-Christ, il était entouré d'un grand cercle de fer, afin de n'être pas oppressé par la multitude. D'autres fois arrivant à pied, il était porté sur un baldaquin jusqu'à l'église cathédrale où il faisait sa première visite; d'autres fois il était porté sur des machines en bois sur les épaules des hommes, de la même manière qu'on porte les statues des saints en procession, et tous chantaient : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». La dévotion du peuple était telle, que tous s'efforçaient de lui faire toucher ou leurs chapelets ou leurs mouchoirs.

Un jour étant conduit de cette manière dans la cité de Valence, sa patrie, un religieux du séraphique Père saint François, grand ami du saint, observant tout cela, s'avança près de la foule et cria au saint : « Frère Vincent, comment va la superbe à présent? » Vincent répondit : « Elle va et vient, mais elle ne s'arrête pas en moi ». Le saint savait que les citoyens des villes où il allait voulaient le recevoir avec de semblables honneurs ; aussi avait-il coutume, avant d'entrer dans la cité, de s'agenouiller avec sa compagnie, et il récitait ces paroles du Psalmiste : « Ce n'est point à nous, Seigneur, ce n'est point à nous qu'appartient la gloire, mais à votre nom ». (Psaume 113).

Cette admirable humilité au milieu de si grands honneurs peut prendre place parmi les grands prodiges que vous avez vus dans cet écrit, et qui sont une faible partie des innombrables miracles que Dieu a opérés et opère par le moyen de la puissante intercession de notre saint. Vous en éprouverez tous les effets si vous vous en rendez dignes en imitant les vertus de votre auguste avocat, et en persévérant dans le chemin de la perfection que vous avez entrepris sous sa protection puissante dans le cours de ces vendredis qui précèdent et accompagnent sa fête.

 

Réciter 7 Notre Père, 7 je Vous salue Marie, 7 Gloire au Père et les Litanies du Saint.

 

Extrait de « Saint Vincent Ferrier, sa vie, ses enseignements spirituels, son culte pratique », par le R. P. Fr. André Pradel, Paris Librairie Poussielgue-Rusand, 1864.

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Téléchargez l'intégralité des Vendredis de Saint Vincent Ferrier (pdf) en cliquant ici

04 août 2011

Neuvaine à la Bienheureuse Imelda Lambertini

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Vierge de l'ordre de Saint-Dominique

 

Par le Vénérable Père Marie-Jean-Joseph Lataste

 

Lu et approuvé

le 14 octobre 1865,

Frère Auguste Martin O.P., Maître en Théologie Sacrée des Frères Précheurs.

Frère J.M. Monsabré O.P.

 

Imprimatur

Frère E.C. Minjard O.P.

Provincial de la Province de France.

 

Dédicace

 

C'est à vous que je dédie plus particulièrement ce petit livre, chers petits enfants, qui vous préparez à la première communion, vous que le Sauveur Jésus aimait tant! vous qu'il a tant honorés en la personne d'une de vos compagnes, la petite Imelda; vous enfin qu'il va honorer bientôt d'une grâce presque semblable, en se donnant à vous! Toute communion n'est-elle donc pas un miracle?.. Je n'ose vous souhaiter la mort de notre petite sainte, si belle et si heureuse qu'elle soit! Que diraient vos mères !.. Du moins, je vous souhaite sa vie. Vivez de telle sorte que le bon Sauveur puisse nous dire de vous ce qu'il disait à ses disciples au temps de son passage sur la terre. « Si vous ne devenez semblables à ces petits enfants, vous n'aurez point d'entrée au royaume des cieux ». C'est à vous que je dédie ce petit livre, mais c'est aussi à vos mères, à vos grandes sœurs, à tous vos parents enfin, à toutes les familles chrétiennes. Dieu veuille à cette lecture, retremper leurs âmes dans les souvenirs de leur première communion, elles exciter à vous accompagner bientôt à la sainte table, et y recevoir enfin du Dieu de l'Eucharistie le baiser de la réconciliation et de l'amour.

 

« Achevée en peu de jours, sa vie a rempli beaucoup d'années parce qu'elle a beaucoup aimé ».

 

Il n'est peut-être pas de vie plus angélique ni de mort plus sainte à la fois et plus merveilleuse que celle de la Bienheureuse Imelda, de l'ordre de Saint Dominique. Sa jeunesse, sa douce piété, sa pureté surtout et son amour pour l'Époux des Vierges auraient dû, semble-t-il, en faire la patronne obligée de toutes les congrégations de jeunes filles. Il en est ainsi, dit-on, en Italie et en Espagne; là on la propose pour modèle à toutes les jeunes personnes, particulièrement à l'époque de la première communion; mais dans notre patrie elle n'est pas connue; en dehors de l'ordre des Frères Prêcheurs, où elle est spécialement honorée (1) et où elle a toujours compté de fidèles dévots, il n'est peut-être pas en France un seul cœur qui se tourne quelquefois vers elle et recoure à son aimable intercession. Puissent les quelques lignes qui vont suivre la faire connaître et aimer d'un grand nombre d'âmes! Puissent-elles surtout les porter à l'imiter! Puisse enfin notre Bienheureuse obtenir à tous ceux qui les liront, comme à celui qui les a écrites, un peu de ce sublime amour qui consuma sa vie sitôt écoulée et si bien remplie!

 

I

 

Notre angélique docteur, saint Thomas, un des interprètes les plus éclairés des choses divines, nous enseigne dans ses écrits, que la perfection de la vie chrétienne est toute dans la charité, et il semble que Dieu ait voulu confirmer cette vérité dans les merveilles opérées par lui en la bienheureuse Imelda: une enfant de douze ans à peine, qui, par une charité tout exceptionnelle, est devenue une sainte et a mérité d'être mise sur nos autels! D'une pureté tout angélique, elle a beaucoup aimé, comme Madeleine(2)! Elle a beaucoup aimé! Voilà toute sa vie; voilà comment en peu de jours elle a vécu de longues années.

 

Issue de la noble famille des Lambertini de Bologne, Imelda donna dès sa jeunesse des signes d'une piété rare et d'une maturité précoce. Il est de ces enfants merveilleux qu'on croirait des Anges prêtés un instant à la terre pour l'édifier et la réjouir; ils inspirent à ceux qui les approchent un respect involontaire; ils attirent à eux tous les cœurs; mais leur vie est courte, et leur fin prématurée n'étonne pas. Chacun répète en versant des larmes et des fleurs sur leur tombe: « Cette âme était trop pure pour la terre, elle n'était pas faite pour nous! »

 

Telle fut notre Bienheureuse. Elle était encore tout enfant, et déjà Ton remarquait en elle quelque chose de surnaturel, une délicatesse extrême, une pudeur instinctive et gracieuse, qui jetaient dans l'admiration tous ceux qui avaient le bonheur de la voir de près. Venait-elle à pleurer, au lieu des contes dont on amuse d'ordinaire les enfants, on n'avait qu'à s'entretenir devant elle de choses pieuses, qu'à prononcer les Noms bénis de Jésus et de Marie pour ramener le sourire sur ses lèvres et sécher à l'instant tous ses pleurs. A peine sortie de l'enfance, elle s'était construit de ses propres mains un petit oratoire où, fuyant les jeux ordinaires de son âge, elle récitait gravement les psaumes de David et d'autres dévotes prières. Toutes les séductions du monde, toutes les splendeurs de la maison de son père n'inspirèrent que du dédain à notre jeune vierge; et, dès qu'elle eut commencé à les connaître, dès l'âge de dix ans, elle résolut de s'en séparer au plus vite et d'embrasser pour l'amour de Jésus la pauvreté, l'obéissance et la chasteté dans une maison religieuse où elle pût être toute à lui.

 

Elle obtint de ses pieux parents d'être placée au couvent de Sainte Marie Madeleine, à Valdipietra, près Bologne, et d'y revêtir, selon la coutume du temps, l'habit de notre saint Ordre, en attendant le jour où, plus capable de mesurer la portée de ses engagements, elle pourrait enfin être admise à prononcer solennellement des vœux qu'elle avait déjà prononcés irrévocablement dans son cœur.

 

La plus jeune et la plus inexpérimentée de toutes, elle fut bientôt pour toutes un sujet d'édification autant que d'étonnement. Il n'était pas de point si difficile dans la règle qu'elle n'accomplît avec une scrupuleuse exactitude, pas de si rudes combats à livrer à sa volonté et à ses affections personnelles qu'elle n'en sortît toujours victorieuse, pas de pénitence si austère qu'elle ne voulût l'infliger à son petit corps. S'il faut en croire la tradition, (elle si pure pourtant !) elle pratiqua la mortification corporelle à l'égal de ces femmes longtemps criminelles, célèbres depuis par leurs pénitences expiatoires. Eh! pourquoi donc? Parce que, dit un vieil auteur, quand on porte au cœur un ardent amour, il faut qu'il éclate et se fasse jour en quelque manière. Comme la jeune Agnès, elle eût été bien heureuse de donner sa vie pour l'amour de Dieu; ne le pouvant pas, du moins elle a voulu châtier son corps pour se consoler dans les souffrances de n'être pas, elle aussi, martyre de Jésus-Christ.

 

En peu de temps elle devint un type si accompli des vertus religieuses, que ses sœurs, les plus anciennes elles-mêmes, n'hésitèrent pas à la prendre pour leur modèle. Toutes l'aimaient de cet amour irrésistible qu'engendre dans les âmes pures une véritable vertu. Elle se faisait remarquer surtout par son assiduité à l'oraison, son amour filial pour la Reine des anges et sa dévotion extraordinaire envers la très-sainte Eucharistie. Elle n'avait pas de plus grand bonheur que de passer des heures entières auprès de l'adorable Sacrement de nos autels; elle y goûtait en son cœur la vérité de ces paroles du Prophète : Que vos tabernacles sont aimables, Seigneur, Dieu des vertus!.. Qu'ils sont doux vos autels, mon Seigneur et mon Dieu! Comme un seul jour passé dans votre sanctuaire vaut mieux que mille sous les tentes des pécheurs!.. Chaque jour, pendant le saint sacrifice, elle demeurait absorbée dans la méditation de ce mystère ineffable; son amour alors se trahissait par des larmes, et la violence de ses désirs arrachait à son âme virginale de chastes soupirs qu'elle essayait en vain d'étouffer. Mais c'était surtout au moment de la sainte communion, quand ses compagnes allaient s'asseoir au céleste banquet, intérieurement. Dans ses récréations, indifférente à tout ce qui se passait autour d'elle, une seule question la préoccupait, et elle ne cessait de la poser à ses compagnes, naïve enfant qu'elle était : Oh! je vous en prie, disait elle avec une ingénuité tout angélique, expliquez-moi comment on peut recevoir Jésus dans son cœur et ne pas mourir !..

 

Cependant les supérieurs, moins attentifs à la piété, à la modestie, à la sagesse précoce de la jeune vierge qu'à sa jeunesse même, ne jugèrent pas devoir l'admettre encore à la sainte Table, car c'était alors l'usage dans ces pays de ne pas faire la première communion avant l'âge de quatorze ans. Imelda dut se résigner et attendre.

 

Oh! qui pourra bien dire ce qu'elle a souffert! Quel tourment, s'écrie le vieil auteur espagnol que je citais tout à l'heure, quel tourment, quand on aime et quand on aime Dieu, de désirer l'union, et de ne voir jamais son désir assouvi!.. Aimer Dieu! soupirer après lui, aspirer à le recevoir dans son cœur, à l'étreindre des bras de son âme, et Favoir toujours sous les yeux, et ne l'avoir jamais à soi!.. Quel supplice! Et toutefois, heureux, ô mon Dieu, ceux qui ont ainsi votre amour pour bourreau, continue notre pieux auteur (3), et qu'il serait à désirer que tous les mortels, et moi avec eux, fussions torturés en cette manière. Il dit ailleurs: Sainte Thérèse appelle l'amour divin enfer, suivant ces paroles sacrées: L'amour est fort comme la mort, l'amour est dur comme l'enfer, Fortis est ut mors dilectio, dura sicut infernus œmulatio(C. C. VIII, 6.); mais mille fois heureux, Seigneur, celui qui recevrait ainsi de votre main le coup mortel, et se verrait précipité dans ce divin enfer doit il n'espérerait plus, ou pour mieux dire, d'où il ne craindrait plus de sortir jamais!

 

II

 

Imelda fut donc réduite à attendre. Mais on ne saurait voir longtemps ses espérances frustrées, quand une fois, ô mon Dieu, on s'est mis d'un cœur sincère à la recherche de votre amour; car il n'y a devant vous acception d'âge ni de personne, et l'amour seul est de quelque poids à vos yeux. C'est ce que vous nous avez déclaré vous-même par la bouche du Sage : Ceux qui m'aiment sont aimés de moi, avez-vous dit; et ceux qui me cherchent dès le matin me trouveront infailliblement. Cette parole divine ne pouvait faillir, et celui qui se plaît parmi les lis ne tarda pas de se rendre aux désirs de la pieuse enfant.

 

C'était le jour de l'Ascension, 12 mai 1333, notre petite sainte avait alors douze ans, presque l'âge de Marie quand elle reçut en son cœur la visite du Fils de Dieu. Ses compagnes, heureuses et recueillies, allaient, chacune à son tour, prendre leur place à la table des anges. Imelda seule ne s'y rendit pas. Agenouillée devant sa petite stalle, elle pleurait d'envie en songeant à leur bonheur. Jamais prières plus ferventes, ni larmes plus brûlantes et plus pressées n'avaient accompagné des désirs plus impatients. Les yeux levés au ciel, ses deux petites mains croisées sous son scapulaire blanc, et comprimant sa poitrine comme pour modérer la violence des battements de son cœur qui semblait près de se rompre, elle pressait entre ses doigts l'image de Jésus crucifié qui ne la quittait jamais, et lui disait doucement avec l'âme sainte des Cantiques: « Venez, ô le Bien-Aimé de mon âme! Descendez dans ce jardin qui est tout à vous, et cueillez-en les fruits. Ou cessez d'abaisser vers moi vos regards, ou laissez mon âme s'envoler sur vos traces. Entraînez-moi après-vous, que je coure à l'odeur de vos parfums! Vous m'êtes, ô mon Bien-Aimé, comme un bouquet de myrrhe; votre image bénie reposera toujours sur mon sein; mais que ne puis-je faire davantage et moi aussi vous donner asile aujourd'hui, et vous faire fête dans mon cœur! Venez, Seigneur Jésus, venez, car je languis d'amour et me meurs du désir de votre adorable présence!.. »

 

Mais Jésus ne venait pas; et sachant que tout est possible à une prière opiniâtre, elle ne cessait de l'importuner, pour ainsi dire, de ses cris; son cœur trop plein débordait en ces amoureuses plaintes, C'est ce même auteur pieux qui nous les a transmises; nous les traduirons dans toute leur naïve et aimable simplicité: « Eh quoi! vous plaît-il donc, ô mon Roi, que votre petite servante brûle et se consume toujours ainsi en d'inefficaces désirs? Pardonnez à ma hardiesse, Seigneur; mais je ne vois pas pourquoi, seule, je suis ainsi rejetée de vous? pourquoi, seule, privée de vous presser sur mes lèvres? pourquoi seule enfin, toujours éloignée de votre banquet nuptial! On me dit que je suis une enfant, que je suis trop petite; mais n'avez-vous pas dit à vos Apôtres: « Laissez venir à « moi les petits enfants et ne les empêchez pas d'approcher de moi? » Que je suis trop petite! Mais est-ce bien là une raison? C'est donc en vain que vous vous êtes fait petit vous-même, si leur âge vous est un motif pour vous refuser aux enfants comme moi, même quand ils vous aiment et vous désirent tant! On me dit encore ce que vous répondîtes autrefois à l'un de vos plus aimants serviteurs: « Croîs, et tu me mangeras(4)! Mais, Seigneur, je sais aussi ce que vous répondit la pauvre Cananéenne, que les petits chiens se nourrissent des miettes de pain qui tombent de la table de leur maître. Eh bien! quoique très indigne, n'obtiendrai-je pas comme eux, Seigneur, une miette de votre table somptueuse et royale? Une miette, une seule miette de votre Pain sacré suffirait à votre petite esclave pour rassasier la faim qui la dévore. Accordez-la-moi, Seigneur! Accordez-la-moi, ô le Roi de mon âme, ou bien... vous le voyez, je dépéris, je me meurs! Vous eûtes pitié de la foule qui vous suivait, et elle ne vous avait suivi que trois jours cependant, vous ne voulûtes pas la laisser partir affamée, de peur qu'elle ne tombât en défaillance le long du chemin; vous fîtes un nouveau miracle pour la rassasier; et vous n'auriez pas pitié, Seigneur, de cette pauvre enfant qui est à vous, à vous tout entière et sans réserve; elle qui depuis tant d'années court après vous, soupirant et se mourant du désir de s'asseoir à votre banquet sacré? Vous répandez vos biens à profusion sur toute créature; toutes attendent de vous leur nourriture, et vous la leur donnez à propos; vous ouvrez vos mains, et tous les êtres sont inondés de vos bienfaits: même aux petits des corbeaux vous donnez leur pâture; et moi, vous me laisseriez mourir de faim!.. Non, cela n'est pas possible; cela répugne à votre bonté. Non, vous avez promis d'accorder tout à la foi et à la persévérance, vous ne me refuserez pas aujourd'hui. Ou donnez-moi de ce Pain dont mon âme est affamée, ou bien laissez-moi mourir enfin; car j'ai hâte d'être unie à vous, et si ce n'est dans l'Eucharistie, que ce soit au moins dans la mort! Venez donc, venez donc, ô Jésus! ou donnez-moi les ailes de la colombe, que je m'envole et que j'aille enfin me reposer en vous! »

 

Ainsi gémissait la jeune vierge. Elle demandait l'une ou l'autre de ces grâces, elle les obtint toutes deux. Comme elle pleurait et priait encore, tout à coup, est-ce un rêve? une hostie miraculeuse se détache du saint ciboire, traverse la grille du chœur, et, voltigeant en l'air, s'arrête au niveau de son front. Les religieuses, émues d'un tel spectacle, n'osent d'abord en croire leurs yeux; mais l'illusion bientôt n'est plus possible: le miracle persévère; une clarté subite se répand dans l'église, accompagnée d'une suave odeur; et comme une main invisible et puissante retient le Pain mystique suspendu devant la jeune enfant. Triomphante et timide à la fois, elle demeure partagée entre la joie de se sentir si près de Celui qu'elle aime et la douleur de ne pouvoir s'unir à Lui. On eût dit un ange en adoration plutôt qu'une simple mortelle. Son confesseur, averti de ce prodige, accourt, et voyant dans ce fait une manifestation non équivoque de la volonté divine, recueille respectueusement la sainte Hostie sur une patène et en communie la trop heureuse enfant...

 

III

 

Enfin ses vœux sont accomplis! et, comme si elle n'eût pu dans un corps mortel supporter une telle joie, elle s'affaisse sur elle-même, abîmée dans une contemplation profonde : ainsi la fleur s'incline sous les gouttes de la rosée du ciel, trop frêle pour en soutenir le poids. Les mains toujours croisées sur la poitrine, les yeux doucement fermés, Imelda paraissait livrée à un délicieux sommeil. Comme les heures devaient s'écouler rapides dans cette extase de l'amour! A voir ses lèvres mi-closes, décolorées, mais éclairées d'un sourire tout céleste et comme agitées d'un frémissement léger, on eût cru les entendre murmurer ces paroles du Cantique: « Mon Bien-Aimé est à moi, et je suis à Lui! Il m'a introduite dans ses celliers, il m'a enivrée de son amour... J'ai trouvé Celui que mon cœur aime; je l'ai trouvé, je le tiens, et ne le laisserai pas aller! » Longtemps ses sœurs l'admirèrent en silence. Elles ne se lassaient pas de la regarder, de la voir, de la voir encore, ni de louer Dieu au fond de leur cœur, parce qu'il est bon, et que sa miséricorde s'étend à tous les siècles. Toutefois l'office achevé, la voyant toujours immobile et prosternée, elles ne peuvent se défendre d'une vague inquiétude. On l'appelle; on la prie, on la supplie, on lui commande de se relever; elle, toujours si prompte en obéissance, cette fois n'obéit pas; elle n'a pas entendu...; on la touche, elle n'a pas senti...; on la relève..., elle était morte!....

 

Morte! Morte à douze ans!.. Morte d'amour, et d'amour pour son Dieu! au jour et à l'heure de sa première communion! O l'heureuse mort! Trop heureuse enfant! ) Avec des sens moins imparfaits et 'moins grossiers que les nôtres, on eût pu voir son âme, comme une légère vapeur, s'élever dans les airs à la suite du Sauveur, en ce jour de son Ascension glorieuse, et les Anges auxquels elle allait être à jamais réunie, accourir sur ses pas et, fêtant sa bienvenue, chanter comme autrefois à l'Assomption de leur Reine: « Quelle est celle-là qui s'élève à travers le désert comme un nuage d'encens? Elle s'avance comme l'aurore à son lever, belle et douce comme l'astre des nuits, radieuse comme le soleil... Quelle est celle-là qui s'élève ainsi du désert, tout environnée de délices, et appuyée sur son Bien-Aimé ?.. — C'est notre petite sœur, disaient les Anges (5). Venez, petite enfant, chère au cœur de Jésus, pure comme la colombe, douce comme le miel, quasi mel data, Imelda, petite sœur, venez! venez recevoir la couronne qui? vous est préparée! »

 

Comme Marie, elle avait rendu son dernier soupir dans un suprême élan d'amour. La charité, comme la mort, a ses victimes. L'amour est fort comme la mort. Oh! comment pouvons-nous si souvent recevoir Jésus dans nos cœurs et ne pas mourir! En 1566, les Dominicaines quittèrent leur couvent de Valdipietra pour s'établir à Bologne même. C'est dans leur église que reposent aujourd'hui les restes précieux de la bienheureuse Imelda Lambertini. Un des descendants de cette illustre famille, le cardinal Lambertini, depuis pape sous le nom de Benoît XIV, restaura et embellit de ses propres deniers l'église de nos Dominicaines de Bologne, alors qu'il occupait le siège archiépiscopal de cette ville; il y fit élever une chapelle et un autel en l'honneur de notre jeune sainte, sa parente; d'autres membres de sa famille, pour honorer sa mémoire, firent graver en 1591, sur la pierre de son sépulcre, le trait miraculeux qui termina sa vie et que nous venons de raconter.

 

Petite Sœur Imelda, priez pour nous!

 

Notes

 

(1) Sur l'examen des pièces du procès de béatification, le pape Léon XII, après avoir consulté la Sacrée Congrégation des Rites, a approuvé son culte et autorisé l'ordre des Frères-Prêcheurs à réciter son office et à célébrer la sainte messe en C son honneur. Sa fête a été fixée au 46 septembre.

 

(2) Il semble que Dieu l'ait prédestinée dès le berceau à cette vie toute d'amour. Madeleine fut son premier nom, celui qui lui fut donné au baptême et le seul sous lequel elle fut connue avant son entrée en religion. Dans le cloître on l'a nommée Imelda, sans doute à cause de sa douceur et de son extrême amabilité: Imelda, c'est-à-dire donnée au monde comme du miel, quasi mel data, ? suivant l'étymologie d'un pieux et savant religieux Ç f du Carmel, un de ses plus ardents dévots.

 

(3) Un de nos Pères espagnols, du couvent de Bénavarre (Aragon), auteur d'un « Abrégé de la Vie très-prodigieuse de la Bienheureuse Imelda de Lambertini, Vierge de l'Ordre de Saint-Dominique ».

 

(4) Cresce, et manducabis me. (Saint Augustin, Confessions.)

 

(5) Soror nostra parva. (Cant. C, vin, 8.)

Beata_Imelda_Lambertini

Neuvaine à la Bienheureuse Imelda Lambertini

Vierge de l'Ordre de Saint Dominique

 

Pour se préparer à recevoir dignement la Sainte Eucharistie

particulièrement au jour de la Première Communion

 

D'après un vieux manuscrit espagnol, composé par une religieuse espagnole à l'époque de la Béatification de la Bienheureuse Imelda

 

Tous les jours de la Neuvaine

 

Après avoir fait le signe de la croix, un acte fervent de contrition, et un acte de charité, on dira l'oraison suivante:

 

Seigneur, incompréhensible dans vos voies, Dieu éternel, mon très-aimable Père, en qui je crois, en qui j'espère, et que j'aime de tout mon cœur pardessus toutes choses, prosterné en votre divine présence, je vous adore, vous bénis et vous loue, pour votre Être ineffable , pour vos perfections infinies, et parce que vous vous montrez toujours admirable dans vos Saints. Je vous rends honneur, louange et gloire de ce que, parmi vos autres créatures, vous avez daigné choisir votre très fidèle et très chère Épouse, la Bienheureuse Imelda, pour servir de modèle à toutes les âmes amantes de votre Fils Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie. Je vous supplie de m'accorder, par sa puissante intercession et par les mérites du même Jésus-Christ, mon Rédempteur, le pardon de tous mes péchés; et pour fruit de cette sainte neuvaine, le remède à mes maux, l'amendement de ma vie et l'imitation de ses vertus; afin que, mourant comme Elle en votre sainte grâce, je puisse vous aimer et vous bénir éternellement avec Elle dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

On ajoutera à cette oraison commune une oraison propre à chaque jour, ainsi qu'il est marqué plus loin. Après l'oraison propre on récitera trois Pater, trois Ave et trois Gloria, dans le but d'obtenir de Dieu la grâce spéciale qu'on lui demande dans cette neuvaine, et on les récitera de la manière suivante:

 

Petite Imelda, puisque votre amour attira Jésus en votre âme, obtenez-nous la même flamme; puissions-nous enfin l'aimer sans retour!

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.


 

Si petite encore, de la charité, vous eûtes vraiment la science, vous qu'une sainte impatience unit à Jésus pour l'éternité!

 

Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Enfant, vous l'aimiez comme un séraphin; Il vint, et d'extase ravie en ses bras vous cherchiez la vie: vous eûtes la mort.. mais l'amour sans fin!


Notre Père, je Vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Priez pour nous, Bienheureuse Imelda.

Pour que nous devenions dignes des promesses du Christ.

 

Oraison

 

Jésus Christ, Notre Seigneur, qui reçûtes au ciel la Bienheureuse Vierge Imelda blessée du feu d'une ardente charité et nourrie miraculeusement de l'Hostie immaculée, accordez-nous, par son intercession, d'approcher avec la même ferveur de la Table sainte; faites que nous désirions comme elle la dissolution de notre corps; et qu'affranchis des liens de la terre, nous méritions d'être unis à vous qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit par tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

On terminera par les oraisons suivantes qui seront récitées chaque jour.

 

A Notre Seigneur Jésus Christ

 

Mon Seigneur Jésus-Christ, qui dans le sacrement de l'Eucharistie êtes vraiment l'Aimant des âmes aimantes, vous qui avez dit que vos délices sont d'être avec les enfants des hommes et qui l'avez bien prouvé dans votre petite Épouse la bienheureuse Imelda, puisque, ne pouvant supporter les retards que les créatures mettaient à son union à vous dans le sacrement de l'autel, vous opérâtes cette merveille inouïe, que, vous donnant miraculeusement à elle, vous l'avez affranchie des liens de la terre et transportée dans vos bras au sein de l'éternelle béatitude où personne plus ne la pourra séparer de votre chaste et ineffable union; nous vous supplions, par les complaisances que vous avez daigné prendre en une si pure créature, de nous donner, au moment de vous recevoir, ces mêmes dispositions et ces mêmes sentiments qui vous la rendirent si chère, afin que nous aussi nous r devenions participants un jour des délices de votre Amour dans la gloire sans fin. Ainsi soit-il.

 

A la Très Sainte Vierge du Rosaire

 

Et vous, ô très-aimable Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Souveraine, Notre Dame du Très Saint Rosaire, par la joie que vous reçûtes le jour où votre divin Fils vous présenta dans ses bras l'âme si gracieuse de sa petite amante Imelda, nous vous supplions de nous obtenir de sa divine Majesté les grâces que nous lui demandons par cette neuvaine, et aussi la conversion des pauvres pécheurs, la force nécessaire aux agonisants et le repos des âmes du purgatoire. Ainsi soit-il.

 

On pourra terminer par un cantique à la bienheureuse Imelda. Ainsi se fera la neuvaine de chaque jour.

 

Oraisons propre

 

Premier jour

Pour demander à Dieu une parfaite correspondance à sa grâce et une grande fidélité à ses commandements

 

O ma Protectrice, bienheureuse Imelda, parfait modèle des servantes de Dieu, épouse très fidèle de l'Agneau sans tâche, mon Seigneur Jésus-Christ, exemplaire nouveau au sein de son Église et gloire de la Famille Dominicaine, je vous vénère et vous aime de tout mon cœur. Attiré par la très suave odeur de votre très éminente sainteté, j'ai recours à vous; à vous qui avez toujours conservé dans votre âme bénie la candeur de l'innocence baptismale, sans la souiller jamais, à vous qui fûtes si parfaite dans l'observance des commandements de Dieu. Je désire ardemment imiter vos exemples, et par là me rendre digne de votre gracieuse intercession auprès du Tout-Puissant. Demandez-lui pour moi une parfaite correspondance à sa grâce, une grande fidélité à ses commandements, et qu'en outre de la faveur toute spéciale que je lui demande par votre entremise, durant cette neuvaine, il m'accorde encore de mourir saintement, afin de le contempler et de jouir de Lui éternellement dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Deuxième jour

Pour obtenir le don d'une parfaite obéissance


 

O très obéissante Vierge et ma sœur bien-aimée, Bienheureuse Imelda, digne fille du Dieu de majesté, vous qui, inclinant l'oreille intérieure de votre âme à la douce voix de sa divine inspiration, lui obéîtes si fidèlement, faisant en toutes choses sa Très Sainte Volonté avec la plus parfaite abnégation de la vôtre, l'unissant en tout et partout à celle du Seigneur! par cette admirable conformité vous parvîntes à une si grande perfection que vous eûtes la force de demeurer longtemps privée du Pain des élus, malgré votre ardent désir, pour condescendre au bon plaisir de vos supérieures et au jugement de vos directeurs. Je vous supplie humblement de prier pour moi sa divine Majesté, qu'elle daigne m'accorder et la grâce de vous imiter dans cette vertu comme en toutes les autres, et la faveur spéciale que je lui demande dans cette neuvaine, par votre intercession; afin qu'accomplissant en tout et toujours sa Très Sainte Volonté sur la terre, j'aille un jour l'accomplir mieux encore avec les Bienheureux dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

 

Troisième jour

Pour demander l'esprit de la pauvreté et le détachement des choses d'ici-bas

 

O ma très aimable sœur et vénérée protectrice, Bienheureuse Imelda, fidèle imitatrice de la pauvreté de Notre Seigneur Jésus-Christ, pour l'amour duquel vous renonçâtes parfaitement à toutes choses, le suivant en nudité d'esprit, et de telle manière que hors de Lui vous n'aimiez rien, vous ne possédiez rien, méritant par là d'être son Épouse choisie et privilégiée, enrichie de l'abondance de ses dons, prévenue de ses plus douces bénédictions et de ses grâces les plus signalées; je vous supplie d'intercéder pour moi auprès du Tout-Puissant; qu'il m'accorde la faveur spéciale que je lui demande dans cette neuvaine; mais surtout qu'il éloigne de mon cœur toute affection aux choses terrestres, afin que l'aimant uniquement et par-dessus toutes choses, durant le temps qui me reste à vivre sur la terre, j'obtienne le bonheur de mourir dans son amitié et dans sa grâce, pour le louer et le bénir éternellement dans la gloire. Ainsi soit-il.

 

Quatrième jour

Pour demander le don d'une inaltérable chasteté

 

O très chaste et très pure Vierge, mon avocate, Bienheureuse Imelda, par votre virginité angélique digne Épouse de l'Agneau sans tache, temple vivant et demeure de l'Esprit-Saint par votre très pure chasteté; terre vierge qui, fécondée par la rosée de la grâce divine, produisîtes des fruits abondants de justice et de sainteté; étoile resplendissante qui embellissez le ciel Dominicain: je vous supplie par cette vertu et toutes celles que vous avez si bien pratiquées, par toutes les grâces dont vous orna votre céleste Epoux, de m'obtenir de sa divine Majesté le pardon de mes péchés, la pratique de la plus inviolable chasteté, la victoire sur toutes les tentations qui lui sont contraires, et qu'en outre de la faveur spéciale que je demande dans cette neuvaine, il m'accorde, après une vie sainte et pure, l'heureuse mort des justes et le bonheur de le voir et de le louer éternellement dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Cinquième jour

Pour demander l'esprit de pénitence et de mortification

 

Ma très pénitente et très innocente protectrice, Bienheureuse Imelda, exemplaire vivant de toutes les vertus, qui sûtes unir la rigueur de la plus austère pénitence à une innocence merveilleuse d'âge et de mœurs; qui portâtes dans votre petit corps virginal la mortification de votre Époux souffrant, Jésus-Christ, par les rudes coups dont vous le maltraitiez: je vous supplie de m'obtenir de Dieu un véritable esprit de mortification, qui m'aide à dompter mes passions et' rende mon âme plus libre pour les choses du ciel. Qu'il m'accorde encore la faveur particulière que je désire obtenir, si tel est son bon plaisir, en cette neuvaine, et surtout la grâce singulière de faire durant la vie et à la mort de dignes fruits de pénitence, pour jouir éternellement de sa divine présence dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Sixième jour

Pour demander à Dieu la sainte humilité

 

O ma très humble sœur et ma puissante avocate, Bienheureuse Imelda, trésor très-riche de sainteté enfoui dans le champ de votre humilité héroïque, jardin fermé, mais délicieux par les fruits divins que vous cachiez dans le secret de votre cœur; puits abondant des eaux vives de la grâce et des dons les plus parfaits, profond de la profondeur même de votre abaissement; vous fûtes, par cette vertu, semblable au grain de sénevé de l'Évangile, car votre humilité mérita que le Tout-Puissant fît en vous de grandes choses, vous élevant miraculeusement de cette terre au séjour des Saints: je vous supplie instamment de m'obtenir de la divine Majesté la véritable humilité de cœur, la faveur spéciale que j'attends de cette neuvaine, et particulièrement la grâce qu'il a promise aux humbles, afin que le servant fidèlement dans cette grande vertu durant la vie, j'obtienne, après la mort, de le voir et de jouir de Lui pour toujours dans l'éternelle félicité. Ainsi soit-il.

 

Septième jour

Pour demander la patience et la résignation dans les épreuves de la vie


 

Ma très douce avocate, Bienheureuse Imelda, modèle admirable de résignation et de patience dans la dure impossibilité où vous fûtes longtemps, malgré vos ardents désirs, de vous unir à votre Époux Jésus-Christ dans le sacrement de l'Amour; vous le souffrîtes sans ouvrir la bouche pour vous plaindre, imitant en cela le Prophète royal et Jésus lui-même, dans leurs grandes afflictions; par la très-haute perfection de cette patience où vous conservâtes inaltérable la paix intérieure de votre âme, inaltérable la suavité de votre cœur, effet visible de la parfaite union de votre volonté à celle du bon Maître, je vous supplie de m'obtenir de sa Majesté la faveur que je lui demande dans cette neuvaine, mais particulièrement la patience dans les adversités, la conformité à sa très-sainte volonté dans tous les accidents de la vie, et enfin de mourir dans sa grâce et de jouir de Lui pour toujours dans la béatitude éternelle. Ainsi soit-il.

 

Huitième jour

Pour demander à Dieu l'amour du prochain

 

Ma très douce et très aimable Patronne, Bienheureuse Imelda, parfait modèle de la plus douce et de la plus héroïque charité envers le prochain; charité précoce, puisque, dès vos plus tendres années, ne sachant pas encore parler, vous aviez déjà cette compassion pour les pauvres qui fit de vous plus tard la consolatrice des affligés, l'aide des misérables, le refuge de tous les nécessiteux; je vous supplie, avec toute l'ardeur dont je suis capable, d'exercer envers moi votre brûlante charité en m'obtenant de Dieu une charité semblable; une charité à toute épreuve, comme la vôtre, large, immense, inépuisable, que rien ne rebute, que rien ne fatigue, que rien n'arrête; une charité compatissante à toutes les infortunes et qui, puisant sa source au cœur même de Jésus-Christ, s'étende aussi à tous les hommes, sans distinction d'âge, ni de condition, ni de race, ni de pays, ni de religion même, les aimant tous comme moi-même et pour Dieu seul; aimant les bons pour qu'ils soient meilleurs, les méchants pour qu'ils se convertissent et qu'ils vivent; une charité en un mot comme la veut et l'aime Jésus: bonne, patiente, point envieuse ni téméraire, ni précipitée; sans orgueil, sans ambition; ne cherchant point ses propres intérêts; qui ne se pique et ne s'aigrit point; qui ne pense point le mal; qui ne se réjouit pas de l'injustice, mais se réjouit de la vérité; qui supporte tout, qui croit tout, espère tout, souffre tout. Priez Dieu qu'il m'accorde encore, avec la faveur particulière que je lui demande en cette neuvaine, la grâce d'une sainte mort et le salut éternel de mon âme. Ainsi soit-il.

 

Neuvième jour

Pour demander un ardent amour de Dieu

 

Ma très dévote, très fervente et très aimante avocate, Bienheureuse Imelda, très digne Épouse de l'Agneau immaculé de Dieu, qui efface les péchés du monde, sainte demeure où réside l'Esprit-Saint avec ses dons les plus précieux, aimée et favorisée de Dieu; choisie entre mille pour être les délices du Créateur; fournaise sacrée de la divine charité dont vous embrasez ceux qui contemplent dévotement votre heureux trépas; moi le plus humble de vos dévots, je me mets à présent et pour toujours à l'ombre de votre tout aimable protection. Je vous supplie, gracieuse Imelda, qu'en outre de la singulière faveur que j'ai demandée par votre intercession durant cette neuvaine, vous m'obteniez de la divine Majesté la grâce spéciale de vous imiter dans toutes les vertus que vous avez pratiquées, mais principalement dans votre ardente charité pour Lui. Que je l'aime! Que je l'aime beaucoup! Que je l'aime toujours davantage! Que je l'aime par-dessus tout et par-dessus moi-même! de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces! Dans quelques jours il va se donner à moi en nourriture! Il va se donner tout à moi, sans réserve! Oh! que je me donne à Lui sans réserve aussi! A Lui dès cette heure! A lui pour toujours! A la vie, à la mort; pour le temps et pour l'éternité! Et si je ne puis mourir, comme vous, dans ses bras et sur son cœur, du moins que ma vie entière s'use et se consume pour Lui! Que ce soit là, ma bien-aimée petite sœur Imelda, le fruit particulier de la dévotion avec laquelle je vous ai vénérée en cette neuvaine et que je vous ai vouée pour toujours! Que ce me soit le moyen de me préparer dès maintenant, par une sainte vie, à la mort qui approche, afin que, mourant embrasé du plus ardent amour pour Dieu, je passe enfin de cet exil à la Patrie où je pourrai le voir et le bénir avec vous toute l'éternité. Ainsi soit-il.

 

Elans d'amour de Saint Alphonse de Liguori

Pouvant servir de préparation ou d'action de grâce à la Sainte Communion

 

Mon doux Jésus! vous seul me suffisez. O mon amour! ne permettez pas que je me sépare jamais de vous. Qui suis-je donc, Seigneur, que vous mettez tant de soins à rechercher mon amour? Eh! qui pourrais-je aimer, si je ne vous aimais pas, ô mon doux Jésus? Me voici, Seigneur; disposez de moi selon votre bon plaisir. Donnez-moi votre amour, c'est tout ce que je vous demande. Faites que je sois entièrement à vous avant que je meure. Père éternel, pour l'amour de Jésus-Christ, ayez pitié de moi. Mon Dieu, je ne veux que vous et rien de plus; mon doux Jésus! que ne puis-je me sacrifier pour vous qui vous êtes sacrifié pour moi! Si je venais à mourir en état de péché, je ne pourrais plus vous aimer. Maintenant que je le puis encore, je veux vous aimer autant que je le pourrai. Je vous consacre tout ce qui me reste de vie. Je veux ce que vous voulez, et rien que ce que vous voulez. Faites, ô mon Dieu, que je vous voie apaisé contre moi, la première fois que je vous verrai. Vous ne m'abandonnerez pas; je ne vous laisserai jamais. Nous ne cesserons de nous aimer, ô mon Dieu, dans cette vie et dans l'autre. Mon ingratitude serait trop noire, si, après tant de grâces, je ne vous aimais beaucoup. Vous vous êtes donné tout à moi; je me donne tout entière à vous. Vous qui aimez qui vous aime, je vous aime, aimez-moi donc aussi. Si je ne vous aime pas assez, donnez-moi l'amour que vous désirez de moi. Vous m'avez obligée à vous aimer; donnez-moi la force de tout surmonter pour vous plaire. Recevez l'amour d'une âme qui vous a donné tant de déplaisirs. Faites-moi connaître, ô mon Dieu! quel bien infini vous êtes, afin que je puisse vous aimer autant que je le dois. Je veux vous aimer beaucoup en cette vie, pour pouvoir vous aimer beaucoup dans l'autre. J'espère, ô Dieu éternel! vous aimer éternellement. Que ne vous ai-je toujours aimé ! Que ne suis-je morte avant de vous avoir offensé! Je vous consacre ma volonté, ma liberté; disposez de moi selon votre bon plaisir. Je veux que mon unique contentement soit de vous contenter, ô bonté infinie! O mon Dieu! je me réjouis de votre béatitude infinie! Vous êtes tout-puissant, rendez-moi sainte. Vous m'avez cherchée lorsque je vous fuyais; vous m'avez aimée quand je dédaignais votre amour: ne m'abandonnez pas maintenant que je vous aime et que je vous cherche. Qu'aujourd'hui soit le jour où je me donne tout à vous! Infligez-moi toutes sortes de châtiments; mais ne me privez pas de la faculté de pouvoir vous aimer. Je vous remercie de ce que vous me donnez le temps de vous aimer. Je vous aime, ô mon doux Jésus! je vous aime; et j'espère terminer ma vie en répétant encore: Je vous aime, je vous aime. Je veux vous aimer sans réserve, et faire tout ce que je connaîtrai pouvoir vous plaire. Je préfère à tous les applaudissements du monde le bonheur de vous plaire. Je suis prête à éprouver toutes les peines, pourvu que je vous aime, ô mon Dieu. Oh! puissé-je mourir pour vous, ô mon Dieu! qui êtes mort pour moi! Oh! que ne puis-je faire que tout le monde vous aime comme vous le méritez! O volonté de mou Dieu, vous êtes mon amour! O Dieu d'amour! donnez-moi votre amour. O Marie! attirez-moi tout à Dieu. O ma Mère, faites que j'aie recours à vous. C'est à vous qu'il appartient de me conduire à la sainteté: c'est aussi ce que j'espère de vous. Vivent Jésus notre amour, et Marie notre espérance! Ainsi soit-il.

 

Efficacité de l'intercession de la Bienheureuse Imelda Lambertini

 

Le jour de l'Épiphanie, au moment où l'on termine l'impression de cette Vie, il me vient du fond de la Mésopotamie une lettre qui m'est adressée par un de mes bons frères du noviciat, un juif converti, aujourd'hui ardent apôtre en nos missions de Mossoul, le R. P. Jean-Baptiste Lévy. Cette lettre se rattache de trop près à la gloire de notre Bienheureuse et de nos missionnaires pour que je puisse résister au désir d'en donner ici un extrait, bien assuré d'avance qu'il sera lu par tous avec le plus vif intérêt.

 

Mossoul, 3 décembre 1865.


Bien-aimé frère, père et ami, Le choléra a sévi ici aussi. Nous avons, pourra gloire de Dieu, été les sauveurs de la ville. Le chef politique et le chef religieux, musulmans, sont venus nous remercier, ainsi que les principaux habitants de toutes les sectes. Secours religieux aux catholiques, à tous force morale, ainsi que secours médicaux et pécuniaires, ont été donnés par la mission, motus proprio, car ici, chacun est pour soi et Dieu pour tous. Par la force même des choses, les missionnaires étaient devenus tout à la fois prêtres, médecins, apothicaires, sœurs d'hôpital; nous étions tout. Nous nous étions partagé la ville en quartiers, et nous allions chez tous les malades, accompagnés d'hommes de la police, car il fallait des gardes autour de nos chevaux pour nous préserver de la foule, qui nous aurait arraché les habits sans cette précaution. On nous traquait nuit et jour, sans nous laisser de relâche. Il fallait nous voir dans les rues suivis d'un cortège de suppliants; tous nous bénissaient, les Juifs, les Musulmans, les Arabes, les hérétiques Jacobites ou Arméniens, les Catholiques Syriens et Chaldéens. Tous nous appelaient les Envoyés de Dieu. Les Musulmans, dans leur admiration pour ce dévouement, s'écriaient: « Ce ne sont pas des chrétiens!... Ce sont des Musulmans, fils du Prophète! » Car ces pauvres gens ne peuvent s'imaginer que, pour l'amour de Jésus, on puisse sacrifier sa vie au service des Musulmans! A ce sujet, je vous dirai que, depuis ma venue ici, j'ai inculqué aux enfants des écoles la dévotion à notre petite sainte Imelda. Son image est à l'école. On la prie; on l'aime; et elle fait des prodiges. En particulier, pendant le choléra, une fille nommée Madjouda (la glorieuse), âgée de dix ans, ma pénitente, est atteinte du choléra. On m'appelle; j'y vais. Je lui donne des remèdes pour le corps et pour l'âme. Enfin son mal s'aggrave; elle entre dans la période algide. Que faire? Elle n'a pas fait sa première communion! Elle se rappelle Imelda; elle veut communier le jour de sa mort. Comme les vomissements avaient cessé, je la prépare. Elle s'unit à la bienheureuse Imelda; elle reçoit la sainte communion, les indulgences, etc.. puis elle ferme les yeux! On la croit morte; on pleure! Mais son cœur est encore chaud; il est nuit; on attend le lendemain pour l'enterrer. Le matin, la petite s'éveille et dit à ses parents: « La sainte Vierge veut que je devienne une sainte ! Elle m'a dit: « Sois guérie ! » On crie au prodige. Mais le lendemain, voilà que le corps de la petite fille enfle; elle souffre de grandes et insupportables douleurs. On croit qu'elle va mourir. J'arrive, je ne la reconnais pas, tellement elle est enflée et changée par la fièvre tvphoïde. Je lui demande ce qu'elle veut... Elle me répond: « Jésus! » Je la confesse; elle communie... Sur le champ la fièvre a disparu. Elle redevint maigre comme le choléra l'avait laissée; elle se lève et va se promener au soleil dans la cour de la maison. Aussi la dévotion à notre chère sainte a bien augmenté; et la fille a reçu, à la place du nom de Madjouda, celui plus glorieux d'Imelda, qui j veut dire en arabe un être tendre, jeune (tener en latin). Vous voyez que notre union continue; le même esprit nous anime : pendant que vous écrivez la vie d'Imelda, je la communique à de bonnes petites âmes arabes, portant dans leurs cœurs pour Jésus et Marie les ardeurs du soleil brûlant qui dessèche leurs déserts. J'ai annoncé votre petit livre, car vous me l'avez promis. Je veux le traduire en arabe; peut-être sera-t-il imprimé à Mossoul... Quelle gloire!... A Dieu! Rappelez-moi au souvenir de tous, et croyez-moi pour la vie,

 

Votre fidèle ami et frère

Frère J.B. Levy, Missionnaire Apostolique des Frères Précheurs.

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Le Vénérable Marie-Jean Joseph Lataste

Fondateur des Dominicaines de Béthanie

1832-1869

 

Alcide Lataste est né à Cadillac sur Garonne, en Gironde, dans le Diocèse de Bordeaux, le 5 septembre 1832, après une jeunesse remplie de dévouement au sein de la Société de Saint Vincent de Paul, pour laquelle il fonda des Conférences locales, il entra, en 1857, dans l'Ordre des Frères Précheurs, plus communément appelés Dominicains, où il prit le nom de Père Marie-Jean-Joseph. En 1864, il prêcha une retraite aux détenues de la Centrale de Cadillac, actuellement, le Château des Ducs d'Epernon, et, pendant ces jours, il découvrit en elles les merveilleux effets de la Miséricorde et, en certaines, il discerna un réel appel à se donner au Seigneur dans la vie consacrée. C'est dans cette prison, devant le Seigneur exposé, qu'il reçut l'inspiration de fonder une nouvelle famille religieuse dans laquelle toutes les Soeurs, quel que soit leur passé, les unes converties, les autres religieuses, seraient unies dans un même amour et une même consécration, témoignant ainsi que « pour se donner à nous, Dieu ne regarde pas ce que nous avons été, mais ce que nous sommes ». Le Père Marie-Jean-Joseph Lataste est entré dans la Vie à Frâsne-le-Château, en Haite Saône. Il repose actuellement dans la maison généralice, qui se trouve à Saint Sulpice de Favière, où il est entouré de la vénération de ses Filles. La décret autorisant sa Béatification a été signé le 27 juin 2010.

 

Pour approfondir

 

« Ces femmes qui étaient mes sœurs » Jean-Marie Gueulette, aux Editions du Cerf. « Le Précheur de la Miséricorde », de Jean-Marie Gueulette, aux Editions du Cerf. « Marie-Madeleine a encore quelque chose a dire », de sœur Emmanuelle-Marie, aux Editions du Cerf/ Nouvelles Cité. « Le Message du Père Lataste et les Dominicaines de Béthanie », de Monseigneur Gérard Daucourt, aux Ed. Le Livre Ouvert.

 

Prière du Père Lataste

 

O mon Jésus, que je Vous aime! Donnez-Vous à mois et donnez-moi à Vous! Identifiez-moi à Vous: que ma volonté soit la Vôtre! Incorporez-moi à Vous, que je ne vive qu'en Vous et pour Vous! Que je dépense pour Vous tout ce que j'ai reçu de Vous, sans en rien garder pour moi-même! Que je meure à tout pour Vous! Que je Vous gagne des âmes! Des âmes, ô mon Jésus, des âmes!

 

Relations des grâces

Dominicaines de Béthanie

91 910 Saint Sulpice de Favières

www.dominicainesdebethanie.org

 

Cette Neuvaine a été publiée à Paris, chez Poussielgue et fils, 27, rue Cassette, 1906.

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Téléchargez le texte de cette Neuvaine (pdf) en cliquant ici

03 janvier 2011

Saint Dominique

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11 septembre 2010

Le Bienheureux Bernard de Morlaas

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Le Bienheureux Bernard de Morlaas

+ en 1277

Fête le 23 mai


Le Bienheureux Bernard de Morlaas (Pyrénées Atlantiques, France), vivait au XIIIe siècle. S'étant consacré à Dieu dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, il fut chargé, à Santarem (Portugal), de l'éducation de deux enfants voués à Saint Dominique. Ces jeunes élèves travaillaient et prenaient leur goûter dans une chapelle du couvent ornée d'une statue de la Sainte Vierge tenant sur ses bras Son Divin Fils. Un jour, cédant à leurs naïves instance, Jésus descendit des bras de Sa Mère pour partager leur petit repas; puis à son tout, Il les invita, eux et leur maître, à souper dans la maison de Son Père, pour le jour de l'Ascension. En effet, ce saint jour, le 23 mai 1277, après avoir servi la Messe au Bienheureux Bernard et communié de sa main, les deux enfants et leur maître, saisis par une sorte d'extase, s'endormirent dans le Seigneur au pied de l'autel. Ces Bienheureux sont honorés parmi les Patrons de l'École Apostolique des Frères Prêcheurs de Mazères (Ariège). La Providence semble les désigner pour Protecteurs spéciaux des écoles ou la religion occupe le premier plan, conformément aux principes d'une raison saine et éclairée.


Prière avec indulgence de 40 jours accordée par Monseigneur l'Évêque de Bayonne et une autre de 40 jours accordée par Monseigneur l'Évêque de Pamiers


O Bienheureux Bernard, puissions-nous, par votre intercession, mener une vie si pure qu'elle attire fréquemment dans nos cœurs la visite de notre Dieu. Ainsi soit-il.


Permis d'imprimer

Pierre Eugène, Évêque de Pamiers, 1er décembre 1881

09 septembre 2010

Saint Martin de Porrès

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