02 mai 2018

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

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Troisième jour

Notre-Dame du Bon Conseil avec son Fils

 

Que voyons-nous sur notre belle Image ? Jésus, Marie s'embrassant, gracieux symbole de leur parfaite union. Ce n'est point là une fantaisie d'artiste, mais une vérité qui se réalisa sur terre durant toute la vie de la Très Sainte Vierge, vérité qui subsiste au ciel et qui subsistera éternellement. Marie se trouve étroitement unie à Jésus. N'a-t-elle pas avec Lui les relations les plus intimes que la grâce connaisse, relations de Mère de Dieu à l'égard du Fils incarné du Père céleste ? « Jamais, dit saint Bonaventure, Jésus ne S'est vu sans Marie ou sans l'assistance de Marie ».

L'image que nous vénérons nous montre Jésus se reposant entre les bras de Marie, et cependant nous en parlons comme si elle n'était que l'image de Notre-Dame du Bon Conseil. En cela il n'y a pas un atome de mépris pour le divin Enfant. Lui-même, du reste, nous donne le droit d'agir ainsi. Sa vie ne fut-elle pas, avec ses principaux mystères, unie à la vie de la Très Sainte Vierge ? Quoique cette Image soit pour nous l'Image de Marie plutôt que l’Image de Jésus, le divin Enfant ne s’en montre point jaloux. Cela se comprend : l'honneur accordé à Sa Très Sainte Mère rejaillit tout entier sur Lui-même ; c'est en quoi se vérifie le proverbe : les fils sont la gloire des pères.

Quelle douce joie pour le cœur, à l'aspect d'une image de Marie, tenant son cher Fils dans les bras ! Elle est sublime la figure de la Vierge pleine de grâce, qui, en vertu de son éternelle prédestination, s'offre à nous debout sur le globe terrestre, écrasant de son pied virginal la tête du serpent, plus sublime encore lorsque, appuyée sur la nuée étincelante, entourée des choeurs angéliques qui chantent ses louanges, le regard brillant d'amour, les bras étendus, elle s'élève vers le ciel, avec le désir d'embrasser et de posséder son bien-aimé Fils. Mais, sur l'image du Bon Conseil, Marie tenant son divin Enfant dans les bras, est infiniment belle et souverainement aimable. Là nous apparaît la cause de son absolu bonheur et de son incomparable dignité. «Tout son ornement consiste en Jésus : Il lui est, comme un bracelet précieux, un collier magnifique, un très noble joyau». Prions Marie, véritable prêtre, de nous donner la plus sainte des bénédictions, avec Jésus qu’elle porte si respectueusement, si pieusement !

 

Exemple

 

Dans le Sanctuaire de Genazzano, en dehors des grandes solennités, la Sainte Image est recouverte d'une plaque d’argent et d'une étoffe de soie artistement brodée. Et lorsqu’on la montre à quelque personnage de distinction, des prêtres en rochet président à la cérémonie, et l'Image n’apparaît qu'au milieu des lumières et des nuages d’encens, tandis que de pieux cantiques retentissent en son honneur. Le jour de la fête de la Madone, chants, parfums, lumières et décorations rivalisent d’éclat pour la célébrer. La dévotion des foules est intense, ardente, bruyante, disons le mot, italienne. Ici, une caravane récite ses rosaires ; plus loin, un cortège dit ses cantiques ; là, on chante les litanies. Par moments, comme sous l'effort d'une impulsion magique, un même formidable cri, parti d’un point de la vaste et somptueuse basilique, est répété par toutes les bouches : « Vive Marie ! Vive la Madone ! Sainte Marie ! » Et, après un court silence, qui forme comme l’écho des âmes à ce choeur de voix, les prières, les cantiques, les litanies reprennent leur cadence étrange et passionnée. Ce n'est pas beau, c'est sublime ! Contrairement à ce qu'on ne voit, hélas ! Que trop souvent dans les lieux de pèlerinage, les habitants de Genazzano sont demeurés bien dévots à leur Dame. Chaque soir, au son de l'Ave Maria, il s'en trouve un bon nombre pour se réunir dans l'église et réciter devant son autel, son petit office en latin.

 

Prière

 

Seigneur Jésus, auteur et dispensateur de tout bien, qui, en Vous incarnant dans le sein de la bienheureuse Verge Marie, lui avez communiqué des lumières au-dessus de toutes les intelligences célestes, faites qu'en l'honorant sous le titre de Notre-Dame du Bon Conseil, nous méritions de recevoir toujours de sa bonté des conseils de sagesse et de salut, qui nous conduisent au port de l'éternité bienheureuse. Ainsi soit-il.

 

Texte extrait du livre « Le Mois de Marie devant l'Image miraculeuse de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano », disponible aux Editions Rassemblement à son image

 

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01 mai 2018

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

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Deuxième jour

Description de l'image miraculeuse de Notre Dale du Bon Conseil

 

Tous ceux qui ont eu la consolation de contempler l'Image de la Vierge Mère du Bon Conseil, conservée à Genazzano, ont été frappés de sa beauté toute divine. Elle présente un ensemble ravissant de pureté, de modestie, de simplicité, de douce et maternelle bonté, avec l'empreinte d'une certaine tristesse pleine de calme et de résignation. La Vierge se penche avec amour vers l'Enfant Jésus, qu'elle tient du bras gauche comme appuyé sur ses genoux. L'enfant, passant la main droite sur les épaules de Sa mère, S'efforce de l'attirer à Lui, tandis que Sa main gauche s'appuie doucement sur la poitrine en S'attachant au col brodé de la tunique. Impossible de décrire tout ce qu'il y a de tendresse et d'amour dans cette attitude de l'Enfant et de Sa Mère. La ressemblance est frappante entre les traits de Marie et ceux de son divin Enfant. Les couleurs sont très vives et très fraîches bien qu'elles aient de longs siècles d'existence. C'est une fresque peinte sur une mince et frêle couche de ciment suspendue sans base ni appui d'aucune sorte, fait extraordinaire qui s'est perpétué jusqu'à nos jours.

En 1682 et en 1747, une vérification attentive et scrupuleuse fut faite de ce prodige, par les soins de la Sacrée Congrégation des Rites. Les changements d'aspect qu'on a souvent remarqués dans les traits de la Madone, sont aussi extraordinaires. François-Xavier Vasquez, qui vécut et écrivit sous Benoît XIV, s'exprime ainsi : « Nous avons vu à Genazzano la ravissante Image qui, en 1467, y fut apportée de l'Albanie par les mains des Anges : tous ceux qui la contemplent sont charmés de sa grande beauté. Elle paraît tantôt joyeuse, tantôt triste, tantôt empourprée de teintes rosées, selon les dispositions du visiteur qui s'en approche. Sa beauté vraiment étonnante est digne du ciel ; c'est pour cela qu’autrefois on l'appelait Sainte Marie du Paradis ».

De nombreuses copies ont été faites de la céleste Image et sont vénérées dans une multitude d'endroits. La divine Mère s'est plu à opérer, par leur intermédiaire, les grâces qu'elle a coutume d'accorder aux pieux pèlerins de Genazzano. C'est d’une de ses copies que saint Louis de Gonzague, dans l'église de Madrid, entendit la Vierge Marie lui parler à différentes reprises, le fortifiant dans ses peines et le confirmant dans sa vocation. Saint Alphonse de Liguori avait la sainte Image dans son bureau. Pie IX, la gardait dans son cabinet de travail, et Léon XIII allait souvent la vénérer dans la chapelle Pauline au Vatican.

 

Exemple

 

En 1747, le peintre Luigi Tosi, élève de l'illustre Solimène, fut chargé par la ville de Gênes de faire une copie de l'Image merveilleuse. Il se rendit à Genazzano, et le 11 juin, en la fête de saint Barnabé, il put contempler à son aise la Madone. Il résuma ainsi ses observations : « Les traits de l'enfant sont si délicats et si aimables, les lignes si singulières et si douces que le tableau défie l'artiste le plus consommé, et qu'il semble moins une œuvre humaine qu'une œuvre angélique. En outre, l'Image n'appartient ni au style grec, ni au style gothique, ni au style des siècles passés, ni au style moderne. Elle offre, dans toutes ses parties une telle pureté de goût, qu'il faut en observer avec soin les moindres détails si l'on veut exécuter une copie convenable. L’Image change souvent de couleur et d'expression. Elle se montre d'abord avec des traits joyeux et doux, quoique pâles, puis avec un air de majesté elle prend un visage si radieux et si brillant que ses joues ressemblent à deux roses fraîches et vermeilles. Quand la sainte image change d'aspect, le regard et la lumière des yeux changent aussi. Selon qu'elle a le front serein ou le teint pâle, les yeux deviennent majestueux ou perdent leur éclat, mais quand le visage est enflammé, brillant comme la rose, alors les yeux paraissent plus lucide, plus joyeux, plus ouverts ». Telle est la suave et sainte Image de Notre Dame du Bon Conseil.

 

Prière

 

Prosternés à vos Pieds, ô Vierge Marie Mère du Bon Conseil, nous contemplons en vous, par cette dévote Image, la réunion de tous les dons de la nature et de la grâce que la main de Dieu a prodigués à Ses créatures. Le nom de gracieuse, que la Sainte Eglise donne à votre Image, est pour nous un doux souvenir de votre beauté surnaturelle. Votre visage est céleste, votre regard plein de douceur et d'amabilité. La vue de vos traits si purs ouvre à notre âme un Paradis de saintes pensées et de sentiments du ciel. Vous êtes belle comme le sourire de Dieu, plus agréable que la rose, plus blanche que le lys, plus suave que le cinnamome et les parfums de tous les aromates. Nous vous admirons comme ce qu'il y a de plus beau au ciel et sur la terre après Dieu, nous vous aimons, comme ce qu'il y a de plus précieux et de plus estimable dans toute la création. Ainsi soit-il.

 

 

Texte extrait du livre "Le Mois de Marie devant l'Image miraculeuse de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano", disponible aux Editions Rassemblement à son image

 

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30 avril 2018

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Mois de Marie devant l'Image miraculeuse

de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano

Abbé Eugène Lerat

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Premier jour

Jugement de l’Église sur l'image miraculeuse de Notre Dame du Bon Conseil

 

Au temps de la Translation de la Madone par les Anges, Paul Il occupait la Chaire de saint Pierre. Ce Pape se préoccupa fort d'un événement aussi extraordinaire, et ordonna une enquête canonique. Il envoya à Genazzano deux prélats, Gaucher de Forcalquier évêque de Gap, et Nicolas à Crucibus, évêque de l'île Fara, aujourd'hui Lésina, voisine de Scutari. Le résultat de leur enquête fut favorable, car les Papes n'ont pas cessé, depuis cette époque d'encourager la dévotion des peuples à la sainte Image. Citons Sixte IV et saint Pie V, mais surtout Urbain VIII qui vint à Genazzano implorer la Très Sainte Vierge pour la cessation de la peste qui ravageait alors l’Italie. Il fut reçu solennellement par le seigneur de la ville, un membre de la famille Colonna, qui lui adressa ces paroles : « La Reine du ciel et de la terre, la Mère de Dieu a voulu être honorée en ces lieux. L'image qu'on y vénère n'a pas été peinte par le pinceau d'un mortel, elle n'a pas non plus été apportée par la main des hommes, mais elle est, comme on le pense, l'oeuvre d'un artiste céleste. On l'a vue subitement apparaître dans ce temple, de sorte que le Latium n'a rien à envier à Lorette ».

Le 17 novembre 1682, Innocent XI fit couronner solennellement la sainte Image, voulant ainsi obtenir de la bienheureuse Vierge, aide et protection contre les Musulmans, qui menaçaient de nouveau l'Église et l'Europe. Il fut exaucé, et les Turcs essuyèrent sous les murs de Vienne une défaite qui brisa leur puissance sur terre, comme la victoire de Lépante l'avait détruite sur mer.

Les Papes Grégoire XIII, Benoît XIII, Clément XII et Benoît XIV enrichirent successivement le Sanctuaire de Genazzano de grands privilèges. A la fin du siècle dernier, sous le pontificat de Pie VI, la Sacrée Congrégation des Rites, après un mûr examen des preuves qui établissent la vérité de la miraculeuse apparition de l'Image, autorisa un office et une messe propres comme pour la translation de la sainte Maison de Nazareth à Lorette. Bon nombre d'évêques français, dans ces derniers temps, ont introduit cet office dans leurs diocèses, et naguère le Général de la Compagnie de Jésus l'obtenait pour tous ses prêtres. Pie IX avait pour la Mère du Bon Conseil une tendre dévotion. Il aimait à garder près de lui sa belle image, et c'est à elle qu'il recourait au milieu des difficultés si grandes de son long pontificat : c'est devant une image de la Madone qu'il avait célébré sa première messe, et il le rappelait souvent avec bonheur. Léon XIII, dont l'univers admire encore la sagesse, ne cessa de montrer la plus grande sympathie pour la dévotion à Notre-Dame du Bon Conseil.

 

Exemple

 

C'était pendant la captivité de Pie VII à Fontainebleau. Une famille patriarcale de nos provinces de l'est, chez laquelle le culte des Papes est héréditaire comme la foi, avait sollicité la faveur de faire bénir par le Saint-Père divers objets de piété. Le Vénérable Vieillard accueillit cette prière avec Sa paternelle bonté. Sa Sainteté daigna en outre prendre une petite Image de la Vierge Mère qu'Elle avait dans son bréviaire, la bénit et l'offrit à la personne qui s'était chargée de ce message. Celui-ci, à son retour, en fit don à la digne famille que nous venons de citer. Quelle était cette Image ?... C'était Notre-Dame du Bon Conseil. Oui ; c'était bien Elle, la divine Conseillère, qui voulait venir en France, par la main de son Pontife ; c'était bien notre chère Madone du Bon Conseil, que Pie VII venait de donner à notre Patrie, cette France où il souffrait, mais qu'il aimait d’une tendresse toute spéciale, puisque peu de temps après son élévation au Souverain Pontificat, il écrivait : « Nous sacrifierions notre vie pour ceux de nos enfants qui habitent la France... Ne vous semble-t-il pas que Léon XIII se fit l'écho de ces sentiments quand il parla de la France ou qu’il écrivit à ses Évêques ?... Quant à l’Image donnée par Pie VII, après une période de 80 ans où une seule famille la vénérait, un fac-similé fut offert au saint Évêque, Mgr Pifferi, Sacriste1 de Sa Sainteté, incomparable apôtre de Notre-Dame du Bon Conseil, qui, à plusieurs reprises, vint en France apporter aux membres de la Pieuse Union, avec ses bénédictions, les encouragements du Vicaire de Jésus-Christ. La sainte Image elle-même a été offerte, en 1903, à Sa Sainteté Pie X qui « l'agréa beaucoup à cause de sa provenance ».

 

Prière

 

Que votre incessante prière, ô Marie, garde spécialement ceux qui, durant ce mois, vous offriront leurs hommages. N'oubliez pas, au ciel, ceux qui ne vous oublieront pas sur la terre. O notre Souveraine, notre médiatrice, daignez nous recommander à votre Fils, nous réconcilier avec Lui, nous présenter à Lui. Faites, nous vous en supplions, qu'Il nous rende participants de Son bonheur, Celui qui, par votre médiation, S'est rendu participant de nos misères et de nos faiblesses. O Marie, Mère du Bon Conseil, nos délices à nous seront, pendant tout ce mois et pendant toute notre vie, d’être avec vous par la prière et par l'amour, afin de pouvoir habiter près de vous dans l’éternité de gloire. Ainsi soit-il.

 

Texte extrait du livre « Le Mois de Marie devant l'Image miraculeuse de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano, disponible aux Editions Rassemblement à son image

 

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29 avril 2018

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Le Mois de Marie de Notre Dame du Bon Conseil

Mois de Marie devant l'Image miraculeuse

de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano

Abbé Eugène Lerat

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Veille du premier jour

Histoire de la Madone de Genazzano dite Notre Dame du Bon Conseil

 

Dans les États pontificaux, à Genazzano, l'église des religieux de Saint-Augustin possède une image miraculeuse de la Mère de Dieu, invoquée sous le titre de Notre Dame du Bon Conseil. Voici l'origine du culte rendu à cette madone. C'était une peinture à fresque, en grande vénération dans une église de Scutari, en Albanie. Vers le XVè siècle, les Turcs, s'étant rendus maîtres de cette ville, résolurent de transformer en mosquée le Sanctuaire de la Mère de Dieu. Mais ils comptaient, sans l'intervention de Celle que I'Eglise appelle si justement la Vierge puissante, qui déjoua leur projet impie en punissant d'une mort terrible les plus hardis d'entre eux. Ce que voyant, les Turcs épouvantés fermèrent l’église et se retirèrent.

En ce même temps, la divine Vierge apparut à une pieuse femme nommée Pétruccia qui habitait Genazzano. Elle l'invita à faire rebâtir le Sanctuaire élevé en son honneur par saint Marc, sous le vocable de Mère du Bon Conseil, qui menaçait ruines. Pétruccia, confiante, obéit, elle y sacrifia tout son avoir ; mais parce que sa fortune était trop modeste et que Dieu permit qu'elle ne fût pas secondée dans sa généreuse entreprise, les travaux furent laissés inachevés. C'était en 1466. Sur ces entrefaites, deux zélés serviteurs de la Madone du Bon Conseil, Georgio et de Sclavis, étaient avertis par elle-même, qu'elle devait quitter son église de Scutari. En effet, bientôt après, en leur présence, l'Image miraculeuse se détacha du mur, et, s'étant élevée dans les airs, elle commença à s'éloigner de la ville. Les deux Scutarins se mirent à sa suite, et, dès le départ, une colonne de nuages précéda leur marche pour les guider. Lorsqu'ils se trouvèrent sur les bords de la mer Adriatique, un autre prodige affermit leur confiance. L'élément humide ne fut pas pour eux un obstacle, ils marchèrent sur les flots affermis sous leurs pas et atteignirent ainsi à la suite de la sainte image les côtes de l'Italie. Arrivés à Rome, une épreuve vint affliger leur piété : la consolante Image disparut à leurs yeux sans qu'ils pussent soupçonner la direction qu'elle avait prise.

Le même jour, 25 avril 1467, fête de saint Marc, patron de Genazzano, à trois heures de l'après-midi, en présence d'une grande foule de fidèles, au moment où les religieux Augustins chantaient les vêpres, un nuage blanc, tout rayonnant d'une éclatante lumière, descend sur l'église de Sainte-Marie et s'en va comme envelopper le mur inachevé de la chapelle bâtie par Pétruccia. Bientôt le nuage s'évanouit et laisse voir la sainte image de la Madone du Bon Conseil, qui reste suspendue miraculeusement au mur, sans y être appliquée. En même temps toutes les cloches de la ville sonnent d'elles-mêmes, et saluent l'arrivée de la Reine du ciel. Le bruit du prodige se répandit bientôt dans les environs et jusqu'à Rome. Les deux Scutarins furent consolés à cette nouvelle, et s'empressèrent d'accourir à Genazzano reconnaître leur chère Madone. Le concours des fidèles, loin de diminuer, ne fit qu’augmenter de jour en jour, et leur foi ne cessa d'être récompensée par des grâces signalées et de nombreux miracles.

 

Exemple

 

Le 15 août 1864, le Saint Père Pie IX quittait Castelgondolfo, sa résidence d’été, et venait à Genazzano par la nouvelle route de Valmontone. Il descendit de voiture sur la place du Sanctuaire. Là s'étaient réunis, pour le recevoir, avec les autorités municipales, l’Évêque de Palestrine et son secrétaire, le séminaire, le général des Augustins et ses religieux. Sa Sainteté entra dans l'église, splendidement décorée. Il était dix heures. Mgr Pacca, maître de chambre, célébra la messe, et Mgr Borromeo Arese, majordome, offrit à la Vierge du Bon Conseil, au nom de Sa Sainteté, un collier enrichi de diamants et un cœur d'or. On chanta ensuite les litanies de la Sainte Vierge et le Pape récita les oraisons. Après avoir admiré et vénéré la sainte Image, la cour se retira dans la grande salle du couvent, où les évêques, le clergé et les autorités civiles furent présentés par le Cardinal Amat, évêque de Palestrine, et admis au baisement du pied. Puis, Sa Sainteté se rendit au palais Colonna. Une fois revêtu de ses ornements pontificaux, la tiare en tête, le pape se mît au balcon, et entouré du Cardinal et des évêques, il donna la bénédiction solennelle à la foule immense, agenouillée sur la place, dans les prairies, sur les collines. A une heure il rentra au couvent et déjeuna en particulier. Avant de partir, le Souverain Pontife visita en détail le Sanctuaire, se prosterna de nouveau devant la pieuse Image et récita lui-même les litanies, le peuple répondant aux invocations. Vers cinq heures, il reprit le chemin de Castelgondolfo.

 

Prière

 

Ô mon Dieu ! Auteur et source première de tout Bon Conseil, qui sauvâtes si merveilleusement des mains musulmanes l'Image de la Mère de Votre Fils unique, et qui la fîtes transporter par vos saints anges de Scutari à Genazzano, voulant que cette aimable Madone fût invoquée sous le titre de Notre Dame du Bon Conseil, accordez-nous, nous Vous en supplions, qu'en vénérant cette image si gracieuse, nous nous montrions toujours fidèles à suivre les inspirations de la divine Conseillère, et que nous puissions entourer au ciel son trône si resplendissant de gloire. Ainsi soit-il.

 

Texte extrait du livre « Le Mois de Marie devant l'Image miraculeuse de Notre Dame du Bon Conseil de Genazzano, disponible aux Editions Rassemblement à son image

 

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30 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

ND des Coeurs

Trente-et-unième jour

Notre Dame des Cœurs


Pour terminer cette revue incomplète et rapide des noms sous lesquels la sainte Vierge est honorée chez nous, étudions un vocable inventé, je crois, par le Père Montfort, grand missionnaire et non moins grand serviteur de Marie : Notre-Dame des Coeurs.

Au mois de juin 1710, le Bienheureux donnait les exercices d’une mission à Saint Donatien, alors paroisse rurale et séparée du faubourg Saint Clément par une vaste lande. La population accueillit l’homme de Dieu avec faveur, et ses prédications eurent un plein succès. Son zèle lui fit pourtant, là comme ailleurs, courir quelques dangers. Il apprend, un dimanche, que des jeunes gens, attablés dans un de ces cabarets qui pullulent aux abords des grandes villes, y causent du scandale. Le saint homme n’hésite pas ; seul, car nul n’accepte de l’accompagner, il se rend en ce mauvais lieu. La salle est remplie et l’on devine les scènes qui s’y déroulent, au soir d’une journée passée tout entière en débauches : les uns hurlent, de leurs voix avinées, des refrains obscènes ; d’autres se livrent, au son d’instruments criards, à des danses effrénées ; d’autres, enfin, se querellant, vomissent à pleine bouche les injures et les blasphèmes. Montfort s’agenouille au milieu de la salle et récite un Ave Maria ; puis, se relevant, il brise les instruments de musique et renverse les tables des buveurs. Ce fut, tout d'abord, de la stupeur chez ceux-ci ; ce fut bientôt de la colère : dix épées sortirent du fourreau. Le Bienheureux se dresse, calme et intrépide, devant ces furieux, son chapelet dans une main, dans l’autre un crucifix. Les malheureux ne purent supporter la flamme de son regard ; ils s’enfuirent, laissant le prêtre seul avec l’aubergiste auquel il s’efforça de faire comprendre l’indignité de sa conduite.

Inutile d’ajouter que, avec un tel apôtre, la mission fut admirablement fructueuse. La procession de clôture fut magnifique. Montfort avait fait exécuter par les dames de la paroisse quatorze grands étendards en satin, destinés a être portés en tête d’autant de groupes distincts de fidèles, qu’il appelait ses escadrons. Le cortège se déroula splendide, dans la campagne, et quand la foule se fut assemblée autour du trône champêtre sur lequel avait été placé le très saint Sacrement, le prédicateur parla de manière à tirer les larmes de tous les yeux.

Comment oublier de pareilles scènes et les enseignements donnés par un tel apôtre ! Celui-ci, d’ailleurs, laissait deux monuments chargés de perpétuer le souvenir de son œuvre. Le premier était un calvaire qui, plusieurs fois renouvelé, se dresse encore, au chevet de la basilique actuelle, dans le cimetière paroissial ; le second était une chapelle de la sainte Vierge. À deux pas du calvaire qu’on érigeait, dans l'enceinte du même cimetière, existait une vieille et pauvre chapelle ; un évêque de Nantes, du VIe siècle, Epiphane (569-515), l'avait bâtie, au retour d'un voyage en Palestine, y avait déposé des reliques de saint Etienne et la lui avait dédiée. Il y était venu plus tard dormir son dernier sommeil, et nous avons vu naguère un débris de son tombeau récemment découvert. Le petit sanctuaire avait traversé les siècles et les révolutions sans grands dommages, et, malgré quelques injures du temps et quelques remaniements, on pouvait le dire intact. Toutefois, il n‘avait plus guère que les apparences d’une chapelle. Dubuisson-Aubenay écrivait, en 1637 : « C’est sans contre-dit la plus ancienne muraille d’église qui soit à Nantes debout, voire l’une des plus anciennes qui soient en France. Elle est comme abandonnée et relante ». Cinquante ans plus tard, l’archidiacre Binet constatait qu’elle n’était pas en meilleur état : les murs étaient toujours solides et la charpente bonne ; on y voyait encore un autel surmonté d’une « image en bosse d’un sainct Estienne passable » ; mais il n’y avait plus aucune trace de lambris ni de carrelage, et l’archidiacre n’hésitait point à qualifier d’ordures » les débris de toute sorte qu’on y avait accumulés.

Le missionnaire, dont le cœur avait bondi plus d’une fois devant le délabrement et la malpropreté d’un grand nombre d’églises de campagne, et qui pressait les populations de rendre la maison de Dieu digne du Maître qui l’habite, dut être péniblement impressionné en voyant le triste abandon d’un sanctuaire si respectable : et peut-être commenta-t-il au peuple, en les lui faisant chanter, les vers qu’il avait composés à Cambon, l’année précédente :

« L’église est dans l’oubli, l’autel est dépouillé,

Le pavé tout brisé, le toit sans couverture,

Les murs tout écroulés et tout couverts d'ordure ».


Heureusement ici les murs et le toit étaient en assez bon état et il fut facile de rendre la chapelle décente. Mais puisqu'elle était depuis longtemps abandonnée et le culte de saint Etienne mis en oubli, pourquoi ne la consacrerait-on pas à Marie ? Il en fut ainsi décidé. Quant au choix du vocable, Montfort n‘hésita point. Déjà, quelques années plus tôt (1704), au cours d’une mission qu’il prêchait au faubourg de Montbernage, à Poitiers, il avait transformé une grange en chapelle et l’avait dédiée à Marie, Reine des Coeurs. Les habitants du faubourg étaient pauvres, et le missionnaire fournit lui-même la statue que l’on y vénère toujours ; il y ajouta un cœur couronné d’épines, comme gage de sa consécration personnelle à la reine des Coeurs. Notre Bienheureux avait toujours le même amour pour la sainte Vierge : ce titre qui exprimait si bien la nature de la dévotion qu'il prêchait et sur laquelle il devait écrire un sublime traité, il le donna à la chapelle de Saint Donatien.

Les dames généreuses, qui s'étaient chargées des quatorze étendards dont nous avons parlé, aidèrent sans doute le missionnaire a meubler le nouveau sanctuaire de Marie, et il est a croire qu‘elles placèrent une statue de la Reine des Coeurs à côté de la vieille « image » de saint Etienne. L’une d’elles, la plus riche et probablement la plus généreuse, devait connaître Montfort, et c'est peut-être à son appel qu’il était venu évangéliser cette paroisse. Elle appartenait en effet a une famille de Pontchâteau, et elle avait pu voir, de son manoir familial, les merveilles que le saint homme accomplissait dans la lande de la Madeleine. J’ai nommé Madame de la Tullaye, née Rogier de Crévy. L’antique chapelle avait alors un clocher ; mais il était muet : Montfort voulut lui donner une voix. N’était-ce pas nécessaire ? Il avait établi, dans son oratoire de Montbernage, la pratique du chapelet en commun ; nous avons vu précédemment qu‘il avait l‘ait de même a Saint Similien. Ce n’est pas trop préjuger de son zèle que de croire à l’établissement de cet usage dans le sanctuaire qui nous occupe. Or, comment appeler les fidèles à la prière, sinon par le son de la cloche ? Montfort en demanda une et l'obtint. La bénédiction solennelle en fut faite au cours de la mission, et le Bienheureux en fut le parrain avec Madame de la Tullaye. Le procès-verbal en fut soigneusement dressé, puis signé du parrain et de la marraine, ainsi que de deux prêtres employés sans doute aux exercices, P. Gelineau et P. Tripon. Il est conservé aux archives municipales de Nantes et c‘est, je crois, l'unique preuve qui nous reste dela dédicace de la chapelle Saint Etienne à Notre Dame des Coeurs. Qu’on nous permette, pour ce motif, de le rapporter en entier : « Le 21e jour de juin 1710, on a fait dans la chapelle de Notre Dame des Coeurs, alias de Saint Etienne, dans le cymytière de cette paroisse, la cérémonie de la bénédiction d’une cloche pour servir à la ditte chapelle. Le nom luy a été imposé d’Anne-Marie, par M. Louis de Montfort, prêtre et missionnaire, et par Madame Anne Bogier de Crévy, épouse de Messire François-Salomon de la Tullaye, cons.er du Roy et son procureur général a la C. des C. de B ».

La chapelle de Saint-Donatien fut moins heureuse que celle de Montbernage ; elle perdit à la Révolution sa cloche et sa madone. Le souvenir même du culte qu'on y avait rendu à Notre-Dame des Coeurs s’éteignit. Toutefois la chapelle ne périt point. L'église paroissiale avait été vendue et démolie, et lorsque les prétres revinrent d’exil, le modeste sanctuaire bâti par l'évêque Epiphane treize siècles auparavant restait seul debout. Il abrita les fidèles et servit d'église paroissiale pendant quatre ans, jusqu’au 28 mars 1806. C'est-là, entre ces vieilles murailles, que les deux anciens vicaires, revenus d‘Espagne, reprirent l'exercice de leur ministère ; c’est là que l’un d’eux, M. Jambu, fut installé à la place de son ancien recteur, noyé dans les flots de la Loire ; c’est là qu’un jour ce vénérable pasteur, suppliant ses ouailles d’oublier les injures reçues et les persécutions subies, tira des larmes de tous les yeux.

De tels souvenirs auraient dû rendre la petite chapelle plus chère encore au peuple. Hélas ! dès l'ouverture de la nouvelle église, elle retomba dans l’oubli; elle perdit jusqu’à son nom. Bientôt elle ne fut pour le peuple que la chapelle de Saint Agapit, d’un saint très vénéré dans la paroisse, et dont la statue, après la destruction de sa chapelle, fut placée dans celle de Saint Etienne.

Notre pauvre vieux sanctuaire resta longtemps sans gloire ; et l'on put craindre un instant que l’édifice, élevé par l’évêque Epiphane, allait à jamais disparaître. Un ami de nos antiquités chrétiennes, dévoué surtout à ce qui intéresse le culte des Enfants Nantais et l‘histoire de leur paroisse, le sauva de la ruine. Il fit mieux. Il entreprit de le restaurer. Pour commencer, il y a rétabli la dévotion à Marie Reine des Coeurs.

Par ses soins, un peintre de talent dessina un tableau qui résume l'histoire que nous avons racontée. On y voit, sur un trône et la couronne au front, la Vierge-Mère ; sur ses genoux est son divin Enfant, tenant en main un sceptre et un globe ; le Bienheureux Montfort, agenouillé devant elle, lui présente des deux mains un cœur enflammé ; enfin deux anges, planant au-dessus du groupe, portent des banderoles où on lit ces mots : « Marie Reine des Coeurs – A Jésus par Marie ». Le tableau fut placé dans la chapelle, du côté de l’Evangile et, en 1901, un jour de fête de catéchisme, le culte de Notre Dame des Coeurs fut solennellement rétabli. Déjà des cantiques en son honneur ont été composés ; des Sœurs de la Sagesse, accompagnées des jeunes filles qu’elles élèvent, y sont venues chercher en quelque sorte les traces de leur Père ; plusieurs personnes pieuses ont suivi le. même chemin. Mais ce sont les enfants du catéchisme de première communion qui se montrent les plus empressés à honorer Notre Dame des Cœurs.

Le restaurateur de ce culte savait que le Père Montfort, durant l’année qu'il passa dans la Communauté de Saint-Clément à Nantes, s'était consacré presque exclusivement à l’instruction religieuse des enfants, dans diverses paroisses de la campagne. Est-il croyable, pensa-t-il, que ce saint homme ait oublié la paroisse rurale la plus voisine de sa demeure ? N’est-il pas à croire du moins que, dans ses pèlerinages a la tombe de nos martyrs, il aimait à s‘entretenir avec les petits enfants qu’il trouvait sur sa route et qu’il leur communiquait quelque chose de son amour pour Jésus et pour Marie ? D’ailleurs les cœurs d’enfants, les plus sincères et les plus purs, plaisent par dessus tous les autres au Coeur de Marie. Voilà pourquoi la dévotion à la Reine des Coeurs est pratiquée surtout aujourd’hui par les enfants du catéchisme de Saint-Donatien. À chaque réunion, ils invoquent la Vierge sous ce nom si doux ; souvent ils chantent ses cantiques ; et quand sonnent les heures, ils interrompent la leçon pour redire, sur l’air d'avant-quart de l’horloge, qui sert ainsi d’accompagnement a leur chant, ces paroles empruntées en partie au Bienheureux Montfort : « Tout pour Jésus, tout par Marie: Roi des élus, à vous ma vie ! »

 

C’est le Père Montfort qui nous a fait connaître et honorer Marie, reine des cœurs ; c'est à lui que nous devons demander le sens de cette gracieuse dévotion.

Dans l’Ecriture et dans le langage de l’Eglise, le mot cœur offre plusieurs sens. Il désigne d’abord l’organe de chair qui fait en nous circuler le sang ; mais il est également employé pour signifier tout l’intérieur de l’homme, l’ensemble de ses pensées, de ses désirs, de ses volontés. C’est tout cet ensemble qui constitue le domaine de, la Reine des Cœurs. Écoutez Montfort : « Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce, comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête : or connue le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans le cœur et l’intérieur de l’homme, selon cette parole : Le royaume de Dieu est au dedans de vous, de même le royaume de la très sainte Vierge est principalement dans l’intérieur de l’homme, c’est-à-dire, dans son âme, et c’est principalement dans les âmes qu’elle est plus glorifiée avec son Fils que dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l’appeler avec les saints Reine des Cœurs ».

Mais s‘il est dans l’ordre que Marie règne sur tout notre intérieur, règle toutes nos facultés, soit maîtresse de toutes nos volontés, c'est afin de les consacrer à son Fils. Telle est en effet la raison d’être de cette dévotion : soumettre à Marie notre âme et toutes ses facultés, afin que Marie les soumette à Jésus. C'est la ce. que notre Bienheureux appelait le » saint Esclavage », ou la parfaite consécration à Jésus par Marie ; et voici comment il l’expose lui-même : « Cette dévotion consiste donc à se donner tout entier a la très sainte Vierge, pour être tout entier à Jésus—Christ par elle. Il faut lui donner : 1°notre corps avec tous ses sens et ses membres ; 2° notre âme avec toutes ses puissances ; 3° nos biens extérieurs qu’on appelle de fortune, présents et à venir ; 4° nos biens intérieurs et spirituels, qui sont nos mérites, nos vertus et nos bonnes œuvres, passées, présentes et futures ».

Le titre de Reine des Coeurs dit encore davantage ; il signifie que cet esclavage, que nous professons envers la sainte Vierge, doit être surtout un esclavage d'amour. Il y a en effet des esclaves de contrainte et des esclaves d’amour : ce dernier titre convient seul à ceux qui se consacrent à la Reine des Cœurs. « Si la sainte Vierge est la reine et souveraine du ciel et de la terre, n'a-t-elle pas autant de sujets et d’esclaves qu'il y a de créatures ? Mais n’est-il pas raisonnable que, parmi tant d’esclaves de contrainte, il y en ait d‘amour qui, de plein gré, choisissent, en qualité d‘esclaves, Marie pour leur Souveraine ? »

Tel est le sens de notre dévotion, exposé par le Bienheureux lui-même ; et c’est pour cela que la confrérie du saint Esclavage, récemment érigée, l’a été sous le titre de Marie, Reine des Cœurs. Profitons des leçons de notre grand apôtre, soyons comme lui les esclaves très humbles et très dévoués de la Mère de Dieu, répétons souvent les paroles enflammées d‘un de ses plus beaux cantiques :


J‘aime ardemment Marie,
Après Dieu, mon Sauveur,
Je donnerais ma vie
Pour lui gagner un cœur.

Ô ma bonne Maîtresse,
Si l‘on vous connaissait,
Chacun ferait la presse
À qui vous servirait.

ND de Nantes

 Fin du Mois de Marie des Madones Nantaises

 

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Prochain mois de dévotion : Le Mois de Sainte Claire, rendez-vous le 30 juin

 

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29 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne21

Trentième jour

Notre Dame de la Délivrance


Parmi les vocables sous lesquels Marie est honorée chez nous, il en est un que la plupart ignorent, et qui mérite d’être signalé : Notre Dame de la Délivrance.

Nos pères avaient placé son image a l'entrée des ponts, tout près de la forteresse de Pirmil. Ils voulaient, dit-on, remercier la sainte Vierge de la protection qu‘elle avait exercée sur la cité menacée par les protestants ; mais c‘était certainement aussi pour obtenir qu’elle les délivrât à l’avenir des attaques de l‘ennemi.

Les débris pittoresques du vieux château ont été renversés, il y a longtemps déjà (1839) ; la madone a disparu comme eux. Cependant le petit peuple est resté fidèle au culte qu‘il avait voué a Notre Dame de la Délivrance, et il est encore un coin de notre ville où se perpétue cette dévotion.

Toutefois ne cherchez pas dans nos riches basiliques : il n’y en a pas de trace ; n’explorez pas davantage nos larges rues et nos places modernes : ce n’est pas là que se manifeste la piété populaire, elle y serait mal à l’aise. Allez dans un de nos plus vieux quartiers, dans la rue des Carmes, autrefois si fréquentée parles dévots serviteurs de Notre Dame, presque en face de cette antique maison à l’enseigne du « Vieux Nantes », dont la façade de bois et d’ardoise surplombe la chaussée, réjouissant notre regard déshabitué de ces formes vénérables et nous reportant cinq siècles en arrière. Arrêtez-vous au numéro 15, et suivez une allée longue, étroite, à l'odeur de moisi. Au fond est une cour entourée de bâtiments : c’est là. À droite, sur la façade d’une maison plus basse que les autres et relativement récente, dans une sorte de fenêtre aveugle que surmonte un fronton, à été encastré un plein relief qui attire tout de suite les yeux par ses couleurs voyantes. C’est un arc en accolade, rappelant quelque peu le triforium de la Cathédrale, mais d'un travail incomparablement moins fin ; au centre, posée sur un socle, est une Vierge-Mère, portant sur son bras droit le divin Enfant et, de la main gauche, lui présentant le sein. A la hauteur des épaules de la madone sont suspendus deux anges ; et, dominant le tout, on voit un Père Eternel coiffé de la tiare. Au-dessus de l’arc se lit l’inscription : « Notre Dame de Délivrance » ; au-dessous est un support abrité pour recevoir les cierges ainsi qu’un tronc pour recueillir les offrandes. Le bas relief à été repeint tout récemment avec des couleurs diverses où dominent le blanc et le bleu, dans ce ton cru qui tire l'oeil et qu’affectionne le menu peuple. La Vierge a les traits gros et assez vulgaires ; elle paraît antique et peut-être est-elle antérieure aux décors qui l’entourent. D’où vient-elle ? Ornait-elle déjà la façade d’une maison plus ancienne situé= au même lieu ? Est-ce un débris du couvent des Carmes qui était proche ? Provient-elle, comme quelques-uns l'ont pensé, de la démolition de la porte de Sauvetour ? Le peuple l’ignore et, sans s’en inquiéter, continue de vénérer sa chère madone. On l’invoque surtout pour les femmes enceintes, et l’on y fait brûler des cierges pour obtenir leur heureuse délivrance.

On trouve une autre madone, honorée sous ce même vocable, à l’extrémité du diocèse de Nantes, dans la paroisse récente de Trescallan. Près des limites de Piriac, à deux pas du manoir de Lauvergnac et non loin de la mer, est le pauvre hameau de Brenda. Il ne se compose actuellement que de trois ou quatre masures, mais il eut jadis plus d’importance: les gens du pays sont unanimes à déclarer qu’il a connu des jours de prospérité, presque des jours de gloire. Ce n’est pas un récit purement légendaire ; les Celtes en effet y ont laissé un tumulus et les Romains des ruines. Les paysans racontent volontiers qu’il exista naguère un premier Brandu sur le rivage même, entre Belmont et Lérat, et qu’il fut détruit à une époque très reculée par les envahissements de la mer. Ils ajoutent qu’aux grandes marées, quand le reflux laisse un large espace à découvert, on aperçoit encore sur les roches de Belmont des blocs énormes, certainement taillés de main d’homme. Le propriétaire d‘un champ voisin, en cultivant sa terre, y a constaté l’existence de trois couches bien distinctes, le sable d’abord, puis des débris de constructions, et au-dessous le sol arable. Quels bâtiments s'élevèrent la jadis ? Y eut-il un petit port dans le genre de celui de Lérat, ou même plus important ? Les Romains y avaient-ils établi un entrepôt de marchandises ? Les mines d’étain qu’ils exploitèrent dans le voisinage y avaient-elle attiré de nombreux commerçants ? Les ruines n‘ont pas dit leur secret, et il est a croire que l’océan, qui les recouvre en partie, ne le livrera jamais.

Un second Brandu fut construit, après la catastrophe, à quelque distance du premier. Il existe encore, mais bien déchu. On y compta jusqu’à douze fours, marque évidente d’une agglomération assez considérable. Nous avons dit ce qu’il est aujourd’hui.

En des temps lointains, qu’il est impossible de préciser, même approximativement, les habitants de Brandu, très éloignés de Guérande, leur centre paroissial, avaient élevé une chapelle dédiée à la sainte Vierge, et choisi la Visitation pour fête patronale. On en ignore l’origine, mais on sait qu’elle était en grande vénération. Les marins du pays la visitaient régulièrement au départ et à l’arrivée. En mer, quand grondait la tempête, ils invoquaient leur puissante patronne et lui faisaient des vœux. Pas un navire ne passait en vue de la chapelle, que les matelots ne saluassent pieusement la madone de Brandu : Dans les nécessités publiques, soit maladies, soit dérangement des saisons, les paroisses voisines, mais surtout Guérande, y venaient processionnellement solliciter l’intervention de Notre Dame. Les habitants du pays rappellent encore, avec une fierté mêlée de tristesse, que leur chapelle reçut en mème temps jusqu’à sept bannières de paroisses différentes. Beaucoup de personnes allaient aussi en particulier s'y recommander à la Mère de Dieu.

Comme tous les lieux de pèlerinage, Brandu avait sa fontaine et son calvaire, que l’on y vénère toujours. Ce dernier porte une date à sa base, 1625.

Il semble pourtant que, dès cette époque, l’étoile de Brandu commençait à pâlir. Peut être faut-il en chercher la cause dans le voisinage des Protestants. On sait que l’hérésie avait à Piriac de nombreux adhérents, excités et soutenus par un ministre fort entreprenant ; de plus, le sire de Tournemine, baron de Campzillon, dont dépendait notre village, avait aussi embrassé la réforme, et ne pouvait manquer d’exercer, du manoir de Kerjean où il résidait, une puissante et néfaste influence sur ses vassaux.

A la fin du XVIIe siècle (1698), les habitants de la frairie résolurent de construire une autre chapelle plus centrale. Ils choisirent comme emplacement au tertre isolé de toute habitation, afin d’éviter, semble-t-il, les compétitions intéressées des différents villages. Toutefois, s’ils se montraient infidèles a Brandu, ils ne l’étaient pas à Notre Dame, et la chapelle de Trescallan, tel était son nom, fut aussi dédiée à la sainte Vierge, sous le vocable de N. D. de Miséricorde.

Le sanctuaire de Brandu subsista néanmoins, et les pieux fidèles ne cessèrent point d’y faire des pèlerinages. Ils y trouvaient toujours la vieille madone tant vénérée. C’était une statue en bois doré représentant la Vierge Marie avec l’Enfant Jésus dans ses bras. Elle avait les traits forts et accentués des femmes du pays, sans rien cependant de ridicule et d’inconvenant. Le socle portait une inscription : « Notre Dame de la Délivrance ». Pourtant la chapelle et la statue elle-même n’étaient guère désignées que par le nom de Notre-Dame de Brandu.

Les anciens racontent que, pendant les dévastations sacrilèges de la Révolution, leurs pères, voulant soustraire la sainte image à la profanation, l’avaient enlevée de la chapelle et cachée dans la demeure de l’un d’eux ; et la légende, brodant sur une translation très naturelle sans doute et opérée secrètement, ajoute que la Bonne Mère, ne trouvant pas ce lieu convenable, alla d’elle-même prendre domicile chez un autre habitant du village.

La paix enfin revenue, l’antique statue reprit sa place dans la chapelle de Brandu, et continua d’y recevoir les hommages de ses fidèles. Parmi ceux-ci, en remarqua, durant plusieurs années, un personnage mystérieux dont nul ne sut jamais le nom, peut-être un ancien religieux chassé de son monastère par la Révolution, et qui poursuivait dans cette solitude les méditations auxquelles jadis il se livrait dans le cloître.

Cependant les pèlerins de Brandu devenaient de moins en moins nombreux. Le village n’était plus qu’un hameau insignifiant ; d‘un autre côté la chapelle de Trescallan avait son desservant et ses offices réguliers ; la désormais se dirigeait la foule, la désormais devait être honorée Notre Dame. De plus c’était assez, pour cette population pauvre, d’entretenir une église ; la chapelle de Brandu ne fut bientôt plus qu’une ruine. On se résolut à transporter l’antique statue dans l’église de Trescallan. Elle y est encore, vénérée des fils comme autrefois des pères. Quant à Brandu, il pleure toujours sa madone et sa chapelle, dont il ne reste pas pierre sur pierre. Les derniers débris en ont été transportés à la Turballe et sont entrés dans la construction des premières maisons de ce bourg. Peut-être verra-t-on quelque jour, dans cette importante agglomération, chef-lieu de la commune dont le centre paroissial reste à Trescallan, surgir une nouvelle chapelle, qui certes répondrait à un besoin pressant. Ne serait-il pas juste de lui donner pour patronne Notre-Dame de la Délivrance ?

 

Le vocable que nous venons d’étudier doit nous rappeler tout naturellement les derniers mots de la sublime prière que Jésus-Christ lui-même a placée sur nos lèvres : « Libera nos à malo, Délivrez-nous du mal ». Tous les commentateurs de l’Oraison dominicale disent que, par ces paroles, nous demandons à Dieu de nous délivrer des maux du corps, mais surtout de ceux qui menacent les âmes. Nous supplions le Seigneur d’écarter de nous le péché et de nous délivrer de la puissance du diable. Beaucoup traduisent, en effet, « libera nos à malo », par délivrez-nous du méchant, c'est-à-dire, du démon. Or, ce que nous demandons directement à Dieu, nous pouvons prier Marie de le solliciter pour nous : sa prière, toujours bien accueillie, obtient infailliblement son effet, et c’est ainsi qu’elle mérite d’être appelée Notre-Dame de la Délivrance. Continuons donc de demander à la sainte Vierge de nous délivrer de la tempête, des intempéries, de la contagion, des accidents qui nous guettent, de tous les maux temporels qui nous menacent. Demandons-lui plus instamment encore de nous délivrer du péché, et de nous donner la main pour nous aider a traverser les fanges de la terre sans souiller notre robe d'innocence. Demandons-lui enfin de nous délivrer de la puissance du démon. Beaucoup de gens, surtout à la campagne, voient du diable partout, dans leurs étables, dans leurs laiteries, même dans leurs demeures, et sollicitent des bénédictions et des prières pour se délivrer de ses maléfices. Bien de mieux assurément, à condition que l’on sache se garder des exagérations et des pratiques superstitieuses. Mais on néglige de voir le démon la surtout où il se trouve, dans le monde, rôdant autour de nous pour nous dévorer. Le Maître a dit : « Le monde est tout entier sous l’influence du malin esprit ». La parole divine se justifie tous les jours : c’est le diable qui mène le monde. Demandons à Marie de nous défendre contre lui, nous, nos familles, nos paroisses, notre pays, et, dans cette intention, répétons avec confiance : « Notre-Dame de la Délivrance , priez pour nous ».

Note de la rédaction: L'image de Notre Dame de Délivrance de la rue des Carmes a été transférée, au début du 20e siècle, dans la Cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Nantes, ou l'on peut toujours l'y vénérer en la chapelle Saint Jean-Baptiste.

 

ND de Nantes

 

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28 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-neuvième jour

Notre Dame de Contratacion

ou du Commerce

Je voudrais vous parler ce soir d‘un vocable de la très sainte Vierge à Nantes, inconnu sans doute à la plupart d’entre vous. Du XVe au XVIIIe siècle, il fut cher a beaucoup d’habitants de cette paroisse et, de nos jours, il conviendrait encore à bon nombre des paroissiens de Saint Nicolas. C’est Notre Dame de la Contratacion, ou en français, car le mot contratacion est espagnol, Notre Dame du Commerce.

Mais comment une dévotion nantaise pouvait-elle avoir un nom espagnol ? À l’époque dont j’ai parlé, il y avait un très grand nombre d’Espagnols à Nantes ; et l’on peut affirmer qu’ils avaient en mains une grande partie du commerce de cette ville. Ils étaient, suivant l'expression, commune alors et que j'ai déjà employée, marchands à la Fosse, c’est-à-dire, armateurs et riches armateurs, car la plupart des terrains de ce quartier leur appartenaient. Plusieurs sans doute rentrèrent dans leur pays d’origine avec la fortune qu’ils avaient amassée ; beaucoup aussi devinrent définitivement nos concitoyens. Ils mêlèrent le sang des Hidalgos a celui de nos meilleures familles, et plusieurs d’entre eux arrivèrent aux postes les plus éminents. On en vit s’asseoir dans le fauteuil des Maires de Nantes ou sur les sièges fleurdelisés des présidents de la Chambre des Comptes ou du Parlement de Bretagne.

Isolés sur la terre étrangère, ils éprouvèrent tout d’abord le besoin de se grouper et formèrent une compagnie. qui, composée de commerçants, ne tarda pas a devenir une Bourse. Ils se réunissaient dans la Tenue d'Espagne, dont la rue de ce nom perpétue le souvenir en Saint-Donatien ; ils se réunissaient aussi, pour leurs affaires, tout prés d’ici, dans la maison et le jardin de la « Nation d‘Espagne », que rappelle le Café des Quatre Nations.

Leur compagnie, dont faisaient déjà partie plusieurs commerçants nantais existait depuis de longues années quand, le 29 décembre 1493, le roi Charles VIII, mari de notre duchesse Anne, la rétablit dans tous ses droits. Ses membres nantais jouissaient de précieux privilèges à Bilbao et dans d’autres villes d’Espagne ; en revanche, les commerçants espagnols avaient aussi des privilèges à Nantes.

Fidèles aux traditions de leur pays, où la foi est profonde et le culte de la sainte Vierge plus développé que partout ailleurs, les fondateurs de la société de Contratacion en firent une confrérie, et la placèrent sous le patronage de Notre Dame.

C’est dans l‘église des Cordeliers, dont les ruines lamentables se voient encore, à droite du choeur, que se trouvait la chapelle de la Nation d'Espagne, centre de notre confrérie. Ses membres, tous opulents et dévoués à Marie, se plaisaient à enrichir leur sanctuaire national. Partout, sculptées sur les murailles ou peintes dans les vitraux, étincelaient les armes de Castille, de Léon, d‘Aragon, de Biseaye ; partout, sur les riches mausolées dont son enceinte était encombrée, se lisaient des noms espagnols, francisés parfois, reconnaissables toujours, des Darrande, des Ruys, des Myrande, des Complude, des Despinoze, d‘autres encore, tous connus à Nantes comme en Espagne, tous marchands à la Fosse. La petite chapelle était comme un coin, comme une vision de la patrie lointaine.

Les opérations commerciales de la Contratacion avaient lieu dans la maison de la Nation d’Espagne ; ses réunions pieuses dans la chapelle des Cordeliers. La confrérie était présidée par un consul, encore un mot qui sent le négoce élu chaque année par les confrères, et dans la liste de ces présidents on trouve, non seulement les noms les plus notables de la colonie espagnole, mais aussi ceux des plus célèbres commerçants nantais de cette époque. Chaque nouveau membre fait, en entrant, serment « d’honneur et de probité » ; prend l'engagement de se trouver « ès-jours de festes ordonnées à la chapelle des Cordeliers, aux processions et offertes » ; remet quatre écus au trésorier de la compagnie ; enfin donne une « aumône aux pauvres et à Sainte Clère » à la manière accoutumée, selon sa volonté.

A la mort d'un confrère, le lendemain de son enterrement, l'association faisait célébrer aux Cordeliers une messe de Requiem « à haulte voix ». Pour cela elle avait fait la dépense d'un drap de velours, que l'on devait rapporter fidèlement, après le service, « au logeix de Monsieur le Consul ».

Un accord avait été passé avec les Cordeliers pour le service de la confrérie : les marchands espagnols étaient pieux et sans doute mais du faste, aussi les cérémonies étaient nombreuses et devaient être solennelles.

Il y avait trois processions chaque année, celles de la Chandeleur et des deux fêtes-Dieu. Les confrères y devaient assister, sous peine de payer un écu de soixante sols. Aux processions des fêtes-Dieu, tous les religieux devaient être « chappés », et tenir à la main un cierge. Le Saint Sacrement devait être porté d’abord autour du cloître où un reposoir était dressé, puis dans les deux cours de la maison, et revenir, par la rue, dans l’église. Une seconde bénédiction était donnée à l’autel de la chapelle espagnole, et le Saint Sacrement était reporté au maître-autel.

Les religieux devaient en outre chanter vingt grand’messes solennelles, avec diacre et sous-diacre, chantres et enfants de choeur. Le jour du Sacre et de son octave, qui étaient évidemment les deux principales fêtes de la confrérie, la messe devait être célébrée avec plus de pompe : aux ministres des fêtes ordinaires s’ajoutaient un prêtre assistant, un maître des cérémonies, quatre chantres chappés, et tous les religieux de la communauté devaient être présents au grand choeur.

Les membres de la confrérie assistaient fidèlement à ces fêtes ; ils devaient, en outre, aller six fois par an à « l’offerte » ; le consul donnait un écu au célébrant de l’Epiphanie, ordinairement le religieux qui avait été roi « à la cérémonie du gâteau ».

Deux fois par an, le jour du Sacre et celui de l’octave, les confrères se réunissaient dans un déjeûner commun. Ils avaient à leur disposition, pour cette fin, une des salles de la communauté, et, pendant longtemps, ce fut une salle particulière qui portait leurs armes au plafond.

Comme tant d’autres, la confrérie tomba au XVIIIe siècle, en 1733. Depuis longtemps déjà, elle ne comptait plus d’Espagnols. On a au même décidé, en 1662, de ne plus admettre aucune personne qui ne fût « originaire de la ville ou faubourgs, ou marié avec femme ou fille de ladite ville ou faubourgs ». En outre, pour y être admis, il fallait l’avis favorable de douze membres et du consul. La confrérie n'était plus espagnole ; en revanche, elle était bien nantaise.

 

Jésus-Christ, en nous apprenant à prier, a mis ces paroles sur nos lèvres : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour ». Il ne nous interdit donc point de lui demander les biens temporels, et l'Eglise, par les usages et les prières de sa liturgie, nous en donne l’exemple. Nos ancêtres le savaient bien; ils ne manquaient point d’intéresser les saints à leurs affaires et d’appeler la bénédiction de Dieu sur toutes leurs entreprises. Aussi, quand nos « marchands » nantais construisirent une Bourse pour leur commerce, ils voulut y joindre une chapelle et y attacher un aumônier. Ces riches armateurs qui, le soir, s’en allaient fièrement à la Bourse, en habit de soie et l’épée au côté, ne rougissaient pas de s’agenouiller le matin dans leur chapelle de Saint Julien, pour recommander au maître de la tempête les bateaux chargés de richesses, qu’ils expédiaient sur les océans. Les mêmes motifs et la même confiance les conduisaient aux autels de Notre-Dame, et les portaient à s'enrôler dans ses confréries. Vous donc, mes Frères, qui cherchez à acquérir, dans le commerce ou l’industrie, l’aisance et même la fortune, et vous qui demandez simplement à un travail plus modeste le pain de chaque jour, suivez ces exemples, priez Dieu et la Vierge de vous bénir.

Toutefois, n’oubliez pas ceci : les commerçants d’autrefois respectaient Dieu. ses mystères, son nom et ses commandements. Alors, on ne violait pas la sainte loi du dimanche par un travail maudit ; alors, à l'exemple de notre Jacques Cassard, qui imposait, même à des flibustiers, sous peine « de perdre leur part » de prise, l’engagement de ne pas « jurer le nom de Dieu », on ne souffrait pas dans les magasins ou les ateliers les impiétés et les blasphèmes ; alors, on s’agenouillait à la table sainte, et bien rares étaient ceux qui ne remplissaient pas « leurs devoirs ». De même, si vous voulez que Dieu écoute vos prières, il ne faut pas insulter à son nom, attaquer ses mystères, fouler aux pieds ses lois ; si vous voulez que la Mère vous protège, il ne faut pas crucifier a nouveau le Fils.

Les membres de notre confrérie faisaient serment « d‘honneur et de probité ». Ils savaient le tenir. À cette époque, la probité commerciale était intacte, la parole du marchand valait un contrat, la fraude était inconnue, la marchandise toujours de bon aloi. Tous aujourd’hui, parmi ceux qui se livrent au commerce ou à l‘industrie, seraient-ils dignes d’un tel éloge ? Peut-être serait-il imprudent de l’affirmer. Pour vous, mes Frères, si vous voulez que Marie vous protège, et que Dieu vous bénisse, vous marcherez sur les traces de vos pères, vous tiendrez votre « serment d‘honneur et de probité ».

 

ND de Nantes

 

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26 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-septième jour

Notre Dame de la Victoire


Notre Dame de la Victoire, le vocable que nous allons étudier ce soir, nous reporte aux dernières années du seizième siècle, alors que la France se débattait en des luttes terribles, et que l’on se demandait si le royaume très chrétien, revendiqué par un prince protestant, allait cesser d‘être Catholique. Mais il nous rappelle en même temps que la vraie foi finit par triompher chez nous, et que la tête de l’infernal serpent, qui se dressait pour nous infuser son venin, fut une fois encore écrasée par Marie.

Nantes faisait partie de la Sainte Union, et le duc de Mercœur y tenait haut et ferme le drapeau de la foi. On a critiqué l'ambition de ce prince, on a dit qu’il visait à mettre sur sa tête la couronne de Bretagne, qu’il revendiquait du chef de sa femme, héritière des Penthièvre. Je ne le nie point ; mais s’il avait des défauts, il avait des qualités aussi: il a vaillamment combattu pour la foi, et sa piété, louée par saint François de Sales, n’a jamais été contestée.

Dans ses luttes contre l’hérésie protestante, Mercœur avait recours a la force des armes ; mais il n’oubliait pas la prière, et, quand le succès avait couronné ses efforts, il était reconnaissant à Dieu et à Notre Dame.

C’est ainsi qu’en action de grâces de la victoire de Châteaugiron, remportée sur le comte de Soissons, il avait fondé aux Jacobins de Nantes une procession du Saint Sacrement le premier jeudi de chaque mois.

C’est ainsi que, par acte du 4janvier 1592, il avait aussi fondé un curieux salut de la Vierge à la Collégiale. Il devait être solennellement chanté tous les dimanches, aux quatre grandes fétes de l’année et aux huit fêtes de Notre Dame. Après les vêpres, un chanoine et le sous-chantre, tous deux en chape, se rendaient au pied de l’autel. Devant eux, deux enfants de chœur, revêtus de leurs aubes et dalmatiques, portaient chacun un flambeau, garni d‘un cierge de cire jaune du poids de deux livres, l'un aux armes du duc, l'autre a celles de Marie de Luxembourg, sa femme. Arrivés au bas des degrés, ils entonnaient le Sub tuum, continué en musique par le chœur. Suivait le Magnificat, exécuté en faux bourdon. Après le psaume, on répétait l’antienne, puis venait le verset, et enfin l’oraison dans laquelle on demandait pour Philippe Emmanuel de Lorraine la victoire contre les ennemis de Dieu ; et en même temps pour la Bretagne et particulièrement pour la ville de Nantes et la Collégiale elle-même, la protection divine. Et « aftin d‘inciter le peuple a se trouver à ceste solennité et dévotieulx service, la grosse cloche de ladite église sonnera douze gobbetz, qui connnanceront après le son du Magnificat des vespres ordinaires, et finiront auparavant le commancement dudict service ».

Quelques mois plus tard, le 23 mai 1592, un triomphe, plus éclatant que tous les autres, fournit a Mercœur une occasion nouvelle de témoigner sa reconnaissance à Marie. La ville de Craon, qui tenait pour la Ligue, fut attaquée soudain par le prince de Dombes, chef des partisans du Béarnais en Bretagne. Mereœur courut à sa défense. Beaucoup de Nantais combattaient sous ses ordres ; on y voyait notamment le sire de Goulaine et son frère, ainsi que toute la noblesse du duché de Retz conduite a la bataille par le marquis de Belle-Isle. La victoire des Ligueurs fut complète et les rendit maîtres incontestés du pays. Le vainqueur fit porter aussitôt à Nantes onze canons, vingt-quatre enseignes de gens de pied, deux cornettes de cavalerie, ainsi que plusieurs prisonniers d’importance. Ceux-ci furent enfermés au château, et les drapeaux suspendus aux galeries du triforium dans la Cathédrale.

Quelques semaines après, le duc revint à Nantes et le peuple lui lit une entrée triomphale. Il fut conduit solennellement a la Cathédrale où le Chapitre le complimenta ; puis le Te Deum retentit en action de grâces pour les succès obtenus, pendant que les cloches annonçaient au loin la joie de la cité. Le dévoué serviteur de Marie voulut faire davantage et perpétuer sa reconnaissance envers la puissante protectrice qui lui avait donné la victoire.

Il habitait alors, ainsi que sa belle-mère, la duchesse douairière de Martigues, l’hôtel de Briord, bâti par Pierre Landais, et dont nous pouvons admirer encore la belle architecture gothique : il était donc, comme la plupart des grands seigneurs de. cette époque, paroissien de Saint Vincent. La famille Landais s'était montrée généreuse pour cette église et y avait construit, du côté de l’épître, la chapelle de Briord, dont j’ai déjà parlé ; Mercœur voulut surpasser le puissant ministre, son devancier. Il acheta une partie de la cour de l'hôtel de Portric, dont le Mont de Piété nous marque aujourd’hui l’emplacement, fit percer le mur de l‘église, du côté de l’évangile, et bâtit (1593) une Chapelle qui faisait pendant à celle de Briord. Il la dédia à Notre Dame de la Victoire. L’extérieur du monument, du moins à en juger par ce qui nous en reste, était d’une architecture assez simple ; mais l’intérieur en était richement décoré. Sur l’autel, on voit, à la place d’honneur, la statue de Notre Dame de la Victoire, entourée de celles de saint Philippe, patron du fondateur, et de saint François d'Assise, pour lequel il avait une particulière dévotion ; dans le riche vitrail qui éclaire la chapelle, brillent orgueilleusement le blason du duc et celui de la duchesse douairière de Martigues ; a la muraille, est suspendu le portrait de Mercœur, « en peinture d’environ deux pieds de hauteur, et d’un pied et demi de largeur ; il y est représenté à mi-corps, cuirassé, ayant la belle écharpe rouge que lui envoya Philippe ll, roy d'Espagne, en 1595, transpassée sur les épaules de droite a gauche ». Un choeur a été ménagé dans la chapelle neuve et contient dix stalles semées de croix de Lorraine. C’est la qu'au son de la cloche qui porte elle_même sur ses flancs le nom du prince, le recteur de Saint Vincent et' les quatre chapelains, institués par Mercœur, viennent chanter l’office. Le duc, en effet, ne s’est pas contenté d’élever un nouveau sanctuaire à Marie ; il y a joint une importante fondation, au capital de 4,500 livres. Quatre chapelains doivent chanter tous les jours avec le Recteur l’office entier de Notre-Dame, dans la chapelle de la Victoire. Après nones, on célèbre au même autel une messe basse de Beatà. Mais le samedi et les jours de fête de la Vierge, la messe est chantée, et le célébrant est assisté d'un diacre et d’un sous-diacre : de plus, tous les samedis, le saint sacrifice est précédé d'une procession autour de l‘Eglise. Enfin, chaque jour, après complies, on chante le salut de la Vierge.

Notre Dame de la Victoire sourit encore à notre pays : bientôt ce fut la paix définitive, la paix dans la gloire et la prospérité. Le rêve trop humain de Mercœur s‘était évanoui sans doute, et sa femme, la fille des Penthièvre, avait du renoncer pour toujours au trône tant convoité ; mais l’hérésie était vaincue chez nous et la foi triomphante ; Marie conservait son beau royaume terrestre, le plus beau après celui du ciel ; et la France restait, pour de longs siècles encore, la grande nation catholique.

La foi de la Bretagne allait aussi refleurir. L’ignorance religieuse et le désordre des mœurs, conséquences des discordes civiles, avaient réduit cette belle province a un état lamentable. Marie lui donna des apôtres : à nos frères du Léon et de la Cornouailles, Le Nobletz, Quintin et Maunoir ; à ceux de Vannes, les fondateurs de la Retrait ; à ceux de Saint Brieuc, le P. Leuduger ; à nous, le Bienheureux Grignion de Montfort. Ils s'en allèrent, comme les apôtres des temps lointains, jetant partout, sur cette terre féconde, la bonne semence ; et la semence leva magnifique, et l'ignorance religieuse disparut, et la vertu refleurit, et les sanctuaires de granit revirent leur splendeur d’autrefois, et des calvaires se dressèrent au long de tous les sentiers, et les communautés retrouvèrent leur ferveur, et les tiers ordres enrôlèrent partout des sujets, et l'on vit se multiplier les saints : la Bretagne était redevenue ce que nous la voyons encore : le coin de France le plus entêté dans sa foi, le plus généreux dans son dévouement.

Vingt ans avant la fondation faite par le duc de Mercœur et que je viens de raconter, le saint pontife Pie V avait institué (1571) la fête de Sainte Marie de la Victoire. C’était à la suite de la bataille de Lépante, pour remercier Marie de ce brillant fait d’armes, du a sa puissante intervention.


Notre Dame de la Victoire, c‘est donc Marie sauvant l'Eglise universelle des attaques musulmanes et conservant à l'Europe la foi Catholique. Notre Dame de la Victoire , nous l’avons dit aussi, c’est Marie sauvant l’Eglise de France des attaques de l’hérésie protestante, et gardant à la grande Nation, ainsi qu‘à notre petite Bretagne, la foi catholique. Reconnaissance donc, pour le passé, à Notre Dame de la Victoire; et confiance pour l’avenir.

Marie ne peut pas être vaincue, et quand elle prend une cause en mains, cette cause est assurée du triomphe. Confions-lui donc la foi de notre France, la foi de notre chère Bretagne. Vous savez a quel point elle est actuellement menacée. Depuis plus d'un siècle et je puis bien le dire, depuis vingt ans surtout, l‘Enfer et ses suppots lui livrent de terribles assauts. Notre Bretagne n'est pas épargnée, que dis-je ? elle est en butte à de plus violentes attaques : il semble que les impies aient deviné qu’elle constitue la réserve de la France chrétienne, qu’elle est cette forteresse presque inaccessible, dans laquelle se réfugient les derniers défenseurs après la prise de la cité, et ils en font le siège avec une rage et une habileté sataniques. Restons fidèles à Marie, dont le bienheureux Père Montfort nous à dit le rôle ici-bas et chanté les grandeurs ; comme aux jours lointains des luttes contre l’hérésie, multiplions les hommages a son nom, les appels à son invincible puissance, et elle sera pour nous, aujourd’hui comme hier, Notre Dame de la Victoire.

 

ND de Nantes

 

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24 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-cinquième jour

Notre Dame de Léard

Débarquez à la station Thouaré, franchissez leur beau pont qui met cette commune en communication avec celle de Saint Julien de Concelles, puis descendez la rive gauche de la Loire, en suivant la route qui longe notre beau fleuve. A deux kilomètres environ de l’extrémité du pont, vous trouverez une petite chapelle ; le premier venu vous dira son nom, Notre Dame de Léard, et vous n'aurez pas besoin de frapper à plusieurs portes pour apprendre son histoire : tout le monde la connaît dans le pays.

La légende rapporte qu’à une époque lointaine, si lointaine que la date précise s’en est perdue, on voyait, dans un de ces liards ou peupliers qui frissonnent au moindre souffle de la brise, une toute petite statue de la sainte Vierge.

Rappelait-elle une merveilleuse apparition ? Témoignait-elle simplement de la dévotion de quelque fidèle, voulant mettre sous la protection de la bonne Mère « la rivière de Loire », ainsi que les mariniers qui la remontaient et la redescendaient sans cesse, Nul ne le pourrait dire. Mais ce que la tradition affirme, c’est que les bons chrétiens du voisinage aimaient à prier devant la statuette.

La piété du peuple voulut, a plusieurs reprises, enlever l’image vénérée pour la mettre en un lieu plus décent ; mais, à chaque fois, celle-ci revenait d’elle-même sur son arbre privilégié. On en conclut justement que Marie voulait être honorée a cet endroit, et l’on y construisit un modeste oratoire. Il y avait bien quelqu audace à le faire. La Loire, plus profonde alors qu'aujourd‘hui, avait des tempêtes terribles et des inondations plus terribles encore ; souvent, tous les deux ou trois ans, nous disent les vieilles archives, elle renversait tout ce qu’on élevait sur ses bords. Un seigneur avait bâti son manoir dans une île. Voisine ; bientôt il dut fuir devant le fleuve en furie et abandonner le château, que les vagues démolirent pierre a pierre. Un autre avait construit des moulins productifs à quelques pas de la chapelle : les moulins furent emportés par les eaux et il fallut les reconstruire ailleurs. Les habitants de la vallée, pour défendre leurs riches cultures contre les envahissements de la Loire, avaient élevé d’immenses et solides chaussées : les chaussées, battues en brèche par le courant, étaient emportées connue le reste. Seule la chapelle, dont les murailles pourtant étaient aussi battues par les flots, restait inébranlable. Une année, en février 1778, tout le monde crut sa ruine imminente : la Loire avait fait rage autour d’elle, tout le sol était bouleversé et les fondations mises à jour. Le général de la paroisse s’inquiète et nomme des commissaires. Mais ceux-ci le rassurent bientôt : la chère chapelle est intacte. Seulement il fallait niveler le sol, profondément raviné par le courant ; un batelier s’en chargea, moyennant la somme de 50 livres. Il est à croire qu’il ne s’enrichit pas a ce travail, car il ne fallut pas moins de 50 charretées de pierres pour ramener les abords de la chapelle a leur ancien niveau. Le peuple voyait la une protection visible de la bonne Mère, et la confiance en son intercession s’en accroissait encore.

La présidente Bourgneuf de Cucé, dont la famille possédait, au XVIe siècle, des terres dans la région, signala sa piété envers Notre Dame de Léard en y établissant une fondation, dite de Notre Dame de Consolation, à savoir « une messe basse tous les premiers dimanches du mois et à toutes les fêtes de la Vierge, ainsi qu’à celle de sainte Catherine » et à plusieurs autres. Elle eut des imitateurs qui fondèrent a leur tour deux services et huit messes basses, chaque année.

Si les riches montraient leur dévotion envers notre madone, le peuple manifestait aussi sa confiance. La petite chapelle, située à la fois sur les bords du fleuve et sur la route de Nantes, recevait les hommages des voyageurs de terre et d’eau. Tous les habitants de la région que leurs affaires appelaient à la ville passaient à la porte de Notre-Dame, et ils ne manquaient pas de lui adresser une courte prière ; ainsi faisaient également les mariniers. La Loire, que l’abandon de ces dernières années n‘avait pas encore laissée s‘ensabler, était vivante alors ; c’était à peu prés l’unique chemin des marchandises venant de Nevers, d’Orléans, de Blois, de la Touraine et de l’Anjou a Nantes ; c'était naturellement aussi le chemin suivi par les denrées coloniales et autres que le port de Nantes, si florissant a cette époque, expédiait au centre de la France. Aussi les blanches voiles animaient constamment le paysage, et quand, après une longue attente. le vent d‘Ouest permettait à la
flottille de remonter le fleuve, c’était pittoresque et charmant de voir passer les barques. Les mariniers, rudes travailleurs, étaient de bons chrétiens aussi ; jamais ils ne manquaient de se découvrir et de se signer lorsqu’ils apercevaient la chapelle de Notre Dame.

Ce fut ainsi jusqu’à la Révolution. L'humble chapelle, malgré ses proportions minuscules, était trop en vue pour échapper aux modernes iconoclastes. Les armées patriotes passaient et repassaient parle chemin nantais, et, de plus, le fleuve était sillonné de canonnières. Tout le pays était ravagé, châteaux et chaumières incendiés, habitants jeunes et vieux massacrés ; la chapelle de Léard ne fut pas épargnée. L’incendie détruisit d’abord la toiture, les pierres mêmes les murailles furent dispersées, et une main sacrilège, saisissant la précieuse statuette, la jeta au loin dans la Loire.

Mais Marie voulait être encore honorée dans ce lieu. Une femme du village voisin, Fidèle Dubois, femme Jean Gohaud, s’en allait un jour prier sur les ruines de la chapelle. Tout a coup elle aperçoit un objet qui brille à ses pieds. C’était la statuette de faïence, depuis si longtemps vénérée, que le flot avait rapportée sur la rive. Elle la recueillit comme un trésor et la cacha soigneusement dans sa maison pendant tout le règne de la Terreur. Souvent, il l‘approche des massacreurs, qui ne se lassaient pas de tuer, il fallait fuir. Fidèle emportait avec elle sa précieuse statue. Quand ils n’étaient pas surpris par des attaques inopinées, les habitants du voisinage se réfugiaient dans une île du marais de Goulaine. Les pauvres gens attachaient leurs bateaux à la rive et se cachaient dans les broussailles. D’ordinaire, les Bleus se contentaient de décharger de loin leurs fusils ; parfois ils tenaient ces malheureux dans une sorte de blocus. Alors Fidèle Dubois posait sa statue sur un socle improvisé et tous, tombant à genoux, demandaient à Notre Dame de les préserver.

Les jours mauvais passèrent enfin et la statuette resta dans la maison de sa gardienne dévouée. Cependant elle avait encore sa tète, au temps des rogations. Un pan de la chapelle était resté debout, Fidèle y plaçait sa madone, dressait devant elle un autel paré de fleurs et de lumières, et attendait, impatiente, le passage de la procession qui s‘allongeait sur les bords de la Loire. Les bannières s‘arrêtaient au pied de l’autel champêtre, prêtres et fidèles s’agenouillaient, et redisaient une fois encore à la Vierge de Léard l’amour persévérant de son peuple.

Cinquante ans après l'incendie, Fidèle Dubois entreprit de rebâtir la chapelle. Encouragée par son curé, M. Durand, dévot serviteur de Marie, celui-là même qui devait relever plus tard le sanctuaire de Bonne Garde, et aidée d’une pieuse veuve du voisinage, elle se fit la quêteuse de Notre Dame. L’entreprise fut bien accueillie et bientôt les aumônes permirent de mettre la main à l’oeuvre. Toutefois, pendant ce demi-siècle, les lieux s’étaient un peu transformés ; Notre-Dame n’était plus là pour arrêter les flots de la Loire, et les eaux avaient envahi les ruines de l’oratoire. ()n construisit en face, de l’autre côté-de la route. Le 29 mai 1843, tout était prêt pour la bénédiction, elle fut solennelle et digne de celle qu’il s’agissait d’honorer.

Les deux paroisses de Saint Julien et de Basse Goulaine s’y rendirent processionnellement, conduites par leur clergé. A leur arrivée devant le nouveau sanctuaire, les bannières se saluèrent, les deux curés s’embrassèrent et les fidèles, joyeux, confondirent leurs rangs et leurs oriflammes. Le curé de Saint-Julien bénit la chapelle, celui de Basse-Goulaine chanta la grand' messe, et les deux quêteuses de Notre Dame firent la sainte communion.

Trois mois plus tard (27 août), autre cérémonie. La vieille statuette de faïence avait été placée, à l’extérieur, au dessus de la porte d'entrée ; une autre, plus grande, fut achetée pour être posée sur l’autel. Il s’agissait de la transporter de l‘église paroissiale à la chapelle de Léard. Cent cinquante jeunes filles de la Vallée communièrent le matin ; le soir, après vêpres, elles se groupèrent autour de l’image sainte, un étendard à la main. Elles devaient, tour à tour, porter le précieux fardeau. Trois arcs de triomphe avaient été dressés sur le chemin, et trois fois la procession s’arrêta pour y poser un instant la madone. La nouvelle statue fut placée sur l'autel ; on mit à droite et à gauche celles de Sainte Fidèle et de Sainte Apolline, patronnes des deux quêteuses de Notre Dame.

En ces derniers temps (1890), par une sage précaution, on a retiré de sa niche extérieure la statuette vénérée, pour la mettre sous un globe, à l'intérieur de l’oratoire : et une inscription, gravée sur une table de marbre, résume sa touchante histoire.

Deux fois par an, le deuxième jour des rogations, et, au temps de Pâques, le jour fixé pour la communion des infirmes de ce quartier, le saint sacrifice de la messe est célébré dans la chapelle. Mais souvent, dans le cours de l'année, de pieux visiteurs, héritiers de la vénération des siècles écoulés, font à la chère madone leur pèlerinage.

Les dévots serviteurs de Notre Dame de Léard nous apprennent par leur exemple quelle confiance nous devons avoir en Marie. Aux jours de la prospérité, quand ils se rendaient à la ville pour leurs affaires ou quand leurs barques richement chargées sillonnaient le fleuve, ils adressaient leurs hommages et leurs prières à Notre-Dame. Imitons-les dans les jours heureux. Les peuples, fort souvent, lorsqu’ils ont tout à souhait, oublient Dieu et la très sainte Vierge, abandonnent toute pratique religieuse et dédaignent une morale qui désormais leur semble trop austère. C’est un fait triste à constater dans notre pays de France, que les contrées les plus riches sont aussi les moins chrétiennes, les plus empressées au plaisir, les plus dédaigneuses du devoir ; tandis que les régions plus pauvres, comme notre Bretagne et les pays de montagnes, sont restés plus fidèles à la foi et aux pratiques des ancêtres. Gardons-nous de faire comme ces riches oublieux et ingrats, restons dévoués toujours à Dieu et à Notre Dame ; d’abord parce que les richesses spirituelles et les trésors de la vertu l'emportent infiniment sur tous les biens terrestres ; ensuite parce que c'est la protection d‘En-haut qui peut seule nous conserver ceux-ci et nous procurer plus de bien être encore.

Dans les tristesses et les épreuves de la vie, on invoquait également Notre Dame de Léard. Je n’en veux pas d‘autre preuve que cette fondation, en l’honneur de Notre-Dame de Consolation, établie dans sa chapelle par la présidente de Cucé. La femme du riche et puissant magistrat, apparentée à deux évêques de Nantes, avait eu sans doute le cœur endolori par des souffrances et des peines ; mais elle savait où chercher le réconfort. Elle nous montre ce que nous avons à faire sous le coup de l'adversité. Toute consolation humaine est vide et dure peu ; la seule vraie consolation vient du ciel et c’est d'ordinaire Marie qui la donne : Dieu a voulu que nos larmes fussent essuyées par celle qui a tant pleuré.

Enfin, les fidèles amis de N. D. de Léard se confiaient en elle dans le danger, lorsque les massacreurs étaient à leurs portes et que les balles sifflaient sur leurs têtes. Leur espérance ne fut pas trompée, la protection de Marie les sauva. Ainsi l‘ont partout les vrais serviteurs de Notre Dame : s’ils sont exposés au danger des batailles ou aux fureurs de la tempête, si quelque accident met leur vie en péril ou si la maladie les conduit aux portes de la mort, un cri de détresse jaillit de leur cœur et retentit dans le Cœur de Marie. Crions comme eux à notre Mère lorsque surviendra le danger, et sa tendresse ne manquera pas de nous assister. Invoquons-là surtout dans ces périls bien autrement terribles qui menacent nos âmes, et qui pourraient les perdre pour l’éternité. Sa puissance n’est pas moindre contre le démon que contre les massacreurs de la terre, et jamais elle ne refuse l’aide de son bras invincible aux âmes justes qui la supplient de les préserver du péché.

ND de Nantes

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22 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-troisième jour

Notre Dame de Bonne Garde

 

Presque à l’entrée de la route de Clisson, sur ce plateau de Saint Jacques, d’où l’on domine les belles vallées de la Loire et de la Sèvre, et d’où l’on voit toute la ville de Nantes à ses pieds, s’élève un élégant sanctuaire dédié à la sainte Vierge, et cher à nos concitoyens depuis déjà deux cent cinquante ans.

Vers le milieu du XVIIe siècle, au rapport des traditions du quartier, plusieurs personnes aperçurent un soir une statue de la sainte Vierge, inconnue jusqu’alors en ces lieux, et qu’environnait une éblouissante clarté. Étonnées et ravies, elles s’empressèrent de recueillir la merveilleuse image et de la placer avec honneur dans leur maison. Hélas ! Marie n’accepta point leur pieuse hospitalité. Le lendemain, l’image avait disparu et on la retrouvait au lieu de l’apparition. Les religieux bénédictins, qui occupaient alors le prieuré de Pirmil, accoururent et transportèrent la statuette dans leur chapelle, actuellement église paroissiale de Saint Jacques. Efforts inutiles, ce n’est pas la que la Vierge voulait être honorée, et, durant la nuit, la statue retourna dans le coin de terre qu’elle avait choisi.

Cette fois, la pensée de la Bonne Mère fut comprise, et son désir rempli : les voisins édifièrent immédiatement une petite grotte et le peuple, instruit du prodige, vint en foule la prier en ce lieu béni.

Quelques années s’écoulèrent, et la vénération pour la statue miraculeuse ne fit que s'accroître. Bientôt une pieuse tertiaire, respectée de tous pour sa vertu ainsi que pour sa charité envers les pauvres malades, et connue dans le quartier sous le nom expressif de Marie de Bonne Garde, entreprit d’élever a la Mère de Dieu un monument plus digne de sa grandeur et de l’amour de son peuple. Elle fit appel aux Voisins, qui entrèrent dans ses vues et se montrèrent généreux. Ses parents lui vinrent en aide les premiers ; et le gouverneur de Nantes, Charles de la Porte, duc de la Meilleraye et maréchal de France,joignit ses largesses aux aumônes des habitants de Pirmil. Le 4 novembre 1657, l’édifice était achevé, et l’on y célébrait, pour la première fois, la sainte messe.

Le sanctuaire bâti, la piété le décora, et bientôt la petite chapelle posséda de beaux ornements, des calices, des ciboires, libéralement offerts par les pèlerins. Ceux-ci accouraient de plus en plus nombreux ; de toute la contrée avoisinante, on venait avec empressement à Notre Dame de Bonne Garde. Le peuple avait récompensé le zèle de la pieuse tertiaire, en donnant son nom à l’oratoire qu’elle avait élevé. Saint-Sébastien s’y rendait chaque année en pèlerinage, et les paroisses voisines l’imitèrent plus d’une fois. Le concours du peuple rendit nécessaire la présence d’un prêtre qui fut attaché au service de la chapelle. Une confrérie y fut établie en l’honneur de la sainte Trinité, et y célébrait solennellement ses fêtes. Chaque soir, au son de l'Angélus, les fidèles aimaient a se réunir aux pieds de la Bonne Mère, et l’on conserve encore, après plus d'un siècle, le souvenir et le nom d’un pieux laïque qui présidait a la récitation du chapelet et au chant du cantique.

Comme tous nos autres sanctuaires, la chapelle de Bonne Garde eut à souffrir de la Révolution ; elle aussi fut dépouillée de toutes ses richesses, elle aussi fut vendue, elle aussi vit sa statue miraculeuse menacée par des mains sacrilèges. Dieu toutefois ne permit pas que la ruine fût complète. Un courageux chrétien sauva la chère statue, et la chapelle ne fut pas détruite.

Les mauvais jours passés, les fidèles continuèrent a visiter Notre Dame de Bonne Garde ; mais les splendeurs de son culte étaient bien amoindries. Un saint prêtre, tout dévoué à Marie, et dont le nom est encore vénéré dans la paroisse de Saint Jacques, M. l'abbé Durand, devait renouveler, par son exemple et par son zèle, cette antique dévotion. Plus d’une fois, en temps de sécheresse, dans les dangers d’une terrible inondation, sous la menace du choléra, il invoqua solennellement par des neuvaines la gardienne de sa paroisse, et Marie justifia toujours les promesses de son nom.

Mais la chapelle tombait en ruines, et les agents de la voirie menaçaient de la faire disparaître. Le zélé pasteur fit appel à ses paroissiens, et bientôt un élégant édifice vint prouver à tous que Marie ne s’était pas trompée en choisissant ce lieu pour sa demeure, et que ce peuple conserve fidèlement dans son cœur l’amour que ses ancêtres portaient à Notre Dame de Bonne Garde.

Chaque année, depuis lors, les habitants de Saint Jacques y célèbrent sa neuvaine de l’Ascension à la Pentecôte ; chaque mois, au temps du moins où règne la liberté, ils s’y rendent en procession ; souvent aussi, malgré l’éloignement de ce faubourg, les fidèles de Nantes vont visiter la gracieuse chapelle, et je ne doute pas que vous tous, qui m’écoutez, vous n’ayez fait de pieux pèlerinages à Notre-Dame de Bonne Garde.


Jadis, au soir de la première communion, les enfants aimaient a se rendre dans la chapelle de Bonne Garde et s’y consacraient ensemble à la Vierge Marie. C'était une touchante pensée : Marie n’est-elle pas, en effet, la meilleure gardienne de leur foi et de leur vertu ? Tous les hommes courent des dangers, tous ont besoin de se placer sous l’égide de Marie, et Marie les protège tous. N’est-il pas vrai cependant que la jeunesse est plus exposée ? Que la jeunesse a plus à craindre pour sa foi et pour sa vertu ? La jeunesse court plus de dangers, parce qu’elle est plus ignorante et qu’elle côtoie les abîmes avec une insouciance qui fait trembler ; la jeunesse court plus de dangers parce qu’elle est plus faible et qu‘elle n’a pas encore acquis les bonnes habitudes qui rendent la vertu plus facile, la résistance plus forte ; la jeunesse court plus de dangers parce qu’elle est l’avenir, l’espérance, et que l’Enfer, le monde, les méchants cherchent à l'accaparer et multiplient les pièges sous ses pas ; la jeunesse court plus de danger parce qu’elle est à l’âge où le sang bouillonne, où les passions s'allument, où le cœur et la chair tressaillent. La jeunesse, plus encore que l’âge mûr, a donc besoin d’être gardée par Marie.

Or Marie aime la jeunesse, et je ne crains pas de dire qu’il y a dans son cœur une place de prédilection pour les jeunes. Est-ce qu’une mère, qui aime tous ses enfants, ne montre pas cependant une sollicitude plus empressée pour les dernier-nés, parce qu’ils sont plus faibles, parce qu’ils ont davantage besoin de ses bras ? Ainsi Marie. Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble que Jésus a voulu cela. Pourquoi, lorsque du haut de sa croix il lui a donné tous les hommes pour enfants, les lui a-t-il confiés dans la personne de saint Jean, le plus jeune des apôtres, sinon parce qu’il voulait ainsi désigner principalement les jeunes a sa tendresse de mère ?

L’Eglise sait cela, les mères aussi : de là tant de petits enfants voués à la sainte Vierge ; de là les consécrations au soir de la première communion ; de là les congrégations de jeunes gens et de jeunes filles, rangées sous la bannière de Marie... Donc, vous qui êtes jeunes, confiez-vous à Notre Dame de Bonne Garde ; vous qui avez des enfants et qui redoutez pour eux l’âge des tempêtes, confiez les à Notre Dame de Bonne Garde.

Je remarque aussi dans l'histoire de notre modeste sanctuaire qu’on venait y demander à Marie sa protection contre la mort subite et, par là-même, la grâce d’une mort chrétienne ; que beaucoup de marins s’y rendaient de Rezé et des rives de la Loire pour réclamer son secours dans la tempête ou la remercier de son assistance.

Comme je comprends cette prière ! N’est-il pas vrai que si Marie nous garde, ce doit être surtout à l’heure de la mort. Avant de remonter au ciel, Jésus disait à son Père : « Ceux que vous m‘avez donnés, je les ai gardés, et aucun d’eux ne s’est perdu, si ce n’est le fils de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie ». Le désir de Marie, c’est de répéter à Jésus la même parole : « Ceux que vous m’avez donnés, je les ai gardés et aucun d'eux ne s’est perdu ». Aussi comme elle veille sur ses enfants ! C’est surtout a la mort qu'ils risquent de se perdre ; c’est surtout à la mort qu’ils ont besoin d’être gardés. Voilà pourquoi nous lui disons chaque jour : « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ».

Répétons souvent cette prière et ne manquons pas de nous recommander, en ce moment qui décidera de notre éternité, à Notre Dame de Bonne Garde.

 

ND de Nantes

 

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