04 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Cinquième jour

Sentiments de Vincent sur l'humilité

 

Quoique Vincent prit occasion de s'humilier en toutes rencontres, comme nous l'avons dit hier, et qu'on puisse bien dire que toutes sortes de choses lui servaient de matière pour pratiquer l'humilité, il avait néanmoins deux principaux motifs qui étaient comme les deux pivots sur lesquels roulaient tous les sentiments qu'il avait de cette vertu et toutes les pratiques qu'il en faisait et conseillait aux autres.

Le premier était la grande connaissance et les vues toutes singulières qu'il avait des infinies perfections de Dieu, et des défauts des créatures, qui lui donnaient pour sujet de tenir pour injustice, de ne se pas humilier toujours et en toutes choses, attendu la condition misérable de l'homme et la grandeur et sainteté infinie de Dieu.

Voici en quels termes il en parla un jour aux siens : en vérité, Messieurs et mes frères, si un chacun de nous veut s'étudier à se bien connaître, il y trouvera qu'il est très juste et très raisonnable de se mépriser soi-même. Car si d'un côté, nous considérons sérieusement la corruption de notre nature, la légèreté de notre esprit, les ténèbres de notre entendement, les dérèglements de notre volonté, et l'impureté de nos affections ; si ailleurs, si nous pesons bien au poids du sanctuaire nos œuvres et nos productions, nous trouverons que le tout est très digne de mépris. Mais quoi ! Me dites-vous, mettez-vous de ce nombre les prédications que nous avons faites, les confessions que nous avons entendues, les peines et les soins que nous avons pris pour le prochain et pour le service de notre Seigneur ? Oui, Messieurs, si l'on repasse sur ses meilleurs actions, on est surpris d'y voir qu'en la plupart on s'y est mal conduit quant à la manière, et souvent quant à la fin; et que, de quelque façon qu'on les regarde, il y peut avoir autant de mal que de bien, car, dites-moi je vous prie, que peut-on attendre de la faiblesse de l'homme ? Qu'est-ce que peut produire le néant, et que peut faire le péché ? Et qu'avons-nous de nous-mêmes autre chose, sinon le néant et le péché ? Tenons donc pour certain qu'en tout et partout nous sommes dignes de rebut, et toujours très méprisable, à cause de l'opposition que nous avons par nous-mêmes à la sainteté et aux autres perfections de Dieu, à la vie de Jésus-Christ et aux opérations de sa grâce ; et ce qui nous persuade davantage de cette vérité, est la pente naturelle et continuelle que nous avons au mal, notre impuissance au bien, et l'expérience que nous avons tous que lors même que nous pensons avoir bien réussi en quelque action, ou bien rencontré en nos avis, il arrive tout le contraire, et Dieu permet souvent que nous sommes méprisés. Si donc nous nous étudions à nous bien connaître, nous trouverons qu'en tout ce que nous pensons, faisons et disons, soit en la substance ou dans les circonstances, nous sommes pleins et environnés de sujets de confusions et de mépris: et si nous ne voulons point nous flatter, nous nous verrons non seulement plus méchants que les autres hommes, mais pires en quelque façon que les démons de l'enfer, car si ces malins esprits avaient en leur disposition les grâces et les moyens qui nous sont donnés pour devenir meilleurs, ils en feraient mille et mille fois plus d'usage que nous n'en faisons.

Le second motif était l'exemple et les paroles de Jésus qu'il avait toujours en vue, et qu'il exposait aux yeux d'un chacun. Rapportant un jour sur ce sujet, dans un discours qu'il fit aux siens, ces paroles de Jésus Christ apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur : et ces autres, celui qui s'humiliera sera exalté, et celui qui s'élèvera sera abaissé, il ajouta ce qui suit: Qu'est-ce que la vie de ce divin Sauveur, sinon une vie d'humiliations continuelles, une vie active et passive ? Il l'a tellement aimée, cette humiliation, qu'il ne l'a jamais quittée pendant sa vie, et même après sa mort, il a voulu que l'Eglise nous ait représenté sa personne divine par la figure du Crucifix, afin de paraître à nos yeux dans un état d'ignominie, comme ayant été pendu pour ainsi dire comme un criminel, et comme ayant souffert pour nous, la mort la plus honteuse et la plus affreuse qu'on ait pu s'imaginer. Pourquoi cela ? C'est par ce qu'il connaissait l'excellence des humiliations et la malice du péché contraire qui non-seulement aggrave les autres péchés, mais qui rend vicieuses les œuvres qui de soi ne sont pas mauvaises, et qui peut infecter et corrompre celles qui sont bonnes, même les plus saintes.

Retenons donc bien cette vérité, Messieurs, et qu'un chacun la grave bien avant dans son cœur, et qu'il dise, parlant à soi-même: quoique j'eusse toutes les vertus, si toutefois je n'ai pas l'humilité, je me trompe, et pensant être vertueux je ne suis qu'un superbe pharisien et un religieux abominable. Ô Sauveur Jésus-Christ, répandez sur nos cœurs ces divines lumières dont votre sainte âme était remplie et qui vous ont fait préférer l'outrage à la louange ! Embrasez nos cœurs de ces affections saintes qui brûlaient et consumaient le vôtre et qui vous ont fait chercher la gloire de votre père céleste dans votre propre confusion. Faites par votre grâce que nous commencions dès maintenant à rejeter tout ce qui ne va pas à votre honneur et à notre mépris, tout ce qui ressent la vanité, l'ostentation et la propre estime : que nous renoncions une bonne fois pour toutes à l'applaudissement des hommes abusés et trompeurs, et à la vaine imagination du bon succès de nos œuvres : enfin, mon Sauveur, que nous apprenions à être véritablement humbles de cœur par votre grâce et vos exemples.

J'ai fait diverses fois, disait-il un jour, la visite en quelques maisons de religieuses, et j'ai souvent demandé à plusieurs d'entre elles pour quelle vertu elles avaient le plus d'estime, ou d'attrait; je le demandais même à celles que je savais avoir plus d'éloignement pour les humiliations ; mais à peine entre vingt en ai-je trouvé une, qui ne me dit que c'était pour l'humilité, tant il est vrai que chacun trouve cette vertu belle et aimable. D'où vient donc qu'il y en a si peu qui l'embrasse et encore moins qui la possède ? C'est qu'on se contente de la considérer, et on ne prend pas la peine de l'acquérir : elle est ravissante dans la spéculation, mais dans la pratique elle a un visage désagréable à la nature, et ses exercices nous déplaisent, parce qu'ils nous portent à choisir toujours le plus bas lieu, à nous mettre au-dessous des autres et même des moindres, à souffrir les calomnies, chercher le mépris, aimer l'abjection, qui sont choses pour lesquelles naturellement nous avons de l'aversion.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Voici un des meilleurs moyens d'acquérir l'humilité, c'est de graver profondément dans son esprit cette maxime : Chacun n'est réellement que ce qu'il est devant Dieu, il n'est rien de plus ». (L'auteur de l'imitation).

« L'humilité, pour être véritable, doit être toujours accompagnée de la charité, c'est-à-dire que nous devons aimer, chercher et accepter les humiliations, pour plaire à Dieu et pour ressembler à Jésus Christ ». (Saint François de Sales).

Pratique : Cherchez aujourd'hui la dernière place et le rebut des autres, vous persuadant avec tout cela que vous avez encore plus que vous ne méritez à cause de vos péchés. Priez pour les âmes qui aspirent au troisième degré d'humilité.

 

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01 juillet 2017

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Le Mois de Saint Vincent de Paul

Lectures de piété sur ses vertus et ses œuvres pour chaque jour du mois de juillet

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Deuxième jour

Foi de Saint Vincent De Paul

 

Puisque la foi est le fondement des autres vertus, et que la fermeté de l'édifice spirituel dépend principalement de cette mystique base, ayant à faire voir les plus excellentes vertus dans la personne de Vincent, nous commencerons par la foi que ce sage architecte avait posée pour fondement de toutes ses pratiques vertueuses et sur laquelle il s'appuyait en tout ce qu'il entreprenait et faisait pour le service de Dieu.

Comme les arbres qui sont battus des vents et ébranlés par les orages, jettent les plus profondes racines et s'affermissent davantage par ces agitations ; de même on peut dire que Dieu voulant rendre plus ferme et plus parfaite la foi de Vincent, a permis qu'elle ait été au commencement exposée à la violence de plusieurs tentations, et que son fidèle serviteur ait ressenti diverses attaques contre cette vertu. Il en est pourtant toujours demeuré victorieux par le secours de sa grâce, et sa foi s'est trouvée plutôt affermie et fortifiée, qu'affaiblie par toutes ces épreuves, desquelles Dieu s'est servi pour le perfectionner ; de sorte qu'après toutes ces bourrasques il est devenu non-seulement plus fort, mais plus éclairé dans les vérités de la foi, comme lui-même l'a déclaré en quelque rencontre, les possédant et les goûtant d'une manière aussi parfaite qu'elle se peut en cette vie.

Or, un des plus souverains remèdes qu'il employa pour fortifier sa foi, et la mettre à l'abri de la violence de ces tentations, fut d'écrire et signer sa profession de de foi et la porter sur son cœur ayant supplié Notre Seigneur d'agréer la résolution qu'il avait prise que toutes les fois qu'il porterait lu main sur son cœur, particulièrement quand il serait tenté, cela serait une marque et un témoignage qu'il renonçait à la tentation, et un renouvellement de la protestation qu'il avait faite de persévérer jusqu'à la mort dans la foi de l'Eglise.

Sa foi était non seulement forte, mais aussi pure et simple, étant appuyée non sur les connaissances acquises par l'étude ou par l'expérience, mais uniquement sur la première vérité qui est Dieu, et sur l'autorité de son église. La foi de Vincent ne tenait pas ses lumières renfermées dans son esprit, mais elle les communiquait au-dehors d'autant plus libéralement qu'elle était animée d'une plus parfaite charité.

Sa foi lui fit préférer l'instruction des pauvres à celle des riches ; il manifestait surtout son zèle à faire des catéchismes et instructions dans les lieux qu'il jugeait en avoir plus de besoin, comme dans les villages et parmi les pauvres qui sont ordinairement les moins instruits des vérités de la foi. Il ne se contentait pas encore de le faire par lui-même, il y excitait et portait tous ceux qu'il estimait capables de cet office de charité ; et il n'a point cessé qu'il n'ait enfin établi une congrégation toute dédiée à la culture de cette divine plante de la foi dans les terres les plus stériles.

On peut dire que la foi de Vincent fut non seulement pure, simple et ferme, mais qu'il en avait une plénitude : vu qu'elle éclairait son esprit, remplissait son cœur et animait ses actions, ses paroles, ses affections et ses pensées, il le faisait agir en tout et partout selon les vérités et les maximes de Jésus Christ ; en telle sorte que ce que la plupart des chrétiens font ordinairement, ou par des mouvements naturels, ou par des raisonnements humains, il le faisait par des principes de foi, laquelle était, selon la parole d'un prophète comme une lampe allumée qu'il tenait toujours en main pour se conduire, et pour dresser tons ses pas dans les sentiers de la justice. C'était sans doute un don très particulier qu'il avait reçu de Dieu, de savoir appliquer les lumières de la foi à toutes sortes d'occasions et de rencontres, et d'en faire d'excellentes pratiques dans les affaires mêmes purement temporelles et séculières, ne les entreprenant que par des motifs que la foi lui inspirait, ne s'y conduisant que par ses lumières et les référant toujours à des fins surnaturelles qu'elle lui proposait. Et non-seulement il se conduisait par cet esprit de foi, en toutes ses affaires et entreprises, mais il l'inspirait autant qu'il pouvait aux autres personnes, et particulièrement à celles qui étaient sous sa conduite, au sujet de quoi Mademoiselle Legras, fondatrice et première supérieure des filles de la charité, lui ayant un jour témoigné quelque petit empressement d'esprit touchant ce charitable institut duquel il était le père, il fit la réponse suivante : « Je vous vois toujours un peu dans les sentiments humains, pensant, que tout est perdu dès lors que vous me voyez malade. O femme de peu de foi ! Que n'avez-vous plus de confiance et d'acquiescement à la conduite et à l'exemple de Jésus Christ ! Ce Sauveur du monde se rapportait à Dieu son père pour l'état de toute l'Eglise, et vous, pour une poignée de filles que sa providence a notoirement suscitées et assemblées, vous pensez qu'il vous manquera ! Allez, Mademoiselle, humiliez-vous beaucoup devant Dieu ! ».

Il disait souvent que le peu d'avancement à la vertu, et le défaut de progrès dans les affaires de Dieu, provenait de ce qu'on ne s'établissait pas assez sur les lumières de la foi, et qu'on s'appuyait trop sur les raisons humaines : « Non, non, dit-il un jour, il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de nous remplir le cœur, et de nous conduire avec assurance. Croyez moi, il ne faut que s'appuyer sur Dieu, ou solidement et fortement sur quelqu'une de ses perfections, comme sa bonté, sa providence, sa vérité, son immensité, etc. Il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divins, pour devenir parfait en peu de temps ».

Il tenait encore cette maxime de ne pas considérer les choses dans le seul extérieur et selon leur apparence, mais selon ce qu'elles pouvaient être en Dieu et selon Dieu ; « Je ne dois pas considérer, disait-il, un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qu'il paraît de la portée de leur esprit, d'autant que bien souvent ils n'ont presque pas la figure ni l'esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu a voulu être pauvre, qu'il est représenté par ces pauvres ; qu'il n'avait presque pas la figure d'un homme, en sa passion, et qu'il passait pour fou dans l'esprit des gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l'évangéliste des pauvres. O Dieu ! Qu'il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu, et dans l'estime que Jésus Christ en a faite! mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'esprit mondain, ils paraîtront méprisables ».

Enfin, pour connaître combien grande et parfaite fut la foi de Vincent, il faut jeter les yeux sur toutes ses autres vertus, puisqu'elle en est comme la racine selon le sentiment de Saint Ambroise, et l'on pourra juger qu'elle a été la vigueur et la perfection de cette mystique racine, en considérant la multitude et l'excellence des fruits qu'elle a produits.

 

Fleurs Spirituelles

 

« Il y a une espèce de simplicité qui fuit que la personne ferme les yeux à tous les sentiments de la nature, et aux raisons humaines, et les tient toujours fixés sur les maximes de la foi, pour en faire constamment la règle de sa conduite. Dans toutes ses actions, ses paroles, ses pensées, ses affaires, en tout temps, en tous lieux elle consulte la foi, et ne fait rien que selon ce qu'elle dicte ». (Saint Vincent De Paul).

« Il est absolument nécessaire pour sa propre sanctification et pour être très utile au salut des autres de s'accoutumer à suivre en tout la belle lumière de la foi, toujours accompagnée d'une onction qui se répand dans les cœurs. Cela est très certain, il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de remplir notre cœur et de nous conduire par la voie sûre. Croyez-moi, il suffit de bien s'établir sur ces fondements pour arriver en peu de temps à la perfection et à pouvoir faire de grandes choses ». (Saint Vincent De Paul).

Pratique : Voir toujours dans les pauvres, la personne de notre Seigneur Jésus-Christ et dans cette vue, les traiter avec compassion, douceur, cordialité, respect et dévotion. Priez pour les personnes qui soignent les malades.

 

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25 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-sixième jour

Notre Dame du Rosaire

 

Je viens vous parler, ce soir, de Notre Dame du Rosaire. Ce titre nous rappelle une dévotion dont on peut dire, assurément, qu’elle est catholique plus qu’aucune autre, puisqu'elle est répandue partout et que les Papes ne se lassent pas de la recommander ; on peut dire aussi pourtant que c’est une dévotion bretonne, et j'espère vous le démontrer. 

Vous savez que le rosaire nous vient de Saint Dominique, qui le reçut de la Vierge elle-même. Or, ce saint est venu en Bretagne et passa quelques jours dans notre ville de Nantes. Il y venait voir la duchesse Alix, femme de Pierre de Dreux. Cette princesse lui demanda des religieux de son ordre. Le baron de Vitré leur offrait son hôtel « Scitué près l'hôpital de la ville et le chasteau, sur le bord de la Loire, entre les portes nommées alors Drouin Lillard et la porte Briand-Maillard ». Saint Dominique accepta ; mais c'est seulement dix ans plus tard, en 1228, que les dominicains arrivèrent à Nantes. Ils s’établirent dans l'hôtel de Vitré et, sous le nom de Jacobins, ils occupèrent ce couvent jusqu’à la Révolution. Vous avez tous connu les restes de leur église que l’on achève de démolir. La confrérie de N. D. du Rosaire y était établie et y tenait ses registres : peut-être faut-il faire remonter sa première origine, ou du moins la pratique du rosaire chez nous, jusqu’à cette époque. Une légende, plus ou moins fondée, affirmait qu‘un prince de la maison de Bretagne, qui s'en était allé guerroyer en Espagne contre les Wisigoths, avait mêlé son sang a celui des Guzman dont descendait Saint Dominique. Nos ducs étaient fiers de cette parenté problématique et ils favorisèrent toujours les dominicains, ainsi que les dévotions dont leur chapelle était le centre.

En 1416, saint Vincent Ferrier vint à Nantes, où il fut accueilli avec enthousiasme. Il résidait au couvent de son ordre et prêchait en ville : il donna la station de l'Avent à la cathédrale et se fit entendre au cimetière de Saint-Nicolas.

Plus tard, il alla prêcher également au Croisic et à Guérande. Saint Vincent Ferrier était un fervent du Rosaire : il avait donné un pauvre chapelet de bois a la duchesse Jeanne, fille du roi de France et femme de Jean V. Celle-ci le remit en mourant (1433) a Françoise d’Amboise, sa future belle-fille, qui le conserva précieusement et le laissa a ses religieuses des Couëts. Sauvé de la Révolution, il fut donné par Madame de la Salmonière, ancienne carmélite des Couéts, au couvent de la Grande Providence, où il se trouve encore.

La dévotion au saint Rosaire subsistait donc chez nous. Mais elle était tombée en oubli presque partout ailleurs. Marie se servit d’un dominicain breton, Alain de la Roche, pour la remettre en honneur. Sur l‘ordre même de la sainte Vierge, le moine se mit en route ; il parcourut une partie de l’Europe, prêchant partout sa chère dévotion. Il était à Nantes en 1479. La bienheureuse Françoise d’Amboise le fit prier de se rendre à son couvent des Couëts. « Il y vint et prescha des excellences de la Mère de Dieu et de son saint Rosaire ; et, après plusieurs conférences spirituelles, la receut, elle et toutes ses religieuses, en la confrérie dudit saint Rosaire ». La croisade d'Alain de la Roche à travers le monde avait suscité bien des oppositions, et l‘on persécutait le bon Père. Françoise d'Amboise pria le duc, son neveu, de le prendre sous sa protection. François II et Marguerite de Foix, sa seconde femme, se laissèrent aisément persuader. Ils écrivirent a Sixte IV, pour lui demander l’approbation de la nouvelle confrérie. Le pape condescendit a leur désir, il approuva « cette façon de prier Dieu », et il « accorda des indulgences a ceux qui en useraient, par Bulle donnée à Rome, à 1’instance des Duc et Duchesse de Bretagne, le 9 de may l‘an 1479, le huitième de son Pontificat ». Ainsi la bulle qui remettait le Rosaire en honneur, après de longues années d'oubli, la première qui ait accordé des indulgences au simple chapelet, était donnée au monde, sur les instances des princes de la Bretagne, en résidence à Nantes. N'ai-je pas raison de dire que le Rosaire est bien une dévotion bretonne et même une dévotion nantaise ?

Deux siècles plus tard, un autre apôtre du Rosaire faisait refleurir cette antique dévotion. C‘était encore un fils de la Bretagne, et une grande partie de sa carrière apostolique s'écoula dans le diocèse de Nantes. Vous avez tous, avec moi, nommé le bienheureux Père Grignion de Montfort. Il aimait a dire, dans son langage familièrement imagé, que « jamais pécheur ne lui avait résisté, lorsqu'il lui avait mis la main sur le collet avec son rosaire ». Aussi chaque jour, durant le cours de ses missions, il le faisait réciter publiquement tout entier ; dans les processions qu’il organisait pour aller planter triomphalement la croix, il faisait porter quinze étendards, représentant les mystères, dont il donnait lui-même l’explication au peuple ; enfin partout il établissait la confrérie du Rosaire, ainsi que la pratique du chapelet en commun, chaque soir, dans les familles.

Mais c'est surtout à Pontchâteau et à Saint Similien qu’il a exalté le Rosaire. Pendant qu’il élevait la montagne artificielle, sur laquelle il voulait dresser la croix, il le faisait réciter par les travailleurs qui lui arrivaient de dix et vingt lieues a la ronde. Puis il voulut que la montagne elle-même prêchât le Rosaire. Dans le pourtour, qui formait à la base un cercle de 400 pieds, il lit planter 150 sapins, figurant les Ave Maria, et 15 cyprés indiquant les Polar. Sur le chemin en spirale qui conduisait à la plate-forme, il marqua la place de quinze petites chapelles dans chacune desquelles devait être représenté un des mystères ; enfin la plate-forme elle-même était ceinte d’un gigantesque rosaire, long de 80 mètres, et dont les grains, supportés par des piliers, étaient gros comme des boulets de canon.

A Nantes, il n’érigea pas sans doute la confrérie, puisqu’elle y existait depuis fort longtemps et avait son siège chez les Jacobins ; mais il fit connaître davantage le Rosaire. C’était vers 1708, pendant la mission qu’il prêchait à Saint Similien, Montfort résolut d’ouvrir un petit sanctuaire, qui fût le centre de sa dévotion favorite. J’ai mentionné déjà la Cour Cattuy, vieux manoir du XVe siècle, délabré mais intact, que l’on voit sur les Hauts-Pavés, et dont le peuple dit volontiers qu’il appartint jadis aux ducs de Bretagne. C’est de cette maison que Montfort fit choix pour réaliser son projet. Une chambre haute, qui déjà peut-être servait d’oratoire, devint la chapelle du Rosaire et le saint missionnaire y groupait les pieux fidèles qu‘il avait enrôlés. La dévotion inaugurée par le Bienheureux persista dans ce lieu jusqu’à la Révolution. Chaque dimanche, ou s‘y réunissait et, sous la présidence d'un vicaire de la paroisse, on récitait le chapelet. Le grand missionnaire, suivant sa coutume, pour parler au cœur en frappant les yeux, avait fait peindre en noir, sur les murs intérieurs de sa chapelle, un immense rosaire. En 1840, on l'y voyait encore, et, si la piété nantaise avait l'heureuse pensée de rendre au culte le pauvre oratoire sanctifié par notre Bienheureux, peut-être l'y retrouverait-on.

C‘est à raison de ces grands souvenirs que, après la Révolution, la confrérie du Rosaire fut établie, pour toute la ville de Nantes, dans l’église de Saint Similien. Cette belle dévotion y est toujours en honneur, et, chaque année, pendant les jours qui précèdent le premier dimanche d’octobre, on y célèbre le triduum solennel de Notre Dame du Rosaire. Elle est aussi toujours en honneur dans le diocèse de Nantes : elles sont rares les paroisses qui ne possèdent pas la confrérie du Rosaire ; ils sont rares aussi les foyers de nos paroisses rurales où l’on ne récite pas, au moins durant l'hiver, le chapelet en commun.


La conclusion de ce rapide coup-d‘œil sur l‘histoire du Rosaire dans notre pays, c'est premièrement d‘entrer dans cette confrérie. Il n’en est pas aujourd‘hui de plus répandue dans l'Eglise et qui ait été plus exaltée par les Souverains Pontifes. Il n'en est pas, c'est un fait d‘expérience, qui ait produit de plus abondants fruits de salut, il n'en est pas qui doive aller plus sûrement au Cœur de Jésus et a celui de sa très Sainte Mère qu'elle a pour but d'honorer en même temps. Il n‘en est pas de plus simple et de plus facile. Il suffit, en effet, de se faire enregistrer en un centre canonique de la confrérie, à Saint Similien par exemple, pour les fidèles de Nantes ; de posséder un chapelet rosarié ; enfin, de réciter chaque semaine un rosaire, c’est-à-dire trois chapelets, en méditant tour à tour sur les quinze mystères.

C'est, en second lieu, d’établir dans nos familles, autant qu‘il se peut faire, la pratique du chapelet en commun. Ainsi font, durant les longues soirées d’hiver, la plupart de nos familles chrétiennes de la campagne. Et je ne sais pas de spectacle plus beau que celui d’un père ou d'une mère récitant à haute voix cette prière, au milieu de leurs enfants et de leurs serviteurs qui répondent dévotement, tout en se livrant à de petits travaux. Pourquoi donc, à la ville, n’en ferait-on pas autant ? Le foyer domestique serait de la sorte transformé pour quelques minutes en sanctuaire : alors Dieu le regarderait d’un œil plus favorable, les principes chrétiens s‘enracineraient plus profondément dans les cœurs, la famille deviendrait bientôt plus croyante et plus pure. Je suis persuadé que cette pieuse coutume a largement contribué à graver la foi dans l‘âme de nos paysans bretons et vendéens. À cette heure ou la foi est plus que jamais menacée, prenons ce moyen de. la fortifier chez nous.

C’est, enfin, de posséder personnellement un chapelet, de le porter sur nous et de le dire souvent. Louis XIV se faisait gloire de le réciter ; le célèbre Pasteur, tout grand savant qu’il était, aimait à l’égrener pieusement aux pieds de la madone : ne rougissons pas de suivre leur exemple.

C’est d’ailleurs la plus belle des prières, puisqu'elle nous appelle les principaux mystères de notre foi, puisqu’elle met sur nos lèvres, avec le symbole Catholique : le Pater, dicté par Jésus Christ, et l‘Ave, divinement inspiré à l’archange Gabriel et à sainte Elisabeth. Embrassons ces pratiques, et nous pourrons, avec pleine confiance, dire à la sainte Vierge : « Notre Dame du Rosaire, priez pour nous ».

 

ND de Nantes

 

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20 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Vingt-et-unième jour

Notre Dame de Bon Secours

 

Après vous avoir parlé de la madone que l’on vénère à Saint Similien, nous allons dire deux mots maintenant de celle que vous aimez tous aller prier dans l’église Sainte Croix : Notre Dame de Bon-Secours. La première est incomparablement plus ancienne, mais je ne saurais dire laquelle des deux tient une plus grande place dans le cœur des Nantais.

Au XVe siècle, on voyait dans la Loire, en face de l'embouchure de l'Erdre, un îlot sablonneux et couvert de saules où, suivant le langage du temps usité encore. chez nos paysans, de saulze, ce qui lui avait valu le nom de Saulzaie. C’est aujourd‘hui l’île Feydeau. À l’époque dont nous parlons, ce n’était qu‘un amas d‘alluvions, souvent submergé par les grandes eaux. Cependant les parties les plus élevées de l’île commençaient dès lors à se couvrir de maisons, simples cabanes de pêcheurs, pour la plupart du moins.

Les habitants étaient pauvres de biens, mais riches de sentiments chrétiens. Placés en dehors des remparts, ils voyaient les portes de la ville se fermer soigneusement chaque soir, et ils songeaient avec tristesse que leurs malades devaient renoncer à réclamer la nuit le ministère du prêtre, et que, durant ces longues heures, il ne pouvait être question de porter le saint Viatique aux mourants. Ils résolurent donc, malgré leur pauvreté, de construire une chapelle, d’y fonder une messe chaque dimanche, enfin, d’y entretenir un chapelain, chargé de veiller sur la sainte Eucharistie et de pourvoir aux besoins spirituels des malades, quand les prêtres de la paroisse en seraient empêchés. Deux habitants, plus fortunés sans doute que les autres et plus fervents aussi, Alain Raymond et Jeannette Philippe, sa femme, tirent, en grande partie, les frais de la fondation. La chapelle fut dédiée à Marie et eut pour vocable Notre Dame de Bon Secours. C’était au milieu du XVe siècle, en 1443.

A peine la modeste chapelle est-elle construite, que les pèlerins s’y précipitent. Les fondations de messes affluent a tel point qu’il est impossible de les célébrer toutes dans cet étroit sanctuaire et qu’il faut en transporter une partie à Sainte-Croix, la paroisse.

Je l’ai dit déjà, en 1487, les Français attaquent la Bretagne, dont la fière indépendance les offusque ; Nantes est menacé et la population s’épouvante de la perspective d’un siège. Les Nantais se mettent en prières, ils visitent tour a tour les sanctuaires les plus aimés, ils multiplient les processions, on en compte 57 dans le cours de cette année, sans parler de celles qui se font régulièrement chaque premier dimanche du mois. La chapelle de Bon Secours est une de celles où la foule s’empresse le plus volontiers. L‘ennemi vint mettre le siège devant la ville ; mais Marie veillait : il se retira au bout de dix jours, après avoir perdu 500 hommes.

Au cours de ce même siècle, les gabarriers de la Loire établissent leur confrérie dans la chapelle de Bon Secours et y déposent le cierge d‘honneur qu‘ils portent aux processions.

D’autres corps d’état y fondent la confrérie de Sainte Anne, pour honorer la Mère de Marie et en même temps la reine Anne, leur protectrice.

Les marins font des vœux à Notre Dame de Bon Secours, et l‘on voit des équipages entiers s’y rendre, au cœur de l’hiver, pieds nus et un cierge à la main. Pendant qu’ils entendent dévotement la sainte messe, la charité prépare l‘eau chaude qui doit les purifier et les réchauffer. Les dames de la halle, surtout les poissonnières, dont la c0hue est voisine, s’y pressent chaque matin.

Les messes y sont nombreuses, à certains jours on en compte plus de 30 ; et c’est une dévotion parmi les nouveaux prêtres d’aller célébrer leur première messe aux pieds de la Vierge de Bon Secours. Plusieurs chapelains deviennent nécessaires. Les prêtres irlandais, qui tiennent un séminaire dans l’ancien manoir épiscopal de la Touche, aujourd’hui dépendance du musée Dobrée, y remplissent un fructueux ministère.

Au XVIIIe siècle, la grève de la Saulzaie, bâtie splendidement, devient le quartier a la mode et prend le nom de Feydeau - Feydeau de Bron était alors intendant de Bretagne. La pauvre chapelle, qui d’ailleurs tombe en ruines, n'est plus digne d'un tel voisinage ; l'honneur de Marie veut qu’on la rebâtisse. Sollicitée par le Curé de Sainte Croix, la municipalité donne son assentiment ; les fidèles se montrent généreux ; M.Grou, dont le nom, encore porté par une petite rue de notre ville, est resté célèbre dans les annales de la bienfaisance nantaise, lègue une somme importante pour cet objet ; enfin, la reine Marie-Antoinette, qui demande au Ciel un dauphin, envoie à Notre Dame de Bon Secours une petite statue d’argent et une large offrande. La reconstruction est décidée. La statue est portée processionnellement à l’église paroissiale, et c’est là qu’on la vénère pendant les travaux. Le nouveau sanctuaire, bâti dans le style grec, est bientôt achevé ; Mgr Frétat de Sarra vient le bénir et la statue est reportée en triomphe dans sa maison.

C‘étaient les derniers beaux jours ! La Révolution commence par confisquer le trésor ; mais la chapelle reste ouverte et les prêtres irlandais, momentanément épargnés comme étrangers, continuent d’y célébrer. Tout Nantes y court, et l'on compte jusqu‘à 5 et 6,000 communions par jour. Mais, en 1793, les Irlandais sont chassés a leur tour, et la chapelle voit ses portes fermées.

À l'apaisement, une fervente chrétienne, Madame Ferrand, la prend en location et la foule s’y porte avec la ferveur des anciens jours. Hélas ! La chapelle est bientôt mise en vente, et il ne se trouve pas un chrétien assez généreux et assez riche pour la racheter. L‘acquéreur la transforme en maison d’habitation. Elle existe toujours, assez facilement reconnaissable, grâce à ses pilastres; elle occupe l’angle de la rue Bon Secours et du quai Turenne, à droite, quand on va du centre de la ville au pont de la Belle Croix. Et la statue vénérée, qu’est-elle devenue ? Plusieurs disent qu‘au Concordat, l'intrus de Sainte Croix, nommé curé de Saint Jacques, la transporta dans cette paroisse, où on la conserve précieusement; d’autres, mieux informés peut-être, prétendent que la statue possédée par Saint-Jacques n’était pas la principale, et que celle-ci, recueillie par une famille de Sainte-Croix, qui la transmet à ses aînés comme un précieux héritage, serait actuellement, avec les ornements vénérables qu‘elle portait en 1793, dans une maison de la rue de Paris. Espérons qu’un jour elle sera exposée de nouveau a la vénération du peuple.

Du moins, le culte de Notre Dame de Bon Secours n'a pas disparu ; il a été transféré dans l’église paroissiale de Sainte Croix ; et les pieux fidèles y vont toujours prier la protectrice de Nantes, surtout pendant la neuvaine, solennellement inaugurée en 1852 et, depuis lors, suivie avec amour.

 Les habitants de la Saulzaie dédièrent leur chapelle à Notre Dame de Bon Secours ; mais eux non plus n'avaient pas inventé ce titre ; dès longtemps, Marie était appelée le Secours des chrétiens. Jésus, en effet, lui a confié le soin de défendre son Eglise et.de secourir les chrétiens dans leurs luttes contre les ennemis de la foi. Les hérétiques le devinaient sans doute, quoi d’étonnant, puisque c’est Satan qui les inspire, Satan dont elle est chargée d’écraser la tête venimeuse, et tous ont attaqué Marie avec une haine infernale. Mais Saint Athanase le déclarait déjà, Marie est la ruine de toutes les hérésies. C’est elle qui a vaincu les Ariens, et Saint Grégoire de Nazianze lui en témoigna sa reconnaissance en lui érigeant une splendide église à Constantinople ; c’est elle qui a vaincu les Nestoriens, et la condamnation de leur doctrine au concile d’Ephèse fut accueillie par la foule au cri de : « Vive Marie, Mère de Dieu ! » C’est elle qui a vaincu les Albigeois par le rosaire qu’elle révéla a saint Dominique ; c’est elle qui a vaincu les Musulmans, ce qui lui procura le titre officiel de Secours (les chrétiens, Auxilium Christianorum ; c’est elle qui a sauvé la papauté dans les périls qui accompagnèrent ou suivirent notre Révolution, et c’est pour cela que les Pontifes instituèrent une fête commémorative de la protection qu’elle a toujours exercée sur l’Eglise ; en un mot, c’est elle que Dieu a chargée de défendre l’Eglise et la foi, et voilà pourquoi nous chantons : « C’est vous, ô Marie, qui, dans l’univers entier, avez brisé toutes les hérésies : Cunctas hœreses sola interemisti in universe mundo ».


Nos pères avaient compris ces leçons de l’histoire et nous venons de voir comment, il y a cent ans, au début de la persécution, ils allaient invoquer Notre Dame de Bon Secours.

Secours de l'Eglise contre les attaques provoquées par Satan, Marie est aussi notre secours dans les tentations. Elle est, de par Dieu, l’ennemie particulière de Satan : « Je mettrai l’inimitié entre toi et la femme, entre sa postérité et la tienne, et elle t'écrasera la tête » ; elle est son ennemie particulière et toujours triomphante. Satan la déteste, mais il est impuissant contre elle, et il la redoute plus que tout. La seule invocation du nom de Marie suffit à le mettre en fuite. Si Satan déteste Marie, la Vierge le lui rend bien, et elle ne demande qu’à le combattre, qu’à presser de son pied vainqueur la tète infernale.

Si donc nous sommes aux prises avec le tentateur, appelons Marie : elle répondra toujours à notre appel, et toujours elle saura nous défendre. Disons, disons encore, ne nous lassons pas de redire : « Notre Dame de Bon Secours, priez pour nous.

 

ND de Nantes

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15 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne11

Seizième jour

Notre Dame du Tabernacle

 

La plupart d’entre vous, dans leurs excursions de vacances, ou dans ces rapides voyages que multiplient les trains de plaisir, ont visité la coquette station de Pornic ; et ils n’ont pas oublié la vision enchanteresse dont on jouit, quand, après avoir dépassé le vieux donjon rajeuni de Barbe Bleue, on chemine à petits pas, humant délicieusement l’air salin et les yeux grands ouverts, entre les chalets et la mer. À droite de riantes villas, au milieu de la verdure et des fleurs; a gauche, les ions dorées de la baie de Bourgneut, les bal aux de pèche et les yachts dont le vent gonfle les blanches voiles, et, dans le lointain, Noirmouliers avec son bois de la Chaise et sa tour massive de Saint Philibert. La promenade, dont chaque sinuosité varie les aspects, se prolonge, on atteint la Noë-Veillard, on franchit les Grandes-Vallées, on remonte enfin le coteau ; c’est Sainte Marie. D’un côté, une jeune église surmontée d’un élégant clocher qui domine toute la baie, et que l’on aperçoit, par dessus la Plaine, de la rive droite de la Loire ; de l’autre, au milieu d’une vaste prairie, qui s’étend en amphithéâtre jusqu’au bord de la falaise, une ruine circulaire ; d’un côté le présent, de l’autre le passé. Cette ruine est en effet tout ce qui reste d’une antique abbaye, berceau de la paroisse et même de la ville voisine, Sainte Marie de Pornic. Je me trompe, dans la jeune église, il est un autre reste, lien d’amour qui nuit le présent au passé, la vieille statue de Notre Dame.

En avant de l’autel de la sainte Vierge, près de la balustrade, on remarque une image de Marie qui contraste, par ses formes antiques, avec les sculptures modernes qui l’entourent : c’est le Palladium de Sainte Marie. Voici qui expliquera ce mot païen. Des archéologues font remonter cette statue au XIIIe siècle ; ceux qui en rapprochent davantage l’origine reconnaissent qu’elle date au moins du XVe. Cinq siècles incontestés d’existence, c‘est déjà bien respectable. Aussi les habitants, qui l'ont toujours vue, dans l’ancienne connue dans la nouvelle église, et qui, de père en fils, s’agenouillent devant elle, tiennent-ils à leur madone connue à la prunelle de leurs yeux.

On prétend même que la vénération dont ils l’entourent revêt parfois des formes quasi-superstitieuses ; ils sont persuadés que l’enlèvement de la statue amènerait infailliblement quelque malheur. C’était en 1839, on réparait le choeur, aujourd’hui disparu, de l’ancienne église ; la statue dut être déplacée. Or, pendant les travaux, le 16 juin de la même année, un orage violent, accompagné d’énormes grêlons, vint s’abattre sur la côte de Sainte Marie et détruisit toutes les cultures. Les habitants ne manquèrent pas d’attribuer cette calamité au déplacement de leur « Sainte Vierge ».

L’âge de la statue suffirait à expliquer cet extraordinaire attachement ; mais il y a mieux, pendant des siècles, elle a servi de tabernacle. Elle est taillée dans un bloc de calcaire très dur et représente Notre-Dame debout, portant sur le bras gauche l'Enfant Jésus. Sa tète est recouverte d’un léger capulet ; ses cheveux, réunis en deux grosses tresses, encadrent son visage et glissent sur ses épaules. Par dessus la tunique dont elle est recouverte, est jeté un large manteau que soulèvent les avant-bras et qui retombe de chaque côté. Enfin les deux premiers doigts de la main droite se dirigent vers la poitrine, comme pour y attirer les regards. C’est là, en effet, la particularité la plus curieuse de cette image : au centre de la poitrine se remarque une ouverture circulaire, large de douze centimètres et fermée par une glace sans tain. La poitrine de la Vierge forme une sorte d’armoire ; close en avant par la glace que je viens de mentionner, elle l’était en arrière par une porte haute de trente-deux centimètres et large de quatorze: l’un des gonds y est encore attaché. C’était un tabernacle.

Au moyen âge, la sainte réserve était souvent placée dans un vase, en forme de colombe, suspendu au-dessus de l’autel, et l’on voit encore dans quelques églises, notamment à Dol, d’énormes crosses en bois sculpté et doré, qui lui servaient de supports. Les religieux cisterciens avaient adopté une statue de la sainte Vierge tenant sur le bras gauche l’Enfant-Jésus, et, de la main droite, un pavillon auquel on suspendait le ciboire. L’usage d'une Vierge-Tabernacle, comme à Sainte-Marie, est extrêmement rare, peut-être unique, dans l’histoire du culte eucharistique. Il est pourtant incontestable, et nous avons la preuve qu'il exista dans l’église qui nous occupe, au moins du XVIe au XVIIIe siècle. En effet, un acte de 1554 fonde une lampe ardente qui doit brûler perpétuellement devant l’image de Notre Dame, « servant de sacraire ». Et dans un procès-verbal de 1678, un vieillard de soixante-quatorze ans affirme « avoir toujours vu messieurs les vicaires perpétuels... prendre le Saint Sacrement, dans l’image de la Vierge qui est au des et au-dessus de l’autel, le porter et administrer aux paroissiens ».

 

Les habitants de Sainte Marie n’ont-ils pas raison de vénérer cette antique image de Notre Dame ? Et me blâmerez-vous de recommander aux étrangers qui passent de ne pas l’honorer seulement d’un regard curieux, mais de fléchir le genou devant elle pour prier la Vierge qu’elle représente, et le Dieu qu'elle a jadis porté ?

La Vierge-Tabernacle symbolise l’adorable mystère de l'émotion du Verbe, opéré dans le sein de Marie par la puissance du Saint Esprit ; elle rappelle aussi le sacrement de l’Eucharistie et cette merveille qu’est la communion.

Disons seulement un mot sur la Vierge Mère et l’Eucharistie. Nous devons à Marie la victime du Calvaire, nous lui devons de même le corps eucharistique de Jésus. C’est elle, en effet, dont le sang très pur a formé le corps de l’Homme-Dieu ; c’est elle qui a procuré de la sorte au divin Sauveur le moyen de souffrir et de mourir ; et c’est ainsi, en même temps que par sa compassion, qu’elle a concouru dans une certaine mesure au rachat du monde. Le même corps est aussi dans l’hostie ; celui que nous adorons sur l’autel et que nous recevons a la table sainte, c’est l’enfant de Bethléem, c’est l‘ouvrier de Nazareth, c’est le prêcheur de Galilée, c’est le sacrifié du Calvaire, c’est le Fils de Dieu et c’est le Fils de Marie. N’est-il pas juste d’en conclure que Marie a contribué par là-même a nous donner l’eucharistie ? Quoi d’étonnant après cela que l’Eglise aime tant a rapprocher de l’autel l’image de Marie ! Quoi d’étonnant que nos pères aient imaginé la Vierge-Tabernacle !

Disons notre reconnaissance à cette bonne Mère pour cet immense bienfait. Demandons-lui en même temps de nous inspirer l’amour de l’eucharistie, de la communion. Avez-vous remarqué l’indissoluble union de Marie avec Jésus, a partir de l’instant où Gabriel lui dit de la part de Dieu : « Voici que nous concevrez et vous enfanterez un fils » ? Pendant neuf mois, elle le porte dans son sein ; elle l’accompagne ou plutôt le porte dans ses bras en Egypte ; elle vit avec lui durant les trente ans de la vie cachée, et quand, pour s’occuper des affaires de son Père céleste, Jésus lui échappe pendant trois jours, un cri d’angoisse jaillit de son cœur : « Mon Fils, qu’avez-vous fait ? Votre père adoptif et moi nous vous cherchions tout affligés ». Elle le suit encore pendant la vie publique ; elle s’attache a ses pas jusqu’au Calvaire ; et la tradition nous apprend qu’après l’Ascension, pour se consoler de ne plus le voir et l’entendre, elle communiait chaque jour de la main de saint Jean. Elle avait goûté de Jésus, elle ne pouvait plus se passer de Jésus. Après avoir communié une fois, les chrétiens devraient désirer de le faire tous les jours de leur vie. Hélas ! Combien qui ne s’approchent de la table sainte qu’à de longs intervalles ! Combien qui ne communient plus jamais ! Demandons à Marie d’obtenir pour ceux-ci le goût de la communion, et pour ceux-là l’ardent désir d’une communion plus fréquente.

Enfin demandons à Notre Dame de nous enseigner la manière de communier dignement. Quelles dispositions remplissaient le coeur de Marie a l’arrivée de Jésus ? Recherchons-les, et nous saurons quelles doivent être les nôtres. C’est tout d’abord la foi : je n’en veux pas d’autre preuve que l’exclamation mélancolique d’Elisabeth, dont la pensée allait évidemment de cette jeune fille si magnifiquement récompensée à Zacharie, son époux, si terriblement puni : « Vous êtes bien heureuse d’avoir cru ! » C’est l’humilité : le mot de Marie à Gabriel ne sort-il pas d’un cœur humble : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole » ? La même d’ailleurs n’a-t-elle pas proclamé, dans le Magnificat, que Dieu a regardé l’humilité de sa servante ? C’est la pureté aussi, car elle est sainte, immaculée, pleine de grâce ; et c’est enfin l’amour, l‘amour qui l’a portée, dès l’âge de trois ans, a se donner il Dieu ; l’amour qui l’a déterminée, contrairement a tous les usages de son temps et de son pays, à repousser les amours de la terre pour consacrer à son divin époux la fleur de sa virginité.

Demandez à Notre Dame de vous donner la foi, de vous donner l’humilité, de vous donner la pureté, de vous donner l’amour, et venez sans crainte à la table de communion : Jésus sera ravi de descendre dans vos cœurs et d’en faire ses tabernacles.

 

ND de Nantes

 

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14 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Bretagne10

Quinzième jour

Notre Dame de Toutes joies

 

La très Sainte Vierge et c’était la consolation des affligés, s’appelait chez nous Notre Dame des Langueurs, Notre-Dame de Pitié, Notre Dame des Larmes ; elle s’appelait aussi, elle s’appelle encore Notre Dame de Toutes Joies.

Dans ce délicieux coin de terre que tous les Nantais connaissent et que les étrangers ne manquent pas de visiter, à deux pas de Clisson, qu’elle domine et protège, s’élève, depuis des siècles, une chapelle de la Vierge. Laissez-moi résumer rapidement son histoire.

C’était au XIVe siècle, pendant cette désastreuse guerre de Cent-Ans, qui mit la France à deux doigts de sa perte, et qui lit éclater, par l’entremise de Jeanne d’Arc, la protection du Ciel sur notre pays. Dans les marches communes de la Bretagne et du Poitou, aux avant-postes de notre chère petite patrie, se dressait une forteresse dont nous admirons encore les imposants débris. De ce nid d’aigle, le sire de Clisson définit tous les efforts de l’ennemi. L’Anglais, voulant a tout prix s’emparer de cette place, véritable clef de la Bretagne, du côté de l’Aquitaine, où il régnait en maître, vint l’assiéger avec des forces considérables. Il posa son camp sur les hauteurs de la Challouére, d’où il dominait la ville et le château. Plus confiant dans la force de son bras que dans ses imprenables murailles, le sire de Clisson sortit au-devant des assiégeants et remporta sur eux une victoire complète. Au moment même où l'ennemi fuyait sous ses coups, on accourut annoncer au vainqueur qu’il venait de lui naître un fils. Cet enfant devait illustrer a jamais sa race ; c’est celui que l’histoire appelle Olivier de Clisson, connétable de France, et qui, réalisant les présages de sa naissance, mérita d’être surnommé « le boucher des Anglais. « Allons, s’écria le vaillant guerrier, joie hors la ville, joie dans la ville ! » Et il se hâta de rentrer au château. Sa femme, l’héroïque Jeanne de Belleville, laissa, en le voyant, éclater les transports de sa reconnaissance, et, les yeux levés au Ciel, s'écria à son tour : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ».

Les nobles époux témoignèrent à Dieu leur gratitude. Non loin du château, s’élevait jadis une chapelle consacrée à N.-D. de Lorette et qui, sans doute, avait été détruite par les incursions de l’ennemi. Ils la rebâtirent un peu plus haut, sur le lieu même de la bataille, au sommet de ce coteau qui sépare la Sèvre de la Moine, aspectant les deux vallées et leurs poétiques garennes. Ils la dédièrent à Notre Dame de Toutes-Joies.

Bien souvent, le sire de Clisson, Jeanne de Belleville et le futur connétable y vinrent prier Marie. Toute la contrée y vint après eux et la petite chapelle fut bientôt un pèlerinage célèbre. En vain les Protestants la réduisirent en cendres, l’amour des peuples la rebâtit. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les foules ne cessèrent de s’y presser et, chaque année, durant l’octave de l'Assomption, vingt-cinq paroisses s’y rendaient tour à tour en ordre de procession.

La Révolution traita le pieux sanctuaire comme avaient fait les Protestants. Une division de Mayençais, l’armée de Mayence ! Comme disent encore en tremblant nos paysans Vendéens et Bretons passa par Clisson et une scène ignoble se déroula à Notre Dame de Toutes Joies. Ces soldats impies s’affublèrent des ornements sacerdotaux et coururent les sentiers et les champs d’alentour, dans une sorte de procession sacrilège. Le lendemain, ils étaient battus à Torfou par les Vendéens. Les survivants, dans leur retraite précipitée sur Nantes, mirent le feu a la chapelle.

A la paix, tout était ruiné : les habitants relevèrent comme ils purent leurs maisons ; les prêtres rétablirent a la hâte leurs églises ; mais personne ne pensait à la vieille chapelle. Une pauvre fille, Jeanne Favrot, y songea. S’emparant d’une statuette de faïence, à demi-brisée par les Vandales modernes, elle la posa pieusement sur une petite table, et, pendant des années, elle se tint à la porte de la chapelle en ruines, filant sa quenouille et sollicitant la charité. Les paysans, après tant de pillages et d’incendies, étaient aussi pauvres qu’elle, et les riches se moquaient de la vaillante fille. Pourtant, les jours de foire, quelques sous tombaient dans sa sébile. Elle finit par réunir la nautique somme de 30 francs et fit réparer une partie du toit, au-dessus de l’autel. Alors la piété s'émut, les aumônes devinrent plus abondantes et la chapelle put être restaurée entièrement.

Les pèlerinages reprirent. Au XVIIe siècle, le principal fondateur des séminaires en France, M. Olier, prieur de la Trinité de Clisson, aimait à prier dans la chapelle ; ses fils ont hérité de sa vénération pour le modeste sanctuaire et, chaque année, le mardi qui suit la mi-août, ils s’y rendent fidèlement avec un grand nombre de séminaristes. La paroisse de Gétigné, fière de posséder la chapelle sur son territoire, y vient en procession, le jour même de l’Assomption.

En ce siècle généreux, où l’on élève de splendides églises, la chapelle semblait bien pauvre aux dévots serviteurs de Marie. Elle a été reconstruite, il y a quelques années, et l’architecte a ménagé, à l’angle de la façade, une chaire extérieure d’où le prédicateur peut, le jour du pardon, adresser la parole à la foule, trop considérable pour que le monument puisse la contenir.

Le pays de Clisson n‘était pas seul à posséder un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Toutes Joies. Durant de longs siècles, la ville de Nantes a en un prieuré du même nom, dépendance de la Collégiale,annexé plus tard à l’Université. La chapelle était située tout près de l’Hôtel de Ville, et, jusqu’à ces dernières années, une rue de notre cité en rappelait encore le souvenir : c’était la Petite rue Notre Dame, plus justement dénommée autrefois rue de la Petite Notre Dame.

Il y a cinquante ans, ce vocable a été relevé. Des prêtres dévoués, voulant fonder une œuvre pour la persévérance de la jeunesse ouvrière, ont en l’heureuse idée de donner ce nom significatif à la magnifique chapelle de l’établissement. Elle est aujourd’hui succursale de Saint Similien ; mais nos jeunes ouvriers en employés vont encore se délasser de leurs travaux, à l’ombre et sous la protection de Notre Dame de Toutes Joies.

 

Rappelez-vous, mes Frères, le cri de Jeanne de Belleville, alors et pour peu de temps, hélas ! Heureuse châtelaine de Clisson : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous ! » Il est vrai, toute joie vient de Dieu ; il est vrai aussi, et les nobles seigneurs l’avaient compris, toute joie vient de Dieu par Marie. C’est pour cela qu’ils témoignèrent leur reconnaissance à Dieu et à la très sainte Vierge, en donnant à la chapelle, où Dieu devait être honoré en même temps que sa Mère, le nom symbolique de Notre Dame de Toutes Joies.

Nous aussi, chrétiens, nous savons ces choses, et c’est pour cela que nous demandons si souvent à Dieu, par l’intermédiaire de Marie, de mettre un peu de joie dans notre vie. Quand la tristesse nous abat, quand la douleur poignante nous étreint le cœur, quand la maladie nous assiège, quand des peines intimes nous rongent, quand le malheur, sous quelque forme que ce soit, vient fondre sur nous et sur les nôtres, nous crions à Dieu par Marie, et nous demandons un peu de joie, un peu de bonheur.

C’est bien, mais ce n’est pas assez. Quand nous souffrons, nous comprenons cela ; quand la joie manque, nous sentons que c’est à Dieu et à sa Mère qu’il faut la demander. Mais quand la vie nous sourit, mais quand la joie vient s’asseoir a notre foyer, y pensons-nous encore ? Dans la prospérité, faisons-nous remonter à Dieu et à Marie l’élan de notre reconnaissance ? Même quand nous sommes convaincus que cette faveur, que cette joie, que ce retour de bonheur, nous les devons aux prières répandues aux pieds de la bonne Mère, même alors pensons-nous a les lui attribuer, pensons-nous à remercier Notre Dame de Toutes Joies ? Plusieurs y pensent sans doute, et c’est avec émotion que nous voyons les ex-voto qui tapissent les sanctuaires de la sainte Vierge : mais combien qui n’y pensent pas ! Combien qui négligent de dire merci ! Combien qui, dans la joie et la prospérité, oublient la divine main qui les donne ! Ah ! Mes frères, ne soyons pas des ingrats ; disons nous aussi : « Toute joie vient de vous, Seigneur, toute joie vient de vous » ; et si, dans la tristesse, nous pensons à invoquer Notre Dame de Pitié, n’oublions pas, dans l’allégresse, de remercier Notre Dame de Toutes Joies.

J’ajoute que la nouvelle chapelle, érigée sous ce vocable a Nantes, pour sanctifier les joies de la jeunesse, nous rappelle un devoir et nous donne une leçon : c’est qu’il n’y a de joies légitimes et vraies que celles qui sont prises sous les regards de Dieu et de Marie. L’homme, fait pour le bonheur, cherche a se réjouir ici-bas : ce n’est pas un mal, bien au contraire ; mais a une condition, c’est que nous évitions les joies mauvaises, c’est que nous évitions même les joies dangereuses, c’est que nous évitions les joies excessives et trop multipliées, qui nous occupent tout entiers et nous font oublier les joies éternelles. Ces joies-là ne sont pas légitimes, nous ne pouvons pas les prendre sous le regard de Marie. Les joies légitimes, ce sont les joies innocentes, ce sont les joies qui ne souillent pas le cœur, ce sont les joies qui n’ébranlent pas la foi, ce sont les joies modérées qui n’absorbent que nos loisirs et ne prennent pas sur le temps du devoir, ce sont celles-là qui sourient à Dieu et que nous pouvons prendre sous le regard de Marie.

Donc, mes Frères, quand nous sommes dans la prospérité, quand nous nous réjouissons de quelque événement heureux, que notre reconnaissance aille à Dieu et à Marie de qui vient toute joie ; quand, pour nous délasser des peines et des fatigues de la vie, nous nous livrons à quelque plaisir, que ce soit sous les regards de Dieu et de Notre Dame de Toutes Joies.

 

ND de Nantes

 

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13 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

Eglise_Saint-Jacques_de_Pirmil_1_-_Nantes

Quatorzième jour

Notre Dame de Patience

 

La piété des fidèles de Nantes avait dressé un autel à Notre-Dame de Patience dans la Collégiale. Les habitants de Petit-Mars avaient fait mieux, et lui avaient consacré une chapelle. Celle-ci fut élevée, en l’année 1649, à la dignité d’église paroissiale. S’il faut en croire l’archidiacre Binet, cité par M. l’abbé Grégoire, ce n’était qu’une restitution, et l’église du Vieux-bourg, comme on dit encore aujourd’hui, ne faisait que rendre à sa voisine un titre que naguère elle lui avait ravi. C’est le 16 novembre que l’église de Patience, agrandie et transformée, « fut bénite, par noble, vénérable et discret Michel Laubier, bachelier en théologie de la faculté de Paris, vicaire général et official de Nantes ». Le dimanche suivant, 19 novembre, la paroisse s’y rendit solennellement en procession et la messe y fut chantée pour la première fois. Le nouveau temple était bien pauvre : point de carrelage, point de lambris, point de balustrade aux petits autels, et tout le reste à l’avenant... Et ce fut ainsi pendant près d’un siècle, jusqu’en 1726 ! L'église eut été plus justement dédiée à Notre Dame de Bethléem ! Mais n’insistons pas, car ce serait sortir de notre sujet. En effet, la chapelle de Patience, en devenant église, avait perdu son nom, pour prendre sans doute celui du patron de la paroisse, saint Pierre-ès-liens. Ajoutons cependant que l’emplacement occupé naguère par l’antique chapelle de Notre Dame, puis durant deux siècles par l’église paroissiale, l’est aujourd'hui par un calvaire que la piété des habitants de Petit-Mars s’est plu a environner de verdure et de fleurs.

Pour trouver un autre sanctuaire consacré à Notre Dame de Patience, il nous faut revenir à Nantes, sur le territoire de la paroisse actuelle de Saint Jacques. C’était dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, vers 1765 ; une fervente chrétienne, Madame Bontant, édifiait par sa piété le quartier Dos-d'âne, c’est-à-dire, l’angle formé par la Loire et la Sèvre. Elle se faisait surtout remarquer par son amour envers la sainte Vierge. Elle avait, a proximité de sa demeure, des sanctuaires assez nombreux, semble-t-il, pour satisfaire sa dévotion : sur la hauteur que signale aujourd’hui l’élégant clocher de Saint Paul, Notre Dame des Vertus ; à l’entrée de la route de Vertou, Notre Dame de Bonne Garde ; enfin, dans l’église du prieuré de Pirmil, l’autel vénéré et la confrérie célèbre de Notre Dame de Vie. Tout cela pourtant ne lui suffisait point, et elle voulut avoir elle-même sa chapelle de Marie : elle la fit élever avec amour et la dédia à Notre Dame de Patience. Peut-être, durant sa vie déjà longue, avait-elle connu beaucoup de tribulations, et voulait-elle chercher, dans la méditation continuelle des douleurs de la Vierge-Mère, et de sa sublime résignation au pied de la croix, la patience dans ses propres infortunes. Peut être voulait-elle simplement rappeler un pauvre peuple du voisinage que la patience dans les privations et les peines est, pour le chrétien, le secret d’être heureux.

Madame Bontant, en effet, ne garda point son oratoire pour elle seule ; dès le principe, les portes en fureut ouvertes a tous les habitants du quartier. Ceux-ci ne tardèrent pas à s’y presser, et la fondatrice organisa pour eux des exercices quotidiens. Le matin, à l’aube, on récitait en commun la prière, les litanies du saint Nom de Jésus, puis un premier chapelet, suivi d’une lecture de piété ; un prêtre, attaché sans doute à la petite chapelle, venait alors célébrer la sainte messe, que suivaient un deuxième chapelet et une seconde lecture. Enfin, on ajoutait le De profundis, le Salve Regina, trois Ave Maria, deux Pater et deux Ave : c’était l’exercice de la matinée. Le soir, la pieuse assemblée récitait un troisième chapelet pour achever le rosaire. Chacun de ces exercices se terminait par le chant d’un cantique.

Madame Bontant était avancée en âge. Elle voulut, avant de mourir, assurer l’existence de cette oeuvre intéressante des prières du matin et du soir. Elle voulut aussi, du même coup, procurer l’instruction chrétienne aux petites filles de ce pauvre quartier. Le meilleur moyen était de faire appel a une communauté de religieuses enseignantes. Ainsi pensa la fondatrice. Elle adressa une touchante supplique au Père Besnard, supérieur général des Soeurs de la Sagesse, le conjurant « à genoux, de lui envoyer deux sœurs, afin qu’avant de mourir elle eût la consolation de voir se perpétuer le culte que l’on rendait a la sainte Vierge dans la chapelle qu’elle avait fait bâtir ». Comment résister à de tels accents ? Les deux sœurs furent immédiatement accordées. Elles s’appelaient sœur Agnès et sœur Bathilde et arrivèrent rue Dos-d’Ane, à la fin de l’année 1770, le 16 novembre. Les deux saintes filles s’en allèrent d’abord demander la bénédiction de l’Evêque de Nantes, Mgr de la Muzanchère, puis ouvrirent sans tarder leur école charitable.

L’oeuvre nouvelle prospéra et, dès l’année 1773, il fallait demander à Saint-Laurent une troisième religieuse. On en comptait sept dans la maison de la rue Dos-d’Ane, en 1791. La très sainte Vierge d’ailleurs ne pouvait manquer de bénir un établissement où elle était si fidèlement honorée. Les exercices religieux, établis par Madame Bontant, n’avaient point été interrompus ; chaque matin et chaque soir, la chapelle s’ouvrait aux fidèles ; ceux-ci priaient avec plus d’ardeur que jamais la Bonne Mère, excités par la voix et les exemples des Soeurs. Et Notre-Dame, heureuse de ces hommages persévérants, donnait aux pieuses institutrices le courage, la force et la patience, si nécessaires dans l’oeuvre délicate et difficile de l’éducation des enfants. Elle devait aussi leur donner courage, force et patience, pour supporter sans faiblesse la persécution qui allait s’abattre sur la petite communauté.

Le 9 juin 1791, elles refusèrent de prêter le serment schismatique et déclarèrent unanimement qu’elles voulaient continuer leur vie religieuse. Elles la continuèrent, en effet, pendant près de deux ans, non pas, toutefois, sans subir bien des vexations et courir bien des dangers. La plupart des parents retirèrent leurs enfants d’une école désormais suspecte ; et les pauvres sœurs, n’ayant plus qu’un petit nombre d’élèves, passaient leurs jours dans la tristesse et les alarmes. Le 15 octobre 1792, on vint faire l’inventaire de leur modeste mobilier. Elles purent soustraire les vases sacrés et les principaux ornements de la chapelle, qui furent confiés plus tard à la famille Giraud. Enfin, le 28 mars 1793, eut lieu leur expulsion. Ces saintes femmes, qui n’avaient jamais fait que du bien, furent, non seulement chassées de leur maison, mais traitées indignement, et emmenées en prison, au milieu des huées de la populace. On les conduisit au Sanital, où elles passèrent de longs mois entassées, avec d’autres religieuses, dans un grenier. Elles y reçurent la visite de Dieu. Un jour, elles virent entrer dans leur galetas un inconnu, qui leur dit, sans préambule : « Etes-vous disposées à verser votre sang pour Jésus Christ, à mourir pour la religion Catholique, apostolique et romaine ? » « Nous le sommes » répondirent-elles. « Avez-vous la contrition de vos péchés ? » « Oui , répondirent-elles encore. « Eh bien ! Mettez-vous à genoux ». Puis, ouvrant une boîte de métal précieux, l’étranger leur distribua la sainte communion. Il disparut ensuite sans qu’elles aient pu se rendre compte comment. Cet inconnu n’était pas prêtre, sans doute, puisqu’il ne parla point du sacrement de pénitence ; était-ce un pieux laïc ? Était-ce un ange, comme quelques uns l’ont cru ? C’était, du moins, un envoyé du Ciel.

Des sept religieuses qui composaient la petite communauté de Pirmil, une, la supérieure, mourut à l’hôpital de Brest,où les patriotes l’envoyèrent avec une de ses sœurs, soigner leurs malades ; deux disparurent sans laisser de traces ; les quatre autres reprirent ailleurs leur ministère de charité après la Révolution, et moururent saintement comme elles avaient vécu. L‘école charitable de Saint Jacques fut rouverte plus tard, mais non point dans l’établissement de la rue Dos-d’Ane, et la petite chapelle de Mme Bontant pleure toujours ses pieuses réunions d’autrefois.

 

La pieuse dame de Pirmil, dont j’ai appelé la simple et touchante histoire, nous donne de salutaires leçons. Elle s’efforce d’abord d’inspirer au peuple qui l’entoure le goût et la pratique de la prière.

Hélas ! Que de gens qui ne prient jamais, même parmi ceux qui consacrent encore vingt-cinq minutes par semaine à une messe basse entendue distraitement ! Et ils oublient Dieu, et leur foi peu a peu s’affaiblit pour s'éteindre bientôt tout a fait, et leurs idées s‘abaissent, et rien de grand n’est plus capable de faire vibrer leurs âmes, et ils se matérialisent complètement, ne songeant qu’aux affaires ou aux distractions, et ils se vautrent dans la boue et, sous la poussée des appétits insatiables, éclosent inévitablement les entreprises louches, les jalousies, les haines, les révoltes, les révolutions.... Mettez, au contraire, la prière sur leurs lèvres, et vous ranimerez la foi dans leurs âmes, et vous les forcerez a regarder le ciel, et leurs idées s’élèveront, et ils comprendront ce qui est grand, et ils aimeront ce qui est bien, et ils aspireront a la vertu, a la sainteté, au ciel, compensation et revanche des misères de la vie, et vous aurez, autant du moins qu’on peut les posséder ici-bas, la paix et l'harmonie sociales.

La bonne dame Bontant songe ensuite a procurer aux enfants le bienfait d’une éducation chrétienne ; elle veut qu’ils apprennent à connaître Dieu et à le servir. L‘enfant, c’est tout l’homme. Les principes inoculés aux jeunes âmes s'y gravent ordinairement pour la vie. Élevez les enfants sans religion et sans Dieu, vous aurez des hommes d'argent ou de plaisir, et bien souvent des monstres, parce que rien ne sera capable de contrebalancer en eux les instincts et les appétits, parce que la morale des intérêts, la seule qu’ils puissent connaître, n’est pas une morale, et qu’elle conseille les pires choses, dés-là qu’elles conduisent au succès. Mettez au contraire la foi dans les jeunes âmes, vous jetez en elles du même coup la semence des vertus ; et si les passions de l‘adolescence l’emportent souvent, il reste toujours dans ces âmes quelques bons sentiments, réserve de l’avenir, et tôt ou tard se fait entendre la voix du remords qui sonne le réveil du bien. Les enfants élevés chrétiennement, ou resteront honnêtes et vertueux, ou du moins reviendront, au soir de la vie, aux principes du jeune âge.

Suivons donc les exemples de Madame Bontant, inspirons au peuple l’amour de la prière, procurons aux enfants une éducation chrétienne. Mais pour exercer ce fécond apostolat, il faut des qualités maîtresses et par dessus tout de la patience ; et c’est bien justement que la charitable dame avait dédié la chapelle, centre de ses œuvres, à Notre Dame de Patience.

Il faut de la patience, parce que ce sont-là des œuvres délicates et difficiles qui demandent un dévouement inlassable, de tous les jours, de tous les instants, une grande maîtrise de soi, l’oubli complet de sa personne, de son amour-propre, de tous les intérêts humains. Il faut de la patience, parce que ceux qui se livrent à ce ministère charitable ne recueillent le plus souvent que l’oubli, l’indifférence, l’ingratitude ; parce que les méchants, qui ont intérêt au règne des passions mauvaises, qui détestent instinctivement la foi et la vertu, s'efforcent toujours de déchaîner contre eux des persécutions. Le passé nous l‘apprend, hélas ! Et le présent aussi. Ce n’est pas un motif suffisant pour arrêter des chrétiens, encore moins des apôtres. À l’oeuvre donc, sans hésitation ni faiblesse, sous le regard et avec la protection de Notre Dame de Patience.

 

ND de Nantes

 

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12 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Treizième jour

Notre Dame de Pitié

 

La fête de la Compassion ne rappelle pas seulement Notre Dame des Sept-Douleurs, mais aussi Notre Dame de Pitié. Ce dernier vocable nous dit la part que la Vierge-Mère prit aux souffrances de son Fils et celle qu’elle prend aux nôtres. Aussi les sanctuaires où l’on trouve des images de Notre Dame de Pitié sont-ils fort nombreux. Avant la Révolution, la plupart des églises de Nantes possédaient un autel dédié à Marie sous ce vocable, ou du moins une Pietà. Saint Nicolas avait son autel Saint-Sauveur, dont le retable était orné d’une Notre Dame de Pitié, en relief, entourée des douze apôtres. Mais c’est à Saint-Vincent que cette dévotion possédait le plus remarquable monument. Cette église existe encore partiellement, sur la place qui porte son nom ; mais le transept sud a été récemment démoli et remplacé, rue Beau Soleil, par une annexe de l’Hôtel de Bretagne. C’était là que se trouvait la chapelle de Briord, fondée par la famille du célèbre Pierre Landais, trésorier de Bretagne et seigneur de Briord. L’autel portait une statue de Notre-Dame de Pitié, puis à droite, sous un arceau voûté, on voyait « la représentation du Saint Sépulcre de Nostre Seigneur, en bosse, contenant, oultre la figure de Nostre-Seigneur, neuf personnages ».

Le vocable de Notre-Dame de Pitié évoque surtout le souvenir des maladreries et des hôpitaux que la charité chrétienne avait semés partout sur le sol de notre pays et consacrés souvent à la Compassion de Marie. On compte une douzaine de ceux-ci au moins dans le diocèse et plusieurs dans la ville de Nantes. C’est ainsi que, dès le milieu du XIVe siècle, nous trouvons, dans la rue du Port-Maillard, un hôpital de Notre Dame de Pitié, qui fut transporté plus tard à l’endroit que marque encore aujourd’hui la rue du Vieil Hôpital, sur la rive gauche et près de l’embouchure de l’Erdre.

Mais le principal était l’aumônerie de Saint Clément, Notre Dame hors la ville, comme on disait alors, parce qu’il était situé en dehors de l’enceinte, a proximité de la porte Saint Pierre, à peu près à l’endroit qu’occupe actuellement la caserne des pompiers. Lui aussi était dédié à Notre-Dame de Pitié, c’était le plus ancien hôpital de la ville et il remontait, croit-on, au IXe siècle. C’est là, au milieu des pauvres, que les évêques de Nantes allaient coucher, la veille de cette entrée solennelle où les plus puissants seigneurs de leur diocèse, les barons d’Ancenis, de Châteaubriant, de Raiz et de Pontchâteau, les portaient triomphalement sur leurs épaules ; c’est la que, le Jeudi Saint, ils lavaient les pieds à douze pauvres, qu’ils gratifiaient ensuite d’une généreuse aumône. La paroisse de Saint Clément posséda plus tard un autre sanctuaire de Notre-Dame de Pitié. Il fut construit, au XVe siècle, dans le cimetière de Champfleuri, dont les terrains sont occupés aujourd’hui par l’Hôtel du Grand Monarque. C’est sans doute pour honorer Notre-Dame de Pitié, dont la tête se célébrait la veille des Rameaux, que la procession de ce dimanche se rendait au Champ fleuri. Tous les curés se réunissaient a la Cathédrale pour se diriger ensuite vers le but traditionnel. « En quittant le cimetière, après avoir entendu le prédicateur, la procession retournait a la ville. Elle en trouvait la porte fermée ; et c’est devant la porte de ville que le premier choeur entonnait le Gloria, tous, auquel le second choeur répondait du haut des remparts ». J’imagine que c’est en souvenir de ce culte envers la Compassion de Marie, tant de fois séculaire sur le territoire de la paroisse Saint Clément, que M. le curé Bouyer demanda et obtint d’ériger dans son église, en 1833, la Confrérie de Notre Dame des Sept Douleurs. Elle y est encore très prospère et, chaque année, vers la fin de septembre, elle y célèbre sa neuvaine avec un grand concours de fidèles.

Une des plus belles et des plus importantes églises paroissiales de notre diocèse est dédiée à Notre Dame de Pitié. Plus d’un sans doute, parmi ceux qui m’écoutent ce soir, l’a admirée, défiant, dans sa robe de granit, l’effort de la tempête et appelant, de sa tour monumentale, les matelots en péril : c’est l’église du Croisic. Ce n’était d’abord qu’une modeste chapelle très vénérée, dont l’origine se perdait dans la nuit des temps. Au XVe siècle (20 janvier 1432), une bulle du pape Sixte IV accorde des indulgences « à tous ceux qui contribueront à réparer, entretenir, embellir la chapelle de la Bienheureuse Marie de Pitié, en la paroisse de Saint-Guénolé de Batz ». Cinquante ans plus tard, Innocent VIII en attribue d’autres à ceux qui visiteront la chapelle à certains jours. Excités par ces faveurs spirituelles et sans doute aussi parle désir d’égaler, voire même de surpasser l’église mère, les riches armateurs croisicais se montrèrent généreux. Ils bâtirent la splendide église que nous admirons encore. Le peuple qui l’avait élevée à l’honneur de Dieu et de la Vierge, sa mère, sut aussi la défendre. A deux reprises (en 1558 et en 1562), les huguenots y pénétrèrent et eurent l’audace d’y faire leur prêche. Ils en furent promptement délogés et Notre Dame de Pitié continua d’être. honorée dans son temple. N’est-il pas vrai qu’elle y est bien a sa place ? Pour ma part, je ne puis songer, sans en être ému, a la touchante pensée qui, pour rassurer tant de mères inquiètes sur le sort de leurs enfants, et pour essuyer tant de larmes versées sur les disparus, sur « les péris en mer », comme on dit chez nous, a voulu placer là, sur la presqu’île battue des vagues et balayée par les rafales, la Vierge-Mère, pleurant sur le cadavre de son enfant.

Je veux signaler, enfin, un sanctuaire plus humble, mais d’une inspiration aussi touchante, bâti à une autre frontière de notre diocèse, sur une colline d’où il domine la Vendée.

Avant la Révolution, une toute petite et très pauvre chapelle, dédiée à Notre-Dame de Pitié, s’élevait a l’entrée du gros bourg de Legé. Simple était son histoire, aussi les archives n’ont-elles jamais révélé aux chercheurs que son nom. Durant les mauvais jours, elle partagea le sort de la bourgade, qui fut, à plusieurs reprises, témoin de terribles batailles, inondée de sang et livrée aux flammes. La torche incendiaire anéantit la petite chapelle ; mais auparavant elle avait vu des drames émouvants.

C’était en janvier 1794, plusieurs habitants de Touvois, Froidefond et Falleron, 70, d’après les notes manuscrites de l’abbé Gilliers, 90, d’après les mémoires de Lucas de la Championnière, sur la foi d’une proclamation répandue par Turreau, avaient rendu leurs armes, décidés à vivre paisiblement chez eux. Bien accueillis d’abord, ils furent enfermés dans la chapelle de Pitié pour y passer la nuit. Le lendemain, ils furent dépouillés, attachés deux par deux, les mains derrière le dos, et conduits dans le chemin qui longe le vieux manoir de Charbonneau, maintenant le presbytère. Là, on les força de s’agenouiller et on les fusilla sans autre forme de procès. Leurs cadavres furent jetés dans les carrières, au chevet du monument actuel.

Dans le même mois (12 janvier), une autre scène de mort se déroulait à cet endroit. Deux révolutionnaires de Saint Etienne de Corcoué avaient convié les habitants de leur village et des hameaux voisins à un banquet. Soixante-huit acceptèrent, vingt-neuf hommes, trente-deux femmes et sept enfants. Au milieu du festin, la troupe, qui était prévenue, arriva, et les pauvres paysans furent traînés à Legé. Les femmes et les enfants furent parqués, sous bonne garde, sur la place de la chapelle, et les hommes introduits dans la maison d’en face. Cette fois, on instruisit le procès. Pour juge, on constitua un mendiant du pays, sourd-muet de naissance. Lorsqu’on lui amenait un de ces hommes, il faisait le geste de le mettre en joue : c’était un arrêt de mort ; une fois, une fois seulement, il prit un des prévenus par le bras et l’attira près de lui: ce fut l’unique sentence d’absolution. Cet homme avait en jadis l’occasion de faire l'aumône a son juge. C’est lui qui raconta plus tard ces faits à celui-la même dont j’utilise les notes. Les victimes furent dépouillées connue les précédentes, puis conduites dans une prairie voisine, où on les fusilla. Le lendemain matin, après une nuit affreuse, au milieu des insultes et des menaces, on entraîna les femmes et les enfants auprès des cadavres de leurs époux et de leurs pères, qu’on les força de dévisager, puis on les renvoya.

Aujourd'hui rien ne reste de la vieille chapelle pour rappeler les horribles spectacles dont elle fut le muet témoin, rien, si ce n’est un débris de la croix qui en surmontait le fronton, que l’on voit encore dans le jardin du presbytère. Mais une autre chapelle, digne de ces grands et tristes souvenirs qu’elle est chargée de commémorer, s’élève à la place de l’ancienne. Sous la Restauration, des hommes de cœur eurent la délicate pensée de consacrer un monument religieux a la mémoire des héros qui s’étaient levés pour la cause de Dieu et des martyrs immolés pour leur fidélité a la foi. Legé fut choisi, et c’est sur les ruines de l’antique chapelle dédié à Notre Dame de Pitié que, le 2 mai 1825, l’évêque de Nantes, assisté des plus grands personnages et d’une foule immense de Vendéens, bénit la première pierre de l’édifice. Pouvait-on faire mieux que de lui laisser son nom ? Deux messes y sont célébrées chaque année pour les âmes des Vendéens, et tous ceux qui se souviennent - ils sont nombreux là-bas, aiment aller prier dans ce sanctuaire auquel son architecte, bien inspiré, a donné presque la forme d’un tombeau.

 

Après ce trop long exposé, que me reste-t-il a dire ? Trois mots seulement. Comme nos pères, si heureux dans les applications qu’ils avaient faites de ce vocable, demandons à Notre Dame pitié pour ceux qui souffrent, pitié pour ceux qui pleurent, pitié pour ceux que l’on persécute.

Pitié pour ceux qui souffrent ! Nos pères avaient confié leurs pauvres et leurs malades à Notre Dame. Hélas ! Malgré les progrès du siècle et le bien être que l’on prétend assurer à tous, les pauvres et les malades sont aussi nombreux qu’autrefois. Ils sont aussi plus malheureux, puisque beaucoup n’ont plus la foi, la foi qui fait accepter la souffrance, la foi qui donne le courage de la supporter, la foi qui la rend féconde et méritoire. Prions Notre Dame de donner du pain au pauvre qui a faim, de donner la santé au malade, de donner a tous la foi des anciens jours ; prions-la aussi de faire en sorte que la religion ne soit pas, chez nous comme ailleurs, bannie des hospices et des hôtels-Dieu.

Pitié pour ceux qui pleurent ! L’Evangile ne dit nulle part que Notre-Seigneur ait souri ; deux fois au moins, il nous apprend que le divin Maître a pleuré. C’est l’image de l’humanité dont il était le représentant. L’humanité pleure encore aujourd’hui : elle pleure sur ses illusions envolées, sur ses amours trompées, sur ses bien-aimés disparus. Mais ses larmes sont souvent plus amères qu’autrefois. Autrefois, elle pleurait avec Notre-Dame, au pied du crucifix, et ces deux grandes douleurs du Fils et de la Mère lui faisaient trouver les siennes plus douces. Autrefois, elle priait les yeux fixés au ciel, et la pensée du bonheur qui l’attendait là-haut, avec tous ceux qu’elle aimait et dont jamais plus elle ne serait séparée, mêlait des sourires a ses pleurs. Et aujourd'hui ?... Hélas ! les crucifix tombent en poussière ou descendent à la voirie, et l’espérance s’en va. Demandons à Marie de prendre nos larmes en pitié et de l’aire que nous ne pleurions plus comme ces païens dont parle saint Paul, et qui n’ont point d'espérance.

Pitié pour ceux que l’on persécute ! Il fut un temps chez nous où l’on pouvait croire que l’ère des persécutions était close : hélas ! Voilà qu’elle vient de se rouvrir, nous montrant qu’elle est vraie toujours la parole du Maître : Vous serez: haïs à cause de moi : on vous citera devant les proconsuls et l’on vous traînera dans les tribunaux : voilà que les prêtres, les moines, les vierges consacrées se pressent sur les chemins de l’exil ; voilà que les soutanes et les frocs remplissent les tribunaux ; voilà que, demain peut-être, vont se fermer les temples et se rouvrir les catacombes !... Prions encore Notre Dame : demandons-lui le repentir pour les bourreaux, et pour les autres, non pas d’échapper au martyre, mais d’avoir la force de le subir.

 

ND de Nantes

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11 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Douzième jour

Notre Dame des Langueurs

 

Après la fête de la Chandeleur, ne tarde pas a venir celle de la Compassion ou de Notre Dame des Sept Douleurs, que l’Eglise célèbre le vendredi, avant-veille du dimanche des Rameaux. Pour suivre l’ordre des mystères, dans lequel je me tiens le plus possible, je viens vous parler ce soir d’un pèlerinage relativement récent, mais vénérable pourtant déjà par son antiquité, puisqu’il comptera bientôt trois siècles d’existence ; vénérable surtout par son origine et par la dévotion qu’il inspire a toute la contrée environnante : Notre Dame des Langueurs.

Au mois de juillet 1637, un terrible fléau, la peste, apparaît subitement et jette l’épouvante dans la paroisse de Joué. Il sévit dès l’abord avec une intensité effrayante. Le cimetière paroissial étant devenu bientôt insuffisant, et le transport des cadavres pouvant d’ailleurs contribuer à répandre la contagion, on enterre à la chapelle rurale de Saint Donation ; on improvise même un nouveau cimetière, a une lieue du bourg, au milieu d’une lande solitaire située entre les gros villages de Franchaud et de la Mulonnière, en un lieu désigné maintenant a la piété du peuple par la croix du Désert.

Deux pieuses filles, les sœurs Martin, habitant cette partie de la paroisse dont on a formé depuis la chapellenie de Notre Dame des Langueurs, eurent la pensée de faire un vœu à la sainte Vierge. Les paysans des villages voisins approuvèrent leur initiative et tous promirent d’ériger une chapelle à Marie, si elle écartait le fléau. Notre-Dame entendit ce confiant appel : la peste cessa immédiatement dans ces villages, alors qu’elle continua de désoler le reste de la paroisse jusqu’au mois de décembre.

Les villageois se mirent en devoir de tenir leur promesse. Mais qui posséderait la précieuse chapelle, ex-voto de la commune reconnaissance ? Le village de Franchaud prétendait y avoir des droits incontestables, sans doute parce qu’il était la plus importante agglomération du quartier ; les habitants de quelques pauvres maisons, juchées sur la lande de Vioreau, y prétendaient aussi. C’est alors, au dire du moins de la légende, que le Ciel intervint en faveur de ceux-ci.

Un fait merveilleux se produisit, qui rappelle l’apparition de l’archange saint Michel au mont Gargan, et dont témoigne la tradition unanime du pays. Un cultivateur de la Lirais, hameau de la paroisse d’Abbaretz, situé sur les confins de Joué, envoyait chaque jour, comme d’ailleurs tous ses voisins, paître ses troupeaux sur l’immense lande alors indivise de Vioreau. Vers ce temps, il remarqua qu’un de ses bœufs devenait sensiblement plus gras et plus beau que les autres. Craignant, dans sa délicatesse, que, par défaut de surveillance, l’animal ne quittait la lande pour faire des excursions dans les champs, il interrogea le patour. Celui-ci répondit que le bœuf restait constamment sur le pâtis commun et qu’il prenait la même nourriture que les autres. Le propriétaire voulut en avoir le cœur net et fit suivre le boeuf. On remarqua que celui-ci, au sortir de l’étable, relevait la tète, finirait l’air d’un certain côté, puis, d’un pas ferme et rapide, sans courir toutefois, se dirigeait vers un point de la lande, toujours le même. Il s’arrêtait près d’un buisson de houx et y restait de longues heures, jusqu’à ce qu’on le forçât de rentrer à l’étable. Il ne mangeait pas, seulement il léchait de temps en temps une grosse pierre cachée sous la verdure. La curiosité du paysan fut piquée au vif, et bientôt tous les voisins, informés de ce fait étrange, accoururent. Ils soulevèrent, a force de bras, l’énorme bloc et, ô prodige ! ils aperçurent, dans une cavité souterraine, une statue assez grande et deux autres plus petites. La première était une Pietà, c’est-à-dire représentait Marie, la mère des douleurs, avec, sur ses genoux, le corps inanimé de son Jésus ; les statuettes représentaient Saint Eutrope, premier évêque de Saintes, et sainte Marguerite d’Ecosse.

On comprend l’enthousiasme de ces bons villageois, à cette merveilleuse découverte. Ils se rappelèrent alors que la tradition signalait l’existence d’une antique chapelle dans ces lieux et que, plus d’une fois, leur enfance avait pâli au récit d’une légende la même d’ailleurs que l’on raconte aux abords de tous les vieux sanctuaires de nos campagnes. On disait, et l’on dit encore a Joué, qu’un paysan du voisinage, pénétrant un jour dans la chapelle, y avait trouvé un prêtre prêt a célébrer la sainte messe, qui l’avait prié de la lui servir. Le saint sacrifice terminé, l’officiant avait disparu. Non sans promettre a son clerc improvisé une place près de lui dans le paradis. C’était pure légende, mais qui prouvait l’existence de la chapelle. Il est une autre preuve qui ne permet pas de la contester : une très ancienne charte du cartulaire de Saint-Florent mentionne, au XIIe siècle, dans la paroisse de Joué, une chapelle dédiée à Sainte-Marie de la Lande.

Les paysans n’hésitèrent plus ; là, de par Dieu lui-même, devait s’élever la chapelle votive. On se mit immédiatement à extraire de la pierre et deux premières charretées furent transportées sur la lande. Cependant, malgré le miracle, si l’on en croit les gens de Langueur, le village de Franchaud s’obstina dans ses prétentions, et il fallut une seconde manifestation du Ciel pour qu’il avouât sa défaite. Quelques-uns de ses habitants vinrent clandestinement enlever les pierres déjà déposées sur la lande et les transportèrent, a l’entrée de leur village, dans un champ que la tradition désigne encore. Mais le lendemain matin, sans qu’on pût relever aucune trace de pas ou de chariot, les pierres se retrouvèrent sur le premier emplacement. Cette fois, tout le monde fut d’accord. On commença sur le champ la construction et l’on fit reposer un des angles de la chapelle sur le bloc de pierre qui avait préservé, pendant des siècles peut-être, la statue de Notre-Dame.

La première pierre de l’humble monument fut solennellement bénite, le 12 octobre 1637, par missire Thomas Gaultier, recteur de Joué, qu’assistaient Nicolas Guybour, prêtre de la paroisse, et Jean Foret, vicaire d’Abbaretz. L’oeuvre enfin terminée, la Pietà miraculeuse fut mise à la place d’honneur, entourée des deux statuettes, et on la salua du titre désormais consacré de Notre-Dame des Langueurs.

Je n’ai pas besoin de dire avec quel empressement les pieux fidèles de la contrée vinrent lui rendre leurs hommages. Les archives nous donnent la preuve de l’attachement de ces braves gens a leur chapelle. Malgré leur peu de fortune, plusieurs y firent des fondations, et, au premier rang des donateurs, on trouve les Martin, de la Braudiére, peut-être les deux vieilles filles qui avaient en l’initiative du vœu, du moins quelqu’un de leur parenté.

L’origine doublement merveilleuse de la chapelle la rendit chère, non seulement aux habitants de Joué et des paroisses voisines, mais a ceux de toute la région. La fête patronale fut nécessairement la Compassion de la sainte Vierge, et un grand pardon y attira chaque année la foule. Il avait lieu le samedi, veille du dimanche des Rameaux, jour où dans le diocèse de Nantes on honorait alors ce mystère. Les pèlerins accouraient de tous les villages d’alentour, même d’Ancenis, même des paroisses angevines de la rive gauche de la Loire. Les Rogations fournissaient aux fidèles de Joué une autre occasion de montrer leur dévotion à Notre Dame des Langueurs : un des trois jours, la procession s’y rendait, et l’on y célébrait la messe de station. La paroisse y retournait encore le 15 août. De bonne heure dans l’après-midi, malgré la chaleur et la longueur du chemin,clergé et fidèles se mettaient en rangs de procession, pour se rendre à la chapelle de Notre-Dame, où, sitôt arrivés, ils chantaient solennellement les vêpres ; et c’était un spectacle à la fois curieux et touchant de voir tous ces bons paysans assis ou agenouillés sur la lande, pendant que les prêtres officiaient dans la chapelle, trop étroite pour contenir la foule.

La Révolution respecta la chapelle et le pèleninage continua. Seulement, à l’aurore du XIXe siècle (1811), le grand pardon de la Compassion changea de caractère : une foire fut établie par l’autorité civile au village de Langueur, et ce ne fut plus seulement la piété qui attira le peuple.

En 1864, la chapelle fut érigée en succursale de Joué, et il fallut l’agrandir. Depuis ce temps, des transformations plus radicales ont été opérées. Une église plus spacieuse et plus belle a été construite à quelques pas de l’ancienne, et celle-ci a été renversée. L’antique Pietà a été transportée dans le nouveau monument ; mais les deux statuettes, ses compagnes de tant de siècles, n’ont pas été jugées dignes d’occuper une place a ses côtés. Un bon chrétien, ami des antiques traditions, celui-là même a qui nous devons une bonne part de nos renseignements, les a pieusement recueillies.

Les pèlerinages continuent à Notre Dame des Langueurs, et le grand pardon des temps passés n’a pas complètement disparu. Les paysans n’y viennent pas seulement faire des achats ou des ventes ; beaucoup ont pour but principal d’honorer la sainte Vierge. On y chante solennellement la messe, et, depuis l’ouverture de la halte du Pavillon, les pèlerins, amenés par le chemin de fer et dont on a soin d’attendre l’arrivée avant de commencer l’office, se présentent plus nombreux encore qu’autrefois.

 

Vous savez, mes Frères, pourquoi Marie est appelée Notre Dame des Sept-Douleurs : c’est parce qu’elle a souffert tous les jours de sa vie, particulièrement au Calvaire ; c’est parce qu’en elle s’est réalisée la prophétie du vieillard Siméon : « Un glaive de douleur transpercera votre âme ». Mais savez-vous pourquoi Marie, la toute pure, l’lmmaculée, a souffert de la sorte ? Savez-vous pourquoi la compassion de la Vierge accompagna la passion du Sauveur ? La douleur est l’expiation nécessaire du péché, et c’est pour cela qu’elle apparut dans le monde immédiatement après le péché, comme châtiment du péché : « In dolore paries, Tu enfanteras dans la douleur ». Pour expier dignement le péché, il fallait qu’un homme, représentant de ses frères, endurât une immense douleur, il fallait de plus que cette douleur fût soufferte par un cœur très pur, et qu’elle fût infinie. C’est la raison d’être de l’Incarnation : pour expier les péchés de ses frères, Jésus-Christ, l’Homme Dieu, mérita d’être appelé l’Homme de la douleur. Mais une femme, Eve, avait concouru au péché de l’homme : ne semblait-il pas convenable qu’une femme, toute sainte et toute pure, participât à la douleur de l’Homme-Dieu ? Voilà, mes frères, la raison de la compassion de Marie. Notre Dame des Sept-Douleurs, c’est la corédemptrice.

Si la très sainte Vierge nous donne de la sorte une grande preuve d’amour, elle nous donne en même temps une grande leçon de choses. Rappelez-vous le mot si connu de saint Paul : « J’accomplis dans ma chair, disait-il, ce qui manque à la passion de Jésus-Christ », et il ajoutait : « Voilà pourquoi je me réjouis dans les maux que je souffre pour vous ». C’est la douleur qui expie,Jésus-Christ a pris a sa charge la grosse part du fardeau, mais il a voulu, et ce n’est que justice, que nous en portassions une petite part aussi. Donc nous devons souffrir, sans cela la passion, pour ce qui nous concerne, resterait incomplète, et nous ne pourrions pas être sauvés : voilà ce que Marie, plus éloquemment que saint Paul, nous prêche du pied de la croix. Au lieu donc de murmurer contre la douleur, apprenons, par l’exemple de notre Mère, a rester debout quand elle nous frappe, et a porter vaillamment notre fardeau. En même temps demandons-lui de nous obtenir du courage dans nos souffrances et nos peines. Demandons-lui enfin, car sa bonté nous y autorise, d’imiter les mères de la terre qui partagent et conscient les douleurs de leurs enfants, et d’alléger notre fardeau, en nous procurant secours et consolation.

 

ND de Nantes

 

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10 mai 2017

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Le Mois de Marie des Madones Nantaises

Abbé Ricordel

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Onzième jour

Notre Dame de Recouvrance

 

Le Diocèse de Nantes comptait, il y a un siècle, cinq chapelles dédiées à Marie sous le nom de Notre-Dame de Recouvrance : deux seulement subsistent aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les plus vénérées : ce sont elles aussi que nous allons étudier ce soir.

La première est sur le territoire de Gétigné, paroisse privilégiée entre toutes, puisqu’elle possède deux pèlerinages de Notre Dame, tous deux antiques, tous deux vénérés, tous deux fréquentés assidûment par les populations d‘alentour : Toutes Joies et Recouvrance. Le premier sans doute est plus connu au loin ; mais il serait difficile de déterminer lequel des deux est le plus aimé des gens de Gétigné eux-mêmes. Le jour de l’Assomption ils vont processionnellement à la chapelle de Toutes-Joies ; mais le dimanche suivant, fête de sainte Radegonde, leur patronne, ils se rendent de même a celle de Recouvrance. Il est vrai, celle-ci porte trop visiblement la marque des siècles qu’elle a vécus, tandis que l’autre, fière de ses murailles neuves, de ses lignes architecturales, de son autel et de ses vitraux, semble la préférée du peuple qui l’a rajeunie ; mais Recouvrance n’est point oubliée, et les habitants de Gétigné, aussi généreux pour elle que pour sa sœur, la veulent également belle, parce qu’elle n’est pas moins aimée. Il y a cependant une différence entre elles, c’est que Toutes Joies, la voisine des sires de Clisson, possède une page dans leur histoire, tandis que Recouvrance, plus humble et presque ignorée, n’a qu’une légende, gravée dans la mémoire du peuple. Mais si l’histoire de Toutes Joies est a la fois gracieuse et touchante, la légende de Recouvrance est bien gracieuse et bien touchante aussi. Écoutez.

Le seigneur de la Roche, dont le manoir s’élevait a quelques toises de ce dernier sanctuaire, perdit un serviteur qui avait vécu en grande réputation de sainteté. On l’entera à l’ombre même de la chapelle où, suivant une coutume très répandue en ce temps-là, se trouvait sans doute un petit cimetière. Les fidèles du voisinage, pleins de confiance dans l’intercession du saint homme, ne tardèrent pas à faire des pèlerinages sur sa tombe. La fille du seigneur, qui avait vu de près la vertu du vieux serviteur, se faisait remarquer par une plus grande vénération et des visites plus assidues. Elle prenait soin de la modeste tombe et y avait fait quelques plantations. Elle y cultivait particulièrement un précieux arbuste. À quelque temps de là, le sire de la Roche devint aveugle. Sa fille, désolée mais pourtant confiante, multiplia les prières ; on la voyait plus souvent encore agenouillée sur la tombe qu’elle entourait de tant de respect. Un matin, elle eut tout a coup la pensée de recueillir la rosée que la nuit avait déposée sur les feuilles de l’arbuste, et elle en baigna les paupières fermées de son malheureux père. Ô merveille ! Elles s’ouvrirent de nouveau a la lumière, la cécité disparut. De là, dit-on, vint à la chapelle voisine le nom de Recouvrance.

Les siècles passés ne nous ont transmis aucun document sur l’origine et l’histoire de ce modeste pèlerinage. Toutefois les traditions du pays le font remonter a une haute antiquité. La toiture porte la date de 1745 ; mais il s‘agit certainement d’une reconstruction. Cinq prêtres résidaient jadis sur le territoire de Gétigné, le recteur, son vicaire et trois chapelains. Ceux-ci, titulaires de petits bénéfices, en acquittaient les messes, soit à l’église paroissiale, soit dans les chapelles rurales : l’un d’eux était attaché à N.-D. de Recouvrance.

Notre chapelle, plus heureuse que sa sœur de Toutes Joies, fut épargnée par les Mayençais et les Colonnes Infernales : et les fidèles ne cessèrent point de la fréquenter. Ils ont grande confiance dans la protection de la Bonne Mère et ne se lassent point de la prier. Ils s’agenouillent de préférence devant un bas-relief, taillé dans la pierre, qui représente l’Assomption de Marie. Cette image, trouvée naguère dans un champ voisin, provenait évidemment de l’ancienne chapelle, saccagée peut être dans les guerres de religion ; on l’y a replacée avec honneur, et le peuple la regarde connue miraculeuse.

La seconde chapelle de N. D. de Recouvrance appartient a la paroisse de Casson. Elle est située, non loin du bourg et près du village de la Hacherie, sur une petite éminence qui borde la route de Héric, dans un vallon plein de solitude et de fraîcheur, au fond duquel un ruisseau serpente capricieusement, en murmurant doucement sa chanson, sous les saules et la ramure des grands chênes.

Il y a plusieurs siècles déjà que l’on vient prier Marie dans cet oratoire, et il nous serait impossible de fixer la date de son origine. Cependant il ne peut remonter à une époque très reculée, puisque le peuple redit encore, sans qu’aucun document écrit vienne en aide à sa mémoire, le nom, la profession, le village de son fondateur. Pourtant la légende a déjà fleuri sur le récit populaire et même plusieurs versions du même fait circulent aux alentours. On raconte donc qu’un col porteur mercier, du village de la Hacherie, nommé Savary, s’était endormi, par une journée très chaude, sur le tertre où s’élève aujourd’hui la chapelle. Suivant les uns, il se trouva tout a coup si fortement pressé contre terre, et il éprouva une si violente douleur, qu’il se sentit près d’expirer ; dans ce moment d’angoisse, il appela la Vierge à son secours et, grâce a cette céleste protectrice, il recouvra sur le champ la santé. Suivant les autres, quand le donneur se réveille après un long somme, il s’aperçut que des voleurs lui avaient enlevé son gagne-pain, sa balle de colporteur avec toutes les marchandises qu’elle contenait. Le pauvre homme, tout désolé, cria sa détresse à Marie et recouvra son bien. Quelle que soit la faveur qu’il eût obtenue de la très Sainte Vierge, il est certain que le colporteur fut reconnaissant. Son petit commerce ayant prospéré, il en consacra le bénéfice à construire un oratoire à Notre Dame de Recouvrance.

Nous constatons l’existence de la chapelle en 1649, puisque, le 13 février de cette année, le recteur Despinose y bénissait le mariage de deux notables paroissiens, après avoir reçu publiquement l’abjuration de la fiancée, qui avait vécu jusque-là dans le protestantisme. L’hérésie avait eu de nombreux sectateurs a Casson, sans doute à cause du voisinage de Sucé, dont le temple est bien connu dans l'histoire de notre pays. Casson avait même son ministre particulier, nommé Guénet, en 1570. C’est surtout dans le bourg et autour de Recouvrance que se trouvaient les huguenoteries. On cite : la Cherbaudière, les Glands, la Gandonnière, la haute et la basse Hacherie, la Galpâtière, la Grohinière, la Pyronmière ; et l’on ajoute qu’en ce dernier lieu habita longtemps un ardent sectaire, le comte d’Estrées, qui tourmentait fort les catholiques.

Marie finit par convertir ses voisins qui abandonnèrent l’hérésie et devinrent tous de dévoués serviteurs de Notre Dame. Ils l’invoquaient Spécialement pour leurs brebis, et ces braves gens, dans leur langage imagé, avaient pris l’habitude d’appeler leur madone Sainte Berge, façon pittoresque de rappeler qu’elle était la protectrice des bergers.

Chaque année, le jour du mardi gras, avait lieu le pardon de Recouvrance. Il y avait messe et procession a la chapelle. Toutefois la population était pauvre, et les décors étaient modestes. On rapporte que ces bonnes gens, n’ayant pas de riche brancard pour y poser leur madone, se servaient d’une simple chaise, trône bien humble, assurément, et bien indigne de la Reine du ciel, mais que l’amour de son peuple transformait à ses yeux.

Les offrandes se ressentaient aussi de la pauvreté des visiteurs. Une pieuse femme, chargée de veiller sur l’oratoire, les recueillait fidèlement. C’était, pour l’ordinaire, de la laine. On voulait obtenir ainsi de la sainte Vierge qu’elle protégeât les bergeries.

Les pèlerins étaient nombreux, le mardi gras. On accourait de tous les points de la paroisse, même de Grandchamp et de Héric. Une bonne vieille racontait, en 1850, que ce jour-là, dans sa jeunesse, « sa maison ne désemplissait pas de gens de Héric venant s’y reposer après leur voyage ». M. Dupas, recteur de Casson, écrivait, en 1778, que l’oratoire de Notre-Dame de Recouvrance était un petit sanctuaire isolé, mais assez proprement entretenu. Au sortir de la Révolution, il n’en était plus ainsi : l'abandon avait amené la décadence, presque la ruine. On cessa de célébrer la messe dans la chapelle trop misérable. Toutefois, pendant la première moitié du XIXe siècle, on continua d’y faire la procession traditionnelle, transférée au jour de l’Assomption. Les habitants des villages voisins cachaient pieusement sous la verdure les crevasses des murailles et la pauvreté de l’autel ; des jonchées de roseaux, empruntés au ruisseau du vallon, tenaient lieu de tapis ; et les fidèles, agenouillés autour de la chapelle croulante, s’unissaient au clergé qui chantait les litanies.

En 1860, M. le curé Philippe, profitant de la présence des ouvriers qui travaillaient au château du Chalonge. fit enfin relever ces ruines : la chapelle fut complètement reconstruite. Elle est là, dans son vallon solitaire, petite et modeste comme autrefois, et toujours vénérée. L’antique madone devant laquelle s’agenouillaient les pères et repris sa place au-dessus de l’autel, pour recevoir les hommages des fils ; et les bienheureux particulièrement honorés dans la paroisse sont rangés a ses côtés, connue pour lui faire une cour, savoir : saint Pierre et saint Fiacre, sainte Anne et sainte Germaine. Une plaque commémorative porte les noms de M. Paré, maire de Casson, et des principaux bienfaiteurs : Melle de Grammont, MM. de Bouillé et de la Cadinière. Enfin, à droite, en entrant, l’on voit un bas-relief représentant Notre-Dame et, devant elle, a genoux, trois personnages lui offrant une chapelle.

 

Notre Dame de Recouvrance ! Ai-je besoin de vous indiquer le mystère que nous rappelle ce titre ? Jésus avait douze ans; pour obéir aux prescriptions de la loi Mosaïque, il accompagna ses parents a Jérusalem, au temps de la pâque. « Les jours saints étant passés, ils prirent le chemin du retour. Or, l’Enfant Jésus était resté à Jérusalem, sans que ses parents s’en fussent aperçus. Supposant qu’il était dans l’une ou l’autre compagnie, ils firent une journée de voyage. Alors ils le cherchèrent anxieusement parmi ceux de leur parenté et parmi leurs connaissances. Ne l'ayant point trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, le cherchant toujours. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple ».

Nous aussi, chrétiens, nous avons Dieu avec nous, et l’on peut dire que nous le possédons surnaturellement de deux manières, par la foi et par la grâce. Mais nous aussi, nous pouvons le perdre. Toutefois, la différence est grande entre la Vierge et nous. Marie perdit l'Enfant-Dieu sans commettre aucune faute, et uniquement parce que Jésus voulut lui imposer une épreuve méritoire en nous donnant une leçon. Pour nous, au contraire, si nous perdons Dieu, c’est toujours par notre faute. En effet, que l’homme perde la foi ou la grâce, il y a toujours en quelque faute de sa part.

Heureusement, Dieu peut être retrouvé, et la sainte Vierge nous en donne l’exemple. Mais, pour retrouver Dieu, il faut d’abord, comme elle, éprouver quelque peine de l’avoir perdu. Les hommes d’orgueil ou de plaisir qui vivent heureux, tranquilles, sans souci de la perte qu’ils ont faite, ne retrouveront jamais Dieu. C’est la preuve qu’ils n’ont aucun repentir de la faute commise ; c’est la preuve aussi qu'ils ne comprennent pas quel grand bien c’est que de posséder Dieu. Je puis bien ajouter que, en général. l’homme heureux éprouve rarement le besoin de Dieu, tandis que celui qui souffre est tout naturellement incliné vers lui. Comment, après cela, se plaindre de la douleur et dire que les heureux de ce monde ont la meilleure part ?

Pour retrouver Dieu, il faut ensuite le chercher, c’est-à-dire montrer quelque bonne volonté, faire quelques efforts pour retrouver la foi ou la grâce. Alors, Dieu fait le reste du chemin et, comme il a fait dans l’Incarnation, il marche vers nous à pas de géant: exultavit ut gigas ad currendam viam.

Pour retrouver Dieu, il faut le chercher dans le temple, c’est-à-dire en priant et en étudiant. Pour retrouver Dieu, il faut le chercher avec Marie. Si donc, vous aviez perdu la foi, et ce malheur n’est point rare en ce siècle d’ignorance et de blasphème ; si donc vous aviez perdu la grâce, priez, étudiez, mortifiez-vous, frappez-vous la poitrine, et ne manquez pas d’invoquer en même temps Notre-Dame de Recouvrance.

 

ND de Nantes

 

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