12 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

Jugement dernier

 

Treizième jour

L'Arc-en-ciel

 

Genèse 9, 12-17

 

Cependant, aux jours sombres du déluge, l'erreur et le vice se condensent, comme les vapeurs, en nuages épais qui interceptent la lumière et la chaleur du soleil de vérité et de justice. La foudre gronde encore, elle va de nouveau éclater sur le monde coupable. Mais soudain l'arc-en-ciel a brillé, et au sein de cette nuit menaçante, à la Salette, à Lourdes, à Pontmain, on a vu apparaître la douce et brillante Marie. Aussitôt Dieu se rappelle sa promesse : le monde ne périra pas : Apparebit arcus meus in nubibus, et recor dabor fœderis mei vobiscum (Gn 9, 14, 15).

L'arc-en-ciel résulte de la décomposition du rayon lumineux qui, en pénétrant dans la nue, se divise, d'après les lois de la réfraction, de manière à étaler les sept couleurs dont l'ensemble constitue la lumière.

L'éclat du soleil divin de justice et de vérité éblouirait notre œil. Passant par le Cœur de Marie, cette lumière si vive s'adoucit et s'offre à nous sous la forme variée des sept dons de l'Esprit Saint. Admirez la Crainte filiale de la Vierge au jour de l'Annonciation ; sa Piété maternelle quand elle cherche Jésus ; la Science qu'elle amasse en son Cœur en y gardant et y comparant chacune des paroles et des actions de son divin Fils : Conservabat omnia verba hæc conferens in corde suo ; sa Force quand elle se tient debout auprès de la croix ; sa docilité au Conseil intérieur qui lui fit préférer la virginité à l'honneur même de la maternité divine ; l'Intelligence qui lui fait pénétrer les mystères du Cœur de son fils, et la Sagesse qui lui fait apprécier et goûter les douceurs cachées dans les douleurs de la croix.

Les sept couleurs de l'arc-en-ciel peuvent encore figurer les sacrements dont l'ensemble constitue l'Église, qui elle aussi rappelle sans cesse à Dieu l'alliance qu'il a contractée avec le monde.

Les sacrements concourent également à produire dans l'âme fidèle la grâce qui l'unit à Dieu et qui, par les sept dons de l'Esprit-Saint, en fait un arc-en-ciel dans l'ordre surnaturel.

L'Ordre même et le Mariage exercent leur influence sur ceux qui ne les reçoivent pas : le premier donne au prêtre le pouvoir de conférer la grâce, le second donne aux parents la grâce d'élever chrétiennement leurs enfants.

 

Notre Dame de la Garde 3

 

Marie à Marseille

 

Un jour on vit aborder, près de Marseille, un vaisseau sans rames et sans voiles. Ce vaisseau portait les amis de Jésus dont la présence importunait les Juifs.

On les avait livrés sur un navire sans agrès, à la merci des vents et des flots. Le souffle de la Providence poussa les exilés vers la Gaule. Les principaux d'entre eux étaient Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Madeleine, Marie Salomé , mère des Apôtres saint Jacques et saint Jean, Marie, mère de l'autre saint Jacques, Ruf, fils de Simon le Cyrénéen, Maximin et Nymphe sa nièce.

À peine débarqué, Lazare éleva sur le rivage un autel de terre en l'honneur de la Mère de Dieu qui vivait encore. Une source d'eau vive jaillit au pied de ce modeste monument. C'était le symbole des grâces qui allaient couler sur les Gaules par l'intercession de Marie. Lazare vint ensuite à Marseille avec Madeleine. Il y prêcha l'Évangile et y éleva un autre autel où l'on vénère Notre Dame de la Confession.

Près de Marseille s'élève une colline où l'on voyait jadis un temple de Vénus. En 1214, un pieux personnage, nommé Pierre, y bâtit un modeste oratoire en l'honneur de la sainte Vierge. L'affluence des pèlerins rendit ce sanctuaire célèbre, sous le nom de Notre Dame de la Garde. Les marins lui sont très dévots. Au retour de leurs voyages, aussitôt qu'ils aperçoivent la chapelle, toute manœuvre cesse, le silence se fait, les matelots tombent à genoux et tête nue, ils chantent en chœur le Salve Regina. Les rois de France qui ont visité Marseille se sont fait un devoir de gravir la sainte montagne. Les hommes de 1793 fermèrent la chapelle. La statue d'argent fut enlevée. Mais depuis, le culte de Notre Dame de la Garde a repris son éclat, et la piété des Marseillais a remplacé l'ancien oratoire par la splendide basilique dont l'inauguration a eu lieu le 5 juin 1864 en présence de cinquante évêques.

 

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11 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

 

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Douzième jour

L’Arche de Noé

 

Genèse, 6, 12-22

 

Toute chair a corrompu ses voies, Dieu va effacer l'homme : mais il s'est rencontré un juste. Sur l'ordre divin ce juste travaillera cent ans à la construction de l'arche qui en le portant lui-même doit sauver le genre humain.

Cent ans forment un siècle, et si le siècle représente l'universalité des temps, il figure aussi l'éternité. De tout temps et de toute éternité, le véritable Noé, celui qui sera le second père du genre humain, parce qu'il en sera le sauveur, Jésus-Christ prépare dans la personne de Marie cette arche de salut qui en le portant lui-même doit sauver le monde.

L'arche échappe aux fureurs des flots du déluge, à cause du juste qu'elle porte dans ses flancs ; Marie sera préservée du péché originel, à cause de celui qu'elle doit porter dans son sein.

À l'exemple de Marie, soyez l’arche du véritable Noé. Recevez Jésus et portez-le en vous-même Jésus est la vérité : par la foi gardez sa parole dans votre intelligence ; vous échapperez au déluge de ces erreurs qui, sous le faux nom d'idées et de principes, dominent et submergent les plus hautes montagnes, les plus fières intelligences, les hommes puissants et fameux du siècle. Jésus est la justice : par la charité gardez sa grâce dans votre cœur, et vous échapperez au déluge de ces vices qui couvrent et qui engloutissent les plus hautes montagnes, les géants du siècle. Voyez-vous ces hommes puissants et fameux, les voyez-vous comme ils roulent, ici soulevés par le flot montant d'un orgueil insensé, là entraînés dans les gouffres de la volupté ! Saisis et emportés dans les tourbillons du vice, ils disparaissent les uns après les autres, engloutis à jamais, eux, leurs œuvres et leur mémoire. Isti sunt potentes a sæculo viri famosi... Hier, on ne les nommait qu'en tremblant ! Aujourd'hui, que reste-t-il de leurs hauts faits ? Rien.

Comprenez enfin qu'au jour du déluge il n'est de salut que dans l'arche, dans l'Église de Jésus-Christ, dans le Cœur de Marie, Mère de Jésus-Christ, dans le Cœur même de Jésus-Christ.

 

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Notre Dame des Victoires

 

En 1836, Marie intervenait d'une autre manière au centre même de Paris. Non loin de la Bourse, dans un quartier où on ne connaissait d'autre culte que celui de l'or, s'élevait une église à peu près déserte. C'était Notre- Dame des Victoires dont nous avons rappelé la glorieuse origine. Un jour le vénérable curé de cette église, M. l'abbé Desgenettes, se sentit pressé d'établir une association de prières en l'honneur du Cœur immaculé de Marie pour la conversion des pécheurs. « Quoi, répliquait-il à l'appel intérieur, une confrérie, une dévotion pour des paroissiens qui ne viennent pas même à la messe le dimanche ! » Ne pouvant cependant chasser cette pensée qui l'obsédait sans cesse, un jour de dimanche le bon prêtre annonce au petit nombre de fidèles présents à la messe que le soir, après vêpres, il recevra le nom des personnes qui voudront s'enrôler dans une confrérie en l'honneur du Cour immaculé de Marie. Il comptait à peine sur quelques femmes pieuses. Quelle ne fut pas sa surprise le soir quand il eut inscrit plus de quatre cents noms ! Or aujourd'hui qui dira le nombre des miracles opérés en faveur de ceux qui ont été recommandés aux prières de l'Archiconfrérie de Notre Dame des Victoires ? Qui comptera les noms inscrits sur les registres des innombrables confréries affiliés à cette merveilleuse association ?

Une autre faveur à laquelle Marie ne sera pas étrangère fut encore accordée dans un sanctuaire de Paris. C'était le 26 juillet 1846. Une sœur de Saint Vincent de Paul était en prière dans l'oratoire de sa communauté. Jésus lui apparaît tenant dans sa main droite un scapulaire écarlate dont les cordons étaient en laine et de la même couleur. Sur l'une des parties de ce scapulaire était représenté le Sauveur crucifié ; au pied de la croix on voyait les instruments de la Passion. Autour on lisait ces mots : « Sainte Passion de Jésus-Christ notre Seigneur, sauvez-nous ». Sur l'autre partie se trouvait l'image des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ; une croix semblait les transpercer tous les deux à la fois. Autour se lisait cette invocation : « Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, protégez-nous ». Cette apparition se renouvela plusieurs fois. Enfin, le jour de l'Exaltation de la sainte Croix, la sœur entendit ces paroles : « Ceux qui porteront ce scapulaire, recevront chaque vendredi une grande augmentation de foi, d'espérance et de charité ». Le 25 juin 1847, Pie IX approuva cette dévotion et l'enrichit d'un grand nombre d'indulgences.

Cette union des deux Cœurs et des deux Noms de Jésus et de Marie nous parait un nouveau gage de l'intervention de la Vierge-Mère et du concours qu'elle apporte aux desseins miséricordieux de son divin Fils sur la capitale de la France. Cette dernière faveur prouve aussi que ni la France ni sa capitale ne sont encore abandonnées de Jésus et de Marie. Ce n'est pas à cette heure, ce n'est pas au moment où les vrais catholiques se montrent, à Paris même, avec tant de courage, de zèle et de dévouement, ce n'est pas au moment où s'élève en l'honneur du Cœur sacré de Jésus le monument du repentir de la France coupable, ce n'est pas à cette heure qu'il est permis de désespérer. C'est l'heure de combattre, c'est l'heure de souffrir, peut-être encore l'heure de mourir. Eh bien ! aujourd'hui le combat, la souffrance, le martyre ; demain la victoire, le triomphe et le salut.

 

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10 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

 

Le Mois de Marie, reine de France

 

Immaculée

 

Onzième jour

L'Arbre de vie

 

Genèse 2, 9

 

Au milieu du paradis s'élevait l'arbre de vie ; au sein de Marie s'élève l'arbre de vie, Jésus. Ou mieux l’Église est le paradis, Marie est l'arbre qui porte et qui donne au monde le fruit de vie : benedictus fructus ventris tui Jesus : Jésus, pain descendu des cieux, pain vivant, pain de vie, vie de l'intelligence par sa parole qui est lumière et vérité, vie de la volonté par sa grâce qui est feu, justice et charité. Sans Jésus, sans sa doctrine, la vérité, même rationnelle qui, d'ailleurs, est insuffisante en raison de notre élévation à l'ordre surnaturel, cette vérité s'altère, et bientôt s'évanouit dans les ténèbres du mensonge et de l’erreur ; sans Jésus, sans la justice et la charité chrétiennes, la vertu morale qui est la vraie liberté, disparaît pour faire place au servilisme brutal de la passion et aux lâches terreurs du respect humain.

Marie est encore l'arbre de vie, en ce sens que, dans toute la durée de son existence, il n'est pas une action, pas une parole, pas une pensée qui ne soit un fruit de vie, un fruit de grâce, un fruit de gloire. La grâce en est le principe et leur communique une vie surnaturelle ; la gloire en est le terme et leur assure une vie éternelle.

Dans le fruit de la plante Dieu a déposé une semence qui contient en germe une série de plantes pouvant se succéder sans fin. Ce germe est donc le principe d'une vie qui pourrait se prolonger éternelle ment. De même, dans les actes que nous produisons sous l'influence de la grâce, se trouve le germe d'une autre grâce qui, à son tour, en contient une autre et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin la dernière grâce devienne pour nous la gloire éternelle. Qui nous donnera, comme à Marie, de ne pas produire une action, de ne pas prononcer une parole, de ne pas concevoir une pensée, un désir qui ne soit animé par la grâce et digne de la gloire, qui ne soit un fruit de vie surnaturelle et par là même un fruit de vie éternelle ? Unissons notre cœur, par le Cœur de Marie, au Cœur de Jésus. Le cœur est le principe du mouvement et par là de la vie. Que le Cœur de Jésus, par le Cœur de Marie, soit le premier mobile de notre cœur, qu'il soit le principe et le terme de tous ses mouvements, et tout en nous sera vie : grâce dans le temps et gloire dans l'éternité.

 

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La Médaille miraculeuse

 

En 1830, le 8 décembre, une fille de Saint Vincent de Paul était en prière dans la chapelle de la Maison-Mère, rue du Bac. Elle pensait aux malheurs du temps. Tout à coup elle entend comme un bruissement d'ailes. Une lumière vive et douce à la fois frappe ses yeux. Les rayons brillaient du côté gauche de l'autel. Là, au sein de la lumière, paraît une noble et belle dame, les pieds posés sur un globe, les bras abaissés vers la terre, les mains ouvertes et laissant échapper des jets lumineux, la tête légèrement penchée en avant comme pour écouter. Une couronne d'étoiles brillait sur son front. Alors un ange dit à la sœur : « Reconnais la Reine des cieux. Les rayons qui partent de ses mains figurent les grâces qu'elle répand sur les hommes ». Puis une légende environne Marie elle-même, et la sœur lut ces mots : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Elle vit de plus un M surmonté d'une croix, et au-dessous du M deux cœurs, l'un percé et surmonté aussi d'une croix, l'autre transpercé d'un glaive. C'étaient les Cœurs de Jésus et de Marie. Douze étoiles entouraient cet ensemble symbolique. La voix angélique reprit en ces termes : « Servante de Dieu et des pauvres, fille aimée de Marie, ta charité et ta piété t'ont fait trouver grâce à ses yeux. Elle t’ordonne de faire frapper une médaille qui représentera ce que tu as vu. Cette médaille étant indulgenciée sera comme un bouclier pour ceux qui la porteront et qui diront : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». L'ange se tut et la vision disparut. La médaille fut frappée et grâce à son origine, grâce surtout aux prodiges de protection pour le corps et de conversion pour l'âme qui se sont opérés par sa présence, on ne la connaît plus que sous le nom de Médaille miraculeuse.

 

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09 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

Marie Reine Immaculée

 

Dixième jour

Le Paradis terrestre

 

Genèse 2, 8-15

 

Ce riant paradis que Dieu lui-même a planté annonce Marie formée par Dieu avec un soin spécial.

Cette source unique qui se partage en quatre fleuves pour arroser le jardin, rappelle cette grâce dont le Seigneur a rempli le cour de Marie et qui déborde par les quatre vertus fondamentales de l'ordre moral. Qui n'admirerait la haute prudence de ses pensées, la justice de ses volontés, la force héroïque avec laquelle elle se tient debout auprès de la croix, l'inviolable pureté de son cœur ?

Par la grâce de leur feuillage, par l'éclat de leurs fleurs, par la suavité de leurs fruits, les arbres du paradis annoncent les saints désirs, les douces paroles et les œuvres fécondes dont se composera la vie de la Vierge fidèle.

La docilité des animaux à la voix de l'homme innocent, figure l'empire que la Vierge immaculée conservera toujours sur ses sens et sur ses passions.

Le premier Adam devait garder le paradis en le cultivant. Le second et véritable Adam saura garder le paradis qui doit le recevoir sur la terre. D'abord il préserve celle qui sera sa mère de toutes les atteintes, du serpent et du péché. Puis pendant trente années son unique occupation, ce semble, sera de cultiver ce jardin déjà si beau et d'y développer toutes les vertus.

Il ne tient qu'à nous de transformer notre âme en paradis spirituel. La grâce s'y répand par quatre fleuves qui seront pour l'intelligence, les quatre évangiles, pour la volonté, les quatre vertus cardinales. Fécondée par les enseignements de la foi et par les effusions de la charité, l’âme produira toutes les vertus, depuis les plus modestes, représentées par le gazon fleuri dont les collines du paradis sont revêtues, jusqu'aux grands et sublimes héroïsmes, figurés par la majesté du cèdre et par la force du chêne. - La foi aussi et la charité soumettront nos sens et nos passions à la raison et à la volonté, comme les animaux le furent à l'homme dans l'Eden.

Mais sachons garder et cultiver ce paradis de notre âme. L'exercice et la pratique développeront dans nos cœurs les vertus dont le germe y fut déposé par le baptême et par la communion. Gardons Jésus dans notre cœur et Jésus nous gardera comme il garda Marie.

 

Louis XIII

 

Le vœu de Louis XIII

 

Après la mort de Henri IV les protestants se soulevèrent de toutes parts ; et ce fut à l'assistance de Marie que Louis XIII attribua ses victoires, et spécialement la réduction de la Rochelle, boulevard de l'hérésie et de la révolte. Pour reconnaître cette puissante intervention, le 9 décembre 1629 le jeune roi posa la première pierre de Notre Dame des Victoires, aujourd'hui si célèbre par l'Archiconfrérie du Cœur immaculé de Marie. Après la naissance de Louis XIV, Anne d'Autriche sa mère, fit décorer la chapelle de la sainte Vierge, qui se trouvait dans cette église.

Mais voici un acte plus solennel. C'était le 10 février 1638. Louis XIII, en grand appareil, entrait dans l'église de Notre Dame de Paris. Il portait le sceptre et la couronne, mais c'était pour déposer l'un et l'autre aux pieds de l'image de Marie. Un édit expliqua la portée de cette imposante cérémonie. Dans les lettres patentes qu'il publia ce jour-là même, le roi énumère d'abord les faveurs qu'il a reçues du Ciel depuis le commencement de son règne :

« La rébellion de l'hérésie abattue ; les armes de France toujours victorieuses, et les ligues que ses ennemis avaient formées contre lui frappées d'impuissance. Par tous ces motifs, nous prosternant, dit Louis XIII, aux pieds de la Majesté divine que nous adorons en trois Personnes, et à ceux de la sainte Vierge et de la croix sacrée où nous révérons l'accomplissement des mystères de notre rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, nous nous croyons obligé de nous consacrer à la grandeur de Dieu par son Fils, rabaissé jusqu'à nous, et à ce Fils par sa Mère, élevée jusqu'à lui, sous la protection de laquelle nous voulons très spécialement nous mettre pour obtenir, par son intercession, sous la protection de la sainte Trinité elle-même, et par son autorité et exemple, la protection de toute la cour céleste. En conséquence, nous déclarons par les présentes que prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets ; la suppliant de nous inspirer une si sainte conduite et de défendre avec tant de soin ce royaume, que soit en paix, soit en guerre, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire, et pour que le souvenir de cette consécration demeure à jamais dans la postérité, nous ordonnons qu'il soit fait chaque année, le jour de l'Assomption, après les vêpres, dans toutes les églises, cathédrales, paroissiales ou conventuelles de nos États, une procession très solennelle où assisteront toutes les autorités judiciaires et civiles. Notre intention est que les évêques recommandent à tous nos peuples d'avoir une dévotion spéciale envers la bienheureuse Vierge, et d'implorer, en ce jour solennel, sa protection sur la France, afin que, sous une si puissante Patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de nos ennemis, qu'il jouisse d'une longue paix, et que Dieu y soit servi et révéré si parfaitement, que nous et nos sujets puissions arriver à la fin bienheureuse pour laquelle nous avons été créés ».

Cet édit fut mis à exécution le 15 août suivant, et le 5 septembre, après une stérilité de vingt-deux ans, la reine accouchait d'un enfant qui fut Louis XIV ; et de ce vœu éminemment national jaillit le grand siècle ; car c'est une chose remarquable que les beaux génies qui portèrent si haut alors, en tous les genres, la gloire de l'esprit humain, eurent presque tous un caractère religieux : Bossuet et Corneille qui marchent à leur tête, furent l'un et l'autre les plus humbles serviteurs de Marie.

Louis XIV, digne d'être le roi de tels sujets, renouvela fidèlement chaque année la consécration faite par son père, et il le fit avec un cœur franchement dévoué à Marie, car tous les jours il récitait le chapelet en son honneur ; et un jour que le père de la Rue, son confesseur, l'avait surpris dans ce pieux exercice, il lui dit : « N'en soyez point tant étonné, mon Père ; je tiens cette pratique de la reine ma mère ; j'en fais gloire et je serais fâché d'y manquer un seul jour ».

L'année séculaire après l'émission du vœu de Louis XIII, Louis XV le renouvela solennellement et jusqu'à nos jours où ce vœu s'accomplit encore chaque année, si on en excepte l'époque désastreuse où le culte du vrai Dieu était interdit dans nos temples, la France n'a jamais cessé de vénérer dans Marie sa glorieuse patronne ; comme Marie n'a jamais cessé de nous protéger, arrachant ce royaume aux plus affreuses tempêtes, et du fond de l'abîme où plusieurs fois on l'a cru englouti, le faisant toujours surgir et reparaître à l'horizon le premier royaume du monde. (Hamon, Notre Dame de France).

Cependant la raison déifiée sous le symbole vivant d'une infâme prostituée, a osé se montrer sur l'autel de Notre Dame de Paris à la place de la statue de la Vierge Immaculée ! Est-il encore permis de dire que la France est le royaume de Marie ? N'est-il pas à craindre que Marie n'abandonne enfin Paris à ses impiétés et à ses iniquités ?

Non, Marie a donné depuis, dans Paris même, des gages nouveaux de sa protection et ces gages surpassent tout ce qu'elle avait fait jusque-là pour montrer sa sollicitude maternelle.

 

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08 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Neuvième jour

Marie dans le plan divin

 

Quand un architecte médite le plan d'un édifice, d'un palais, par exemple, ou d'un temple, le premier objet de sa pensée, s'il s'agit d'un palais, sera le trône, et s'il s'agit d'un temple, ce sera l'autel. Au second rang, mais avant tout le reste, vient pour le palais la salle du trône, pour le temple le sanctuaire. Puis l'artiste trace le plan de l'édifice entier, rapportant toutes les parties du palais à la salle du trône, et par là au trône lui-même et au roi, toutes les parties du temple au sanctuaire, et par là à l'autel et à Dieu.

Ainsi, de toute éternité, l'artiste suprême arrêta le plan d'un palais et d'un temple dont il est le roi comme il en est le Dieu. Le trône, dans ce palais, l'autel, dans ce temple, c'est le Dieu fait homme, Jésus-Christ. Aussi, que ce soit en vertu de la prévision du péché originel ou in dépendamment de cette chute, l'Incarnation étant la plus haute manifestation extérieure de la grâce de Dieu, on peut dire qu'elle est l'objet premier, le principe, le centre, le terme final du plan divin.

Dans les décrets éternels il a été arrêté que le Dieu-Homme naîtrait d'une fille d'Adam, et que cette fille choisie entre toutes serait la Vierge Marie ; dès lors dans ce palais, dans ce temple de la création où les anges et les hommes sont les pierres vivantes de l'édifice, Marie est comme la salle du trône ou le sanctuaire, et par elle tout, depuis l'atome jusqu'au séraphin, se rapporte à Jésus-Christ, qui seul, par son humanité, est le trône de la royauté suprême, l'autel de la divinité trois fois sainte. Tel est le rang qu’occupe Marie dans le plan éternel de la création, le premier après son divin Fils. Avec lui elle peut redire : « Le Seigneur m'a possédée dans sa prescience, dans son décret au commencement de ses voies, de ses pensées, de ses desseins éternels. Dominus possedit me in initio viarum suarum. (Prov. 8, 22).

Concluons avec saint Anselme : « Tout ce qui existe est au-dessus ou au-dessous de Marie : Dieu seul au-dessus, toutes les simples créatures au-dessous » ; et avec saint Bonaventure : « Dieu peut créer un monde plus vaste, un ciel plus élevé que le monde et les cieux qui existent, mais il ne peut pas élever une simple créature plus haut que celle dont il a fait sa mère ». Car, comme le déclare Albert le Grand, « la dignité de Mère de Dieu est immédiatement après celle de Dieu même », et, « Marie ne peut être plus unie à Dieu qu'elle ne l'est, à moins de devenir Dieu ». Aussi, « telle est la grandeur de Marie, selon saint Bernardin, que Dieu seul peut la comprendre ».

Tout dans le monde se rapporte à Jésus Christ ; tout y est une annonce de Jésus Christ. Avant sa venue, tout le prépare et le figure ; depuis sa venue, tout est une continuation et une imitation de sa vie et de son action : de même tout dans le monde se rapporte à Marie, soit pour l'annoncer, soit pour la rappeler.

N'oublions pas que dans ce palais et dans ce temple nous avons une place marquée. Par son humanité Jésus-Christ est le trône de ce palais, l'autel de ce temple ; Marie est la salle du trône et le sanctuaire, et nous, nous devons former le reste de l'édifice et en être les pierres vivantes : Superædificati super fundamentum apostolorum. (Eph. 2, 19). Quæ domus sumus nos. (He. 2, 6).

Prenons garde. La pierre qui ne répond pas au dessein de l'architecte, est rejetée dans les décombres. S'il est en nous quelque œuvre, quelque parole, quelque pensée qui ne soit pas conforme à la mesure exigée, qui ne se rapporte pas à Dieu par Jésus, et à Jésus par Marie, cet acte est perdu ; car, pour lui il n'est pas de place dans ce palais, dans ce temple qui s'appelle ici-bas l'Église, et là-haut le ciel. Telle est la loi. Depuis le premier fiat, depuis le fiat lux, jusqu'au fiat mihi secundum verbum tuum, depuis la création jusqu'au jugement dernier, tout dans le monde aussi bien que dans l'homme, tout dans la vie publique des nations aussi bien que dans la vie privée des individus, tout doit se rapporter à Dieu par Jésus-Christ et à Jésus-Christ par Marie.

Ainsi l'Ancien Testament est l'annonce continue de Marie. Il faudrait un volume pour exposer tous les traits qui peuvent se rapporter à la Mère de Celui qui est le principe, le centre et le terme de toutes choses. Nous en indiquerons quelques-uns.

 

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Saint Ignace et Saint François de Sales

 

Sur le flanc de la colline de Montmartre il existait autrefois une église sous le vocable de Sainte Marie et de Saint Denis.

Le jour de l'Assomption 1534, sept jeunes hommes appartenant à diverses nations, mais tous étudiants de l'Université de Paris, se réunissaient dans la crypte de ce sanctuaire. L'un d'eux, le seul qui fut prêtre, célébrait la sainte messe ; et tous, au moment de la communion, s'engageaient par vœu au service de Dieu et à la défense de l'Église. Le chef de cette milice nouvelle se nommait Ignace de Loyola. La Compagnie de Jésus venait de naître, à Paris sur le mont des martyrs, dans un sanctuaire de Marie, et le jour de l'une de ses plus grandes fêtes.

À Saint-Étienne des Grès, on vénérait sous le titre de Notre Dame de Bonne Délivrance, une statue de la sainte Vierge. Un jeune étudiant venait souvent prier devant cette image. Il se nommait François de Sales et n'avait alors que dix-sept ans (1578). Depuis quelques semaines il se desséchait à vue d'œil ; il ne pouvait plus ni boire ni manger ni dormir. En proie à un affreux désespoir, il se croyait réprouvé. Un jour que prosterné aux pieds de Notre Dame de Bonne Délivrance il priait avec plus d'instance, il s'écria : « Bonne Mère, si je suis condamné à haïr Dieu pendant l'éternité, obtenez-moi du moins de le servir et de l'aimer pendant cette vie ». Puis il fit vœu de chasteté et s'engagea en mémoire de ce vœu, à réciter chaque jour le chapelet de six dizaines. À l'instant même il fut délivré et avec la paix de l'âme il recouvra la santé du corps.

 

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07 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Huitième jour

Le Chapelet ou Rosaire

 

C'est par le Rosaire que saint Dominique a converti les Albigeois ; c'est par le Rosaire que plus d'une fois l'Église a obtenu le triomphe de ses guerriers sur les plus redoutables ennemis du nom chrétien. La fête du Rosaire en fait foi. Essayons de cette arme contre les ennemis de nos âmes, et la victoire confirmera nos légitimes espérances.

Cette pratique unit les deux genres de prière : la prière vocale et la prière mentale.

Les prières vocales du chapelet sont les plus belles, les plus pieuses, les plus simples et les plus solennelles, en même temps que les plus autorisées de la religion. La profession de foi ou le Symbole des Apôtres ouvre la série. Puis l'Oraison Dominicale, plusieurs fois répétée dans le cours du chapelet. Ensuite la Salutation angélique, revenant d'abord trois fois, après un premier Pater, pour honorer la Trinité sainte, puis se répétant dix fois après chacun des cinq Pater, enfin le majestueux Gloria Patri, terminant chaque dizaine.

Tous ces nombres offrent un symbole.

Trois rappelle les trois Personnes divines ; dix figure les dix commandements du Décalogue, et par conséquent la perfection de la vie chrétienne. Cinq exprime les doigts de la main, organe de l'action. Cinquante, complément de quarante-neuf, qui est le produit de sept multiplié par lui même, rappelle et le jubilé de l'ancienne loi, et la Pentecôte juive et chrétienne, et la multiplication des sept jours de la semaine par eux-mêmes, multiplication des mérites amassés par le bon emploi du temps de la vie présente, qui doit amener le repos et le jubilé du jour éternel figuré par la cinquantième année jubilaire du peuple de Dieu.

Il n'est pas jusqu'au passage d'un grain à un autre qui n'ait sa signification. La main, organe de l'action et de la volonté, s'unit, dans ce pieux exercice, à la langue, organe de la pensée et de l'intelligence, et en même temps, par la méditation, l'esprit repasse les principaux mystères de la vie cachée, souffrante et glorieuse de Jésus- Christ. Le Chapelet est donc, à tout point de vue, un cours complet de religion.

À ces pratiques non moins solides que pieuses ajoutez la célébration spéciale du Samedi, jour consacré à Marie ; la récitation, de temps en temps du moins, du petit Office de la sainte Vierge ; la préparation aux fêtes les plus solennelles, comme l'Immaculée Conception, la Nativité, l'Annonciation, la Purification, et l'Assomption ; les pèlerinages aux sanctuaires célèbres ; enfin la belle et joyeuse dévotion du mois de Marie : vous sentirez votre confiance et votre dévotion se réveiller, se ranimer, s'accroître sans cesse, et après avoir vécu avec Marie, vous mourrez en l'invoquant, et vous irez partager ses joies et ses gloires.

 

Notre Dame des Vertus d'Aubervilliers

 

Les protestants et la Sainte Vierge à Paris

 

Autrefois à Paris chaque coin de rue était orné d'un massif de fleurs au milieu duquel s'élevait une petite statue de la sainte Vierge. Le samedi, la niche était entièrement illuminée, et toutes les nuits une lampe allumée brillait au pied de la statue. Ce fut comme le premier éclairage des rues. Ce pieux usage était du reste commun à la plupart des villes de France.

Un des premiers actes par lequel le protestantisme signala sa présence à Paris avait été de mutiler et de décapiter une statue de la sainte Vierge placée au coin de la rue des Rosiers, près de la petite porte Saint-Antoine (1528). « François Ier ordonna aussitôt de faire une statue d'argent semblable à celle qui avait été profanée. Puis il convoque, dans une église voisine du lieu de la profanation, tous les corps ecclésiastiques de Paris, avec huit évêques, le parlement, la chambre des comptes et le corps de ville, les princes du sang, les ambassadeurs et tous les grands officiers de la Couronne. On y offre le saint sacrifice en expiation de l'attentat commis, et de là on se rend en procession sur le théâtre du crime, le grand aumônier de France portant la nouvelle statue et le roi le suivant un cierge à la main. Arrivé au lieu désigné l'évêque dépose la statue sur un autel préparé ; la musique de la chapelle royale chante l'antienne Ave, Regina cælorum, devant toute l'assemblée à genoux ; après quoi le roi se lève, prend la statue, la baise respectueusement, la place lui-même dans la niche, ferme le treillis destiné à prévenir de nouvelles insultes, se remet à genoux, prie quelque temps avec larmes, et fait porter en grande pompe la statue mutilée dans l'église de Saint Gervais, où elle a été depuis honorée pendant des siècles sous le titre de Notre Dame de la Tolérance ».

« Ce titre ne toucha point les sectaires ; en 1547, ils brisèrent la grille et volèrent la riche statue ; on la remplaça par une statue de bois, et en 1551, ils la brisèrent également. Eux, qui réclamaient la tolérance pour leur culte, étaient les plus intolérants des hommes pour le culte de toute la nation ». (Hamon).

L'hérésie cependant faisait des progrès effrayants. Les Parisiens désirant se préserver du fléau s'adressèrent à Marie. En 1529 , une immense procession partit de Notre Dame de Paris et se rendit à Notre Dame des Vertus à Aubervillers, entre Saint Denis et la capitale. Toutes les paroisses de Paris s'étaient réunies dans cette grande manifestation. Chaque fidèle portait un flambeau allumé et tel fut l'éclat de ces innombrables lumières que des hauteurs de Montlhéry on crut que Paris était en feu.

Marie exaucera ces prières. C'est de Paris que sortira le secours extraordinaire préparé par le Ciel contre la grande hérésie.

 

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05 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

LE SAINT NOM DE MARIE SDJ

 

Septième jour

Les armes de Marie

 

Par les armes de Marie, j'entends ce que saint Paul appelle le glaive de l'esprit ou la parole de Dieu. Gladium spiritus quod est verbum Dei (Ep. 6, 17).

C'est d'abord le saint nom de Marie. Invoquez-le sans cesse, surtout dans le danger, surtout dans la tentation. Mariam cogita, Mariam invoca. Pensez à Marie, invoquez Marie. Que ce nom si doux et si puissant soit toujours sur vos lèvres, toujours dans votre cœur : Non recedat ab ore, non recedat a corde. (Saint Bernard).

La Salutation angélique est, après le Pater, la prière par excellence. Elle rappelle l'Incarnation du Verbe et la maternité divine de la Vierge, double mystère qui suppose et qui rappelle aussi et la Trinité des Personnes divines et la Conception immaculée de Marie : la Trinité, le Père envoyant le Fils, le Fils s'incarnant dans le sein de Marie par l'opération du Saint Esprit ; l'Immaculée Conception, par laquelle Marie est pleine de grâce, gratia plena ; inséparable du Seigneur, Dominus tecum ; bénie entre les femmes, benedicta tu in mulieribus ; l'Immaculée Conception, sans laquelle Marie n'eût pas été digne de devenir la Mère d'un Dieu. Cette prière résume donc toute la religion chrétienne.

Nous y retrouvons aussi les Saints Noms de Jésus et de Marie.

La première partie fut inspirée par l'Esprit Saint à l'ange messager de l'Incarnation ; puis à Élisabeth, qui la première proclama la maternité divine de Marie.

La seconde partie, composée par l'Église, exprime la prière la plus importante que nous puissions formuler. Deux instants sont pour nous décisifs : le moment présent, auquel répond une éternité, le nunc qui seul est en notre pouvoir ; le moment de la mort, la dernière heure de la vie du temps et d'ici-bas, d'où dépend l'éternité entière. L'Église nous fait invoquer le secours de Marie pour ce double instant : Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvre pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.

Récitez donc souvent l'Ave Maria, répétez-le sans cesse ; l'Église n'épargne rien pour nous engager à réitérer cette salutation si glorieuse à Marie, si terrible au démon, si salutaire pour nous.

De là l'Angélus, qu'en certaines contrées on appelle simplement l'Ave Maria ; de là le Chapelet ou le Rosaire, qui est une répétition continue de l'Ave Maria.

L'Angélus. Trois fois le jour la cloche vous rappelle toute la religion : la Trinité des Personnes divines, par cette triple invitation et par la triple répétition de l'Ave Maria ; l'Incarnation, par les paroles qui contiennent le récit de ce mystère ; la naissance, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, en d'autres termes les mystères joyeux, douloureux et glorieux, résumés dans l'oraison qui conclut ; enfin ; l'humilité et l'obéissance de Marie si bien exprimées par sa réponse au messager céleste : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait suivant votre parole » ; et son élévation à la dignité de Mère de Dieu, rappelée par ces mots : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous ». Cette pratique fut instituée pour implorer le secours de Marie contre les infidèles ; de nos jours l'Église est attaquée par une légion d'incrédules plus dangereuse, plus acharnée, plus funeste que ne le furent les Musulmans et les autres barbares : l'Angélus n'a donc rien perdu de son opportunité.

 

Notre Dame de Paris

 

Les rois et les docteurs

 

Vers l'an 910, Paris et les environs furent désolés par un fléau qu'on nomma le mal des ardents. Tous ceux qui purent se réfugier à Notre Dame de Paris furent sauvés. Hugues le Grand les y nourrissait à ses frais.

Le roi Robert le Pieux fit ériger dans le palais un oratoire dédié à Marie, qui augmenté et transformé par saint Louis, devint la Sainte Chapelle.

Dans l'abbaye de Saint Victor, située sur la rive gauche de la Seine, il existait une chapelle souterraine consacrée à Notre Dame de Bonne Nouvelle. C'était là que le moine Adam de Saint Victor, célèbre poète latin du moyen âge, aimait à chanter les louanges de Marie. Un jour il y composait une prose qui débute par ces mots : « Salve Mater Salvatoris ». Tout à coup saisi d'un pieux transport il s'écrie : « Salve, mater pietatis, et totius Trinitatis nobile triclinium, Verbi tamen incarnati speciale majestati præparans hospitium ».

Aussitôt la crypte s'illumine et Marie apparaît inclinant la tête comme si elle eut voulu approuver le poète et le remercier.

Cependant l'antique église dont Clovis avait posé la première pierre dans la cité ne paraissait digne ni de Marie ni de la capitale. Grâce à ses talents et à son mérite, Maurice de Sully, ainsi nommé du lieu de son origine, était devenu évêque de Paris malgré l'obscurité de sa naissance. Il entreprit de rebâtir la basilique de Notre Dame de Paris, Louis le Jeune et les rois ses successeurs, Philippe-Auguste, Louis VIII, saint Louis et Philippe III aidèrent puissamment à cette construction.

Louis le Jeune avait été élevé dans le cloître de Notre Dame, aussi tenait-il Marie pour sa mère.

En 1248, saint Louis fit construire la Sainte Chapelle pour y déposer la couronne d'épines. Mais la partie basse demeura consacrée à Marie.

En 1304 les docteurs de la Sorbonne s'étaient rassemblés pour discuter sur la Conception immaculée de Marie. Le célèbre Duns Scot se rendant à la réunion, s'arrêta devant une statue de Notre Dame qui se trouvait au milieu de la cour d'entrée : « Vierge sainte, lui dit-il, donnez-moi de vous louer dignement et de confondre vos ennemis ». La statue s'inclina. Duns Scot parla si bien que ce jour-là même, l'Université de Paris décréta que désormais nul ne serait reçu docteur s'il ne jurait de soutenir le privilège de l'Immaculée Conception de Marie.

Cette même année 1304 nous rappelle la victoire de Mons-en-Puelle gagnée le 17 août par Philippe le Bel. Ailleurs nous avons dit que le vainqueur fit hommage à Notre Dame de Chartres du cheval et des armes qui lui avaient servi en cette fameuse journée. Nous devons ajouter ici que, d'après l'intention du roi, la fête commémorative de cette victoire se célébrait à Paris le 18 août.

Le 23 août 1328, Philippe de Valois remporta au Mont-Cassel, une victoire qu'il attribua également à l'intervention de Marie ; aussi, de retour dans la capitale, il se rendit tout droit à Notre Dame et il y entra monté sur le même cheval et revêtu des mêmes armes qu'au jour de la bataille. Il s'avança ainsi jusqu'au crucifix et il offrit à Marie tout son appareil de guerre. Il fit ensuite le pèlerinage de Chartres pour y renouveler le témoignage de sa reconnaissance.

Puis vinrent les jours mauvais. Pendant la captivité du roi Jean, la ville de Paris fit vœu de présenter tous les ans à l'église de Notre Dame, un cierge dont la longueur égalerait la circonférence des murs d'enceinte. Cette offrande se fit jusqu'en 1603. À cette époque la longue bougie roulée fut remplacée par une lampe d'argent en forme de navire, symbole de la ville, et par un gros cierge. Louis XIV ajouta six lampes à celle de Paris. L'hommage du cierge dura jusqu'en 1789.

 

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Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Sixième jour

L'Armure de Marie

 

L'armure de Marie se compose, si l'on veut, de trois pièces principales : le scapulaire, la médaille, l'image.

Revêtez le scapulaire : il sera pour vous la cuirasse de justice, de foi et de charité dont parle saint Paul. (Ep. 6, 14 ; et I Th. 5, 8). Marie a promis que celui qui mourrait couvert de cette sainte livrée serait préservé des feux de l'enfer : In quo quis moriens æternum non patietur incendium. Si vous lui êtes fidèle, fallut-il un miracle pour vous préserver du péché, ou pour vous en retirer par la contrition par faite ou par la confession, Marie sera fidèle à sa promesse. Mais prenez garde : si vous ne comptez le péché pour rien, si vous vous faites l'esclave de la passion ou du respect humain, si vous vous livrez à l'indifférence, à l'incrédulité, à l'impiété, quel cas ferez-vous du scapulaire ? Vous le laisserez, vous l'oublierez, vous le rejetterez, et vous obligerez Marie à vous laisser et à vous oublier à son tour.

Au scapulaire du Carmel ajoutez celui de l'Immaculée Conception, et priez pour la réforme des mœurs et la conversion des pécheurs. Cette pratique donne droit à gagner les indulgences de Jérusalem, des sept basiliques de Rome, de la Portioncule et de saint Jacques de Compostelle, sans qu'il soit nécessaire de se confesser et de communier, toutes les fois que l'on récite six Pater, Ave et Gloria en l'honneur de la Sainte Trinité et de l'Immaculée Conception et aux intentions du Pape.

Portez sur vous une médaille de Marie, surtout la médaille dite miraculeuse. Elle vous servira de bouclier pour repousser les traits enflammés de l'ennemi. (Ep. 6, 16). Enfin que l'image de Marie soit toujours exposée en quelque endroit où vos yeux puissent facilement la rencontrer. Elle sera comme un étendard dont la présence vous rappellera sans cesse vos engagements.

 

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Marie à Paris

 

Sur la rive gauche de la Seine, au milieu des champs, s'élevait, dit-on, un temple consacré à Cérès. On rapporte que saint Denis étant venu prêcher l'Evangile à Paris, purifia ce temple et le dédia au culte de Marie, qui y fut honorée sous le titre de Notre Dame des Champs.

Denis avait vu la très sainte Vierge, et il avait été si frappé de la majesté de sa personne, que si la foi ne l'eut retenu, il se fut prosterné à ses pieds pour l'adorer. Il apportait dans la Gaule un portrait de l'auguste Vierge, qui fut conservé longtemps dans l'église de Notre Dame des Champs. Cet oratoire a perdu son ancien nom, c'est aujourd'hui la chapelle du couvent des Carmélites de la rue d'Enfer. Lors de l'invasion des Francs, Paris se trouvait à peu près tout entier compris dans l'île appelée aujourd'hui encore la Cité. Il y avait là un temple de Druides. Ce fut sur l'emplacement de cet édifice que Clovis, devenu chrétien, posa la première pierre d'une église qui, après plus d'une transformation, est devenue la majestueuse basilique de Notre Dame de Paris. La première construction fut achevée par Childebert.

On peut donc dire que dès lors, Marie avait pris possession de la capitale future de la France. Elle saura la défendre.

En 885, Sigefroy avec trente mille Normands vint assiéger Paris, qui déjà s'étendait sur les deux rives du fleuve. Pour atteindre les murailles, les barbares comblent les fossés avec les cadavres des prisonniers et ils se disposent à passer sur ce pont humain. À cette vue, outré de douleur, l'évêque Gauzelin lève les yeux au ciel, il invoque Marie, puis saisissant un arc il décoche une flèche contre Sigefroy et le renverse mort. Déconcertés par la chute de leur chef, les Normands prennent la fuite. Paris est sauvé. L'image de Marie fut promenée en triomphe dans les rues et reçut les hommages de la reconnaissance publique.

 

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04 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Cinquième jour

Invocation

 

Allons au Père par le Fils ; allons au Fils par la Mère. Telle est la volonté de Dieu qui a voulu nous avoir tout entiers par Marie : Quia sic est voluntas Dei qui totum nos habere voluit per Mariam. (Saint Bernard).

Mère de Jésus, Marie est toute-puissante pour nous secourir ; mais elle est aussi toute bienveillante, car elle est notre Mère. Elle est bonne, car elle est Mère ; elle est forte, car elle est Reine.

Enfant d'une Mère si tendre, soldat d'une Reine si grande, voulez-vous vous assurer sa protection maternelle et royale ? enrôlez-vous dans son armée, revêtez son armure, et apprenez à manier ses armes.

L'armée de Marie, c'est la Congrégation. On s'y engage par une consécration spéciale à son service et par la promesse de défendre son honneur et ses intérêts contre les attaques de l'impiété et de la licence. Les mécréants et les libertins se sont ligués contre la foi et la vertu. À cette vue les enfants de Dieu se sont unis sous l'invocation de la Vierge immaculée, de la Vierge-Mère, de la Reine des Anges, et la Congrégation s'est formée. Vous comprenez dès lors pourquoi l'impiété honore la Congrégation des poursuites de sa haine et de sa fureur. Mais comprenez aussi ce mot d'un grand Saint des temps modernes : « Quand un laïque me demande ce qu'il doit faire pour être sauvé, je ne puis lui conseiller un moyen plus utile et plus sûr que d'entrer dans la Congrégation. La Congrégation est un moyen qui renferme tous les autres, même les plus infaillibles, pour le salut éternel ». (Saint Alphonse de Liguori).

Faites-vous inscrire sur les registres de l'Archiconfrérie du très Saint et Immaculé Cœur de Marie, établie à Notre Dame des Victoires de Paris pour la conversion des pécheurs. Par cette inscription vous se rez en union de prière avec les vingt millions d'associés de cette ligue pacifique. Ajoutez la récitation d'un Ave Maria, quand ce ne serait que celui de votre prière du matin ou du soir, aux intentions de l'Archiconfrérie : vous avez rempli toutes les obligations qu'elle propose à ses membres.

 

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Notre Dame de Chartres depuis Louis XIII

 

Le fils d’Henri le Grand, Louis XIII, dès les premiers jours de son règne vint lui-même à Chartres mettre sa personne et sa couronne sous la protection de la Vierge. Il préludait ainsi à l'acte solennel qui devait consacrer la France à Marie dans l'église de Notre Dame de Paris.

Comme autrefois Isabelle, et comme Blanche de Castille, Anne d'Autriche descend dans la grotte vénérée pour demander un fils à la Vierge Mère. Enfin, après vingt-deux ans de stérilité, elle donna le jour à un enfant qui sera Louis XIV.

La France doit donc à Notre Dame de Chartres trois de ses rois : Louis le Lion, saint Louis et Louis le Grand.

Louis XIV ne fut pas ingrat. Ce fut à l'assistance de Celle qui est terrible comme une armée rangée en bataille qu'il attribuait les victoires remportées par ses grands capitaines, et plusieurs fois il fit le pèlerinage de Chartres pour vénérer sa puissante Protectrice et sa Mère bien aimée.

Vinrent les jours de désolation. On ne sait pas comment la cathédrale de Notre Dame de Chartres a pu traverser à peu près intacte cet ouragan destructeur que la Révolution avait déchaîné sur tous les monuments sacrés. Quoi qu'il en soit, Marie n'a point abandonné la cité de ses prédilections. Elle le fit bien voir lorsqu'en 1832 le choléra y commença ses ravages. En quelques jours, cent soixante personnes avaient succombé. Le dimanche 26 août, on porta en procession la chasse qui contient le voile vénéré. Deux particuliers se permirent d'insulter à la piété des fidèles. Ils se riaient aussi du choléra ; mais, soudainement saisis par le fléau, ils expirèrent dans des contorsions affreuses. Ils furent les dernières victimes ; à partir de la procession, pas un habitant ne mourut du choléra.

De tous ces faits et de mille autres que nous passons sous silence, ne serait-il pas permis d'inférer que Notre Dame de Chartres peut se dire aussi Notre Dame de France ? Chartres est comme la capitale de notre auguste Reine, et ce temple, cette merveille de l'art, cette épopée lapidaire, pour emprunter l'expression d'un orateur de ce siècle, est son palais.

Mais à l'exemple des reines de la terre, la Reine du Ciel aime à visiter les provinces de son royaume, et partout elle a des palais, des sanctuaires privilégiés qu'elle honore de sa faveur plus spéciale. Nous la suivrons dans quelques-uns de ces lieux bénis.

 

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03 mai 2022

Le Mois de Marie, reine de France

Le Mois de Marie, reine de France

 

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Quatrième jour

Vénération

 

Marie est la Mère de Jésus, elle est notre Mère. Elle est la Mère de Jésus, et Jésus, tout grand, tout Dieu qu'il est, l'a honorée comme sa Mère. Elle est notre Mère : une Mère a droit à l'hommage de ses enfants.

Jésus honore Marie comme sa Mère. Pour elle, et pour elle seule, il a fait plus que pour le monde entier. Des trente-trois ans passés sur cette terre, trente sont consacrés à Marie ; trois suffiront pour le reste du genre humain. Il est vrai que tout le temps consacré à Marie nous est par là même, consacré Achevant la perfection de sa Mère, Jésus nous formait une mère.

Jésus honore Marie comme sa Mère. Il veut qu'entre Elle et Lui tout soit commun. Et d'abord, s'il n'est de salut qu'en Jésus et par Jésus, je ne vois pas qu'on puisse séparer Marie de Jésus. Nul ne sera sauvé, s'il ne croit en Jésus-Christ, s'il ne croit que Jésus-Christ est vraiment Dieu et vraiment homme. Mais si vous ne croyez pas que Marie est vraiment la Mère d'un fils qui est Dieu et homme, si vous ne croyez pas que le Fils unique de Dieu s'est incarné et a été conçu dans le sein de la Vierge Marie et qu'il est né de cette Mère très pure, vous ne croyez pas au Verbe fait chair, au Dieu fait homme, vous ne croyez pas à Jésus-Christ. Aussi, dans le Symbole, la foi à la maternité divine de Marie est-elle inséparable de la foi à l'incarnation : Credo... in Jesum Christum Filium ejus (Dei Patris) unicum... qui... natus ex Maria Virgine.

Faut-il s'étonner ensuite des honneurs que Jésus se plaît à partager avec sa Mère ? Indiquons-en quelques-uns.

Jésus immaculé et impeccable par nature, Marie immaculée et impeccable par grâce ; Jésus vierge, Marie vierge ; Jésus transpercé par la lance extérieure, Marie transpercée par le glaive intérieur. Jésus, incorruptible dans le tombeau, ressuscite le troisième jour par sa propre vertu ; Marie, préservée de la corruption du sépulcre, ressuscite le troisième jour par la vertu de son divin Fils. Jésus monte au ciel en corps et en âme, Marie y monte également.

L'Église, voulant vénérer dans Marie et la Mère de Jésus et notre Mère, ne la sépare pas de son Fils.

Elle encourage également l'invocation du nom sacré de Jésus et du saint nom de Marie.

On trouverait difficilement un temple sans une chapelle, un autel ou du moins une image de Marie.

À chaque fête en l'honneur du Fils répond une fête en l'honneur de la Mère. Si nous célébrons l'Incarnation du Verbe, c'est-à-dire la Conception de Jésus, nous célébrons la Conception de Marie ; nous honorons la Nativité de Jésus et celle de Marie ; nous fêtons les saints Noms de Jésus et de Marie, la Présentation de Jésus et celle de Marie, la Passion du Fils et la Compassion de la Mère, la Résurrection et l'Ascension de Jésus, et l'Assomption de Marie, le sacré Cœur de Jésus et le Cœur immaculé de Marie.

À l'exemple de Jésus, à l'exemple de l'Église, vénérons Marie. Osez, vous resterez toujours au-dessous de ce que vous devez ; jamais vos efforts, jamais vos excès ne répondront à la dignité de votre Mère, de la Mère de Jésus : Quantum potes tantum aude, quia major omni laude, nec laudare sufficis. Si quelque âme étroite et chagrine se scandalise de vos audaces, répondez que si cet honneur, si cet éloge semble excessif pour Marie, il ne l'est pas pour son Fils : Si Mariæ non congruit, congruit Filio ejus.

 

Notre Dame du Pilier Chartres 2

 

Les Protestants et Notre Dame de Chartres

 

En 1568, au plus fort des guerres de religion, Condé avec les Huguenots vint assiéger la cité de Marie. Mettant toute leur confiance en la Vierge Mère les habitants placèrent sa statue sur chacune des portes, avec cette inscription : Carnu tum tutela, défense des Chartrains. Les hérétiques ouvrirent le feu contre la porte drouaise, et ce fut sur l'image de Marie que ces impies dirigèrent leurs coups ; mais sans pouvoir l'atteindre. Cependant un pan de mur s'écroule. Les soldats de la cité font tête à l'ennemi, la population se presse dans la grotte aux pieds de la Vierge Mère. Tout à coup, sans qu'on pût savoir pour quelle raison, au lieu de profiter de la brèche, les Huguenots se retirent et lèvent le siège. Les Chartrains reconnurent dans cette retraite inexplicable, le secours de Notre Dame et, pour perpétuer le souvenir de leur reconnaissance, ils construisirent devant le pan de muraille abattu par le canon huguenot, une chapelle en l'honneur de Notre Dame de la Brèche.

Enfin, grâce à l'énergie de la France catholique, Henri IV a compris que jamais il ne sera roi français s'il n'est le roi très chrétien. Il se fit instruire et abjura l'hérésie, et ce fut à Notre Dame de Chartres, sur le jubé de la splendide cathédrale, qu'il voulut recevoir le sacre royal.

C'est donc aux pieds de Notre Dame de Chartres que sont tombés les trois ennemis les plus redoutables de la France.

Là s'arrêtèrent les derniers païens envahisseurs du sol français, les Normands de Rollon qui, repoussés devant Chartres par le bras de Marie, ne tardèrent pas à se faire chrétiens.

Là, foudroyés par Marie, les Anglais furent forcés d'accorder une paix sans laquelle la France devenait anglaise, et plus tard peut-être protestante.

Là, repoussés par l'image de Marie, les protestants voient leurs espérances et leurs prétentions déçues par le sacre de Henri IV devenu le roi très chrétien.

Nous ne sommes pas au terme des faveurs de Notre Dame de Chartres.

 

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