03 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Quatrième jour

L'Eglise militante, nécessité de son existence

 

I. Le Créateur du monde et le fondateur de l'empire des âmes a établi pour le ciel et pour le purgatoire un trop bel ordre, pour négliger ensuite de donner aussi à la terre des lois et un gouvernement propres à la mettre en harmonie avec le reste du plan général et magnifique qu'il se proposait. La terre devait être le berceau des âmes, le lieu de leur éducation et de leurs épreuves ; le ciel n'avait d'autre but que d'être tout à la fois la source des secours divins et la récompense des âmes qui combattent sur la terre : il supposait donc l'existence d'une société première, qui devait être pour ainsi dire la pépinière des élus. Le purgatoire supposait à son tour, d'un côté, la terre et ses fragilités qu'il fait expier, et, de l'autre, le ciel auquel il rend purs et sans tache les saints qu'il ne tenait captifs que pour un temps. Tout dans le plan divin se tient et s'enchaîne. Mais cette société que le Créateur a répandue sur la surface de la terre, pouvait-elle seule rester livrée à elle-même et à ses caprices, sans avoir aucune règle, aucune lumière, aucun gouvernement de nature à la conduire sûrement à son but ?

II. La sagesse divine ne l'a pas voulu : elle a donné des lois à l'homme et à la société, et elle a constitué un gouvernement pour faire observer ces lois. Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde, son empire des âmes est tout spirituel, et néanmoins les lois et le gouvernement qu'il a établis, étant destinés à régler et à diriger non-seulement les actes intérieurs, mais aussi les actes extérieurs des hommes, qui eux-mêmes ont un corps et une âme, ces lois et ce gouvernement ne devaient pas être uniquement spirituels, mais participer a la nature des êtres à l'utilité desquels ils étaient destinés. Voilà pourquoi la loi divine ne se contente pas de commander l'adoration en esprit et en vérité, mais encore le culte extérieur; elle prescrit aussi, pour la conservation de l'ordre et de l'harmonie dans la société, certains devoirs que les hommes ont à accomplir les uns envers les autres, et même des règles de conduite personnelle. C'est encore pour cela que Dieu a voulu que le chef du gouvernement spirituel qu'il constituait fût un homme, et que les ministres destinés à le seconder dans sa sage et importante administration le fussent aussi. Faut-il être surpris maintenant, si les moyens employés dans ce gouvernement tiennent tout à la fois du temporel et du spirituel, et s'ils ont quelque chose d'humain, tout en ayant un but surnaturel ?

III. Telles sont, en effet, les bases sur lesquelles la sagesse divine a établi ici-bas son Église; et depuis l'éternité bienheureuse ; c'est-à-dire encore qu'on ne peut arriver à cet heureux terme qu'en prenant des moyens diamétralement opposés avec ceux dont l'on se sert dans le monde pour parvenir à la félicité terrestre. Cela ne veut point dire, comme le prétendent un grand nombre de faux interprètes, que Jésus-Christ ait défendu à son Église de se servir d'aucun moyen extérieur et matériel, lui-même ayant donné l'exemple du contraire en prenant un corps pour sauver les hommes, et en instituant les sacrements qui sont des signes sensibles. l'origine des temps elle a su maintenir dans un admirable équilibre ce mélange si opposé à la sagesse humaine, de l'esprit avec la matière, de ce qui est céleste avec ce qui est humain et terrestre. Le but de la vie de l'homme n'étant autre chose que de se servir des choses temporelles et matérielles, pour les surnaturaliser et les spiritualiser par ses vertus, et de devenir ainsi lui-même un homme céleste, un élu, et digne un jour d'être uni à jamais à Dieu qui est esprit par excellence : il en résulte que l'Église, qui doit conduire l'homme et le soutenir dans celte voie, doit se servir aussi des moyens matériels et spirituels tout à la fois, soit pour agir sur ses sens et arriver ainsi jusqu'à son âme, soit pour l'aider et lui apprendre à vaincre et à dominer sa chair ou ce qui la flatte, et le faire parvenir ainsi à vivre de la vie chrétienne ou spirituelle. Les moyens, en effet, ne doivent-ils pas être en rapport avec la nature de ceux auprès desquels on les emploie, et du but que l'on se propose d'atteindre ?

 

Élévation sur la nécessité de l'existence de l'Eglise militante

 

I. Que l'esprit de l'homme me paraît étroit, et la sagesse prétendue du monde ténébreuse et bornée, lorsque je contemple les vastes plans et la sagesse profonde de celui qui a fondé l'Eglise ! Quel autre que vous, ô mon Dieu, aurait pu former un pareil dessein, et établir d'aussi harmonieuses proportions entre ces trois parties de l'Eglise universelle : le ciel, le purgatoire et la terre ? Mais aussi, quelle autre intelligence que la vôtre aurait pu trouver les moyens admirables par lesquels vous savez élever l'homme de la terre au ciel ? Soyez àjamais béni, Seigneur, de n'avoir pas dédaigné votre faible créature, et d'avoir abaissé votre grandeur et votre majesté infinies jusqu'à elle, pour lui apprendre comment elle pourrait se dégager des liens qui rattachent à la terre et à ses sens, afin de prendre pour ainsi dire son vol, et d'arriver jusqu'à vous au plus haut des cieux.

II. Sans doute, ce qui reste à l'homme de son ancienne dignité avant le péché du premier père suffisait pour lui faire comprendre que son état présent, que l'esclavage des sens et la séduction que les objets matériels opèrent sur eux, étaient un châtiment, une situation anormale dont il fallait sortir. Il sentait bien qu'ici-bas rien ne pouvait satisfaire l'ardeur de ses désirs. Ses nobles aspirations tendaient à l'élever au-dessus des instincts grossiers de sa chair ; mais les ténèbres de son intelligence l'empêchaient d'entrevoir même les moyens de sortir de son déplorable abaissement ; et encore que par ses propres lumières il fût parvenu à connaître ces moyens, sa faiblesse extrême et l'entraînement de ses passions terrestres auraient été un obstacle insurmontable à les réduire en pratique. Vous avez eu pitié de l'homme déchu, ô mon Dieu, et vous avez daigné lui donner une mère pour éclairer ses pas, pour soutenir sa marche défaillante, pour le défendre contre ses ennemis : vous lui avez donné des lois qui sont sa lumière, un gouvernement plein de Charité qui le fortifie et lui tend sans cesse la main pour le guider, l'assister et le protéger dans le dangereux et pénible voyage de la vie, jusqu'à ce qu'il soit arrivé jusqu'à sa fin dernière, au bonheur suprême : vous lui avez donné la sainte Eglise.

III. Ici ce n'est plus seulement mon âme qui s'exhale en sentiments de reconnaissance et d'amour, c'est ma raison qui s'égare et qui se perd dans l'océan sans bornes de votre sagesse et de votre puissance infinies. Vous aviez déjà, en créant l'homme, opéré un miracle permanent, un mystère où la science humaine a toujours échoué lorsqu'elle a voulu l'approfondir : vous aviez uni de la manière la plus intime une substance spirituelle à une substance matérielle, une âme à un corps. Union telle que jamais l'une de ses substances n'est impressionnée sans que le contre-coup n'en soit ressenti par l'autre. Depuis la chute primordiale, l'âme autrefois souveraine était devenue l'esclave du corps et de la matière, il fallait lui rendre sa couronne et son sceptre : qu'avez-vous fait pour lui restituer son ancienne dignité et sa première autorité ? Vous avez opéré un miracle et un prodige plus grands encore que ne l'était l'union de l'âme avec le corps. Votre divin esprit est descendu sur la terre, il a parlé aux hommes dans la loi naturelle du haut du Sinaï, et plus tard, par le Verbe incarné ; il a daigné accorder ses inspirations célestes aux patriarches, aux législateurs de votre peuple, à ses juges, à ses rois, à la tribu de Lévi et enfin aux pontifes de la loi nouvelle. En un mot, la divinité s'est communiquée à l'humanité, et elle a su trouver les moyens d'éclairer, de soutenir et de protéger l'homme et la société tout entière, pour rendre à l'esprit sur la matière le domaine souverain qu'il avait perdu. Ah ! Je commence, Seigneur, à entrevoir, grâce à vos divines lumières, votre admirable plan. Oui, il fallait que vous vous servissiez des hommes et des choses temporelles pour agir sur des êtres matériels, quoique spirituels en même temps, et je vois comment, en animant ces hommes et ces choses temporelles de votre divin esprit, vous avez pu parvenir à rendre à l'âme humaine sa première énergie, son ancienne autorité sur le corps et sur les sens, et finir parfaire de l'homme un être spirituel et surnaturel. Oui, Seigneur, je crois comprendre maintenant combien il était nécessaire aux hommes d'avoir un guide sûr, un soutien tout-puissant, des lois et un gouvernement qui fussent en rapport avec leur nature ; d'avoir à leur portée un secours humain et matériel pour qu'ils pussent le saisir et en être saisis ; divin, pour qu'il pût les élever jusqu'à vous ; une Eglise enfin, tendre, charitable et divine, telle que vous nous l'avez donnée !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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02 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Troisième jour

Le purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. Pour entrer dans le ciel, le sanctuaire de la sainte Eglise ; pour être admis au sein de cette élite des purs esprits, il faut avoir obtenu ici-bas un triomphe complet sur la chair et sur les sens ; il faut être entièrement libre de toute affection terrestre et matérielle, et ne plus vivre pour ainsi dire que par l'âme ; cap elle seule peut faire partie de ce royaume divin des esprits, et si le corps y a quelque part, ce n'est qu'autant qu'il aura été en quelque sorte vaincu et spiritualisé par le souverain domaine que l'âme aura exercé sur lui. Il faut pour entrer dans la gloire, après s'être souillé par le péché, avoir passé par les douleurs d'une complète expiation ; mais, parmi les chrétiens, et même parmi les justes, il en est bien peu qui, à leur heure dernière, réunissent ces indispensables conditions. Leur âme n'est digne à ce moment suprême, ni du bonheur éternel, ni des supplices sans fin. La justice divine doit donc achever de les purifier pour leur ouvrir ensuite ses célestes tabernacles. Cette doctrine est tellement en harmonie avec la nature humaine, que, depuis le jour où l'homme a commencé à mourir, on a vu commencer aussi une sorte de culte pour les tombeaux, et la prière pour les morts. En tout temps, en tout lieu, dans toutes les religions, tous les peuples de l'univers ont cru que ceux qui ont cessé de vivre étaient soulagés par les suffrages des vivants. Cette croyance, qui fut d'abord celle des Juifs, devint ensuite celle des Chrétiens de tous les siècles. Voilà  pourquoi le saint concile de Trente a pu dire en toute vérité : « L'Eglise catholique, instruite par l'Esprit saint et par les Saintes Ecritures, et par l'antique tradition des Pères, enseigne qu'il y a un Purgatoire, et que les âmes qui y sont détenues sont soulagées par les suffrages des fidèles ».

II. Toutefois, tandis que ces élus sont éprouvés pour la dernière fois, ils ne sont pas délaissés ; et si, la justice ne peut céder entièrement ses droits à la Charité infinie, celle-ci sera assez ingénieuse pour découvrir des moyens de satisfaire l'une et l'autre. Quoique partagée en trois provinces distinctes, l'Eglise universelle n'en forme pas moins un immense et unique empire, dont Dieu est le chef, et dont Jésus-Christ est le médiateur et le lien ; c'est, en effet, le Sang adorable du Sauveur qui cimente toutes les parties de ce gigantesque édifice, et c'est sa grâce et son amour qui unissent entre eux tous ceux qui en sont les éléments. Mais, comme cet amour n'est pas un simple sentiment, et qu'il est vrai et sincère, il ne s'en tient pas à déplorer les souffrances des âmes soumises à l'expiation, ni à gémir sur leurs douleurs ; il met encore tout en œuvre pour les soulager. « Par une admirable économie, dit le P. Ventura, la sagesse et la bonté divines ont réuni en nous et par nous, pauvres voyageurs de la terre, comme par une pierre angulaire mystérieuse, le sublime palais du ciel et la prison profonde du purgatoire, pour en former un seul édifice et une seule maison. C'est pour cela que, placés entre l'Eglise qui règne et qui triomphe dans les cieux, et l'Eglise qui souffre et qui est humiliée, dans le lieu de l'expiation, la même Foi, la même espérance, la même Charité qui nous rendent les concitoyens des saints, les familiers, les alliés et les enfants de Dieu, font encore mieux de nous les associés, les compagnons et les amis des âmes du purgatoire : de même que nous sommes en communication directe avec le ciel, de même aussi nous le sommes, et plus étroitement encore, avec le purgatoire. Voilà  pourquoi, tandis que nous recevons les secours de l'intercession des saints qui jouissent du bonheur céleste, nous soulageons par nos suffrages, quoique voyageurs sur la terre, les âmes soumises à l'expiation ; et pendant que la Divine Miséricorde daigne, à la prière des saints, descendre jusqu'à  nous ici-bas, pour pardonner nos fautes et pour soutenir notre faiblesse ; le Sang de Jésus-Christ, appliqué par nos suffrages, pénètre jusque dans l'abîme, et se répand sur les âmes du purgatoire pour effacer leurs souillures et pour adoucir leurs souffrances. C'est ainsi que nous devenons en quelque sorte le mur mitoyen, la pierre angulaire et principale, au moyen desquels se réunissent entre eux le ciel, la terre et le purgatoire ; c'est ainsi que les vrais chrétiens, qui ont la même foi, que les enfants de la véritable Eglise, qui sont en état de grâce, quoique séparés par des distances incommensurables, sont en communication et en société entre eux, et forment une seule et unique Eglise, un seul corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, un seul édifice dont Jésus-Christ est le fondement ». (l'Ecole de Miracles, P. Ventura)

III. C'est, en effet, un touchant spectacle que celui des rapports intimes de foi et d'affection qui existent entre la terre et le purgatoire. Voyez la tendre sollicitude dont la sainte Eglise militante entoure comme une bonne mère ses enfants au delà  du temps, jusque dans l'éternité ! Après les avoir assistés toute leur vie, après avoir sanctifié et recueilli leur dernier soupir, elle veut encore que ceux mêmes qui restent dans l'exil, qui sont incertains de leur destinée, qui sont renfermés dans la prison de leur corps et enchaînés à la terre, s'efforcent par leurs prières d'introduire leurs frères défunts dans la Patrie, de leur assurer la félicité éternelle, de renverser le mur qui les sépare de Dieu et de briser les liens qui les empêchent de s'envoler aux cieux. Elle leur ouvre aussi, après leur mort, le riche trésor spirituel dont Jésus-Christ, son divin époux, lui a confié l'administration. Elle offre pour eux l'adorable sacrifice, le propre sang de son divin époux ; elle leur applique les satisfactions surabondantes du Sauveur et des saints au moyen des indulgences ; elle exhorte avec ardeur les fidèles qui sont encore sur la terre à se mortifier, à faire l'aumône et toute espèce de bonnes œuvres, pour acquitter au plus tôt les dettes de ces âmes impuissantes désormais à se libérer, puisque après le temps de l'épreuve on ne peut plus mériter ni démériter ; car ces âmes désolées n'ont d'autre espérance que celle que leur offrent nos suffrages, et ne peuvent attendre de secours que de nous, leur sort est uniquement entre nos mains. (P. Ventura). Admirable sagesse, admirable charité de l'Eglise qui, toute pourvoyant au soulagement et à la délivrance de ces pauvres prisonnières de la Justice divine, fournit aussi à ceux qui sont encore voyageurs ici-bas des moyens aussi ingénieux qu'efficaces de travailler à leur propre sanctification.

 

Élévation sur le Purgatoire, ou l'Eglise souffrante

 

I. L'Eglise m'exhorte à demander pour vous, mes parents, mes amis et mes frères, un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix ! Vous subissez donc, dans ce lieu consacré à l'expiation, les tortures du feu; vous êtes donc plongés dans d'affreuses ténèbres, dans des angoisses pires encore que celles qui ont peut-être présidé à votre agonie ! Les démons, selon toute probabilité, ne viennent pas attiser le feu qui vous dévore, ni vous jeter leurs cris de désespoir. La main seule de la Justice divine s'appesantit sur vous, mais elle suffit bien à vous faire endurer des peines dont celles de cette vie ne peuvent nous donner qu'une faible idée. Hélas ! Malgré les révélations de la foi, vous n'aviez jamais pu comprendre à quel degré des fautes que nous appelons comparativement légères pouvaient outrager la sainteté infinie de Dieu, et exiger une telle réparation ! Vous n'aviez pas assez compris la puissance d'une vie mortifiée, ni tout ce qu'un acte de pénitence, même peu important, pouvait avoir de valeur pour vous faire échapper au moins à une partie des supplices affreux dont vous êtes aujourd'hui victimes ! Demandez pour moi cette intelligence, et comptez sur mon dévouement pour vous.

II. Ô Seigneur ! Qu'est-ce que la justice des hommes à côté de la vôtre ? elle regarde comme une faiblesse pardonnable ce qui est à vos yeux un crime digne des tourments les plus rigoureux. Les plus grands coupables échappent souvent encore à ses plus laborieuses investigations. Puis, tantôt elle exagère le châtiment, et tantôt au contraire elle reste au-dessous de ce que mériterait l'infraction des lois. Elle décèle à chaque instant son incapacité et son impuissance. Mais au souverain modérateur de l'immense empire des âmes, rien ne saurait échapper. Il sonde les reins et les cœurs, sa sagesse infinie pèse tout dans la balance de son infaillible justice. Aucune faute, aucune faiblesse ne peut se dissimuler, aucune âme, malgré sa subtilité, ne réussirait à se dérober à sa puissance sans bornes. « Où fuir, en effet ? comme dit admirablement le Prophète royal. Si je monte jusqu'au Ciel, c'est le lieu de votre demeure ; si je descends dans les entrailles de la terre, je vous y trouve ; si je prends mon vol dès le point du jour et que je franchisse les mers, c'est votre main qui m'a conduit et votre droite qui m'a soutenu. J'ai dit : Je me plongerai dans les ténèbres, et peut-être me cacheront-elles à ses yeux ; mais les ténèbres sont sans obscurité pour vous, et la nuit n'est pas plus sombre à vos yeux que le jour le plus éclatant, car les replis les plus cachés de ma conscience vous sont connus, depuis que je suis sorti du sein de ma mère ». (Ps. 138).

III. Toutefois, ô mon Dieu, si votre justice est terrible, votre Charité est infinie, et vous avez daigné ne pas rompre même par la mort les liens d'affection qui nous unissaient ici-bas à nos proches, à nos amis, à nos frères en Jésus-Christ. Grâce à nos prières, à nos bonnes œuvres et à quelques sacrifices que nous saurons nous imposer, nous pourrons les soulager : nos expiations pourront solder leurs dettes ; nous pourrons hâter leur entrée dans la gloire. Non, tout ne sera pas fini entre eux et nous après l'heure fatale de la mort; un abîme infranchissable n'existe pas dès lors entre nous et ceux qui nous sont chers ; nous pouvons continuer à avoir des rapports avec eux, et même leur être utiles Quel admirable plan ! Quelles sublimes consolations ! Soyez-en, Seigneur, à jamais béni !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous !

 

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01 juin 2014

Le Mois de Saint Pierre

Le Mois de Saint Pierre

ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

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Deuxième jour

Le Ciel, ou l'Eglise triomphante

 

I. C'est la plus vaste, la plus belle et la plus riche province de cet immense Empire : c'est pour ainsi dire la capitale, le palais, le trône même du Roi des rois. Rien ici-bas n'en peut donner une idée, puisque la loi des sens et celles qui régissent le monde matériel sont abolies là où tout est surnaturel. Au ciel, tout est esprit et gouverné par une législation céleste, qui ne peut avoir aucun rapport avec celle qui a été établie pour notre infirmité terrestre : qu'elle proportion pourrait-il y avoir entre l'exil et la patrie, entre le châtiment et la gloire ? Le ciel ! c'est le trône de Dieu le Père, qui ne cesse pas pour cela d'être partout, puisqu'il est l'atmosphère universelle dans laquelle et par laquelle tout vit et tout se meut; le ciel ! C'est la résidence glorieuse de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, qui l'a ouvert et acquis par l'effusion de son sang adorable ; c'est le temple spécial de l'Esprit saint, qui l'éclaire de ses divines lumières et l'embrase du feu sacré de son saint amour. C'est là que règne Marie, la mère de Dieu, la plus pure, la plus parfaite des créatures, la Reine des anges et des saints ; c'est le lieu qu'habitent ces célestes intelligences dont la sublime hiérarchie compte jusqu'à neuf degrés divers ; c'est enfin l'endroit où Dieu réunit les âmes les plus innocentes, les plus héroïques, aux sentiments les plus nobles, les plus élevés et les plus généreux qui existèrent jamais ; où toutes ont accès, quel que soit le rang qu'elles aient occupé sur la terre, et où chacune est récompensée selon ses mérites. C'est un lieu, en un mot, où il n'y a plus ni mort, ni deuil, ni douleur, ni larmes, ni inquiétude, mais une gloire et un bonheur sans mélange et sans fin !

II. Le ciel ! C'est le centre d'où rayonnent et vont se répandre sur l'Église universelle tous les secours célestes, toutes les lumières divines, toutes les faveurs spirituelles, tout le bonheur dont la source inépuisable est Dieu lui-même ; c'est le centre de tous les pouvoirs suprêmes, de toutes les protections, de toutes les grâces et de toutes les miséricordes. Que de mystères de charité et de bonté infinies, de secours inattendus, de prévenances incompréhensibles, d'oubli des outrages passés, de glorification du repentir et de la pénitence, brillent d'un éclat divin dans ce lieu de délices, où il y a plus de joie pour la conversion d'un pécheur que pour la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes! Que ne pouvons-nous entendre le concert de louanges et de reconnaissance entonné par Dismas le bon larron, par Marie-Madeleine, types des pécheurs pénitents, auquel répondent tous les cœurs convertis par la miséricorde infinie de Dieu !

III. Si toutes les grâces partent du ciel,tous les soupirs embrasés, tous les vœux les plus ardents, toutes les prières les plus ferventes, les espérances les mieux fondées de l'humanité, y convergent et y aboutissent. Le ciel envoie ses inspirations et sa force à la terre, et celle-ci lui rapporte en échange ses sacrifices généreux et ses vertus héroïques ; le ciel sème et répand sur elle la rosée de ses faveurs, et la terre produit les riches moissons de bonnes œuvres destinées à remplir les greniers du père de famille. La perspective de ces magnifiques récompenses fait mépriser les travaux du temps, pour le repos bienheureux de l'éternité. Sage et admirable centralisation de l'Église universelle, de ce royaume spirituel qui exalte la gloire du Très-Haut, et qui est la source de la félicité sans bornes et sans mesure à laquelle le Seigneur a destiné les âmes ! Adorons cette admirable économie de la sagesse infinie, et efforçons-nous d'entrer dans ses miséricordieux desseins.

 

Élévation sur le Ciel, ou l'Église triomphante

 

I. Que vos tabernacles sont ravissants, Seigneur, quels transports de reconnaissance et d'amour ils excitent dans mon cœur ! Oui, je le reconnais, vous nous avez créés pour le ciel, et pour vous, ô mon Dieu, car le ciel c'est vous ; vous qui en êtes la vie, la joie et la gloire. Aussi bien, vous seul pouviez suffire à satisfaire ce besoin infini que j'ai d'aimer, et que vous avez mis pour cela dans mon cœur. Sans doute, Marie, les Anges et les Saints contribuent à enrichir ce séjour de la félicité suprême par l'éclat de leur beauté et de la gloire qui les environnent ; mais, Seigneur, cette beauté, cette gloire elle est votre ouvrage, et ce n'est encore qu'un faible reflet de cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle, de cette infinie majesté qui est l'un de vos attributs essentiels. Oh ! que je ne le perde jamais de vue : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur restera toujours inquiet jusqu'à ce qu'il repose à jamais en vous ». (S. Augustin).

II. N'est-ce pas vous, en effet, ô mon Dieu, qui avez créé mon âme ? Ne vient-elle pas du ciel ? Sa nourriture n'est-elle pas la grâce, les saintes inspirations de votre divin esprit ? votre Verbe ou votre parole sacrée, et surtout le pain eucharistique, le pain descendu du ciel ? Pourquoi votre adorable Fils est-il descendu des hauteurs infinies de la gloire pour se faire homme et pour honorer la terre de sa présence; et pourquoi, après l'avoir enrichie du trésor incomparable des sacrements, qui renferment la nourriture la plus précieuse des âmes, est-il remonté au ciel pour nous y préparer une place ? N'était-ce pas nous dire assez clairement qu'ici-bas n'est pas notre demeure permanente, et que le viatique qu'il nous a préparé n'est qu'un secours temporaire pour soutenir nos forces défaillantes, jusqu'à ce que nous arrivions au terme du voyage qui est la patrie, le ciel ? Si Dieu nous a dit en la personne d'Adam prévaricateur: Souviens-toi, ô homme, que tu n'es que poussière et que tu retourneras en poussière ! Il aurait bien pu nous dire aussi : « Souviens-toi, ô âme chrétienne, que tu viens du ciel, que ta nourriture descend du ciel, et que si tu es fidèle tu retourneras au ciel ».

III. Comment maintenant ne tournerais-je pas sans cesse mes regards vers ce beau ciel ? comment ne serait-il pas l'unique, ou, du moins, l'objet dominant de mes pensées, de mes affections, de mes vœux ? Le ciel est le sein d'où mon âme est sortie ; si, pendant le pèlerinage de cette vie, j'ai des combats à livrer, des épreuves à soutenir, si mon âme est languissante, si les dangers l'entourent de toute part, si ses ennemis l'accablent, ne doit-elle pas s'écrier avec le prophète : Je lèverai mes yeux vers les montagnes éternelles, d'où me viendront tous les secours dont j'ai besoin ? La vue de ce poids de la gloire éternelle m'aidera à supporter avec courage et résignation les tribulations comparativement si légères et si fugitives de cette courte vie. Soyez à jamais béni, Seigneur, d'avoir ainsi uni le ciel à la terre, d'en avoir fait le sanctuaire et la source de vos grâces, et surtout de nous y avoir préparé un trône et une couronne pour toute l'éternité.

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

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31 mai 2014

Le Mois de Saint Pierre

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Le Mois de Saint Pierre

Ou dévotion à l'Eglise et au Saint Siège

 

Premier jour

L'Eglise universelle

 

Notre Père... Je vous salue Marie...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

I. Lorsque l'on considère le Créateur de toute chose, l'Esprit de Dieu planant avec son infinie majesté et sa toute-puissance sur les espaces et les abîmes ; lorsqu'on le voit faisant sortir du néant l'univers entier par la seule force de sa parole féconde, on tombe prosterné devant lui, et on l'adore. Si ensuite, entrant dans les détails de ce chef-d'œuvre, on étudie l'admirable harmonie qu'il a établie entre les différents corps qui le constituent, comment pourrait-on être surpris qu'après avoir créé aussi le monde des esprits, dont la dignité et la noblesse l'emportent autant sur celles du monde matériel que le ciel l'emporte sur la terre, le souverain Maître ait voulu en coordonner également les éléments, et les unir entre eux par un lien indissoluble, le lien divin de la charité ! Ce monde spirituel, ainsi organisé par la main même du Créateur, c'est l'Église universelle.

II. « Que vos œuvres sont magnifiques ! s'écriait le Roi-Prophète en méditant sur les merveilles de la création des êtres matériels : elles portent toutes le cachet de votre sublime sagesse ! » Pour nous, élevons notre âme plus haut encore, et contemplons avec admiration la ravissante ordonnance que Dieu a établie dans cette incomparable société des esprits. Les uns sont sur la terre, chargés encore du poids importun d'une chair rebelle, et s'exercent dans les combats; d'autres souffrent dans un lieu transitoire pour y expier leurs faiblesses ; les autres, enfin, jouissent dans la gloire des cieux du bonheur suprême, fruit de leurs travaux et de leurs victoires. Mais tous ne forment pourtant qu'une seule et même famille, dont Dieu est le Père; tous n'ont qu'un seul et même but qui est d'exalter la gloire du Très-Haut; tous sont unis entre eux par un seul lien, le plus doux et le plus fort, qui est la charité.

III. Que notre âme quitte donc un instant la terre, que notre cœur se dilate, à la pensée de ce royaume des esprits, immense et sans limites, où règne cependant l'ordre le plus parfait ; où se manifestent à la fois toutes les perfections divines de celui qui l'a fondé, sa grandeur, sa toute-puissance, sa sagesse, sa justice et son amour. Prions le Seigneur qu'il nous donne lui-même l'intelligence de cette œuvre de ses mains : car, sans son aide, comment pourrions-nous embrasser cet horizon sans bornes, et comprendre ce céleste ouvrage dont Dieu et l'éternelle béatitude sont l'unique objet et la dernière fin ? Pour contempler les choses divines, il faut un secours divin ; sans lui, notre faiblesse et les liens malheureux qui nous attachent à la terre nous empêcheraient de nous élever assez haut pour entrevoir au moins ces sublimes vérités.

 

Élévation sur l'Église universelle

 

I. Si, du haut des montagnes les plus élevées du globe, je jette un regard autour de moi, quel vaste horizon se déploie sous mes yeux ! et je m'écrie avec admiration : Que vous êtes grand, ô mon Dieu ! Si en parcourant les falaises qui bordent l'immensité des mers, je contemple l'Océan, ma vue s'y égare et s'y perd, je crois avoir une idée de l'infini, je reconnais, Seigneur, votre ineffable majesté, et l'ouvrage de votre toute-puissance. Mais, qu'est-ce que ces imposants spectacles à côté de celui que m'offre l'Église de Dieu, le royaume des esprits ? qu'est-ce que la terre en face de l'immensité des cieux ?

II. Oh non! l'Église n'est pas seulement la réunion de ces âmes fidèles qui combattent sur la terre les combats du Seigneur, ce n'est pas seulement ce Pontife suprême présidant aux destinées éternelles des peuples et du monde entier, à l'aide de cette majestueuse hiérarchie et de ces généreux apôtres qui sont la voix qui prêche dans le désert et qui prépare les voies à la vérité ; ils n'en forment qu'un bien faible élément et la moindre partie. — L'Église! ce n'est pas seulement encore cette assemblée sainte des âmes embellies de toutes les vertus, enrichies des trophées de leurs nombreuses victoires, parvenues à une difficile perfectionnais auxquelles, avant d'entrer dans la gloire, il reste quelques légères taches à effacer, quelques faibles dettes à acquitter par les travaux de l'expiation. C'est bien là un des peuples les plus parfaits qui concourent à former le royaume des esprits, c'est une des plus belles provinces de cet immense empire; mais ce n'est pas encore l'Église universelle.

III. C'est au ciel, ô mon Dieu, que je dois monter; c'est de ces hauteurs que je dois contempler le royaume des âmes, si je veux en avoir au moins une faible idée; c'est jusqu'au pied du trône de votre infinie majesté que je dois m'élever, et de là plonger mon regard sous ces voûtes azurées et resplendissantes de vos divines clartés. Je verrai alors cet innombrable sénat composé des saints de tous les siècles, ce lieu de délices ineffables , récompense des plus généreux combats, espérance suprême des âmes qui n'ont pas achevé de se purifier, ou qui travaillent encore dans la vigne du père de famille. Je serai témoin surtout de ces rapports intimes de la terre avec le séjour de l'expiation, et de l'une et l'autre avec les cieux. Mon œil verra ces légions d'anges qui apportent en foule les messages des pauvres âmes qui gémissent encore sous le poids des souffrances de l'expiation et des labeurs de la vie passagère de l'épreuve, ou qui retournent et descendent vers le lieu de l'exil chargés des secours célestes que la miséricorde infinie daigne répandre par leurs mains sur ceux qui la prient. Saintes et douces communication que la charité divine a établies entre l'Église militante, l'Église souffrante et l'Eglise triomphante pour n'en faire qu'un seul et gigantesque Empire, digne d'être l'oeuvre de sa sagesse et de sa toute-puissance ! Ah ! si le génie de l'homme, surprenant l'un des secrets du Créateur, peut faire parvenir sa pensée jusqu'aux extrémités de la terre avec la rapidité de l'éclair, comment votre toute-puissance, votre ineffable bonté, ô mon Dieu, aurait-elle pu être arrêtée par la distance qui sépare le ciel de la terre ? Soyez mille fois béni. Seigneur, de ces liens étroits que vous avez su former entre eux !

 

Je crois en Dieu...

Saint Pierre et tous les saints Souverains Pontifes, priez pour nous!

 

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30 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Trente-et-unième jour

Dernière station à la Grotte

 

Voici, pour cette année du moins, s'il plaît à Dieu, notre dernière station à la Grotte de Lourdes. Nous aurions voulu, n'est-il pas vrai ? Y demeurer toujours. Mais hélas ! Ici-bas tous les lilas meurent et, comme les chants des oiseaux, les Mois de Marie, surtout aux bords du Gave, sont courts...

En choisissant une grotte pour théâtre de ses dix-huit Apparitions, la Dame des Pyrénées n'a fait qu'ajouter dix-huit chapitres glorieux à l'histoire religieuse des Grottes dans le monde. Une grotte, dissimulée, parmi les arbres du Paradis terrestre, aurait servi de retraite à Adam et Eve après leur prévarication... Jacob bénit ses fils chacun selon sa bénédiction. Puis il leur donna cet ordre : « Je vais être réuni à mon peuple ; enterrez-moi avec mes pères dans la grotte qui est dans le champ d'Ephron, le Héthéen, dans la grotte du champ de Macpéla, en face de Mambré, au pays de Canaan : c'est la grotte qu'Abraham a acquise d'Ephron, le Héthéen, avec le champ, pour avoir un sépulcre qui lui appartînt. C'est là qu'on a enterré Abraham et Sara, sa femme, c'est là qu'on a enterré Isaac et Rébecca, sa femme, et c'est là que j'ai enterré Lia.... Lorsque Jacob eut achevé de donner ses ordres à ses fils, ayant retiré ses pieds dans le lit, il expira et fut réuni à ses pères.... Les fils de Jacob firent donc envers leur père comme il leur avait commandé. Ils le transportèrent au pays de Canaan et l'enterrèrent dans la grotte du champ de Macpéla ».

« Et Josué, et tout Israël avec lui, retourna au camp à Galgala. Les cinq rois s'enfuirent et se cachèrent dans la grotte à Macéda. Josué dit : « Roulez de grosses pierres à l'entrée de la grotte, et mettez-y des hommes pour les garder.... Puis Josué dit : « Ouvrez l'entrée de la grotte, faites-en sortir les cinq rois et amenez-les moi ». Ils firent ainsi et lui amenèrent les cinq rois qu'ils avaient fait sortir de la grotte, le roi de Jérusalem, le roi d'Hébron, le roi de Jérimoth, le roi de Ivachis et le roi d'Eglon.... Puis Josué les frappa de l'épée et les fit mourir ; il les pendit à cinq arbres, et ils y restèrent pendus jusqu'au soir. Vers le coucher du soleil, Josué les fit descendre des arbres ; on les jeta dans la grotte où ils s'étaient cachés, et l'on mit à l'entrée de la grotte de grosses pierres qu'on y voit encore aujourd'hui ».

« David monta du rocher de l'évasion et s'établit dans les lieux forts d'Engaddi. Saül prit trois mille hommes d'élite d'entre tout Israël, et il alla à la recherche de David et de ses gens jusque sur les rochers des boucs sauvages. Il arriva au parc des brebis qui étaient près du chemin ; il y avait là  une grotte où il entra pour se couvrir les pieds, et David et ses gens étaient au fond de la grotte.... David se leva, puis coupa à la dérobée le bord du manteau de Saül. Après cela, le cœur lui battit, de ce qu'il avait coupé le pan du manteau de Saül.... Saül s'étant levé pour sortir de la grotte, continua sa route. Alors David se leva et, sortant de la grotte, il se mit à crier après Saül : « O roi, mon seigneur ». Saül regarda derrière lui, et David s'inclina le visage contre terre, et se prosterna, et il dit à Saül : « Vois dans ma main le coin de ton manteau. Puisque j'ai coupé le coin de ton manteau et que je ne t'ai pas tué, reconnais et vois qu'il n'y a dans ma conduite ni méchanceté ni révolte et que je n'ai point péché contre toi »... Et Saül éleva la voix et pleura. Il dit à David : « Tu es plus juste que moi... Maintenant je sais que tu seras roi ».

« Elie se leva, mangea et but, et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à l'Horeb. Là, il entra dans la grotte (et il y passa la nuit.... Jéhovah dit : « Sors, et tiens-toi dans la montagne devant Jéhovah, car Jéhovah va passer. Et il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : Jéhovah n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre: Jéhovah n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : Jéhovah n'était pas dans le feu. Et après le feu, le murmure d'une brise légère. Quand Elie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, et étant sorti, il se tint à l'entrée de la  grotte... Et Jéhovah lui dit : « Va, reprenant ton chemin, au désert de Damas, et quand tu seras arrivé, tu oindras Hazaël pour roi de Syrie ; tu oindras Jéhu, fils de Nanisi, pour roi d'Israël, et tu oindras Elisée, fils de Saphat, d'Abel-Méhana, pour prophète à ta place ».

On lisait dans les mêmes écrits, comment le prophète, sur un ordre reçu de Dieu, fit transporter avec lui le tabernacle et l'arche, et qu'il se rendit ainsi à la montagne que gravit Moïse et d'où il contempla l'héritage de Dieu. Arrivé là, Jérémie trouva une habitation en forme de grotte, et il y déposa le tabernacle et l'arche, ainsi que l'autel des parfums, et en boucha l'entrée.

A son tour, Jésus, le Verbe fait chair, naquit dans une grotte, ressuscita Lazare dans une grotte, agonisa, au jardin des Oliviers, dans une grotte, fut enseveli, au Golgotha, dans une grotte... Et, selon l'Apocalypse, quand sera ouvert le sixième sceau, quand se produira le grand tremblement de terre, quand le soleil deviendra noir comme un sac de crin, quand la lune entière paraîtra comme du sang, et que les étoiles tomberont vers la terre, comme les figues vertes tombent d'un figuier secoué par un grand vent, c'est dans des grottes et dans les rochers des montagnes que les rois de la terre, et les grands, et les généraux, et les riches, et les puissants, et tout esclave ou homme libre, se cacheront.

Mais, en attendant, c'est la Grotte de Lourdes, qui, toute resplendissante de lumière, tandis que ses sœurs de l'Evangile et de la Bible sont plongées dans les ombres d'un passé évanoui, continue, depuis un demi-siècle, à abriter en sa puissante image, après l'avoir possédée en personne, Marie, l'Eve nouvelle, la Reine des Patriarches, l'Inspiratrice des Prophètes, l'Espoir des temps antiques, la Mère de l'Adam nouveau, la Consolatrice des affligés, le Secours des chrétiens, la Porte du Ciel, le Tabernacle, l'Arche d'alliance, l'Autel des parfums du second Testament...

On l'appelle Grotte de Massabielle, c'est-à-dire de « Masse vieille », de « vieux rocher ». Son nom évoque son histoire, et son histoire est belle. La Science nous l'apprend. A rencontre des monts voisins dont la cime hautaine atteste les grandes révolutions terrestres qui soulevèrent les Pyrénées, Massabielle demeura disloquée, renversée à demi... Plus tard, disent encore les Savants, le fleuve de glace qui descendit du cirque de Gavarnie inondant la vallée du Gave la couvrit de ses vagues... Elle fut ignorée des hommes, durant de longs siècles,... jusqu'au jour où, le 11 février 1858, cette Grotte, manifestement prédestinée par le Christ pour l'honneur de sa Mère, devint ce qu'elle est encore aujourd'hui : l'abri des justes, le refuge des pécheurs, le tombeau du Mal, le berceau du Bien, l'hôpital des incurables, le laboratoire des Savants honnêtes, le foyer des miracles, l'oratoire des âmes, le rendez-vous des peuples, le sanctuaire de Jésus en son eucharistique présence, le Gethsémani de la Vierge dolente, le Tabor de l'Immaculée-Conception. Car, comme le disait Pie X en l'une de ses audiences de mars 1904, « Je considère les Apparitions de Lourdes avec toutes leurs conséquences si admirables, si opportunes et si salutaires, comme une des grâces les plus insignes qui aient été méritées à l'Eglise par la proclamation dogmatique de l'Immaculée-Conception ».

Des flancs de cette Grotte entre toutes bénie sortent des brises légères, maternelles caresses de Marie sur les âmes ; et, mieux qu'en la grotte d'Horeb, Jéhovah est dans ces brises surnaturellement fécondes... Sur son seuil, expirent les rafales des humaines passions, les commotions de la Politique antireligieuse, les embrasements de l'Anarchie, car Jéhovah n'est point dans ces vents, dans ces tremblements, dans ces feux. Et quand se sont apaisées les insolences haineuses, les justes, tel Elie, se livrent, pour la restauration des vertus dans le monde, à de saintes et royales onctions...

En cette Grotte, règne surtout la Vierge. Impossible de risquer la moindre coupure à son manteau de mérites immense autant qu'indéchirable. Mais, avec l'audace du repentir escomptant la clémence, on peut, d'un bord, d'un pan, d'un pli, si petit soit-il, de ce manteau de notre Reine, enrichir sa personnelle indigence, et se présenter devant Dieu, certain d'être mieux accueilli que David par l'inconstant Saül. Et maintenant, Grotte pyrénéenne, palladium de la France et du monde, après avoir passé, près de ton églantier, devant ta niche, à la lumière des blancs cierges dont la mèche fumante noircit sans cesse les parois de tes excavations, le Mois des fleurs, il nous faut te quitter, pour aller dans nos familles, en souvenir des grâces que tu nous procuras, porter des fruits...

O toi qui fus témoin des larmes de Bernadette en sa dernière visite, avant son départ pour Nevers ! Asile saint dont les délices inspirèrent à l'enfant virginale cette réponse où s'exhalait toute la gratitude de son âme : « A Lourdes, la Grotte était mon Ciel ! » pour nous aussi, durant trente-un jours, tu auras été un coin du Ciel !... Vois nos pleurs, perçois nos battements d'amour, et permets-nous d'adresser à ta royale Hôtesse, tandis que nous jetons sur sa statue un suprême regard, le cri final de l'Eglise, en une de ses Antiennes, pendant le Carême, saison mystique, Cure d'âme de l'année : « Adieu, à la plus belle des créatures, adieu Dame de Lourdes, Reine de notre Mois de Mai trop tôt fini, adieu et priez le Christ, votre Fils, notre divin Sauveur, pour chacun de nous tous : Vale, ô valde decora, et pro nobis Christum exora ! »

 

Examen et résolution

 

Comment avons-nous passé ces cinq semaines ?... Avons-nous scrupuleusement suivi le régime, le traitement du confesseur, médecin de notre conscience ?... Nos stations journalières à la Grotte ont-elles été des moments d'étude religieuse, de prière fervente, de sanctification effective ?... Qu'ont été nos oraisons, nos confessions, nos adorations, nos communions, nos conversations, nos actions ? Nous sentons-nous l'âme mieux portante, plus fraîche? Avons-nous plus de lumières sur Marie, plus d'amour pour cette bonne Mère, plus de confiance en sa miséricorde, plus de zèle pour l'avancement de sa gloire ? De quels défauts nous sommes-nous corrigés ? De quelles vertus nous sommes-nous parés ?... Quelles grâces avons-nous sollicitées, obtenues ?... Qu'espérons-nous encore ?...

Humilions-nous, si nous avons à nous reprocher quelque infidélité. Remercions, si notre programme spirituel, de tous points réalisé, nous a valu un notable amendement.... Et prenons des résolutions en rapport avec nos besoins.... Avons-nous besoin d'être humbles... purs... détachés de quelque créature... charitables dans nos paroles... fidèles à tel exercice de piété depuis quelque temps négligé... mortifiés dans telle fréquentation, en telle lecture ?... Prenons la résolution, non point vague, générale, mais précise, particulière, de le devenir... Et que nos résolutions, au lieu d'être ce que l'on ne tient pas, ce qui partant accuse et aggrave, soient, au contraire, ce que nous tenons, ce qui nous tient et ce qui, devant Dieu, nous sauvera.... Tel ce dernier jour du Mois de Mai, le dernier jour de notre vie arrivera, plus tôt peut-être que nous n'y songeons.... Heureux serons-nous alors, si nous avons pensé à Marie, parlé à Marie, ressemblé à Marie, travaillé, souffert, vécu pour Marie : le dernier jour de notre terrestre existence sera pour nous le premier du Mois de Marie qui, au Ciel, ne finira jamais...

 

Prière

 

O Notre Dame, nous ne saunons mieux clore le cycle de nos invocations quotidiennes qu'en vous adressant la prière composée, le 8 septembre 1903, par le pieux Pie X, en vue de l'année jubilaire de la Proclamation du Dogme de votre Immaculée Conception : « Vierge très sainte, qui, ayant plu au Seigneur êtes devenue sa Mère immaculée de corps et d'esprit, dans la foi et l'amour, regardez avec bienveillance les malheureux qui implorent votre puissant patronage. Le malin serpent, contre qui fut lancée la première malédiction, ne continue que trop à combattre par ses embûches les enfants d'Eve. Ah ! Vous, ô notre Mère bénie, notre Reine et notre avocate qui, dès le premier instant de votre conception, avez écrasé la tête de l'ennemi, exaucez les prières que nous vous conjurons, unis à vous d'un seul cœur, de présenter au trône de Dieu, pour que nous ne tombions jamais dans les pièges qui nous sont tendus, et qu'ainsi nous arrivions tous au port du salut, et qu'à travers tant de dangers, l'Eglise et la société chrétienne entonnent encore une fois l'hymne de la délivrance, de la victoire et de la paix. Ainsi soit-il ».

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

 

Fin du Mois de Marie

 

Prochain Mois de dévotion, le Mois de Saint Pierre, rendez-vous le 31 mai.

 

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29 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Trentième jour

Dix-huitième Apparition

 

Aussitôt Bernadette se leva et courut chez sa plus jeune tante Basile pour la prier de l'accompagner à Massabielle. L'entrée de la Grotte était alors défendue par ordre de l'autorité administrative, et une palissade en planches fermait le devant des excavations. Pour ne pas tomber sous les coups de l'arrêté préfectoral, Bernadette et sa tante prirent le chemin qui conduit aux prairies dites de la Ribère, et allèrent s'agenouiller sur la rive droite du Gave, en face du rocher des apparitions. En traversant le quartier de Lapaca, elles furent accostées par d'anciennes voisines qui, leur ayant demandé où elles allaient, se mirent à leur faire cortège. Plus loin, sur les pelouses qui se trouvaient en contre-bas de la route de Pau, elles rencontrèrent plusieurs groupes de femmes priant à genoux, tournées vers la niche miraculeuse. Dès que Bernadette apparut, tous ces groupes se levèrent et vinrent s'établir en demi-cercle autour d'elle. On était si heureux de prier à côté de la petite voyante ! Presque aussitôt que l'enfant eut fixé son regard sur le rocher au delà  du Gave, les rayonnements de l'extase éclatèrent sur sa figure, et, dans les transports de son âme ravie, elle s'écria : « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières ».

Ainsi cette dix-huitième Apparition fut comme un suprême encouragement pour la vaillance de Bernadette. Chère enfant ! Elle avait souffert, beaucoup souffert pour sa Dame : on l'avait importunée, ridiculisée, menacée, tentée, de toute manière ; on avait insulté à sa détresse par des offres scandaleuses d'argent ; on n'avait pas craint de la faire passer pour hallucinée, n'ayant pu réussir à l'entacher de folie, au regard du public ; elle avait vu une administration tracassière déployer son autorité, ses violences, ses ruses, pour discréditer l'oeuvre de la Grotte, infirmer les premiers miracles de la Source, et procéder à l'enlèvement des objets de piété entassés par la reconnaissance et la dévotion populaires.

Et maintenant, de la rive droite du Gave, ses yeux attristés, se tournant vers la roche, se heurtaient aux planches de la palissade : cercueil arrogant dressé par l'autoritarisme laïque pour essayer, en vain, une fois de plus le long des siècles, d'y coucher, comme une prétendue morte, la foi nouvellement née des pèlerins. D'autres souffrances devaient, en un proche avenir, visiter Bernadette : elle perdrait sa mère ; il lui faudrait quitter Lourdes, aller à Nevers s'ensevelir vivante dans un cloître. Pour tant d'épreuves, sa vaillance méritait un encouragement : la Dame lui apparut : « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit pardessus les barrières »...

Il fallait aussi encourager les croyants qui, malgré les oppositions administratives, se faisaient les défenseurs, les vengeurs de la Dame, encouraient des critiques, des disgrâces, des procès-verbaux pour elle, et ne cessaient quand même de venir jeter courageusement leurs prières avec leurs offrandes, vers la niche bénie, « par-dessus les barrières ». Il fallait apporter un salut à ces persécutés, faire briller un sourire sur leurs larmes, leur mettre au cœur l'espérance invincible que les planches des fossoyeurs voleraient en éclats, et que la victoire finale appartiendrait à ces deux grandes méconnues des pouvoirs humains : la Religion, la Liberté. Et la Vierge apparut. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Les barrières n'ont jamais manqué et ne manqueront jamais aux disciples de Marie et de Jésus. Il y a les barrières légales, les premières planches en furent fabriquées contre Jésus par Hérode, le massacreur des Innocents, et, plus tard, par les Juifs. Dans la suite, les planches pourries ont été remplacées par des neuves, avec des couleurs et des formes différentes. Toujours, il y a eu, quelque part, des lois humaines en insurrection contre la légalité divine : comme si le droit pouvait prévaloir contre le droit ; comme si Dieu, Législateur par excellence, de qui émane éternellement toute autorité, toute justice, pouvait être contrarié dans ses ordonnances par les élucubrations fantaisistes de législateurs humains sans compétence ni durée ! Heureusement, un jour vient où, en dépit de la Force contemptrice du Droit, le Surnaturel réapparaît. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Il y a les barrières sociales. Quand la loi divine n'est plus en faveur parmi les lois humaines, une dépression religieuse se produit dans la société. Les amis du Christ sont vus d'un mauvais œil. On n'apprécie que les impôts qu'ils soldent au fisc ; pour tout le reste, on les considère comme taillables et corvéables à merci. Et les barrières sociales doublées des barrières domestiques, à cause des intérêts connexes de la famille, se dressent implacables devant ceux que le Surnaturel attirait sans obstacle autrefois. Heureux les vaillants : la Grâce aura pour eux des saints et des sourires qui les réconforteront. « Oui, oui, la voilà ! Elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Il y a les barrières diaboliques. On ne les voit pas au dehors, celles-là ; mais on les sent, dans le mystère des vies, au dedans. Mauvaises pensées, désirs corrupteurs, imaginations affreuses, dégoûts du Bien, frénésies du Mal : autant de barrières opposées par le Démon au libre cours de la Vérité et de la Vertu dans les âmes ! Ce ne sont pas les plus faciles à démolir : on n'a point, pour cette besogne, les stimulants extérieurs de l'amour-propre et de la constatation matérielle du succès ; on est seul à seul avec sa conscience et Dieu ; on n'est jamais sûr, tant l'illusion subtile peut se glisser en nous, de les avoir, pour de bon, abattues ; on a peur, et quelquefois non sans raison, qu'elles ne soient, au contraire, consolidées ; elles se redressent avec une rapidité électrique ; c'est toujours, ou presque toujours, à recommencer. De là des appréhensions, des découragements, des marasmes terribles. Heureux qui, en ces occurrences recourt à la prière pour implorer le Christ, au chapelet pour appeler la Dame : le Surnaturel, par ses saints et ses sourires, les consolera et les fortifiera. « Oui, oui, la voilà : elle nous salue et nous sourit par-dessus les barrières »...

Le soleil se couchait cependant à l'horizon, et les ombres de la nuit commençaient à gagner le bassin de Massabielle. La Vierge jeta un dernier et profond regard d'affection sur sa petite privilégiée, puis elle disparut. C'était fini ! Bernadette ne devait plus revoir la Mère de Dieu que dans les splendeurs du paradis.

 

Examen

 

Voyez-vous comment il ne faut pas compter naïvement sur les appuis humains pour la prospérité et la totale liberté des œuvres religieuses ?... Nous avons vu naguère l'administration civile favoriser les rassemblements populaires autour de la Grotte et nous l'avons louée de son attitude... Voici maintenant un arrêté préfectoral interdisant l'accès de Massabielle... voici la palissade !... Les conflits entre les deux pouvoirs existeront tant que le corps en chacun de nous s'insurgera contre l'esprit : l'Etat est le corps d'une nation, la Religion en est l'âme... Avez-vous suivi Bernadette, sa tante et les anciennes voisines sur la rive droite du Gave, pour tourner la difficulté administrative et jouir quand même de la vue de la Dame ?... Il n'y a que les idéologues et les orgueilleux dont l'état mental confine à la folie qui puissent se targuer d'éteindre aux yeux des croyants les lumières du Ciel... Dieu et son Christ regarderont toujours à travers les nuages, par-dessus les barrières.... Et mieux que le soleil, la lune et les étoiles, les divins regards éclaireront le monde...

N'est-elle pas admirable cette dernière Apparition faite d'un salut et de sourires pour la consolation de Bernadette et des persécutés de Lourdes ?... Comme on reconnaît bien la Consolatrice des affligés, le Secours des Chrétiens, la céleste Auxiliatrice des âmes, des familles, des peuples et, en particulier, de la France, car c'est en France que se passaient ces choses.... car c'est en France que nous avons la Sainte Vierge, si en Italie on a la Papauté... Ah ! Si nous nous tournions amoureusement vers Marie, en nos jours de tristesses !... Comme elle nous consolerait !...

Ne sommes-nous pas de ces chrétiens de peu de foi qui, attribuant aux lois humaines une force d' obligation et de durée dont elles sont dépourvues quand elles sont un attentat au droit, se lamentent découragés et ne voient point du côté du Ciel les saluts et les sourires par-dessus les fragiles et grotesques barrières ?... Si quelques membres de nos familles ont perdu leur place ou ont été privés d' avancement parce qu'ils étaient catholiques, mais sans avoir prêté le flanc à une telle mesure par négligence professionnelle ou bravade inutile, avons-nous invoqué la Dame et l'avons-nous adjurée de nous sourire et de nous regarder par-dessus ces barrières sociales ?... Avons-nous cherché à étudier et à combattre notre défaut dominant, avons-nous chassé les tentations obsédantes du Démon, en demandant à la Dame d'avoir pitié de nous et de nous témoigner sa pitié par des saints et des sourires ?...

Est-ce surtout les jours de fête de la Sainte Vierge que, redoublant de dévotion envers elle, nous l'avons suppliée de nous accorder ses maternelles faveurs ?... Elle avait décliné son nom, le jour de la fête de son Annonciation... Et elle sourit par dessus les barrières, le jour de la fête où on l'honore, le 16 juillet, comme la Dame du Mont-Carmel... N'y a-t-il pas dans le choix de ces coïncidences liturgiques comme un indice de la ferveur avec laquelle nous devons célébrer les fêtes de Marie ?... N'y a-t-il pas aussi pour nous une implicite exhortation à porter ou à reprendre le Scapulaire du Mont-Carmel ?...

 

Prière

 

O Notre Dame, puisque nous sommes au terme des Apparitions dont vous avez, à Lourdes, honoré Bernadette et la France, permettez-moi de vous adresser la prière de l'écrivain que je citais avant-hier et auquel vous aurez fait bon accueil, à son entrée dans l'Eternité. Son cri d'âme résume si bien ce que nous avons dit de vous : « Si Vous êtes évidemment Celle qui se promena sous des figures, sous des noms divers dans l'Ancien Testament. Vous êtes, sans crèche et sans croix, la Vierge antérieure aux Evangiles ». Vous êtes la fille de l'impérissable Dessein, la Sagesse qui est née avant tous les siècles.... Vous êtes donc, sous un nouvel aspect, la plus ancienne des Vierges.... L'Immaculée Conception nous ramène à travers la Bible, jusqu'au chaos de la Genèse... et, forcément, je pense à Eve devenue sainte maintenant, et qui, désolée par les douleurs de ses descendants, par ces maladies affreuses qu'ils n'auraient pas connues, sans sa faute, se tient là  près de vous et vous supplie de payer à ses malheureux sa dette, de les guérir ». Et Vous qui ne fîtes point ici-bas de miracles, de votre vivant, Vous en faites maintenant, et pour elle et pour nous. Lumière de bonté qui ne connaît pas les soirs, havre des pleure-misère, Marie des compatissances, Mère des pitiés !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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28 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-neuvième jour

Première Communion de Bernadette et Récompense

 

Dans l'intervalle du 7 avril au 16 juillet, la Dame n'apparut point. La mission publique de Bernadette était remplie. Il fallait qu'elle rentrât dans la vie privée. D'autant qu'elle avait à se préparer à sa Première Communion. Ayant goûté à la Grotte, et jusqu'au mystique enivrement, les suavités de la Mère de Dieu, le temps lui devait durer de goûter à l'autel les suavités de Jésus, le divin Fils. Elle fut instruite de ses devoirs religieux à la chapelle de l'Hospice, et le 3 juin, en cette même chapelle, elle s'approcha de la Table sainte pour la première fois. A l'occasion de cette douce et sainte fête, on espérait à Lourdes que la petite voyante serait favorisée d'un de ces ravissements angéliques qui faisaient l'admiration des foules aux roches Massabielle. Il n'en fut rien. Bernadette, les mains jointes, s'avança vers l'autel, reçut son Dieu dans son cœur virginal et revint à sa place, sans donner d'autre signe que celui d'une immense et profonde félicité. La sœur de M. Estrade ayant demandé à la première communiante : « Dis-moi, Bernadette, qu'est-ce qui t'a rendue la plus heureuse : ou de recevoir le bon Dieu, ou de converser, à la Grotte, avec la sainte Vierge ? » Bernadette hésita un moment, puis elle répondit : « Je ne sais : ces choses-là  vont ensemble et ne peuvent pas être comparées. Ce que je sais, c'est que j'ai été bien heureuse dans les deux circonstances ».

Le 16 juillet, ce double bonheur lui fut réservé : les deux circonstances se réunirent, comme se réunissent parfois deux arcs-en-ciel, pour verser leurs radiations sur son âme. Elle avait communié le matin, pour la troisième ou quatrième fois, et dans l'après-midi de la même journée, vers le soir, se trouvant en prière dans l'église paroissiale, elle entendit la voix douce de la Vierge Immaculée retentir au fond de son cœur, lui disant de venir à la Grotte. Pourquoi ce retour à l'église, dans la soirée ? Peut-être, pour assister à une de ces Bénédictions du Très Saint-Sacrement qui sont revêtues de tant de poésie céleste et qu'on donne dans les paroisses où la piété est en honneur, au déclin de certains jours... ; sûrement, pour prolonger son action de grâces, au pied de l'autel, dans le voisinage du Sauveur dont, le matin, elle s'était nourrie. Le quart d'heure qui suit la sainte Communion ne suffisant point, selon elle, à la reconnaissance, elle revenait là où était son trésor Et la Vierge, pour la récompenser de sa délicatesse, lui faisait percevoir, à l'oreille du cœur, l'appel connu des Visions... Quelle félicité ! Elle allait passer de l'Autel à la Grotte, du Fils, caché sous le voile du Sacrement, au face à face de la Mère « Ces choses là  vont ensemble », si « elles ne peuvent pas être comparées ».

Les récompenses surnaturelles, décernées par Jésus et Marie aux âmes qui les servent, sont plus nombreuses, en ce monde, que ne l'imaginent les superficiels. Les intimités du Divin sont faites de douceurs sans pareilles. La vie des Saints est pleine de ces gâteries excessives : la Croix a distillé des baumes qui leur ont procuré des surabondances d'allégresse dans les tribulations ; la douleur est devenue leur volupté ; leurs mécontentements ont fait leurs joies. Ceux-là mêmes qui restent étrangers à ces ivresses de la sainteté ne laissent pas, dans la vie ordinaire, que de bénéficier de l'admirable système de compensations institué par Dieu, en faveur de ses serviteurs et de ses servantes, pour leur ménager comme des senteurs de roses parmi les meurtrissures des épines...

C'est surtout dans nos églises, devant le tabernacle, que ces grâces rémunératrices sont départies. Autrefois, le Psalmiste chantait : « Que tes demeures sont aimables, Jéhovah Sabaoth ! Tes autels, Jéhovah Sabaoth, mon roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent ta maison ! Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille loin de toi. Je préfère me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, plutôt que d'habiter sous les tentes des méchants, car Jéhovah Dieu est un soleil et un bouclier ; il donne la grâce et la gloire ». Qu'eût dit le chantre d'Israël, s'il avait pu entrevoir, et, mieux encore, savourer l'Eucharistie ?... C'est dans le commerce eucharistique, aux heures d'adoration, de communion, d'actions de grâces, que se font sentir les plus enchanteresses pénétrations de Dieu... La Dame, elle-même, ne nous trouve jamais plus beaux, n'est jamais autant portée à nous bénir, que lorsque, comme Bernadette, elle nous voit dans la posture de la prière, en nos églises paroissiales, sous l'influence directe du Très Saint-Sacrement Passion de l'Eucharistie, quand serez- vous la mienne, comme vous avez été, à partir de son institution, le soir du Jeudi Saint, la passion de Marie ? O manifestations, ô caresses maternelles de la Dame ! Ô Epiphanies, ô donations particulières, ô tendresses du Fils ! « Ces choses-là vont ensemble et ne peuvent pas être comparées ».

 

Examen

 

N'avons-nous pas une piété intermittente, faite d'accès les jours de grande solennité, et de calme plat, sinon de dégoût et d'infidélités, le reste du temps ?... Bernadette aimait et servait également la Dame, quoiqu'elle ne parût point... Attachons-nous à la Première Communion l'importance qu'elle mérite, surtout à une époque et dans une société où la Première Communion devient souvent le seul acte public de religion que l'on fasse en toute sa vie ?...

Comment préparons-nous nos enfants à la Première Communion ? Leur en parlons-nous longtemps à l'avance pour faire miroiter devant leurs yeux cette céleste perspective, pour accélérer les palpitations d'amour de leur cœur innocent ? Les faisons-nous prier avec nous, au pied de leur lit, dans une chambre recueillie et non pas au milieu des conversations de famille, pour obtenir de Dieu et de la Vierge la grâce de les préparer à la venue de ce grand jour ?... Leur faisons-nous, nous-même le catéchisme, leur inspirant le goût de ce livre, leur faisant apprendre, réciter, comprendre leurs leçons ?... Ne sommes-nous pas de ces pères qui ne parlent jamais de Religion devant leurs enfants et qui font croire de bonne heure à leur fils, par leurs criminels exemples, que la Religion n'est bonne que pour les femmes ?... Ne sommes-nous pas de ces mères inintelligentes, volages, qui se déchargent à peu près exclusivement de la question religieuse, pour ce qui regarde leurs enfants, sur les éducateurs et les éducatrices à qui elles les ont confiés ?...

Nous occupons-nous des enfants pauvres pour les habiller, des enfants élevés entièrement dans l'ignorance de Dieu à la mode laïque, pour les instruire ?... Au lieu de gaspiller notre temps et nous plaindre de nos trop longs désœuvrements ou de notre ennuyeuse solitude, ne pourrions-nous pas, ne devrions-nous pas, catéchistes volontaires, adopter des petits garçons, des petites filles, qui sans nous seraient des échantillons du paganisme moderne, pour remplir envers eux nos devoirs de religieuse paternité, maternité... Ignorons-nous qu'on compte par milliers dans nos grandes villes les enfants non baptisés, et les jeunes gens qui, baptisés, n'ont jamais communié ?... Oh ! On se ferait volontiers catéchiste des enfants appartenant à des familles aisées et surtout riches... Mais catéchiste des enfants déguenillés, mal-propres, comme il y en a tant dans nos cités par l'incurie ou la misère des parents !... Bernadette fut instruite à la chapelle de l'Hospice...

Célébrons-nous chaque année l'anniversaire de notre première Communion ? Nous rappelons-nous ce que nous étions alors et ce que nous avons promis ?... Le souvenir de notre première Communion n'est-il pas pour nous accusateur ?... Il l'est sûrement, si nos communions subséquentes ont eu moins de ferveur, au lieu d'en avoir davantage.... La première fois, nous étions nécessairement, à cause de notre âge, des novices de la Communion ; par la répétition des mêmes actes, nous aurions dû devenir, si je puis ainsi dire, des profès : quelle erreur de croire et quelle honte d'être contraint d'avouer que notre première Communion fut la plus belle non seulement à cause de sa poésie, mais encore à cause de nos dispositions !... Comme si à vingt ans, à quarante ans, et plus tard, on ne devrait pas être, religieusement, plus habile, plus parfait qu'à douze ans !...

Communions-nous souvent, selon le désir de Notre-Seigneur et la pressante invitation que vient d'adresser Pie X, son vicaire infaillible ?... Des scrupules entretenus par le Démon qui y trouvera son compte, des paresses spirituelles plus ou moins avouables, ne nous éloignent-ils pas, malgré l'avis contraire de notre confesseur, de la  sainte Table : Que valent nos préparations éloignées et prochaines ?... nos actions de grâces ?... nos visites au Saint Sacrement dans la soirée ?... nos assistances aux Saints ?... Faisons-nous de l'Eucharistie notre divine panacée dans les doutes, dans nos peines, dans nos chutes ?... Marie ne nous attire à elle que pour nous jeter dans le Cœur de Jésus...

 

Prière

 

O Notre Dame, sans vous manifester extérieurement à Bernadette pendant les deux mois qui précédèrent sa Première Communion, vous ne laissâtes pas que de la travailler intérieurement. Et si sa mère se chargea, au foyer, de la robe blanche et du voile dont elle avait besoin, comme première communiante, pour la toilette de son corps, c'est vous sa Mère du Ciel, qui vous occupâtes particulièrement de la parure de son âme. Hélas ! vous savez les épreuves par lesquelles passent aujourd'hui les premiers communiants : aidez les prêtres, les parents, les personnes pieuses qui les préparent, et montrez-vous pour cette jeunesse admise, d'ordinaire en ce mois de Mai, à  l'eucharistique festin la Dame véritable de la première Communion.... C'est aussi l'usage, en ce grand jour, qu'après avoir ratifié, la main sur l'Evangile, ses promesses baptismales, on se consacre à vous ... Acceptez cette consécration de vos enfants de France tout parés de blancheur et, par un attrait plus vif pour le Bien, par une perception plus nette de vos beautés sans tache, donnez-leur, comme récompense, la plus précieuse qu'ils puissent recevoir, d'avoir, pour vous et leur Dieu Jésus-Christ, une fidélité qui ne s'altère point...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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27 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-huitième jour

Le Cierge bénit

 

A partir du jour de l'Annonciation, la douce Vision ne reçut plus le nom vague et impersonnel de « la Dame », mais bien le nom plus tendre et mieux déterminé de Notre Dame de la Grotte ou de Notre Dame de Massabielle. Les fêtes de Pâques suivirent de très près le jour où la Dame du rocher s'était déclarée la Mère Immaculée du divin Rédempteur. Heureux et fiers de ce que la Reine du ciel prenait droit de cité parmi eux, les habitants de Lourdes allèrent avec enthousiasme s'asseoir au banquet eucharistique ; à part quelques philosophes sans foi, l'entraînement fut général. Tandis que la ville était dans l'allégresse, la petite fille, objet des prédilections de la Vierge, devrait-elle être mise à l'écart et sevrée des joies de la Résurrection ? Le cœur de la céleste Mère ne put y consentir, et le mercredi de Pâques, 7 avril, nous retrouvons encore Bernadette à la Grotte, contemplant dans les jubilations de l'extase son affectionnée et puissante protectrice. Ce fut la Dix-septième Apparition. Le docteur Dozous qui en fut témoin va s'en faire pour nous le narrateur :

« Bernadette était à genoux, récitant avec une ferveur angélique les prières de son chapelet qu'elle avait à la main gauche, pendant qu'elle tenait de la main droite un gros cierge bénit allumé. Au moment où elle commençait à faire à genoux son ascension ordinaire, il survint tout à coup un temps d'arrêt dans ce mouvement, et sa main droite, se rapprochant alors de la gauche, plaça la flamme du gros cierge sous les doigts de cette main, assez écartés les uns des autres pour que cette flamme pût facilement passer entre eux. Activée en ce moment par un courant d'air assez fort, elle ne parut produire sur la peau qu'elle atteignait aucune altération. Étonné de ce fait étrange, j'empêchai que personne ne le fît cesser et, prenant ma montre, je pus, durant un quart d'heure, l'observer parfaitement. Bernadette, après cet intervalle de temps, toujours en extase, s'avança vers le haut de la Grotte, en déplaçant ses mains et les éloignant l'une de l'autre. Elle fit ainsi cesser l'action de la flamme sur la main gauche. Sa prière terminée et la transfiguration de son visage ayant disparu, Bernadette se leva et se disposa à s'éloigner de la Grotte. Je la retins un moment et je lui demandai de me montrer sa main gauche que j'examinai avec le plus grand soin. Je ne trouvai nulle part la moindre trace de brûlure. M'adressant alors à la personne qui s'était emparée du cierge, je la priai de le rallumer et de me le remettre. Aussitôt, je plaçai plusieurs fois de suite la flamme du cierge sous la main gauche de Bernadette qui l'en éloigna bien vite, en me disant : « Vous me brûlez. »

Trois concupiscences, trois flammes, peuvent nous brûler et nous brûlent trop souvent. La flamme de la sensualité : première concupiscence ! Qui n'en connaît les ravages ? En chacun de nos organes, de la plante des pieds au sommet de la tête, elle est capable de nous faire sentir ses brûlures. Pas n'est besoin qu'elle soit très vive, tant elle est pénétrante, pour nous contraindre de crier, où qu'elle nous atteigne : « Vous me brûlez ! » Elle brûla la pauvre Eve. Elle brûle tous ses imitateurs... Mais elle fut impuissante sur Marie, l'Eve nouvelle, comme elle ne peut rien sur les enfants fidèles de Marie. C'est que pleine de grâce, la femme bénie, entre toutes les femmes, fut pleine aussi de pureté ; or, la pureté reçue, conservée en une âme, frappe d'impuissance la concupiscence de la chair, quelque ardente qu'elle soit... Heureux les cœurs purs : les flammes charnelles ne les brûleront point !... « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure ».

La flamme de la curiosité : deuxième concupiscence ! Elle aussi est destructive. On veut savoir les pourquoi, les comment des choses, pénétrer les arcanes des êtres. On est intrigué surtout par les mystères du Mal : on en subit la fascination. Ayant vu, on a hâte d'apprendre encore, par expérience, ce que la richesse, enviée chez les autres, comporte de jouissances dans l'organisation et la pratique de la Vie. Autant de points d'interrogation qui, piquant l'intelligence et le cœur, comme des pointes de feu, nous obligent à crier : « Vous me brûlez ! ».... Ainsi fut brûlée Eve par le Serpent perfidement interrogateur. Ainsi sont brûlés la plupart de ses fils et de ses filles qui demandent aux conversations imprudentes, aux lectures corruptrices, aux spectacles obscènes, aux acquisitions indélicates, aux vols déguisés ou manifestes, le bonheur illusoire de savoir, de voir, de posséder... Tout autre fut la seconde Eve, la très Sainte Vierge Marie : elle crut à la parole de l'ange, et la foi, annihilant en son âme la curiosité naturelle, elle s'en remit à la puissance, à l'amour, à la fidélité de Dieu. A cette condition seulement, nous pourrons, nous aussi, ressembler à Bernadette. « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure ».

La flamme de la superbe : troisième concupiscence ! Elle est la plus dévastatrice : on la trouve à la racine de tout péché. Sans elle, les sens ne s'insurgeraient point contre l'esprit, de même que les yeux ne s'ouvriraient point aux visions subversives. Mais on a un fonds de vanité qui fait qu'on se pavane, étalant ses qualités, vraies ou supposées, comme le paon, dans les basses-cours ou les parcs, étale les couleurs de sa queue ; on a un fonds d'amour-propre qui fait qu'on se recherche soi-même, avec la persuasion qu'on est ou qu'on pourrait être, en donnant sa mesure, supérieur à tous ; on a un fonds d'orgueil qui fait qu'on s'imagine ne produire que des pensées justes et profondes, à la manière des génies ; que des actes éclatants, à l'instar des héroïnes et des héros. En ce triple fonds gît, chez nous, au sommet de la tête, la superbe, avec ses dédains, ses prurits, ses fièvres. Elle met notre esprit en ébullition permanente, comme la sensualité y met notre corps ; la curiosité, notre cœur. Et ainsi, à chaque instant, est-on contraint de se tourner vers elle pour lui dire, tant elle est échauffante : « Vous me brûlez ! »...

Elle brûla Eve. Elle brûle les ambitieux, les ambitieuses qui travaillent, par tous les moyens possibles, y compris les malhonnêtes, à dominer, à éclipser les rivaux, les rivales... Rien de tel en Marie : de l'humilité pour abattre la superbe, encore de l'humilité, toujours de l'humilité ! Mère de Dieu, elle se définit servante du Seigneur, sans jamais, dans l'Evangile, s'attribuer un autre titre... Quel exemple ! Mais aussi quelle grandeur en cet abaissement ! La superbe fut châtiée en Eve par la révélation immédiate de la bête humaine, substituée à la déesse manquée.... L'humilité, en Marie, fut récompensée par la royauté, terrestre et céleste, décernée à la femme spiritualisée... Si nous ressemblons à la première, orgueilleuse, nous n'échapperons point aux flammes torturantes, et notre tête, comme d'ailleurs notre cœur et notre corps, sera un volcan fertile en éruptions... En ressemblant à la seconde, humble, nous ne connaîtrons que les feux qui, insensibilisant la nature, rendent plus douces les transformations de la grâce... « Je ne trouvai nulle part, disait le docteur Dozous, la moindre trace de brûlure »....

 

Examen

 

N'auriez-vous pas voulu être du nombre de ceux et celles qui, ayant appris de Bernadette, à  Lourdes, la définition, par la Dame, de l'Immaculée-Conception, se rendaient à la Grotte pour dire en des supplications fraîches comme la grande nouvelle : « Notre-Dame de la Grotte, Notre-Dame de Massabielle, priez pour nous » ?... Avez-vous remarqué la relation religieuse du fait des Apparitions avec le regain de vitalité des communions pascales, cette année-là, en l'église de Lourdes ? Là-bas encore, la raison d'être de Marie était Jésus : elle en est le chemin bordé de lys... Vous qui vous plaignez dans vos paroisses de la diminution des Pâques, développez d'abord le culte de Marie : elle est comme le dais odorant sous lequel Jésus, le Très-Saint Sacrement, se plaît à se montrer pour passer parmi nous... Cette apparition de Marie, le mercredi de Pâques, ne vous a-t- elle pas fait songer aux apparitions de Jésus ressuscité ?... La date du 25 mars 1858 était comme la date de la glorieuse Résurrection du culte de Marie pour les temps qui vont venir, et l'Immaculée apparaissait dans l'intimité à Bernadette comme Jésus à ses apôtres ravis de joie en le revoyant...

Savez-vous que le cierge est le symbole de Jésus qu'on offre à Dieu pour être soi-même moins indigne ? La cire représente le corps du Sauveur ; la mèche insérée, son âme ; la lumière, sa divinité. Comprenez- vous dès lors le rôle du cierge ?... Jeanne d'Arc disait à ses juges : « J'ai aussi offert des cierges par la main du prêtre devant l'autel de sainte Catherine, en l'honneur de Dieu, de la Sainte Vierge et de mes deux saintes ; mais je n'en ai jamais allumé autant que j'aurais voulu »... Etonnez-vous des cierges offerts aussi par Bernadette... N'en concluons pas, comme certaines bonnes femmes, que toute la religion consiste à allumer des cierges, que le cierge dispense, par conséquent, tant il tient notre place devant Dieu, de prier, de restituer, de se confesser et de communier... Nous ressemblerions alors, si vous me permettez ce souvenir plaisant, au cocher de fiacre de Paris arborant une tige de buis à la tête de son cheval, le dimanche des Rameaux, et disant d'un air très convaincu : « On a de la religion, dame, ou l'on n'en a pas ! »

Quels sont en nous les sens qui nous font ou voudraient nous faire sentir leur brûlure ?... Si votre pied vous scandalise, a dit Jésus, coupez-le ; si votre main vous scandalise, amputez-la ; si c'est votre œil, arrachez-le... Pratiquons-nous la mortification de la chair pour rester purs ?... N'avons-nous pas, sans la mortifier suffisamment, la concupiscence des yeux ?... Que sont nos curiosités, nos avidités ?... Un jour, il faudra tout quitter et nous quitter nous-mêmes... Comment domptons-nous l'orgueil, la vanité, l'amour-propre, l'instinct de domination ?... Fiers au dehors par parade, ne sommes-nous point, dans l'ombre, les plats valets de l'ambition, sous couleur de dévouement et même de piété, recourant ainsi diplomatiquement aux grandes choses comme à un beau manteau pour cacher nos platitudes ?... Est-ce que, nonobstant nos apparences de santé surnaturelle, un médecin d'âme qui nous ausculterait pourrait rédiger un bulletin analogue à celui, du docteur Dozous pour Bernadette : « Je ne trouvai nulle part la moindre trace de brûlure » ? Dans les âmes même réputées vertueuses, il y à ce qu'on voit avec ses naïvetés de regard et ce qu'elles montrent pour donner le change, et il y a, ensuite et surtout, à l'insu du grand nombre, ce qui est...

 

Prière

 

O Notre Dame, un de vos serviteurs les plus illustres, mort naguère au sein de souffrances chrétiennement supportées, Huysmans, de sa plume parfois malicieuse jusqu'à l'injustice mais toujours originale et artistique, écrivait, à propos des cierges qui brûlent sans intermittence sous les excavations de votre Grotte : « Le spectacle de ces milliers de cierges en ignition est admirable ! Quels navrements désordonnés et quels espoirs troublants ils recèlent ! De combien d'infirmités, de maladies, de chagrins de ménage, d'appels désespérés, de conversions, de combien de terreurs et d'affolements ils sont l'emblème ! Cette grotte, elle est le hangar... où tous les écrasés de la vie viennent s'abriter... le refuge des existences condamnées, des tortures que rien n'allège ; toute la souffrance de l'univers tient condensée en cet étroit espace. Ah ! Les cierges, ils pleurent des larmes désolées de mères... et tous sont fidèles à la mission dont ils furent chargés ; tous, avant d'expirer, se tordent plus violemment, jettent un dernier cri de leurs flammes, devant la Vierge »... Moi aussi, ô Notre Dame, pour le Christ et pour vous, je veux être un cierge. Gardez-moi blanc, droit, rayonnant. Pour que je sois, en quelque manière, inextinguible, à l'encontre du cierge de Bernadette éteint depuis longtemps, donnez à ma flamme mourante d'allumer d'autres cierges : d'autres âmes. Grâce à cette transmission de lumière, quand sera épuisée ici-bas ma provision de cire, je laisserai du moins, en votre honneur, d'autres clartés. Je me survivrai de la sorte à moi-même, et cette survivance terrestre sera, pour votre gloire, un accroissement de ma lumière, au Ciel !

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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26 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-septième

« Je suis l'Immaculée Conception ! »

 

Le moment le plus solennel des Apparitions était venu : la grande révélation, sorte de codicile du Nouveau Testament pour la mise en relief de la figure de Marie et les besoins des temps modernes, allait se faire. Recueillons-nous et écoutons Bernadette nous narrer elle-même, elle en est seule capable, ces choses merveilleuses.

« Quand je fus à genoux devant la Dame, je lui demandai pardon de ce que j'arrivais en retard. Toujours bonne pour moi, elle me fit signe de la tête que je n'avais pas besoin de m'excuser. Alors je lui exprimai toutes mes affections, tous mes respects et le bonheur que j'avais de la revoir. Après l'avoir entretenue de tout ce qui me vint dans le cœur, je pris mon chapelet. Pendant que j'étais en prières, la pensée de lui demander son nom se présenta à mon esprit avec une persistance qui me faisait oublier toutes les autres pensées. Je craignais de me rendre importune en réitérant une demande toujours demeurée sans réponse, et cependant quelque chose m'obligeait à parler. Enfin, d'un mouvement que je ne pus contenir, les paroles sortirent de ma bouche, et je priai la Dame de vouloir bien me dire qui elle était.

Comme à mes précédentes questions, la Dame inclina la tête, sourit, mais ne répondit pas. Je ne sais pourquoi, je me sentis plus courageuse, et je revins à lui demander la grâce de me faire connaître son nom. Elle renouvela son sourire et sa gracieuse salutation, mais elle continua à garder le silence. Une troisième fois, les mains jointes, et tout en me reconnaissant indigne de la faveur que je réclamais, je recommençai ma prière. La Dame se tenait debout au-dessus du rosier et se montrait comme elle se montre dans la médaille miraculeuse. A ma troisième demande, elle prit un air grave et parut s'humilier... Elle joignit ensuite ses mains et les porta sur le haut de la poitrine... elle regarda le ciel... puis, séparant lentement les mains et se penchant vers moi, elle me dit, en laissant trembler sa voix : « Je suis l'Immaculée Conception ».

Le grand mystère de la Grotte était enfin manifesté. Or, en répondant à Bernadette : « Je suis l'Immaculée Conception », la Dame faisait entendre au monde la réponse victorieuse des trois hérésies contemporaines. L'hérésie, par la bouche du Naturalisme, avait dit : Il n'est point de Surnaturel. Mystères et miracles sont impossibles : la Nature suffit à tout ; la Raison comprend tout ; la Science, enrichie des modernes découvertes, explique, supplante tout. La Foi, c'est donc l'erreur ; la Grâce, une chimère; la Révélation, un leurre... Et tandis que le Naturalisme parlait si mal et criait si fort, la Vierge est apparue, à Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et l'Apparition, intrinsèquement surnaturelle, historiquement authentique, renouvelée jusqu'à  maintenant seize fois, a montré qu'une fois de plus, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie avait abominablement menti.

De vrai, si Marie est Immaculée dès le premier instant de sa Conception, en vue des mérites du Christ, que s'ensuit-il ? Il s'ensuit que tous les hommes sont maculés dans leur conception, à cause de leur solidarité avec Adam pécheur ; il s'ensuit que nous avions tous besoin d'une Rédemption; il s'ensuit que le Surnaturel déborde le monde par la Foi et la Grâce, jaillies du Cœur du Christ, sur le Calvaire, avec le sang rédempteur ; il s'ensuit que le mystère de toutes parts nous environne, que le miracle est un jeu de la puissance créatrice, une caresse plus chaude du divin amour, et que le Naturalisme, avec ses dénégations tapageuses, n'est qu'un nouveau mode de détraquement du pauvre esprit humain... L'hérésie, par la bouche du Matérialisme, avait dit : « La Matière est la reine du monde ; nous n'avons pas à nous occuper de l'Esprit ; nous ignorons son existence ; en tout cas, il ne peut être que de la matière organisée. Ce qui est palpable, tangible : voilà ce qu'il faut croire, voilà ce qui est beau ! »

Et tandis que le Matérialisme parlait si mal et criait si fort, la Vierge est apparue, à Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et sa figure d'une beauté sans ombre respirait une pureté sans tache. Et elle recommandait la prière et la pénitence pour les pécheurs ; et elle ordonnait la construction d'une chapelle, abri des chastetés humaines ; et elle invitait les âmes plus que les corps à se rafraîchir dans les ondes purificatrices ; et elle prescrivait de manger l'herbe des mortifications qui épurent la vertu, au lieu de s'asseoir aux banquets plantureux qui déchaînent la luxure ; et, à la voyante l'adjurant de décliner son nom, elle répondait : « Je suis l'Immaculée Conception ».

Et cette définition, consécration des symboles, des gestes précédents, a démontré mieux que toutes les argumentations que le Matérialisme n'est qu'une élucubration morbide de la chair et du cœur, et qu'une fois de plus, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie avait abominablement menti. L'hérésie, par la bouche du Libéralisme avait dit : « Ils ne sont plus, les temps où le trône s'appuyait sur l'autel, l'épée sur la croix. D'autres idées mènent le monde. Si respectable soit-elle, la religion catholique ne doit plus être traitée en favorite. Que l'Eglise soit libre dans l'Etat libre ! Qu'on accorde à toutes les confessions religieuses les mêmes droits ; que tous les citoyens jouissent également de la liberté de croire, de penser, d'écrire, de parler, d'agir, et que la Presse, disciplinée, s'il y a lieu, par une censure pourtant large, devienne à travers le monde le véhicule vertigineux des libertés conquises ! L'ultramontanisme est suranné, fini : que le Pape ne s'ingère point dans nos affaires sociales, qu'il s'occupe de spiritualité, tant qu'il voudra, mais qu'il ne s'avise point de se réclamer d'une infaillibilité chimérique pour nous imposer de nouvelles croyances !... »

Et tandis que le Libéralisme parlait si mal en ses insinuations si perfides, la Vierge est apparue, à  Lourdes, à une enfant innocente qui priait ; et, après avoir révélé ses secrets, intimé ses ordres, elle a dévoilé sa céleste identité, en disant : « Je suis l'Immaculée Conception ! » Et cette simple définition a renversé de fond en comble l'édifice du système libéral... Si Marie est seule l'Immaculée Conception, il en résulte que, par contre, nous apportons tous en venant au monde le péché originel, et qu'en butte à la concupiscence, nous naissons devant Dieu, en un état de malédiction, plus enclins à l'Erreur qu'à  la Vérité, au Mal qu'au Bien. Mais si telles sont nos inclinations natives, il s'ensuit que mettre, au point de vue des libertés, l'Erreur et la Vérité, le Mal et le Bien sur un même pied d'égalité, c'est infliger à la Vérité et au Bien un mépris dont personne ne les relèvera, c'est favoriser la prépondérance de l'Erreur et du Mal, c'est s'exposer fatalement à pervertir les masses, et mener les âmes, les familles et les sociétés aux pires cataclysmes...

Au surplus, si Marie est l'Immaculée Conception, et si, pour justifier cette appellation basée sur une prérogative spéciale, elle opère, à Lourdes, dans l'ordre physique, intellectuel et moral, des cures prodigieuses que les moins clairvoyants et les moins sympathiques, pourvu qu'ils soient de bonne foi, sont contraints de constater, il faut conclure logiquement que l'Eglise catholique, qui revendique pour elle, comme il est juste, le bénéfice des Apparitions et des miracles à Massabielle, doit être considérée, non comme une étrangère à qui, par bonté de cœur, on peut concéder la tolérance, mais plutôt comme une Mère et une reine à qui les pouvoirs humains doivent amour, respect, docilité, défense et protection...

Enfin, si cédant à une inspiration du Saint-Esprit et obtempérant aux désirs les plus ardents de la piété chrétienne, le Pape proclame, le 8 décembre 1854, le dogme de l'Immaculée Conception ; et si, quatre ans plus tard, le 25 mars 1858, Marie descend du Ciel pour affirmer elle-même qu'elle est, effectivement, l'Immaculée Conception, il faut en inférer de toute nécessité qu'en matière doctrinale, le Pape est infaillible, puisque ce qu'il définit à Rome se trouve ratifié à Lourdes... Voilà comment la Dame a montré, une troisième fois que, selon sa vieille et incorrigible habitude, l'hérésie libérale avait, elle aussi, abominablement menti !

 

Examen

 

N'êtes-vous pas frappé de l'action de la grâce dans l'âme de Bernadette en prière ?... « La pensée de lui demander son nom se présenta à mon esprit avec une persistance qui me faisait oublier toutes les autres pensées ».... Il est des choses que nous sommes portés à demander fréquemment à Dieu dans nos prières, malgré quelquefois les nombreuses déceptions éprouvées et les efforts que nous faisons pour n'y plus songer du tout... N'y-a-t-il pas là  en nous un travail, un courant mystérieux de la grâce ?... Le Saint-Esprit qui prie en nous est le divin souffleur... Si nous savions l'écouter, lui obéir !... Nous nous plaignons de ne point recevoir pour nos demandes les réponses du Ciel, Nous le croyons fâché contre nous. Erreur : La Dame inclina la tête, sourit, mais ne répondit pas... Que d'étonnements nous aurons dans l'Eternité, quand Dieu nous initiera à ses sourires sans réponse !...

Persévérons-nous comme Bernadette dans nos prières malgré les délais de Dieu à nous exauce ?... Elle recommença jusqu'à trois fois avec des renchérissements de ferveur et d'humilité sa demande... « Une troisième fois, les mains jointes, et tout en me reconnaissant indigne, je recommençai ma prière »... Quand nous avons à décliner notre nom, nos titres, ne lit-on pas sur notre physionomie les satisfactions d'un orgueil plus ou moins raffiné ?... Ne les déclinons-nous pas même sans raison, pour le puéril plaisir de paraître quelqu'un, oubliant parfois que les titres dont nous nous prévalons, au lieu d'être la justification de nos mérites, sont la rançon, indigne sinon sacrilège, de l'argent donné, des cadeaux multipliés, des bassesses commises ?... Nous n'en devrions jamais parler pour nous épargner les rires des malins, les compliments des hypocrite, des faibles ou des sots.... Et nous avons à la langue d'insatiables démangeaisons !... La Dame prit un air grave, parut s humilier et regarda le ciel avant de donner sa réponse...

Remercions-nous la Sainte Vierge de nous faire vivre à une époque où nous la pouvons invoquer sous un vocable nouveau ?... Immaculée, elle l'était, nous le savions, mais nous sommes bien plus sûrs de lui être agréables aujourd'hui, en l'appelant comme elle s'est appelée elle-même... Cette définition fait la gloire de notre siècle et le bonheur des Enfants de Marie dignes de ce beau nom... Quoique notre orthodoxie soit, je le suppose, à l'abri de toute atteinte du hideux Modernisme condamné par l'Eglise, ne nous conduisons-nous pas, sur tel ou tel point, en hérétiques ? Sommes-nous des âmes de Foi ?... La Foi, il faut l'admettre théoriquement, mais il faut aussi la vivre.... Vivons-nous en état de grâce ?... Comptons-nous plus sur la grâce que sur nos personnels efforts ?... Ne sommes-nous pas des Rationalistes à notre manière, ayant toujours peur de faire la part trop large à la Foi, trop petite à la Raison ?... Ne subissons-nous pas les engouements, les griseries, les infatuations de la Science et de la Critique modernes ? Avant d'être un savant, un critique ou mieux, pour être, sans crainte de se fourvoyer, un savant, un critique, il faut être un chrétien docile aux données de la Révélation... N'oublions jamais que nous ne sommes que des roseaux pensants et que, pour ne pas rompre, nous avons besoin de plier devant l'autorité divine et de nous appuyer toujours sur le chêne immortel qu'est l'Eglise...

Ne sommes-nous pas aussi quelque peu Matérialistes, en pratique ?... Pour nous l'âme est-elle plus que le corps ? que sont nos prières, nos mortifications, nos énergies, nos espérances en face des tombeaux ?... Quelle est notre pureté ?... Sous prétexte que tout pouvoir émane de Dieu et qu'il faut obéir aux pouvoirs établis, ne sommes-nous pas des adorateurs des soleils levants, des domestiques du pouvoir civil, des apologistes de la loi, quelle quelle soit, parce qu'elle est la loi ?... Ne prenons-nous pas trop facilement notre parti des humiliations, des rapines, des injustices dont l'Eglise est l'objet, faisant fléchir les principes pour mettre en œuvre les plus honteux expédients ?... N'oublions-nous pas que, depuis le péché originel, la liberté dégénère très vite en licence et qu'il importe pour soi, pour les familles et les peuples, de tenir en laisse les humaines passions ?...

Voyons-nous dans les faits et les miracles de Lourdes une nouvelle preuve, fournie par Marie, de la divinité et de l'éternelle fécondité de l'Eglise catholique dont nous sommes les fils ?... Acceptons-nous avec reconnaissance les encycliques du Souverain. Pontife, qu'elles cadrent ou non avec nos préférences et notre mentalité ?... Il en est qui veulent bien avoir les idées du Pape, mais à condition, admirez leur modestie, que le Pape ait leurs propres idées.... Avons-nous été heureux et fiers des condamnations récentes dont Rome a frappé les agissements de la Politique et les élucubrations de l'Hérésie ?... Ne parlons-nous pas, avec trop de sans-gêne et sans autre compétence que celle que nous attribue l'orgueil, des décisions pontificales ?... La voix de Rome sera toujours la voix de Dieu. Ecouter Pierre c'est écouter Jésus. La Dame, à quatre ans de distance, se fit l'écho du Pape...

 

Prière

 

O Notre Dame, bénie soyez-vous d'avoir condescendu à vous définir vous-même l'Immaculée-Conception ! Vous seule pouviez, en toute vérité, vous décerner un pareil titre. Vous le deviez à Dieu le Père qui, comme Fille privilégiée, vous avait comblée de grâce, à Dieu le Fils qui, comme Mère, vous voulut toute pure, à Dieu le Saint-Esprit qui, comme Epouse, vous para de tous les joyaux de la sainteté la plus étincelante. Vous le deviez à la terre pour y détruire les erreurs. Et comme si ce n'était point assez d'avoir réduit en poudre les affirmations du Naturalisme, du Matérialisme et du Libéralisme d'il y a cinquante ans, vous venez d'inspirer à Pie X, notre bien aimé Pontife, une encyclique qui tuera l'arrogant Modernisme. Car c'est vous, il n'y a pas à en douter, qui, à l'aurore des Noces d'or de vos apparitions aux Pyrénées, avez décidé le Pape à frapper ce grand coup. Ne semble-t-il pas l'insinuer lui-même, quand à la fin de sa Lettre : Pascendi Dominici Gregis, il écrit : « Que la Vierge Immaculée, destructrice de toutes les hérésies, vous secoure de sa prière ». Vous nous secourrez intellectuellement, moralement, socialement, ô Vierge Immaculée, et nous serons sauvés...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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25 mai 2014

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

Le Mois de Marie à la Grotte de Lourdes

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Vingt-sixième jour

Préparatifs

 

Du 4 au 24 mars, tous les jours et à chaque heure du jour, un mouvement incessant de va-et-vient était établi sur le chemin du Pont-Vieux, et le dessous de la Grotte ne désemplissait jamais. Le dimanche, en particulier, les travaux des champs étant suspendus, on voyait, sur toutes les routes, de longues files de villageois qui venaient renouveler leurs hommages à la Dame de Bernadette. Quant à l'enfant, ne soupçonnant pas qu'elle pût être l'objet d'une attention quelconque, elle ne mettait aucun soin ni à se cacher, ni à se produire. Quatre fois par jour, comme avant les Apparitions, elle traversait une partie de la ville causant et babillant avec ses camarades d'école...

Souvent, le soir, à la sortie des classes, on apercevait une jeune fille se détacher sans bruit de ses compagnes et prendre en toute hâte la direction de Massabielle. Parvenue sous le rocher elle baisait la terre, jetait un regard ardent sur la niche et répandait son cœur dans une affectueuse prière. Avant que la nuit arrivât, elle se levait souriante, faisait un salut d'adieu et disparaissait avec le même empressement qu'elle était venue... Cette jeune fille n'était autre que Bernadette. Aux jours où l'école était fermée, elle allait passer de longues heures avec Celle qui lui avait promis de la rendre heureuse, non pas en ce monde, mais dans l'autre. Elle ne se présentait plus à la Grotte comme durant la quinzaine des Apparitions, c'est-à-dire accompagnée de la foule et à travers les ovations. Elle arrivait seule, enfoncée dans son capulet et faisant le moins de bruit possible. Soit par un sentiment d'humilité, soit pour ne pas attirer l'attention des assistants, elle franchissait la place qu'elle occupait au temps des visions et allait se réfugier au fond de la Grotte. Là, recueillie, effacée, souvent inconnue, elle se livrait à ses méditations et récitait avec piété son petit chapelet.

L'intérieur de la Grotte avait changé d'aspect. Des mains pieuses y avaient élevé un autel rustique, sur lequel on avait placé une statue de la Sainte Vierge. A cette statue, on avait bientôt ajouté des médailles, des cadres, une foule d'objets de piété, comme en une chapelle livrée au culte. Des cierges en grand nombre y brûlaient jour et nuit, et les voûtes de Massabielle commençaient à retentir du chant de cantiques en l'honneur de la Madone des Pyrénées. Aucun pèlerin ne quittait la Grotte sans jeter sur le sol, et plus tard dans un coffret, une pièce de monnaie destinée à l'érection de la chapelle réclamée par la Dame. Le petit trésor n'était gardé par personne, et jamais aucune main téméraire n'osa y toucher.

Cependant, une opinion, tenace comme une certitude, régnait à Lourdes et dans toute la contrée environnante relativement aux visions : c'était que la Dame de la Grotte n'avait pas dit son dernier mot. Les merveilles des extases, le jaillissement extraordinaire de la fontaine, les récits et les ambassades de la voyante demeuraient, en effet, sans explication suffisante, si l'Apparition continuait à se taire sur son nom et sur le but de ses visites. Or, les personnes qui analysaient les événements se refusaient à croire qu'un drame dont toutes les données étaient célestes, pût se terminer sans laisser dans les esprits autre chose que le souvenir brillant, mais stérile, d'une représentation théâtrale.

La période du 4 au 24 mars s'était néanmoins écoulée et aucun fait nouveau n'était venu dissiper les nuages, ni précipiter le dénouement attendu. En ce dernier jour, veille de l'Annonciation, un souffle du ciel passa dans toute la région, invitant les âmes pieuses à se rendre, le lendemain à la Grotte de Massabielle... Il faut cependant le dire, on ne vit pas à la Grotte, ce jour-là, les grandes foules des Apparitions précédentes. On y remarquait plutôt, avec quelques hommes agenouillés ça et là, une riche couronne de jeunes vierges et de pieuses mères, faisant une garde d'honneur à la Dame cachée. En obéissant à l'impulsion intérieure qu'elles avaient ressentie, toutes ces âmes d'élite s'étaient pénétrées de la pensée que quelque grand événement se préparait à la Grotte. À l'avance, elles se demandaient quel pouvait être cet événement. Bernadette entendit aussi, la veille, un appel intérieur.

Qu'on juge de sa joie quand elle comprit que la divine Mère l'appelait à un nouveau rendez-vous. Auprès de l'âtre de famille, dans la veillée du 24 mars, Bernadette fit part à ses parents de l'avis intérieur qu'elle avait reçu et parla, comme d'une chose assurée, du bonheur qui l'attendait le lendemain à la Grotte. Toute pleine de cette pensée, elle alla se coucher, mais le sommeil ne put arriver à ses paupières. La nuit lui parut longue et bien des Ave Maria du chapelet passèrent sur ses lèvres. C'était la veille d'une grande fête de la Vierge : l'Annonciation, première page de la genèse évangélique ; et cette fête, étant donné l'appel de la Dame, devait ménager à Bernadette des visions, des auditions, des goûts de paradis. Il est plus difficile de deviner ses impressions que de les analyser. Elle n'avait plus vu la Dame depuis trois semaines, et elle la reverrait le lendemain : quelle poésie en une telle perspective ! On comprend son insomnie : les grandes allégresses, comme les grandes douleurs, empêchent de dormir...

Les âmes pieuses perçoivent aussi les appels de la grâce. En la vigile des fêtes, quand les cloches sonnent les premières Vêpres et l'Angélus du soir, la voix de la Dame et de Jésus retentit en notre être religieux : « Va à confesse, prépare ta communion de demain, je t'apparaîtrai, je te visiterai, je t'emplirai de mes intimités ». Bernadette constata une prévenance insolite. Aussitôt que les premières lueurs du jour parurent, elle quitta sa couchette, s'habilla avec diligence, et, sans écouter son asthme, qui se réveillait dans sa petite poitrine, elle prit, d'un pas agile, le chemin de Massabielle. O confusion pour elle ! La niche était déjà  illuminée et la Dame attendait !... « Elle était là, disait Bernadette, paisible, souriante et regardant la foule comme une mère affectueuse regarde ses enfants ».

L'histoire du monde, notre histoire personnelle, sont remplies des prévenances de Dieu et de la Dame : il est nécessaire que l'Etre, la Sainteté, la Science, la Puissance qu'est Dieu, préviennent le néant, la misère, l'ignorance, la faiblesse qu'est l'homme. Nous ne pourrons jamais arriver avant Dieu. Nous souvenant que l'exactitude, politesse des grands, doit être davantage la politesse des chrétiens, à qui le Christ donne audience, nous devons, nous pouvons cependant être rigoureusement exacts à l'heure de la messe et des autres offices qui se célèbrent en nos temples sacrés...

Que d'indélicatesses, de fautes, je n'ose dire de crimes, dont certains catholiques se rendent coupables sur ce point ! D'une ponctualité mathématique, tels des instruments de précision, aux concerts, aux cours des facultés, aux salons pour les visites et les dîners, ils traînent en longueur, quand il s'agit d'assister à une cérémonie liturgique. Certaines vaniteuses se font même comme une spécialité des retards aux messes, aux sermons, aux Saints, pour se ménager dans l'église une entrée plus sensationnelle !... L'autel est tout illuminé, Jésus, la Dame attendent, et nous n'y sommes point ! Ah ! Si nous savions leur amour impatient !...

 

Examen

 

Quelles que soient les joies sensibles dont nous soyons privés devant le Saint-Sacrement ou l'autel de Marie, continuons-nous, autant que cela est compatible avec nos devoirs d'état, à venir faire notre adoration ou notre visite à la Sainte Vierge ?... Souvent le soir, à la sortie des classes, Bernadette se rendait en toute hâte à la Grotte, et cependant la Dame ne lui apparaissait plus... Nous nous dégoûtons si vite quand nous ne sentons plus rien... Le soir ! Quel moment propice pour la visite à l'église ! Ce fut le soir du Jeudi Saint et au soir de sa vie que Jésus institua l'Eucharistie... La tombée de la nuit fait penser à la tombée de cette nuit où personne ne peut plus travailler et qui s'appelle la mort : la vie est un jour, la mort c'est la nuit et demain, si nous sanctifions la veille, c'est le Ciel !...

Profitons-nous de nos loisirs pour prolonger notre présence à l'église ?... Aux jours où l'école était fermée, Bernadette allait passer de longues heures à la Grotte.... Nous nous plaignons parfois de manquer de temps pour nos exercices de piété... et quand le temps abonde, nous ne faisons pas davantage, si nous ne faisons pas moins, pour Dieu et Marie...

Aimons-nous à nous trouver dans l'église, quand il n'y a personne ou peu de monde, afin de tenir compagnie à Notre-Seigneur, à la Vierge, et de prier avec plus de recueillement... Bernadette arrivait seule à la Grotte et restait seule sous la roche... Ah ! Les coins de chapelle obscure, on les recherche quand on sait en éveiller les échos, en utiliser les ombres... Comme la Grotte fut promptement transformée en chapelle rustique !... On a beau voler les Fabriques et chercher à appauvrir le Culte, les dons des fidèles ne manqueront jamais... Quand l'Eglise n'aura plus l'or des Rois de l'Orient, elle aura les présents des bergers... C'est l'éternelle histoire...

Comment sanctifions-nous la veille des fêtes ? La veille c'est l'espérance... Le jour c'est déjà  presque le passé... Obéissons-nous aux appels de Dieu ?... Il nous appelle par la voix de notre conscience, par la vue d'un bon exemple, par le rafraîchissement d'un souvenir, par le son des cloches, par la rencontre d'un prêtre.... Préparons-nous soigneusement la veille au soir notre méditation du lendemain ?... Aspirons-nous en quelque sorte Dieu, en songeant à la messe que nous entendrons, à la communion que nous ferons ?... Bernadette sanctifia tout particulièrement cette veille de l'Annonciation... Ô nuit sainte, ô nuit bienheureuse pendant laquelle l'enfant ne put dormir !... Tardive aurore, devait-elle dire, hâte ton cours...

Que serions-nous sans les prévenances de Dieu ?... Il nous prévient dans notre cœur par les mouvements de sa grâce... Il nous prévient au tabernacle par sa présence perpétuelle... Il ne nous fait jamais attendre.... Il nous attend toujours... Le monde était illuminé par la lumière physique toute vierge, quand Adam fut créé... Notre tête était illuminée par la Foi baptismale, quand la Raison, à l'âge des premiers discernements, nous permit de voir un peu clair... La cathédrale de Reims était illuminée, quand Clovis, au jour de Noël, pour son baptême et celui de ses Francs, y entra... l'illumination de nos autels où se trouvent Jésus et sa Mère : quelle félicité pour des yeux clairvoyants !... Je comprends que le fier Sicambre et tant d'autres aient eu des illusions de Ciel !...

 

Prière

 

O Notre Dame, avec quelle complaisance ne deviez-vous point, à son insu, regarder Bernadette dans la Grotte quand, pleine de votre souvenir, elle venait respirer à Massabielle l'air que vous aviez vous-même respiré !... Elle ne vous voyait point.... Mais elle était bien sûre que vous la contempliez... Est-il besoin de voir pour aimer?... La Foi n'est-elle pas plus illuminatrice que nos yeux?... Faites-nous partager la foi de Bernadette.... Elle n'était point seule l'objet de vos regards : vous les promeniez sur tous ceux et toutes celles qui, à la Grotte, venaient vous invoquer.... Mais aussi immense dut être la joie de cette enfant, quand, la veille, vous lui fîtes part du rendez-vous du lendemain. Et le lendemain, plus diligente qu'elle, comme une Mère impatiente de la revoir et de lui accorder une grâce plus grande, vous l'attendiez dans la niche au milieu d'une apothéose lumineuse. Appelez-nous mystérieusement, à notre tour, prévenez-nous de vos amabilités royales, et que notre passion soit comme en Bernadette de vous voir, de vous prier, d'écouter vos paroles, pour vous servir mieux encore et plus vous admirer !...

 

O Marie, conçue sans péché, Priez pour nous qui avons recours à vous.

Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.

 

Texte extrait du « Mois de Marie à la Grotte de Lourdes », Abbé Archelet, Librairie P. Lethielleux, Paris, 1908

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